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CHYLE

Parce que Leuret et Lassaigne sont parvenus à trouver quelque peu de graisse dans le chyle thoracique de chiens qui n'avaient mangé que de la gomme ou du sucre, parce que Tiedemann et Gmelin ont fait la même remarque, après une alimentation avec de l'albumine, de la fibrine» de la gélatine ou de Tamidon, cela ne veut point dire que la graisse du f^hyle ne tire pas habituellement son origine surtout des aliments. U est bon de se souvenir que la lymphe renferme elle-même une certaine proportion de graisse qui, dans les cas dont il s'agit, a dû nécessairement se retrouver dans le canal thoracique, et dont on explique d'ailleurs la présence, en réfléchissant à l'origine de ce liquide : la lymphe est en effet une sorte de ' byle formé aux dépois de la substance de l'animal lui-même, et provenant, par conséquent^ de matières azotées et grat$seu$e$. On peut se rappeer aussi la propriété remarquable que certains principes, à composition emaire (comme l'amidon et le sucre), ont de se transformer en grais$e au em de l'organisme, en perdant une partie de l'oxygène, chez des sujets Tailleurs bien nourris (*). Mais il n'est nullement démontré qu'en pareil a<i une partie de cette graisse puisse se former déjà dans l'intestin luiuéme ou bien durant l'absorption qu'opéreraient les vaisseaux lactés prorpmenl dits.

Nous avons vu^ plus haut, que la blancheur et l'aspect émulsif du chyle "nt d'autant plus prononcés qu'il y a dans ce liquide une plus grande n^jortion de matière grasse. La couleur blanche du chyle est plus maruée dans les vaisseaux placés entre les intestins et les ganglions mésen iriques, que dans les vaisseaux qui de ces ganglions se rendent au canal Viracique, et surtout que dans le canal thoracique lui-même où s'efctue un mélange plus complet de la lymphe et du chyle. De là Tasser- ^'H, qui n'est pas suffisamment justifiée, que le chyle, en traversant les ^ndes du mésentère, perd de ses principes gras (Tiedemann et Gmelin, -bultz, etc.) (1).

L'éther, en enlevant au chyle la matière grasse, tend à éclaircir beau- •»upce liquide, sans lui donner jamais une complète transparence ; puis, tio fois évaporé, l'éther laisse déposer, sous forme d'huile ou de gruleaui d'apparence sébacée, une quantité de matière grasse proportionnée l'opacité du sérum avant l'expérience.

Ce ne sont pas seulement les aliments gras qui entrent, pour leur part, an> la composition du chyle ; on a aussi constaté, dans ce liquide, la i^ence de la glycose et parfois de l'acide lactique, deux produits qui ^kultent de la transformation plus ou moins avancée des aliments féculente

iucrés. C'est un fait que nous avons pu facilement vérifier nous-même ^f le chyle provenant de grands herbivores, et avant son mélange avec la

'; Qoant i U question de savoir si les substances aU>ummoïdes peuvent également, sous "ifloeoce des actions chimiques de la vie, se transformer en graisse, lorsque les aliments "Irocarbonés font complètement début dans Talimentation, nous verrons plus tard qu'eUe ne "oibie pas encore entièrement résolue pour tous les expérimentateurs.

^ TiEDCMAini et Gnuii, SaioLn, ouvr. cité.

502 DE L'AISMPTION.

lymphe ; seulement iions devons recomiaitre que, dans ces cas, les proporlioDs de glycose ont toujours été relativement assez minimes.

Si la métamorphose des principes albuminoides on azotés en grasse laisse encore des doutes dans Tesprit de beaucoup d'asteuis, il n*en serait pas de même, au dire de quelques-uns, de la transformation de ces mêmes prhicîpes- en Aierr, au sein de ^organisme; de sorte que, dans le cfaiie d'animaux nourris de chair, on trouverait également du saore* Telle est Topinion de Colin (t), qui affirme, d'après ses propres recherches, que le sucre n'existe pas, il est vrai, dans l'intestin méo^e de ces ammanx, mais qu'il est « un produit de l'absorption effectuée par Les vaisseaux Iacté< dans lesquds on le trouve des que le ekyle est canstitmêii. Puis, pour montrer que le suere du ekyle ne dérive ni de la lymphe du foie, ni de celle des autres ])arties de Torganâsme, le même expérimentateur a recuâlli do cèjle réputé pmr, dans te cmial mésentMçue de ruminants préalabieménl transformés en carnivores, et, dans ee chyle, il a trouvé du sucre. Koo^ aurons à revenir sur les quantités respectives de ce principe dans le ehyle et dans la lymphe.

