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XXII INTRODUCTION

C'est à dessein que nous nous sommes abstenu de distinguer les animaux des végétaux dans les considérations qui précèdent. Sous le rapport de V origine^ il n'existe en effet aucune différence réelle entre ces deux règnes d'êtres vivants. Les graines sont assimilables aux œufs, et, pour les plantes comme pour les animaux, il est vrai de répéter avec Harvey : c Omne vivum ex ovo. »

Pendant leur durée ^ les corps vivants se distinguent des corps bruts non plus par un seul caractère, mais par un grand nombre de caractères importants; et les corps vivants diffèrent aussi entre eux selon qu'ils appartiennent au règne végétal ou au règne animal. — Dans une étude générale sur la vie, il pourrait suffire de distinguer les corps vivants de ceux qui ne le sont pas; mais bien que l'examen de la vie, dans les plantes, constitue en réalité une science particulière, comme ce n'est là, pour ainsi dire, qu'un des degrés de la vie des animaux, il nous semble important d'examiner les différences principales qui existent entre ces deux grandes divisions des êtres organisés. Toutefois, et pour n'avoir pas à subdiviser inutilement notre sujet, nous traiterons en même temps, à propos des caractères distinctifs des corps vivants et des corps bruts, de ceux qui distinguent entre eux les animaux et les plantes.

Une question préalable se présente : les caractères dont il s'agit sont-ils constants, absolus, ou bien cette division des êtres vivants en deux règnes n'est-elle qu'artificielle ?

Nous avons déjà dit qu'entre les corps bruts et les corps vivants il existe une ligne de démarcation bien tranchée, bien nette; ligne que, malgré toute leur bonne volonté, n'ont pu effacer les auteurs le plus disposés à ne reconnaître dans la nature qu'une gradation des corps, c Si le polype, dit Ch. Bonnet (1), nous montre le passage du végétal à l'animal, d'un autre côté nous ne découvrons pas celui du minéral au végétal. Ici, la nature nous semble faire un saut; la gradation est pour nous interrompue, car l'organisation apparente de quelques pierres et des cristallisations ne répond que très-imparfaitement à celle, des plantes. >

Une pareille différence existe-t-elle entre les végétaux et les animaux? c L'examen nous conduit à reconnaître, dit Buffon (2), qu'il n'y a aucune différence essentielle et générale entre les animaux et les végé-

(1) Considérations sur les corps organisés, ch. xii, § 20.

(2) Hisf. «a/., 1749, t. H, p. 8.

INTBODUCTION. XXIII

Udx ; mais la nature descend par degrés et par nuances imperceptibles (f im animal qui apparaît le plus parfait à celui qui Test le moins et de celui-ci au végétal. Le polype d'eau douce sera, si Ton veut, le dernier des animaux et la première des plantes. » BulTon était bien l'interprète Adèle de la science de son temps. Plus tard, Bory de Saint- Vincent, frappé d*un certain nombre de faits, a même cru devoir proposer l'adoption d'un régne intermédiaire. Ingenhousz (1) a admis que la matière verte de Prieslley se forme par une réunion d'infusoires et peut se résoudre en iufusoires.

Cette confusion des règnes n'est plus acceptée de nos jours, mais il n en reste pas moins des incertitudes réelles sur les limites à établir. Les botanistes et les zoologistes, tout en admettant ces limites en principe, se renvoient encore un certain nombre de groupes placés sur les confins des deux règnes.

Mais, si les deux règnes organiques se touchent par leurs degrés inférieurs, ou plutôt si les moyens que nous possédons ne permettent pas toujours de reconnaître si la vie, quand elle existe dans les infiniment petits et à un degré infime, est celle d'un végétal ou celle d'un animal, il n'en est pas de même dans les degrés supérieurs : ici la distinction est tellement claire et évidente, que, en négligeant les conditions rares et douteuses qui viennent d'être signalées, il sera toujours facile de démontrer en quoi les végétaux diffèrent des animaux.

n n'y a jamais de véritable individualité parmi les corps inorganiques, ou plutôt, comme l'a fort bien dit Chevreul, l'individu est réduit à la molécule chimique. V individualisation^ tel est le grand iail, en quelque sorte primordial, que la vie introduit dans la nature et qui l'accompagne partout. Il importe d'en tenir compte dans l'appréciation des autres différences qui séparent les êtres organisés des corps inertes et qui sont surtout relatives au volume, à la forme, à la composition chimique; en outre, entre les végétaux et les animaux, on en trouve encore qui appartiennent aux diverses fonctions de nutrition, de respiration, de circulation, etc. Enfin la sensibilité et la motilité volontaire, ces attributs de l'animalité, n'ont pas leurs analogues dans le règne végétal.

