‹ Traité de physiologieChapitre 84 sur 141 · LYMPHE · texte numérisé non relu

LYMPHE

ioe nourri de ftves et d'avoine^ donne à ces deux liquides la composition

sui?ante :

chyle. Lymptie.

Eau 90,287 96,536

Matière albummeoM 3,516 4,200

WbriM 0,370 0,120

Kxirait animal solnble dans l'eau et l'alcool . . 0,332 0,240

Extrait animal solnble dans l'eau seulement. . 1,233 1,819

Matière grasse 3,601 traces

Ciilonire, sulfate, carbonate et phosphate \

alcalins J 0,711 0,585

Oxjde de fer j

Dans cette expérience, le chyle avait été extrait des gros chylifères qui se rendent des ganglions du mésentère au réservoir sous-lombaire, et la lymphe provenant des vaisseaux lymphatiques des membres postérieurs.

11 résulte de cette analyse comparative que la lymphe et le chyle^ qui se composent à peu près des mêmes éléments solides, diffèrent néanmoins par les quantités relatives de ces éléments , qui sont moindres dans la ijmphe que dans le chyle (*}.

La lymphe de l'homme, extraite d'une blessure des vaisseaux lymphatiques du dos du pied, a été analysée par Marchand et Colberg (1) ; elle contenait :

Eau 96,926

Fibrine 0,520

Albumine 0,/t3ft

Osmasome (et perle) 0,312

Huile grasse et graisse cristalline. ... .... 0,264

Chlorure sodique

Chlorure potassique

Cartionate et.laetate alcalins i . . .^

Sulfote calcique [ *'***•

Phosphate calcique

Oxyde ferrique

Lbéritîer (2) a analysé la lymphe provenant du canal thoracique d'un lomme mort d'un ramollissement du cerveau, et n'ayant pris qu'un peu l'eau trente heures avant sa mort. Ce chimiste a trouvé :

Eau 924,86

Fibrine 3,20

Albumine 60,02

Graisse 5,10

Sels. 8,25

(*) Bsn (L(Mdon ànd Kdinh, Philot, Magat., 1842, p. 508) a eu occasion d'analyser le éJange de iymphe et de chyle contenu dans le canal thoracique d'un homme, une heure et noie après la mort par suspension. Cette analyse a donné : lEau, 90,48 ; albumine et traeet * fibrine, 7,08 ; matières grasses, 0,92 ; extrait aqueux, 0,56 ; extrait alcoolique, 0,52 ; ilomre &m potassium, carbonate, sulfate et traces de phosphate potassiques, avec oxyde tor- «P». 0,44.

i) Moiixm's ilrcAtv., 1838, p. 134.

2} Udtarma, TraU, de chim. paih,^ de 4. Bscai^nEL M RoDlU, p. 2. Paris, 1864.

686 DE L^ABSOBPTION.

Noua oiioas cette dernière analyse (qui présente certainement une erreur de chiffres) sans y attacher la même importance qu'à celle dont QoéTenne et Gubler (1) ont fait connaître les résultats. Il s'agit, comme nous ^aTon^ dit plus haut, de lymphe s'écoulant chez une femme vivante, des vaisseaux lymphatiques de Taine devenus variqueux. Considérant ce liquide comme exempt de mélange avec le chyle aussi bien que de toute antre altération, ces expérimentateurs le donnent comme type de Tétat normal et lui assignent la composition suivante :

rUmÈBE ANALYSE.

Pour iO# ITintuM.

Fibrine 0,656

Matière gnsse 0,382

Matière albuaûneuse , contenant seulement 1 centième de son poids de phosphate ter- f 6,013

reux, avec traces de fer 4,275 \ de

Kxtraii h|dnH«koolique, eoatenant du mère \ matèriaex et ayant labsé par incinération 0,730 d'un mélange salin composé de chlorure, phosphate et carbonate lodiques 4,300

Bau 98,987

BEDXitn AKALTSB.

Pour 100 gramme*.

FOwlne 0,068 \

Matière grasse fusible à 39» c 0,920 J

Matière albuminouse avec /race« 6fe /<?r. .. . 4,280 / 6,523

Extrait hydro-alcoolique, contenant du sucre \

au nombre de ses éléments 1^260 '

Il n'y a de différence marquée entre ces deux analyses que pour la quantité de matière grasse, qui est près de trois fois plus considérable dans la deuxième : sous ce rapport, il en serait ici comme dans le lait, où l'élément essentiellement mobile, quant aux proportions, est aussi la matière grasse.

Ces deux mômes analyses rappellent Texistence dans la lymphe d'un principe immédiat déjà aperçu par Brande (2), à savoir : une espèce de iuete {*). Biles démontrent de plus, dans le caillot de lymphe, la présence contestée du ftr. Il est vrai qu'aux yeux de Gubler et Quévenne, la lymphe renfermerait, normalement et en assez grand nombre, des globules hématiques auxquels on a coutume de rapporter les teintes jaune ou rougeâtre de ce liquide, et desquels aussi, comme chacun le sait^ le fer est un élément constitutif.

Les analyses chimiques de ces deux auteurs diffèrent, sous plusieur<

(1) Qttvsmns et GtmiiR, he, dU

(S) BàAimfe, PhUos. Transact fbr the year 4812; et ScbwkigCER's Joumal^L IVI, p. 870.

(*) Cette espèce de sucre, dont nous aurons plus tard I déterminer Torigine, est répuik êtfê de la glycose.

PoiSEUiLLE et liEroRT (mémoire lu à l'Académie des scienees, séance du 22 mars 1850) es ont bit connaître la quantité chei un chien et un cheval tués en pleine difestloo : elle lUii de 0,l86 dam la lymphe du chien, et de 0,ia2 dans la lymphe du cbenl.

rapports, de celles que nous avons citées précédemment. Ces différences portent principalement sur la matière grasse, l'albumine et la fibrine. Tandis que Quévenne et Gubler ont obtenu une première fois 0,S89 et en dernier lien 0,920 dégraisse sur 100,000 parties de lymphe, Marchand et Colberg, par exemple^ n*en ont trouvé que 0,36/!i. Rees en signale seule^ ment des traces, et Gmelin ne Tindique pas du tout. Dans le cas des deux chimistes français, la proportion de matière albumineuse s'élève de &,275 k 6,280; elle est presque une fois plus faible dans celui de Omelin (2,750); dans le fait de Rees, en réunissant les trois substances qu'il désigne sous les noms de matière albumineuse et de matières animales extractives solubles dans l'eau et l'alcool ou dans l'eau seulement^ on ne trouve pour ehiffi^ total que 2^159 ; enfin Marchand et Golberg n'en accordent dixième partie de la quantité extraite par Oubler et Quévenne^ et de celle qui a été trouvée par les autres expérimentateurs (1). En revanche, les chimistes de Halle comptent jusqu'à 0,520 de fibrine^ c'est-à-dire près de dix fois autant que ceux de Paris en ont rencontré dans le même poids de lymphe. « Or, disent ces derniers (2), bien que les chifi^es donnés par Rees (0,120), et surtout par Gmelin (0^250), s'éloignent beaucoup moins que le nôtre de Té* valuation de Marchand et Golberg, nous ne pouvons nous défendre de penser que l'analyse de ces derniers savants est entachée d'erreur {*). D'une part, OQ ne comprend guère que la lymphe soit si pauvre en albumine, et, d'autre part, il semble peu probable qu'elle renferme une proportion de fibrine supérieure à celle qui est normale dans le sang. La faible quantité de lymphe sur laquelle Marchand et Golberg ont dû opérer (puisque, d'après Henle(3), ils n'en avaient pu recueillir qu'un gramme et demi dans l'espace de \ingt-quatre heures) expliquerait suffisamment l'inexactitude de quelques-^ uns de leurs résultais. »