lOi fibrine et Valbuminese rencontrent dans le chyle en proportions Tari^* blés. Alex. Marcet (2) et W. Prout (3) ont avancé que la quantité de fibri&^ est généralement plus considérable dans le chyle des animaux camiTores que dans celui des herbivores, et que^ chez les chiens nourris exclusivement avec de l'albumine et de la fibrine, le liquide du canal thoraciqui!* est encore plus coagulable, spontanément et par la chaleur, que dans Ic^ cas d'alimentation ordinaire : cela tend tout d'abord à confirmer rid>4 que l'albumine et la fibrine du chyle ont une origine simple et natortlle dans les aliments habituels des animaux, et que, par conséquenl, uq£ partie des alimenU albumitmdeSy métamorphosés et liquéfiés par la di^ty tion, s'introduit aussi dans les voies chylifères, en subissant ultérieuremtfi'. de nouvelles modifications. Mais, d'un autre côté^ nous avons vu Tiedr mann et Gmelin faire provenir du sang la fibrine du chyle, et assurer mim que l'addition de ce principe s'opère dans les ganglions mésentériqaa; BOUS avons vu aussi Leuret et Lassaigne trouver autant et même plus de fibrine dans le chyle de chiens nourris àe sucre ou de gomme que che: d'autres nourris de viande ; enfin nous avons déjà rappelé que la lympbe des animaux soumis à un jeûne assez prolongé devient plis coagubble ' t plus riche en fibrine que dans le cas d'alimentation ordinaire. Si tous r(s exemples amènent à croire qu'en effet la fibrine du chyle dérive en partie du sang et de la trame organique, ils ne démontrent point que ce ^mâ^ immédiat ne puisse provenir aussi, pour une certaine part, des aliments eov mêmes. Car ee serait une erreur de penser, avec divers physiologistes, qu'avant les ganglions mésentériques le chyle n'est pas spontanément coâp

(i) GouN, Mémoire sur la formation du chykj lu à rAcadémie de médedne de Paru; ^ la séance du 7 juûlet 1857.

(2) Alex. Mabcet, loc, cîL

(3) W. Pbout, loc. dt.

lable et qa'il ne reaferme pas de fibriae r dans l'analyae faite par LaasaigDe du chyie recueilli dana le eaaai mésentérique d'un taureau, la quantité de fibrine était double de ce qu'elle est habituellement dans le liquide mkte du caoal thoraeique (1).

On peut également regarder comme trop ezdusîTe et non démonlrée iopinion de Tiedemann et Gmelin^ qui regardent Yaiàmnine du ebjrle comme foonoie par le sang. KUe ae trouve en qwmtité asaei notable dans le premier de cealiquides^ comme il est £ftciie de s'en aasnrer tout d'abord au moyen de la chaleur^ de Taleool et des acides qui la coagulent Elle est tenoe en disaolstioii dans le sérum à laiaveur de la soude ea eaicès qui lut partie des combinaisons salines. C'est une assertion toute graUûte que 1 a?oir prétendu que l'albumine diminue graduelleraeni à partir des gaadi(»nâ mésentériques, et à mesure que la proportion du caiUot augmente; e qui a Mt émettre par Yauqjuelin l'idée hypothétique que la fibrine du hylc résultait d'une transformation graduelle de râlbumine. Du reste, le érum du chyte renferme moins d'albMoiae que celui du sang.

On a dit que la caséine est aussi un des principes du sérum du chyle; ette assertion manque de preuves suffisantes» (Lehmann.)

C'est dans le sérum du chyle que se rencontrent les différents sels ou ôaients minéraux dont nous allons faire connaître, dans les tableaux

analyse, la nature et le nombre. Ces sels sont d'ailleurs à peu près les aèmes que ceux du sang.

Ad. Wurtz P) a signalé la présence de Vurée dans le chyle d'un taureau uirrià layiande; il l'a constatée, depuis, dans le chyle du chien. Cette ree provient de la lymphe qui se mêle au chyle dans le canal. thoraeique : a effet, Wurtz a trouvé, depuis, de l'urée dans la lymphe du chien, du beval et du bœuf.

Le résidu du chyle contient plus de matières extractives que celui du mg. d'après Lehmann (3).

il nous faut enfin compléter l'exposé qui précède par le relevé de quelques oaljses indiquant les proportions des matériaux qui, ordinairement, se rr^uvent dans le chyle.