Le volume des corps inorganiques est indéfini et illimité. Mécaniquement on peut diviser un de ces corps en parties extrêmement petites <ms qu'il cesse d'être, et par la pensée on peut le scinder en atomes

'1) MiteeUfmfa phynco^medica. Vienne, 1 795.

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sans Taltérer. L'observation révèle, d'autre pari, l'etistence de corps pla-* nétaires auprès desquels la terre ne parait que comme un grain de sable. Entre ces infiniment petits et ces infiniment grands^ tous les degrés de volume sont possibles et existent en effet pour les corps bruts.

Il n'en est pas de même pour les êtres organisés : chez eux, chaque in-' dividu possède un volume déterminé qu'il peut dépasser en plus ou en moins dans des limites variables, mais toujours* très-restreintes. — Pour apprécier la généralité de ce caractère, il est nécessaire de tenir compte de Y individualité. En effet, parmi les êtres organisés, il en est qui forment toujours des agrégations dont le volume est extrêmement variable. Tous nos arbres, tous les polypiers, sont dans ce cas* Or, entre le jeune chêne qui n'a que quelques feuilles et le même arbre devenu plusieurs fois centenaire, la différence est telle, qu'au premier coup d'œil on pourrait contester la règle que nous venons d'énoncer. A plus forte raison en est-il ainsi quand il s'agit de ces polypes microscopiques, dont les innombrables individus constituent par leur agrégation des îles entières. Chez les êtres vivants, le volume peut être d'une excessive petitesse , puisqu'il est des corps oi*ganisés dont le microscope seul décèle l'existence ; mais il est impossible, soit physiquement, soit intellectuellement, de les diviser à l'infini : ils cesseraient d'être des corps vivants. La chimie n'a pu concevoir la pensée d'atomes animaux ou végétaux : ici tout s'arrête à la cellule.

Il a existé, dans les terres antédiluviennes, des êtres organisés dHin volume considérable; il existe encore des Cétacés, des Baobabs, qui témoignent quel énorme développement peuvent acquérir des êtres vivants du règne animal ou du régne végétal. Si grand qu'il soit, ce développement est pourtant limité, tandis que celui des corps bruts n'a pour ainsi dire pas de limite. Un grain de sable qui s'ajoute à un autre grain de sable peut être le point de départ, l'origine d'un vaste continent ; et ces immenses deltas qu'on rencontre aux embouchures de grands fleuves ont été formés ou se forment tous les jours du limon que les eaux entraînent.

On assure, à la vérité, que certains polypiers ont pu, en s'agglomérant, former d'importants archipels, et que de nouvelles îles naissent sans cesse par le développement ou le groupement de ces animaux. Mais un banc de corail n'est pas un animal, non plus qu'une ville n'est un homme. Des animaux ou des végétaux peuvent se grouper en grand nombre et de leurs débris ou de leurs produits former des masses considérables; il n'est pas moins vrai que le volume de chaque individu pris

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isolément reste toujours absoltiment Hmité et comparativement petit.

Des mines de houille ou des bancs de craie, aussi loin qu'ils s'étendent, n'auront jamais été composés que de végétaux ou en partie d'animaux d'un volume déterminé.

Ces différences de volume se retrouvent, en quelque sorte, entre les végétaux et les animaux. Dans ces deux règnes, les Infiniment petits peuvent se rencontrer, mais ils sont plus nombreux dans le règne animal que dans le règne végétal. Le nombre des animaux d'un très-^petit volume parait plus considérable en effet que celui des végétaux de pareilles dimensions. Enfin les plus grands, parmi les animaux, n'acquièrent jamais de dimensions comparables â celles des arbres de nos forêts, qui eux-mêmes ne sont pas, il s'en faut de beaucoup, au nombre des plus grands végétaux.

Les corps inorganiques peuvent se présenter sous trois états dlffé* rents : l'état solide, l'état liquide y l'état gazeux. • — Les corps organisés sont tous solides, mais ils renferment dans leur intérieur des liquides et des gaz.