La conclusion générale du travail de Gubler et Quévenne peut être for* mulée dans cette proposition : La lymphe diffère du sang seulement par les quantités absolues et les proportions relatives de ses éléments, qui lui sont d'ailleurs presque tous communs avec ce dernier fluide.

J'ajouterai qu'en 1856 Ad. Wurtz O m'a dit avoir trouvé de Vwrée dans la lymphe du chien et du cheval.

(1) En y agoutont rosmasome, soit 0,312, on n'obtiendrait encore que 0,746 de matières albuminoldee.

(2) Loc. cit.

n D'aiAeiirs il est permis de se demander si Gmeun et Reu, ({ui ne soupçonnaient pas la pf^tence d'oae grande quantité de globules emprisonnés dsns le réseau flbrineux, comme l'adineUent Gubler et Quévenne, ont pris la précaution de laver le caillot, et s'ils ont eu, comme <0Xf le soin de le dessécher jusqu'à poids constant.

IVoQs croyons devoir rappeler que les analyses de Rees et de Gmelui, dont les chiffres vienyié'ètra dtés, ont porté sur la lymphe de Tâne et du cheval, et non sur celle de l^omme, c^nune ont l'air de le penser Goiileb et Qvtmiini. Cbei l'homme, Rnt n'a analysé qM le ^»{uide mixte contenu dans le canal thoracique (voy. plus haut la note de la page 485.)

(3) Herle, Anat, générale, trad. franc, de Jourdan, t. 1, p. ^^b,)

(**) Communication écrite du 22 mars 1858. — Wurtz avait déjà signalé la présence de rKrée dans le cbyle d'un taureau nourri à la viande {Bulletin de ràcad, de méd, de Péris, 1857) ; il l'a oonstalée^ depuis, dans le cbyle du chien.

hM DE l'absorption.

tt La lymphe^ dit cet habile chimiste, contient une proportion i^urk beaucoup plus forte que celle qui est normalement contenue dans le sang. On peut admettre que l'urée qu'elle renferme provient des métamorphoses qui se passent dans rintimité des tissus : c'est le dernier terme des oxydations successives qu'y éprouvent les matériaux azotés devenus impropres à la vie. Ces oxydations ne se passent pas dans le système capillaire sanguin^ comme on l'a dit quelquefois, mais sur place en quelque sorte, dans la trame des organes, partout où leurs matériaux constituants ont besoin d'être détruits et renouvelés. Les radicules des lymphatiques plongeant dans ces tissus aussi bien que les radicules des veines^ les unes et les autres doivent absorber les produits des métamorphoses. Si ces métamorphoses s'accomplissaient exclusivement dans le système capillaire, on ne comprendrait pas comment les produits qui en résultent se trouveraient dans la lymphe en plus grande quantité qu'ils ne sont contenus dans le sang. Parmi ces produits de métamorphose intermédiaires entre les substances complexes qui se détruisent et les derniers produits de leur oxy* dation (Kurée, l'eau, l'acide carbonique), j'ai trouvé, dans la lymphe, de Vacide formique et de Vacide lactique; j'ai confirmé le fait annoncé par Colin concernant la présence d'un sua'e fermentescible dans le chyle et dans la lymphe. Jusqu'ici, je n'y ai pas rencontré diacide hippurique.»

Il serait bien à désirer, pour l'histoire physiologique de la lymphe, que les chimistes pussent se convaincre davantage de l'importance qu'il y a» pour le contrôle réciproque de leurs analyses, à accomplir celles-ci dans les mêmes conditions d'espèce, d'âge, de trajet dans l'organisme, d'alimentation ou d'abstinence.

Nul doute que le jeûne, par exemple, ne modifie sensiblement la composition de la lymphe. Chez les chiens, ce liquide est, pendant les premiers temps, plus riche en principes constitutifs, plus coagulable et plus odorant qu'à l'état normal ; puis il perd de ses principes et de son odeur, se coagule plus lentement et finit par ne plus se coaguler du tout (1).

Le tableau suivant présente quelques-unes des différences obser?ées dans la lymphe de ces animaux jusqu'au vingt et unième jour de jeûne :

Aprèfl 38 heures. Aprè« 9 jonrs. Aprèt 91 joorc.

Eau et sels 9400 9314 9368

Fibrioe 30 58 32

Albumine, graisie, matière colorante, etc 570 628 600

Des différences notables existent aussi pour la lymphe quand on vient à la recueillir dans divers points de son trajet. A mesure que ce liquide se rapproche du canal thoracique^ les globules s'y montrent en nombre plu&

(I) CoLL^an et MAaTiGm, Jouma/ dephysiol. expérim,, t. YHI, p. 183.

CHYLE. tki9

considérable, et la fibrine augmente de quantité. Hewson (t) considérait es ganglions lymphatiques comme des organes destinés à former les glo« Mes de la lymphe : il ne faut pas croire néanmoins que ces corpuscules lûivent leur origine aux ganglions seulement, puisque J. Mûller (2) en a rouvé dans des vaisseaux qui n'avaient encore traversé aucun ganglion. bis Qoe analyse comparative, faite par Gmelin (3) sur la lymphe du plexus ambaire et sur celle du canal thoracique, chez le cheval, tend à établir oe l'augmentation de la fibrine peut réellement avoir lieu dans les ganiioDs lymphatiques : ainsi^ dans la lymphe recueillie avant son passage travers ces organes, la proportion de fibrine était de 25 pour 1000, et^ m la lymphe thoracique^ de 1x2 pour 1000.

Du reste, il en est de la lymphe comme du chyle : ces deux liquides paissent subir dans les ganglions une élabofation qui a pour résultat d'en 'rfectionner les éléments et de rapprocher de plus en plus leur composi- >Qde celle du fluide sanguin auquel ils aboutissent l'un et Tautre.