F. Simon, ayant analysé le chyle de trois chevaux nourris, le premier •^tc des pois et les deux autres avec de l'avoine, a obtenu :

I* n, Di.

Km 940,670 »»8,000 91S,0M

GraisM l,iS6 iO.OlO 0,900

AUramine 42,717 46,430 60,530

Fibrine. 0,440 0,805 0,900

HémaCine 0,474 traees 5,091

Matièref ratraetivas et ptyaline. . . 8,300 5,329 5,265 Chlorure et lactate sodiques, avec

traces de sels calcaires. • » 7,300 6,799

SuUate et phosphate calcique, avec

ttmem à'axifde de fer » 1,190 9,859

M) COLUfy Mémoire cité sur la formation du chyle.

'Tj AD.WuR'n, Bulletin de r Académie de médecine de Paris^ 1857. — Rapport deP. BtRAJta*

H) LuMAHit, Précis de chimie physiof, anim,^ trad. franc., p. 154. Paris.

50& DE L'ABSOBPTION.

Ces analyses viennent à l'appui de ce que nous avancions plus haut, c'est-à-dire que Talimentation seule ne détermine pas nécessairement les proportions des divers matériaux du chyle, mais qu'il faut aussi faire la part des organes qui n'agissent pas toujours et absolument de la même manière sur les mêmes aliments : ici, par exemple, nous voyons, sur deux chevaux nourris comparativement avec une égale quantité d'avoine, le chyle de l'un donner seulement 0,900 de matière grasse, et le chyle de l'autre er^ fournir jusqu'à 10,010; nous trouvons 62,717 d'albumine chez le premier cheval, et 60,530 du môme principe chez le second.

Précédemment (p. 685), nous avons donné les résultats de ranaly^comparative, faite par Rees (1), du chyle et de la lymphe d'un âne qui avait été tué sept heures après un repas composé de fèves et d'avoioe. Gomme résultat saillant et d'ailleurs conforme aux prévisions, on a pu voir que le chyle et la lymphe diffèrent surtout par les proportions dt leurs éléments solides, qui sont à l'avantage du premier de ces fluides.

Toutefois, selon Poiseuille et Lefort (2), la lymphe contiendrait toujours plus de sucre (glycose) que le chyle, et ces deux liquides en renfermeraient plus que le sang artériel.

Un des éléments minéraux dont la présence dans le chyle est assez généralement admise, le fer, s'y trouve au minimum d'oxydation et combien avec l'acide phosphorique, suivant Yauquelin (3). On se rappelle que 'a présence de ce métal a été également signalée dans la lymphe.

D'après Leuret et Lassaigne (6), il y aurait identité presque compUît dans la composition de la lymphe et du chyle {"). La seule différence, û fallait en croire divers auteurs, résulterait de la quantité proportionner/ de matières grasses, ordinairement plus considérable dans le second à ces liquides que dans le premier. Au dire de C. H. Schultz (5), uneautr différence résulterait aussi de la quantité moins grande de la fibrine din> le chyle : cet expérimentateur aurait trouvé 0,48 de fibrine dans le cbjl^ laiteux d'un cheval qui venait de manger, et 1,50 dans le chyle presqQlimpide après l'achèvement de la digestion. Mais nous savons déjà qut ces derniers résultats sont contredits par ceux qu'ont obtenus d'auiit' expérimentateurs, notamment Hees {loc. cit.) et Lassaigne.

En effet, nous l'avons dit, Lassaigne (6), qui a analysé le chyle recudî' dans le canal mésentérique d'un taureau, lui a d'abord trouvé une démit'* supérieure à celle de la lymphe et du liquide mixte pris dans le cani. thoracique, puis il a constaté que ce chyle contenait 0,0019 de fibriii*^

(1) Rees, London and, Edinb. Philos, Magaz.^ 1861, p. 547.

(2) Poiseuille et Lefort, Note supplémentaire au Mémoire sur t existence de la 9^ ^ dans Vorganisme animal^ communiquée à l'Académie des sciences de Paris, séance i- 5aYril 1858.

(3) Vauqublin, Annales du Muséum, t. XVIII, p. 2il8.

(4) Leuret et Lassaicre, ouvr. cité, p. 165.

D Voyez plus haut (p. 484} la composition que Lburkt et Lassaigne assignent à k IjntF*^^*

(5) C. H. Schultz, Dos System det^ Circulation, p. 70.

(6) Cité par Colin, Traité de physiologie comparée des animaux domestiques^ t. ^U ^ '• Paris, 1856.

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