Les corps inorganiques sont susceptibles de prendre toutes les formes, c'est-à-dire qu'ils n'ont pas nécessairement des formes déterminées. Résultat d'une agglomération de molécules, ils peuvent présenter des figures variables qui n'ont rien de fixe et qui dépendent des circonstances accidentelles au milieu desquelles ils se sont constitués. Quelques-uns d'entre eux sont néanmoins susceptibles de cristalliser et prennent alors des formes géométriques déterminées, mais alors aussi leur régularité résulte de surfaces planes réunies sous certains angles constants. Tous les cristaux sont des polyèdres rectilignes*

Les corps organisés ne présentent jamais de formes géométriques rec- (ilignes. Constitués par des globules plus ou moins arrondis, par des cellules plus ou moins allongées, par des organes plus ou moins hétérogènes, les êtres organisés offrent les plus grandes variétés de formes dont l'irrégularité géométrique est à peu près constante dans chaque espèce. Ainsi chaque corps organisé a une forme déterminée, d'après son origine, et presque complètement indépendante du milieu dans lequel il se développe ; mais cette forme est toujours limitée par des lignes courbes ou plutôt par des surfaces courbes, et de plus elle est toujours variable dans certaines limites.

Abstraction faite des êtres les plus bas placés dans l'échelle végétale et dans l'échelle animale, on peut aussi distinguer les végétaux des animaux

ixvi iutboduction.

d'après la forme. Chez les premiers, en effet, il y a tendance à se déve* lopper sous forme ramifiée en deux sens opposés pour les racines et pour les branches; chez les seconds, les formes se concentrent et présentent généralement un aspect à peu près globuleux, c Un végétal, dit de CandoUe, est composé de deux cônes (dans les exogènes) ou de deux cylindres (dans les endogènes) appliqués par leurs bases, disposés dans le sens vertical et s'allongeant indéfiniment par leurs extrémités (1). >

Cette symétrie, qui existe entre les deux moitiés superposées des végétaux, se retrouve entre les deux moitiés latérales des animaux; mais les animaux supérieurs présentent deux moitiés latérales parfaitement symétriques, tandis qu'il n'y a qu'une analogie et non une symétrie véritable entre les racines et les branches.

Dans leur structure^ les corps inorganiques ne présentent aucune partie qui soit nécessairement différente de la masse totale. Chaque division d'un cristal est un cristal pareil, plus petit ; les masses les plus considérables peuvent être réduites en une poudre dont les grains seront identiques les uns avec les autres.

Dans les corps organisés il existe nécessairement des parties hétérogènes, les unes solides, les autres liquides, et formant autant de divisions qu'on ne saurait subdiviser sans les détruire. Ainsi, dans une plante, on pourra distinguer des branches, des fleurs, des feuilles; mais la division d'une feuille en plusieurs fragments ne donnera que des débris qui ne représenteront plus rien de la plante.

< Toutes les parties d'un corps vivant, soit végétal, soit animal, a dit Richerand, tendent et concourent à un but commun, la conservation de l'individu et de l'espèce; chacun de leurs organes, quoique doué d'une action particulière, agit pour remplir cet objet, et de cette série d'actions concurrentes et harmoniques résulte la vie générale ou la vie proprement dite. Au contraire, chaque partie d'une masse brute ou inorganique est indépendante des autres parties auxquelles elle n'est unie que par la force ou l'affinité d'agrégation ; lorsqu'elle en est séparée, elle existe avec toutes ses propriétés caractéristiques et ne diffère que par son volume de la masse à laquelle elle a cessé d'appartenir. >

Dans leurs divisions, de même que dans leur ensemble, les-corps bruts se distinguent des corps organisés. Un cristal ou une poudre amorphe sera le dernier terme de la division des substances inorganiques ; dans les substances organisées, le microscope fera toujours retrouver, comme

(1) Organographie végétale^ t. I, p. 249.

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partie élémentaire, une cellule ou un globule que Tespritméme ne saurait diviser sans les détruire. Ainsi, tandis que, réduites en poudre, les substances organisées sont détruites et incapables de se reconstituer, il suffit d'un peu de chaleur ou d'humidité pour que les poudres en les* quelles on aurait réduit des corps inorganiques s'agrègent, cristallisent et reforment le corps dont elles avaient fait partie primitivement.