II.— Nous avons dit que c'est au liquide circulant dans les lymphatiques l'intestin, durant la période digestive, qu'on doit réserver le nom de If/f. Nous avons vu aussi qu'on ne saurait plus, avec les anciens physionstes^ regarder ce fluide comme l'unique produit utile de la digestion; en d'autres termes, le contenu de l'appareil chyliffere ne représente pas iif la matière nutritive extraite des aliments, et que, comme auxiliaire Lisant de cet appareil, existe encore le système de la veine porte pour Qcourir à l'absorption digestive.

Vient-on à sacrifier un chien, par exemple trois ou quatre heures après 1 repas ordinaire de viande, et à examiner le mésentère et la muqueuse l'intestin, on est tout d'abord frappé de la présence d'innombrables K^risations blanches qui ne sont que les chylifères distendus par une aeur offrant l'aspect du lait; la citerne sous-lombaire et le reste du canal )racique, fortement dilatés, sont également remplis d'un liquide anane à celui qui se trouve actuellement dans les chylifères. Ouvre-t-on iiparativement un autre chien dont la digestion intestinale est entière- 'nt achevée, l'aspect de l'appareil chylifère est bien différent : les lymttiqnes de l'intestin, rétrécis, contractés et ne renfermant plus qu'un ulde transparent et analogue à celui qui circule dans toutes les autres ^es du système lymphatique, sont à peine apercevables sous la forme filaments translucides : le canal thoracique, avec sa citerne lombaire, aussi sensiblement diminué de calibre et ne renferme plus qu'un liquide > ou moins transparent.

Les différences sont très-frappantes encore, quand on a pratiqué des loles au canal thoracique vers son abouchement dans les veines sous- «iMères ou jugulaires internes. Alors, sur les animaux dont la digestion

'^ HtWMR, Expérimentât Inquirxes, «te., t. HI, p. 67.

i; i- ■0LLn« Archiv fStr Physiologie^ 1835, p. 113.

^, Ait. Hoblleb, Ùuseri, experim, cirea chylwn, sistem, Heidelbarg, 1819.

&90 DE L*ABSORPnON.

est en pleine activité, et notamment sur les raminants, chez qui cette fonction est à peu près continue, on voit des masses énormes de liquide lactescent s'écoulerl Textérieur (1). Toutefois, si l'écoulement du liquide par les fistules est continu, il est facile de reconnaître que les quanlité^ écoulées, dans un même laps de temps, sont notablement moindres pendant les intervalles des repas.

De pareils faits, en démontrant la coïncidence de la réplétion du sy<^tème chylifère et de la présence dans le tube digestif de matières susceptibles d*6tre absorbées, sont donc bien propres à établir qu'à chaque période digestive de nouveaux matériaux s'introduisent dans les vaisseaux lympbtiques de l'intestin.

Nous sommes ainsi amené à nous enquérir de la nature variée de ce> matériaux qui entrent dans la composition du chyle. Mais^ avant d'étudier ce liquide au point de vue chimique, nous dirons comment on doit le recueillir, quels sont ses caractères physiques et ses propriétés diverses.

a, — Si, comme autrefois, on voulait recueillir le chyle dans le canal thoracique, on le trouverait, môme dans les moments de la plus grande activité digestive, mélangé avec une assez grande quantité de lymphe. Heureusement il est facile, par un autre procédé qui est dû à Colin (?), d'obtenir le chyle pur ou presque pur, sur des animaux vivants, sans troubler profondément les fonctions digestives. Il existe en effet, surtout chex le bœuf, une disposition anatomique consistant en ce que des vaisseaux lactés, considérables et peu nombreux, se réunissent en un gros tronc qui suit l'artère mésentérique et sa veine satellite, tronc qui reçoit sur son trtjet plusieurs branches provenant des divers points de Tintestin. Or, en fixant de petits tubes d'argent, soit au vaisseau chylifère principal, soit à se» afférents, on peut, en quelques instants, se procurer de grandes quantités de chyle presque complètement exempt de lymphe. Du reste, d'apré^ Colin, les détails de l'opération sont fort simples : lorsque le bœuf a ruminé pendant quelques heures après le repas, une incision de i3 à 15 centimètres est pratiquée au flanc droit, et l'on retire par cette ouverture It mésentère avec quelques anses d'intestin grêle. Dès que le chylifère principal est mis à nu^ on l'incise et l'on y fixe un tube d'argent à l'aide d'une ligature, puis, après avoir fait rentrer dans l'abdomen les parties mises momentanément au contact de l'air, on peut aisément recevoir dans une capsule le liquide qui s'échappe du tube. S'il s'agit de continuer à recueillir le liquide pendant longtemps, on adapte au tube un prolongement flexible de caoutchouc, en prenant la précaution de fermer la plaie de l'abdomen par unt suture. Enfin, lorsqu'une quantité suffisante de chyle a été obtenue, oo détache les tubes avec précaution et l'on abandonne à lui-même ranioiali qui ne tarde pas à se rétablir.

(1) CoLW, Traité de physiol. comp. des animaux domestiquée^ 1. 11, p. iOO •! MÎv. P*"^ 1856. — Et Mémoire sur la formation du chyle^ lu à TAcad. de méd« d« Park daat lai du 7 juiUet 1857.

(2) GouN, ouvr. cité, t. 0, p. 5 et tuiv.

GRTtE. &91

En piquant, lors de leur réplétion, les vaisseatut lactés du mésentère le plus près possible de l'intestin ou sur l'Intestin lui-même, t)n arrive encore à se procurer du chyle à peu près privé de lymphe. Mais la quantité ainsi recueillie^ si elle suffit aux observations microscopiques, ne saurait, en jT^Déral, servir à faire des analyses et à déterminer la composition du chyle. Le même procédé peut être mis en usage sur les chylifères qui ont déjà traversé des ganglions^ lorsque, sous certains rapports, on veut étudier rumparativement le chyle qui a dû subir l'action de ces organes et le chyle qui ne Ta pas encore subie.

Mais quand, sur le chien en particulier, on se propose d'obtenir une qoantité de chyle assez considérable pour en ftire l'analyse^ on est bien forcé de l'extraire encore du canffl thoracique, où conséquemment il est mt^lé h la lymphe provenant des diverses parties du corps. A cet effet, .tprès avoir tué l'animal par, strangulation ou par section de la moelle allongée au moment où la digestion est en pleine activité^ on incise la poitrine dans toute sa longueur et l'on passe un stylet armé d'une ligature lu-devant de la colonne vertébrale, de feçon à embrasser l'aorte, l'œsophage et le canal thoracique, le plus près possible du col. En renversant ou en cassant les côtes gauches, on trouve le canal thoracique accolé à ■ œsophage : sa partie supérieure est détachée et incisée avec précaution, {>uison reçoit dans un vase le chyle qui s'écoule (1). On aide à cet écouleii^nt en comprimant doucement la masse intestinale. — Un autre procédé , onsiste à ouvrir le thorax au niveau des cartilages costaux du côté gauhe, ainsi que la paroi abdominale correspondante ; l'aifimal meurt par ^phvxie. Le canal thoracique, rapidement mis à découvert^ est alors lié •ur plusieurs points, de manière à circonscrire avec des ligatures des espao desquels on fait sortir le ohyle par ponction du canal*

à. — En parlant de la lymphe, nous avons donné une idée approximative !p la quantité de liquide {lymphe et chyle) que le canal thoracique déverse, ii vingt-quatre heures, dans la masse du sang, et nous avons essayé de f'nlr compte des dilTérences qu'apportent, dans la quantité et la qualité de c liquide mixte, la période digestive et la période de jeûne. On a pu voir Hurquoi, dans les évaluations de quantité que nous avons rapportées ' iprésles expériences sur de grands herbivores pourvus de fistules du canal lioracique, on ne saurait arriver à faire la part exacte du chyle et celle if la lymphe.

f. — Le chyle, qu'on se représente généralement comme un fluide t^-anc, opaque et analogue à du lait, offre en réalité des caractères physiques et des propriétés qui varient suivant les espèces animales et le genre If nourriture. Ce liquide, qui est blanc laiteux chex les carnassiers nourris <J*' Mande et chez les herbivores encore à la mamelle, n'est plus qu'un pt-u lactescent chez les herbivores adultes et placés dans les circonstances

.1, XAiUBdl, Met» éiêmint. dephystoi.^ t. Il| p. 172.

&02 DE L*AB80RPnON.

ordinaires. D'après Tiedemann et6melin(i), il est tout à bit clair chez les brebis auxquelles on a fait manger de la paille, laiteux chez celles qui ont avalé de Tavoin^^ comme chez les chevaux auxquels a été donnée aussi cette dernière substance* Ces expérimentateurs disent aussi avoir obsem un chyle limpide ou à peine lactescent chez des chiens qui avaient mange de l'albumine liquide, de la fibrine, de la gélatine, de l'amidon, du gluten ; il offrait une teinte manifestement blanche chez ces mêmes animaux nourris de lait, d'os, de viande, etc.

Le chyle .des PottMi», d'après Alex. Mouro(2) et W. Hewson(S), peut être opalin ou blanchâtre^ mais il est le plus souvent limpide et touti fait transparent. Il en est généralement ainsi chez les Reptilei ; toutefois, suivant W. Hewson, le chyle serait lactescent chez le crocodile, e( Duvernoy (4) aurait vu ce liquide d'un beau blanc de lait chez un trigonocéphale à losanges. Chez les Oiseaux^ le chyle est transparent comme la lymphe : ainsi Lautb (5) l'a trouvé incolore chez les dindons, les poules, les hérons les cigognes, les goélands^ les canards, les oies sauvages ou domestique^ Chez un pic-vert, qui s'était nourri de fourmis, Duméril a pourtant Tub vaisseaux chylifères remplis d'un fluide blanchAtre.

Nous dirons plus loin à quelle cause on doit généralement attribuer ce^ différences dans l'aspect du chyle.

La saveur du chyle, ordinairement douce ou un peu salée, ne retient pa>t d'une manière appréciable, celle des aliments qui ont fourni ce liquide. Elle est néanmoins légèrement sucrée chez les animaux nourris de féculents ; c'est qu'en effet, dans ce cas surtout, le chyle renferme une certaio<> proportion de glycose.

Son (Mfetir, au dire de quelques expérimentateurs, rappellerait celle du sperme humain, non-seulement dans l'homme, mais dans le cheTal. le chien, le mouton, etc., et généralement dans tous les animaui où le chyle a été examiné chez les femelles comme chez les mAles, cbti ceux à qui les testicules ont été enlevés depuis longtemps, comme chez ceux qui les ont encore. Il serait peut-être plus vrai de dire que ce liquide exhale une odeur qui varie suivant les espèces : Tiedemann et Gmelin (6J, en flairant le chyle d'un chien nourri, pendant quatre jours, avec du beurrafondu et de l'eau, y ont reconnu l'odeur propre à cet animal; Yauquelin (7), en traitant le chyle du cheval par les acides, a constaté qu i) s'exhalait du mélange « une odeur de soufre qui a quelque analogie avei celle des écuries » ; et Bouisson (8), en appliquant le procédé de Barruei

(i) TiEDEMAmr et Ghelui^ Heeh, expérim. sur la digestion^ t. I, p. 276, 308, 318, cu trad. de Jourdan.

(2) Alex. Monro, The Structure and Phyaiohgy ofFishes. Edinb., 1785.

(3) W. Hkwson, Philos. Trans.^ 1769, p. 20A.

(à) BuvEaNOT^ Leçons dTanatomie comparée de G. Cuvux, 2« édit.^ t. VI, p. 3. Pans, 1839

(5) Ladth, Annales des sciences naturelles, V série, t. IH, p. 386.

(6) TiEDEMARR et Ghklin, Recherches expérim, physiol. et chtm. sur la digestion^ tnà. à^ Joordan, t. I, p. 193. Paris, 1827.

(7) Vauqoelin, Annales de chimie, U LX\XI,p 118, et Annales du Muséum^ t X^ill p. 243.

(8) BovissoN, Etudes sur le chyle^ dans Gaz. méd. de Paris, 1844, t. XU, p. 412.

CHYLE. i!i93

pour dégager le principe odorant du sang, qui difière selon les animaux, a reconnu que quelques gouttes d'acide sulfurique concentré versées sur du cbjle de chien, récemment extrait du canal thoracique, développent l'odeur particulière à cette espèce animale.

La fluidité du chyle est assez grande pour lui permettre de sortir par jet de ses vaisseaux. TdUtefois sa consistance est variable suivant la nature des aliments et la quantité de boisson. Il en est de môme de sa densité^ qui, inférieure à celle du sang^ est supérieure à celle de Teau : elle est^ en général, de 102! à 1022, d'après Alex. Marcet (i).

'/. ~ Vétude microscopique du chyle a été faite par un assez grand nombre d'observateurs. Pour procéder à cette étude, on conseille de chauffer à la température de 35 degrés centigrades le port&objet et de délayer le chyle dans une goutte d'eau élevée à la même température. Cette précaution est prise dans la croyance qu'on empêche ainsi une coagulation trop rapide. L'aspect microscopique varie d'ailleurs suivant le point où le chyle lété recueilli.