L'hétérogénéité des parties constituantes des corps organisés a une telle constance, qu'il a été possible d'examiner ces parties en elles-mêmes, abstraction faite du corps auquel elles appartiennent. Ainsi les liquides et les solides qui entrent dans la composition des végétaux et des animaux présentent entre eux certains caractères, certaines analogies, certaines différences, quel que soit le végétal ou l'animal dont ils émanent. C'est pour cela qu'on a distingué sous des noms particuliers les principaux liquides, les divers tissus dont la réunion constitue les corps vivants.' Ces liquides et ces tissus ne sont pas identiques dans les végétaux et dans les animaux, et' les différences qu'ils présentent peuvent aussi servir à distinguer les deux règnes d'êtres vivants.

D'abord, relativement à la quantité, on observe que les liquides sont l)eaucoup plus abondants chez les animaux que chez les végétaux ; et ce fait généralisé tend h établir que les parties fluides dans les corps organisés sont en ra*ison directe du degré de vitalité. Ainsi, c'est pendant la vie embryonnaire, alors que l'énergie vitale est le plus prononcée, que les liquides sont le plus abondants. Dans l'enfance encore, la quantité relative des liquides est plus considérable qu'à une époque plus avancée de la vie, et c'est à la lettre qu'on peut dire que les êtres vivants se dessèchent en vieillissant.

Ces variations, qui s'observent dans l'individu pris en totalité, se retrouvent identiques dans les différents tissus qui le composent. Comparés entre eux, on constate qu'en général les tissus sont d'autant plus pénétrés de liquides, qu'ils sont plus doués de vie ; d'où résulterait qu'en général aussi les organes les plus mous seraient ceux dont les fonctions tiendraient de plus près aux caractéristiques de l'animalité.

Le nombre des liquides est moindre aussi dans les végétaux que dans les animaux : la sève, qui représente dans les plantes le fluide nourricier, est le plus souvent leur seul élément liquide ; dans diverses espèces végétales, il existe en outre le lalex ou suc propre, dont les usages sont peu connus. Chez les animaux supérieurs, au contraire, on trouve, indépendamment du sang, la lymphe, la salive, la bile, le suc pancréatique, la • synovie, le liquide céphalo-rachidien, etc. — Notons encore que le fluide

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essentiel de la génération des animaux est représenté dans le régne végétal par une masse pulvérulente, le pollen.

La composition des liquides est beaucoup plus simple dans les plantes que dans les animaux, et le globule qui constitue, pour ainsi dire, le fluide nourricier des animaux (sang) n'a pas d'équivalent dans la sève, qui n'est guère que de l'eau chargée d'acide carbonique, de sels minéraux et de substances organiques.

Quant aux parties solides qui entrent dans la structure des corps organisés, elles diffèrent tellement dans les végétaux et dans les animaux, que, sous ce rapport, il est assez difficile d'établir entre eux des points de comparaison.

Un corps central, ovoïde ou sphérique, appelé noyau (pourvu luimême habituellement d'un nucléole)^ entouré d'une masse amorphe, granuleuse et plus ou moins abondante, nommée protoplasma^ le tout environné le plus souvent d'une membrane secondaire, telles sont les parties constituantes de la cellule j élément essentiel et quelquefois unique des végétaux. Chez les animaux, la cellule ainsi constituée se rencontre dans les espèces inférieures, ou pendant la vie embryonnaire des espèces plus élevées. Que les cellules s'allongent, se juxtaposent à leurs extrémités, et le tissu vasculaire des végétaux se forme : tissu cellulaire et tissu vasculaire, tels sont les éléments constitutifs des plantes dont la texture offre peu de diversité.

Pendant longtemps on a cru aussi que les animaux n'étaient formés que d'un seul tissu, la fibre élémentaire. Les uns la disaient creuse, d^autres pleine. Ruysch supposait que le corps n'était qu'un amas de vaisseaux sanguins, et Mascagni de vaisseaux lymphatiques. Cependant Haller avait reconnu que, malgré les injections les plus fines et les plus pénétrantes, on trouvait toujours des portions d'organes qui n'étaient pas constituées par des vaisseaux.

Depuis Sclileiden, on a souvent admis que, chez les animaux comme chez les végétaux, la cellule est l'élément constitutif de tout l'organisme. Il est bien vrai que, pendant la période de formation, les cellules sont le plus souvent les premiers éléments des tissus qui apparaissent : ainsi on les trouve formant le blastoderme dans l'œuf des mammifères, avant qu'aucun autre élément organique puisse être distingué. Sans doute, on trouve encore les cellules comme éléments essentiels et prédominants dans un grand nombre de tissus d'individus adultes, dans l'épithélium, dans les cartilages, dans les culs-de-sac tenninaux des

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