Deux sortes de corpuscules sont tenus en suspension dans ce liquide.

l' Il en est qui, signalés pour la première fois par Bohn, Asche et Bercer 2), sont formés par la matière grasse émulsionnée, c'est^-dire divisée n particules d'une grande finesse ; on les rencontre surtout dans le sérum. N sont dépourvus de noyaux et présentent des dimensions variables. Ces orpuscules graisseux du chyle, solubles dans l'éther^ sont parfaitement phériques, transparents au centre et obscurs sur les bords. Leur nombre iminue à mesure que le chyle s'approche de la veine sous-clavière^ mais etle diminution a lieu surtout au niveau des glandes mésentériques* C'est eux principalement que le chyle doit son opacité.

2* 11 y a d'autres corpuscules qui diffèrent aussi entre eux sous le report du volumle:les uns, très-petits, sont les ^/oAii/tf» ; les autres, plus éveloppés, sont les globules proprement dits.

Sous le nom de globulinsy ont été décrits des corpuscules clairs, demi- ^nsparents, sphériques, égaux à leur surface, d'un diamètre d'environ 0016 de ligne (Wagner), insolubles dans l'eau et dans Téther, solubles tns l'ammoniaque. Quelques observateurs supposent que de leur agrégaon résultent les globules proprement dits.

Quant à ces 4cn]iers, ou globules du chyle^ ils sont un peu irréguliers sur > bords d'après Gurlt(S}; C. H. Schultz(4), Valentin{5). R. Wagner (6), accordent à leur reconnaître une surface inégale et granulée. Suivant oe emier observateur (7), ils sont circulaires chez les animaux qui ont les iobuies du sang elliptiques.

(1) kixt, MasccT) Some BxpeHm» on ihe Chem, Nat, of Chyle, tïc., dans Medic^Chir.

'?) Ascnei BBi6n« aalauri cités par Hallir, dans Elementa physiologiœ, t. Vit, p. 63.

'3) OotLT, Lehrlmch der %>ergleichenden Pkysioi.^ p. 136.

!i) C. H. SCBOLn, DoiSyitem der Circulation^ p. 39.

<^ Valbitiii, Repertorium, etc., t. II, p. 72.

^) W&finm, Zur vergleichenden Physiologie des Blutes^ t. II| p. 25.

■7) Oucr. ciU, p. 24.

M& DE L'ABSOaPTJON.

Leur diamètre^ chez Tbomme, est de 0,0040 de ligne^d^après Wagner (l), et de 0^0024 selon Valentin (2); de 0,0009 à 0,0015 de ligne, suiYant &rause (3). G. H. SchulU (6) Tévalue à 0,0005 ou à 0,0008 chei les mammiféres en général;. Gurlt (5) à 0,00S6 chez les chevaux; Prévost elleroyer(6) à 0,0015 chez la brebis. J. Mûller(7) dit qu'en général les globules du chyle sont plus petits que les globules du sang chez les mammifères (veau, chèvre, chien), qu'ils leur sont rarement égaux (chat) ou supé* rieurs (lapin), H. Nasse (8) prétend au contraire qu'ils sont plus gros que ces derniers chez rhomme. Quant à Bpuisson (9), il affirme aussi que le» globules chyleux les plus développés n'atteignent jamais le diamètre (le> globules sanguins; assertion opposée à celle de Vogel (10), qui assigne aux globules du chyle et à ceux de la lymphe un diamètre de 0,0035 à 0,0053 de ligne, et aux globules du sang aussi O^OOSS.

Le nombre des globules chyleux proprement dits augmente à mesure que le chyle s'avance dans le système lymphatique, ce qui démontre qu'ils tV forment; on en trouve beaucoup plus dans le canal thoracique que dans le« vaisseaux du mésentère^ au delà qu'en deçà des ganglions. La proportioa dans le nombre des globules graisseux du ohyle parait suivre une loi invene. d'après les observations de F. Arnold (11), de Sc&uitz (12)^ Drause, etc.

Aux globules du chyle, qu'on suppose formés d'albumine coagulée ou de fibrine, Valentin (13) accorde un noyau intérieur, dont l'existence est niée par Bischofr(l^). Suivant Bouisson, la plupart des globules n'offrent qu^un seul nucléole central, mais on en trouve quelques-uns avec des nucléoles multiples; ces derniers globules lui ont paru plus nombreux chez les herbivores que chez les carnivores, et spécialement chez le lapin que cbei le chien.

Les globules du chyle ne doivent pas tarder à devenir entièrement semblables à ceux de la lymphe, puisqu'il n'y a déjà plus moyen de distinguer les uns des autres dans les troncs des vaisseaux chylifères. '

Quant aux globules sanguins colorés, dont beaucoup d'observateurs ont admis la présence dans le chyle et dans la lymphe du canal thoracique comme fait normal et non comme accident, on a cru devoir conclure qn'ii^ proviennent des corpuscules propres à ces deux liquides, de la même manière que les cellules naissent de leurs noyaux. H. Nasse (15), surtout, dto'

(i) WAOïisi^ ouvTé cité^ p. 81.

h) Valehtui, Bepertorwm^ t. I, p. 278.

[3) Kravse, Handbuch der mensailichen Anatomie^ t. I, p. 499.

(â) C. H. Soivin, Dos System der Circuiation, etc. Stattgard, 1836. h) GusLT, L^rlweh der vergMchenden Phifsioi., p. 138.

(6) Pbéyost et Lebotkr, Bibliothèque universelle de Genève^ U XXVU, p. 233.

(7) J. HOllzr, Manuel de physioLf trad. de Jourdan^ t. I, p. 119. Paris, 1851. l%\ F. et H. Nassb, Unttriuekungen zwr Phytioi, und PaMo/., U II, p. 8 «C tuiv.

(9) Bouisson, loc. cit.

(10) V4k:kl, UntersuclmngeH ueber SiUr, p, 88. (ll^ F. ÀRifOLD, Lehrlmch der PhysioL,i. H, p. 178.

(12) ScHVLn^ ouor, cité^ p. 39.

(13) Valbhtih, rec. cité, t. I, p. 278.

(14) Hueller's Arehiv^ 1838» p» 497.

(15) H. Nasse, loc. cU.

ie Dombreuses observations qui lui sont propres, s'est appliqué à saisir ^ divers degrés de transition par lesquels passeraient les précédents cor- Mbcules pour se convertir en globules sanguins pourvus d'un noyau. Plus Urd| après avoir fait Thistoire du sang, nous aurons occasion de '^^eDîr sur les corpuscules de la lymphe et du cbyle^ et d'examiner la des-

.lutioa physiologique et les métamorphoses qu'on leur a attribuées.

«.—Le chyle, sorti de ses vaisseaux et soumis au contact de Tair^ se caaaie et se divise bientôt^ comme le sang, en une partie solide ou caillot et ae partie liquide ou sérum. Cette coagulation^ due à la présence de la brine, est tellement rapide, qu'on peut l'observer à l'embouchure même ts vaisseaux par lesquels s'écoule le chyle, dont le cours est ainsi trop tavent suspendu dans les expériences.

Dans les premiers moments, il se forme une masse solide, molle, trem- .(»taiite comme de la gelée, adhérente aux parois du vase, mais qui finit ir bubir peu i peu une rétraction assez marquée; cette masse coagulée tsse alors échapper un liquide plus ou moins trouble et blanchâtre qui mstitue le sérum du chyle.

La coagulation s'opère plus rapidement au contact de l'air ou de l'oxy- *Qe que dans les vaisseaux : sur le cadavre, le chyle qui séjourne dans le nal Iboracique peut parfois rester plusieurs heures à l'état liquide, et luisson (1) l'a trouvé tel, même après vingt-quatre heures, chez un sujet Il avait succombé à une mort violente ; mais il se coagula assez rapideent après son extraction du canal thoracîque. Le chyle^ sous ce rapport, fférait donc du sang, qui généralement se coagule dans les vaisseaux m la mort. La coagulation, plus lente dans l'hydrogène sulfuré (2) que n» l'oxygène^ est aussi un peu moins rapide sous l'influence d'une tem*rature élevée que d'une température basse; comme cela a lieu pour le 1% elle est retardée par l'addition au chyle d'une solution alcaline. I^ genre de nourriture a paru à quelques expérimentateurs avoir de ttflueace sur la eoagulabilité de ce fluide : celle-ci était faible chex une ebis nourrie de paille (8) ; elle était à peine marquée chei un poulain 4iveau*né qui n'avait que de la liqueur amniotique dans Testomac (ft). i dire d'Alex. Marcet et de W. Prout, qui ne s'est pas confirmé, l'ali^ entation aninoale, plus que Talimentation végétale, augmenterait le degré eoagulabilité du chyle. Mais, sous ce rapport, le chyle offre des diffé^ Qces réelles, suivant l'endroit de son tnyet où il a été recueilli : Reuss et iimert (5), W, Prout (6), Seiler et Ficinus (7), etc., s'accordent à reconduire que ce liquide, pris dans le canal thoracîque, se coagule d'une ma* ère plus rapide et plus complète que celui qui provient des vaisseaux

0 Bomuoii^ mim. et rec. cité.

3y Kuna, Vêrmeh einer Ph}fHoi, dm IMu/cr, p. 191 et nihr. ^ TiEDOUiH et GneuN, Recherches sur la digestion^ t. I^ p« 309. V GciLT, Uhrbueh der vergleichenden PkyHoi.^ p. iS8. r» ScniiR'ft Journal der Chemie^ U V, p. iSS. '^1 W. PieoT, Annais of Philosopha, vel. XJll, p. iS et S6S. •J) Sdlh et FicniDS, XHêsehrift /Br Natut^ md HHikmde^ U II, p. 9H.

6D6 DE L'ABSOAmOfl.

lymphatiques du méseutère. D'après Tiedemann et Gmelin (1), le chyle, qui n'a traversé aucune des glandes mésentériques, se coagule leDlemeot et faiblement, tandis que celui qui a passé à travers ces glandes donne plm vite un caillot volumineux et compacte ; le chyle du canal thoracique se coagule presque instantanément.

Le cailloiy d'abord mou, visqueux et facile à déchirer, se condense peu à peu pour devenir presque aussi consistant et aussi élastique que lecaiDot sanguin. Soluble dans l'acide chlorhydrique bouillant^ il ne l'est qu'incomplètement dans l'acide acétique et les alcalis, avec l'intervention de U chaleur. Soumis à l'action du feu, il brûle avec lenteur, en répandant une odeur de corne et en laissant un charbon difficile à incinérer. (Vauquelini

Quant au <^rum, il est rarement limpide^ du moins chez les mamIDifèr^; plus souvent lactescent ou opalin, il ne devient pas encore tout à fait clair, même après qu'on l'a traité par l'éther. Il n'en serait point ainsi si la lactescence était due exclusivement à de la matière grasse divisée en particules fines qui font du chyle une émuUion : la couleur blanche de re fluide doit être aussi rapportée, pour une assez faible part, il est vrai, aux globules spéciaux qui s'y trouvent.

Le sérum du chyle se mêle à l'eau, verdit les couleurs bleues végétales, fournit un précipité floconneux par l'alcool, les acides minéraux, le deutochlorure de mercure et la chaleur. Évaporé à siccité, il présente un résida dont une partie se dissout dans l'alcool^ une autre dans l'eau, tandis qu'une troisième résiste à l'action de ces deux menstrues.

Dans le chyle, la proportion du cailloi au sérum varie-t-elle selon lanatorv des substances alimentaires? n existe, on le voit tout d'abord, une grande connexiié entre celte question et le phénomène de coagulabilité qui Tient d'être examiné; chemin faisant, nous signalerons une condition partico- Hère qui parait avoir ici une influence notable : nous voulons parler de l'abstinence.

D'après Alex. Marcet (2), la proportion dont il s'agit, chez les chiem nourris de substances végétales^ était depuis ftëO : 0520 jusqu'à 78O:M20; elle était, depuis 7A0 : 0260 jusqu'à 050 : 0050 chez les mêmes animan alimentés avec de la chair. Suivant W. Prout (3), dans ce dernier cas, U proportion du caillot au sérum était : : 1080 : 8020, tandis qu'elle n'était plus que : : 640 : 0360 chez les chiens nourris de végétaux.

Les conclusions des expériences de Krimer {U) sont contraires à celles de W. Prout et de Marcet De leur côté, Leuret et Lassaigne (5) assurent que a tel animal (chien), nourri avec de la gomme arabique pure oo do sucre blanc, fournissait autant et même plus de fibrine, dans son chjle,

(1) TmiMAim et Ghelih, Recfterches sur ia digetiion^ 1. I, p. 362 et

(2) Alex. Mabcbt, Some Experùn. on the Ckem. NaK of Chyk^ ele., in Mahc-Chv. Trùn»»% 1815, vol. VI, p. 618.

(3) W. PtoVT, Annal» o/ Philosophy^ vol. Xlll.

(à) Ktnm, Verntch einer Physioi. dei Biuiea, p» 131.

(5) LiOBiT el Lassaicre, Hech. pkytiol. et ehim* pour servir à Chisiowt de la tf^eid^s p. 160. — Vo|«i ausai le tableau synopliqiio à la An de l*oiina|e.

GHTLE. 497

que iei autre soumis à un régime azoté Jamais, ajoutent-ils, nous

n'avons pu remarquer aucune règle précise dans ces variations. oTiedemann et Ginelin (1), qui ont fait des recherches si étendues sur les changements que le chyle subit suivant Talimentation , n'admettent point n qu'on puisse attribuer la différence dans la quantité du caillot à la nature des alimeot$; de manière qu'il faut admettre, disent ces auteurs^ qu'elle dépend t'ii grande partie de l'individualité des animaux et de la composition de la masse de leur sang avant l'expérience. » Ils affirment d'ailleurs avoir Constaté que le contenu du canal thoracique des animaux d jeun se coagule <]'nne manière plus complète et donne un caillot frais ou sec plus abondant que n'en produit le chyle des animaux les mieux nourris : le caillot de celui lies chevaux à jeun^ par exemple^ est de 1,00 à 4,75 pour 100, et celui des *hevaax nourris d'avoine de 0,19 à 0,78 seulement. La conclusion que riedemann et Gmelin tirent de là, c'est que la plus grande partie de la Obrine du chyle formant le caillot ne provient pas des aliments : ils pensent quelle tire son origine du fluide sanguin lui-môme, et qu'elle s'ajoute seuement au chyle lors de son passage à travers les ganglions mésentériques. Vous aurons à revenir sur cette opinion.

Voici quelques-uns des résultats obtenus par Tiedemann et Gmelin (2]^ en *e qui concerne la proportion du caillot et du sérum du chyle : a Le chyle lu cheval fut celui qui se coagula avec le plus de force : 100 parties de ce iquide donnèrent depuis 1,06 jusqu'à 5,65 de caillot frais, et depuis 0,19 a>qu à 1^75 de caillot sec. — Le chyle des chiens se coagulait plus faible- Dent : la quantité du caillot frais s'y élevait depuis 1,36 jusqu'à 5,75 sur 100, 't celle du caillot sec depuis 0,17 jusqu'à 0,56. — Le chyle des brebis était «^ moins coagulable de tous ; il donnait seulement, sur 100 parties, iopuis 2,56 jusqu'à /i,75 de caillot frais, et depuis 0,27 jusqu'à 0,82 de :aJl!ot sec. »

II importe d'ailleurs de faire observer que le degré de coagulabilité du hyle ne dépend peut-être pas seulement de la quantité de fibrine contelue dans ce liquide, mais encore de différences dans l'origine et dans la 'taturc de cette fibrine elle-même. De même que l'espèce et l'Âge des anir^tiaux apportent incontestablement des changements dans la coagulabilité 4e la fibrine, de même aussi il se pourrait que la facilité avec laquelle la '"adulation du chyle s'opère fût diflérente selon que le sérum contient pliN ou moins d'alcali, d'albumine, etc. Cependant, comme le disent Tiedemann et Gmelin, un coup d'œil jeté sur les tableaux annexés à leur 'iivrage tend à établir que la quantité de la fibrine est au moins la ciroon- ^^^nce qui exerce le plus d'influence sur la coagulabilité du chyle.

f. — C'est une opinion assez généralement répandue depuis Elsner (3), mais surtout depuis Reuss et Ëmmert (U), que le chyle, exposé à Tair,

' 1 > TiiDEKAiiii ei GvBUM, otwr, cilé, t. Il, p. 90, trad. de Jourdan. 2, Owr. cité, t. II, p. 89.

') Elsher, MUceU. Act. nat.curios,, déc, I, 1679, p. 159. V StCBEiizn*^ Journal der Chcmic, t. V, p. 154, C91.

Lo:icrr. — ravsiOL, i. — 32

ft96 DE L'A»OBPTION.

prend nne eoloratûm rose -ou rouge. Ces deox derniers observateurs, en comparant ensemble le chyle des vaisseaux Jaotés, celui de la citerne lombaire, et enfin celui de la partie moyenne et de la partie supériaire àx canai thoracique, chez le ehevai^ attrment avoir oonstaié i|ue, par raction de l'air, le premierchyle ne change gu^e sa conleur blanche, que le second rougit sensiblement, et que le dernier acquiert une teinte fresque semblable k celle 4n sang artériel, tout en fournissant «n caillot plus considérable et plus ferme que les deux premiers. D'après les expériences de Hedemann et de Gmelin (1), qui viennent k l'appui des assertions préeé> dentés, il ne faudrait pas croire que le chyle du canai thoracique ne pût ^rougir qu'à la condition d''avoir le contact de Tair : pour fermer tout p^ sage à ce dernier gaz, chez un cheval nourri copieusement d'avoine et de foin, on appliqua sur le canal thoracique, plein de chyle, deux ligatiire> éloignées de trois pouces; on excisa ensuite la portion comprise entre )6 ligatures, on la lava bien avec ^e l'eau pour enlever le sang qui y adhmit et on la partagea encoi^e, par le moyen d'une autre ligature, en deux portions^ dont chacune cèntaiait environ 2 grammes de chyle. L'me de ce^ portions fut ouverte sous le mercure dans la cuve hydrargyro-pneamatique, de manière que le chyle, en s'éievant, se trouva en contact aviv ie gaz contenu dans une éprouvette. On vit alors biem distinctement, disent ces auteurs, qu'à la sortie mta»e du canal thoracique^ et avant d'Mre arhw jusqu'au gaz, le chyle était déjà à peu près aussi rouge qu'il le fiit ensuite, et que^ dans d'autres expériences stKx^essives, le contact des différents pu (air, oxygène, acide carbonique ou asote] ne fit que modifier diversemeal cette couleur rouge. Le chyle prit, dans l'oxygène, une vive couleur dr carmin, approchant du rouge écariate, et parut en môme temps devenir plus translucide; tandis que, dans l'azote, il prit une teinte de cramobi sale et devint plus trouble. Cette même teinte fut communiquée au ch}lr par le gaz acide carbonique.

L'influence de la nourriture sur la teiidance du chyle à se colorera l'ain été étudiée par plusieurs physiologistes. Selon Marcet(2), le chyle des chitir^ nourris de viande deviendrait plus rouge à Tair que celui des chiens ayaii> mangé des substances végétales. Mais Leuret et Lassaigne (3) ont au>^ constaté; chez ces animaux, la coloration rosée ou môme rouge du chvit après une nourriture composée de sucre, de gomme, de pommes de t^r:e ou de fibrine. Tiedemann et Gmelin (4);qui disent que cette coloration oî plus prononcée chez les chevaux que chez les chiens, et chez ceux-ci qa^' chez les brebis, concluent de leiurs expériences si multipliées que le cb)hr renferme d'autant moins de matière colorante que l'animal a été mieiA nourri : c'est ainsi, par exemple, que le contenu du canal thoracique <ii^ chevaux qui n'avaient mange que de l'amidon était d'un rouge beaucc^ui plus foncé que chez ceux qui avaient été nourris d'avoine.

(1) Tiedemanu et Gmelin, ouvr. cité, p. 262^ 276 et suiv., tnid. franc, de Jourdan.

(2) Mahget, loc, cit.

(3) Leuret et Lassaigke, ouvr, cité. Voyez le tableau synoptique à la fia de rouvrsge. {à) Tiedemann et Gmelin, ioc, cit.

Aussi ces deux expérimeniateurs penseufril& que la aoiatière colorante roi^ du chyle (comflae sa fibrine) pro?îeDt «lu sang lui-iBénie : ette serait séparée in sang artériel par les ganglioms mésentériques, comDOke le supputaient déjà Reuss et Emmert (1), et aussi par la rate, doBt la lymphe mgtâlre viendrait se jeter dans le canal thoracique, vers le point où le ciiTle commeoce à se colorer.

Il nous parali difficile d'admettre^ comme constante, cette dernière oripne pour la matière colorante du chyle, puisque, à Texemple d^autres otherrateors, nous avons trouvé ordinairement la lymphe spléniqoe incolore et légèrement trouble. Seiler (2) Ta trouTée telle chez la plupart des chevaux, ainsi qae ches les bêles à cornes, les cochons, les chiens et les chatj, et Rudolphi considère sa coloraticm en rouge comme accidentelle. louant à l'intervention des ganglions mésentériques, fiurdach (3) l'admet tt l'explique en ces termes : « Si le chyle rougit, même durant la vie, dans ff vaisseaux, le phénomène doit tenir à ce que le sang artériel, qui n'est ^paré du chyle que par les parois mêmes des vaisseaux capillaires et les lymphatiques, lui abandonne de l'oxygène qu'il attire, et qni le rap-

'nx'he des caractères du sang Gomme des vaisseaux sanguins se

épaDdeot dMis les parois des vaisseaux lymphatiques et de leur tronc, le iiiz peut produire ici également des efifets semblables à oaix qui se passent ih< les ganglions. »

Il se pourrait qu'il existât dans le chyle une matière particulière et disocte de l'hématosine, matière qui aurait, en eifet, la propriété de rougir <r le contact de l'air ou de l'oxygène.

Le doute, qo'il est permis d'avoir encore sur la vraie cause de la colorahQ du chyte à l'air, n'existe pas pour quelques physiologistes qui, se tppelant que c'est surtout près de la terminaison du canal thoracique i*ni a constaté la teinte rosée du chyle, attribuent simplement cette •iiîeàdu sang reflué des veines sous-clavières. Aussi, selon eux, la lymphe ie chyle, recueillis de manière que tout reflux du sang soit impossible,

lougissent-ils ni au contact de l'air, ni dans une atmosphère d'oxygène. J' n'ai nulle tendance à partager une semblable opinion, attendu que •iMfurs fois, sur des chiens, il m''a été donné de voir du chyle, d'un ^-beau blanc de lait au moment de son extraction du canal thoracique,

"•lorer sensiblement en rose au contact de l'air : celte coloration ne •^f'uaii d'ailleurs bien prononcée dans le caillot que quand le retrait de l'ii-ci en avait exprimé le sérum. Un pareil effet pourrnil-il dépendre de qiie la couleur répandue dans le liquide entier aurait été d'abord trop 'i»lf pour qu'on la remarquât, tandis qu'elle serait devenue de plus en ■i* apparente à mesure que le caillot aurait diminué de volume ? Dans ce '■>. 1 air n'aurait point de part à la coloration du caillot primitivement ' ' i<*re, et le phénomène devrait avoir lieu également dans des atmo- 'lieres exemptes d'oxygène : or, d'après les expériences les mieux insti-

1 REfss et EvMnT, foc. cit,

V ^EiL», ZeiUchrifl fur Natur- und Heikunde^i, H, p. 394.

> BrabACH, Traité de physiologie, t. IX, p. ààS, trad. de Jourdan.

500 DE l'absorption.

tuées, c'est ce qui n'a pas lieu. La couleur rosée ou rouge, prise par le chyle quand il entre en contact avec l'air ou l'oxygène, parait ne résulter que d'une modification de la matière colorante contenue dans ce liquide. matière sur l'origine et la nature de laquelle on n'est point encore fixé.

g. — li nous importe maintenant de rechercher la camposîtian ckimiq^ du chyle, de laquelle se sont occupés tant de savants chimistes. Malheoreusement, il en est qui n'ont pas toujours assez tenu compte de la natu^ de l'alimentation, ni de la période de la digestion à laquelle ils sacrifîaien: les animaux ; de là des différences regrettables dont on n'a pas pris soin de déterminer les causes. Ajoutons que, presque constamment, les anak^ef ont porté sur le liquide du canal thoracique, c'est-à-dire à la fois sur k chyle et sur la lymphe : les résultats obtenus sont donc, pour la plupart, nécessairement complexes.

Avant d'exposer les résultats de quelques-unes de ces analyses ou d autres entreprises dans de meilleures conditions^ nous jetterons un ccu; d'œil général sur Vortgine et la consiitution du chyle, considérées surtvUi dans leurs rapports avec les aliments.

L'analyse chimique démontre que, durant la période digestive, le tvû tenu des lymphatiques de l'intestin n'est pas toujours le môme, maisqu;! éprouve des variations sensibles : en effet, sa richesse en matière grâ>« sa proportion de sucre^ d'eau et de sels, son degré de coagulabililé. richesse en fibrine, en albumine et en matières extractives, sont bien hi d'être constants. Empressons-nous d'ajouter que ralimentation seuk u détermine pas nécessairement les proportions des diverses matière> i ; chyle, car les organes n'agissent pas toujours et absolument de la ir.ioj manière sur les mêmes aliments.

C'est un fait généralement admis aujourd'hui que, chez les niammiftrr les matières grasses neutres (huile, beurre, graisses) contenues dans le- 1" ments, s'introduisent dans le sang par la voie délournée des chylifr Bouchardat et Sandras (1), par exemple, ont fait voir que, chez les 01111:;dans la nourriture desquels on fait entrer des proportions croissanti-^ »: matières grasses, il est toujours facile d'extraire du chyle des quanti'^ corrélatives de ces matières avec tous leurs caractères propres; de maiirt disent ces expérimentateurs, « qu'on extrait de l'huile quand Taiiin. i' mangé une soupe à l'huile, du suif quand il a pris du suif, etc. d. Il ii} donc pas d'hésitation possible touchant cette conclusion, que, chei 1 mammifères, les matières grasses neutres, renfermées dans les alini» • ! peuvent faire partie de la constitution du chyle (^).

(1) BoucHARDAT et Sahdras, Annuaire de thérapeutique^ pour l'aonée 1845, p. 23S-2:uJ

(*) D'après R. Wagner {Zur vergMchenden Physiologie des Blutes^ t. II, p. 26) il nei terait pas de graisse dans le chyle des oiveaux, alors même qu'ils ont pris une nourn* aussi grasse que possible, comme du lait ou du beurre : de là, la supposiUon de dirers lotï^ que, chez les oiseaux (ainsi que chez les reptiles et les poissons), les matières fntaes pi>t { dans les veines mésaraïques, où Taspect émuisif de ces matières serait masqué par le ni?I : avec le sang*

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