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III. — Influences diverses

A. Action des poisons. — Les plus intéressants à examiner sont ceux dont on a déjà déterminé l’action sur l’appareil névromoteur.

а. Curare. — Le curare n’est pas sans action sur les nerfs électriques de la torpille, mais cette action est très faible comparée à celle qu’il a sur les nerfs moteurs des animaux et de la torpille elle-même. Si on emploie la dose ordinaire, on voit l'animal, 'paralysé de tous les mouvements, donner encore de fortes décharges. Si on fait dans le système circulatoire une injection de 15 centimètres cubes d’une solution à 4 p. 100, à cette dose forte, l'organe électrique ne répond plus à aucune excitation, ni directe ni indirecte, c’est-à-dire ni à celle qui est portée sur ses nerfs ni à celle qui est portée sur cet organe lui-même (Schonlein). La méthode usuelle par laquelle on sépare le muscle de son nerf moteur, en mettant en évidence son excitabilité, nous fait ici défaut. Dans l’espèce, on voit que le curare dissocie beaucoup mieux les nerfs électriques d’avec les nerfs moteurs ordinaires qu’il ne dissocie les premiers d’avec l’organe électrique luimême. De ce fait particulier, nous ne sommes pas autorisés à conclure, comme quelques-uns l’on fait, contre l’analogie qui rattache les nerfs dits électriques à des nerfs moteurs et l’organe électrique lui-même à un appareil qui équivaut au muscle. L’analogie n’implique pas, en effet, une identité de propriétés, mais seulement une ressemblance générale, dans laquelle certains traits particuliers sont effacés, à côté d’autres qui persistent. Le curare, ainsi qu on sait, paralyse en général les nerfs moteurs (certains disent leurs terminaisons); mais cette action est très inégale suivant les catégories fonctionnelles de ces nerfs; les nerfs proprement moteurs du cœur chez tous les animaux y échappent plus complètement encore que les nerfs électriques des poissons.

б. Atropine. — Les nerfs électriques sont tout aussi réfractaires à l 'atropine dont l’action est très nette sur certains nerfs centrifuges, comme ceux qui gouvernent les glandes.

o. Anesthésiques. — D’après Gotch, qui a expérimenté sur le malaptérure, des fragments d’organes exposés aux vapeurs d 'éther ou de chloroforme perdent leur aptitude à donner des décharges. Dans le cas de l’éther, l’excitabilité réapparaît quand on éloigne les vapeurs. Ces deux substances sont de la classe des poisons généraux, et comme telle, agissent sur tous les protoplasmas excitables, à des degrés divers.

B. Polarisation par le passage d’un courant étranger. — Indépendamment de ses effets excitants, l’électricité extérieure a sur les organes électrogènes une influence intéressante à examiner.

Dans tous les tissus vivants formés, comme on sait, non de substances homogènes, mais de structures alternées qui se répètent un grand nombre de fois, le passage d’un courant détermine des polarisations, c’est-à-dire, crée des polarités inverses de celle du courant, lesquelles laissées libres d’agir après la cessation de celui-ci, donneront lieu dans le circuit à un courant inverse et plus faible. C’est ainsi pour les nerfs et des muscles; la loi se vérifie sur les prismes électriques.

LUMINOSITÉ

D'autre part, ces polarisations modifient l'excitabilité des tissus et la modifient en sens différent suivant la direction du courant polariseur.

1. Effets électro-moteurs. — Appelons homodrome le courant polariseur qui circule suivant le sens de la décharge, et hétérodrome celui qui circule en sens inverse; chacun de ces courants est suivi, après son passage, d’un poslcourant de polarisation, dirigé en sens inverse, hétérodrome pour l’homodrome et réciproquement. Mais ceci à une condition, c’est que le courant polarisant soit assez faible pour ne pas exciter de décharge, car celle-ci, si elle vient à se produire, se somme algébriquement avec le post-courant et dans le cas du courant homodrome semble produire un post-courant de même sens ou, comme on dit, une polarisation positive. Or, la polarisation en principe est toujours négative, c'est-à-dire d’un sens inverse de celui du courant qui la produit.

2. Modifications de l’excitabilité. — D’autre part, ces polarisations modifient l’excitabilité des tissus et cela d’une façon différente suivant leur sens. Cette modification de l’excitabilité est surtout apparente dans le tissu nerveux et, comme en faisant traverser les prismes électriques par un courant polarisant, on atteint forcément les nerfs qui les pénètrent, elle est attribuable à ces nerfs eux-mêmes suivant les lois connues de l’électrotonus. Un courant homodrome provoque une décharge plus forte qu’un courant hétérodrome; c’est que le courant homodrome, qui a, par définition, son pôle négatif du côté de la terminaison du nerf et son pôle positif du côté des centres nerveux, se trouve être un courant descendant, et nous savons que le courant descendant appliqué aux nerfs moteurs des muscles est celui qui donne une forte secousse de fermeture. Le courant hétérodrome est, pour la même raison, un courant ascendant; moins efficace, par conséquent, que le courant homodrome ou descendanl . Ces faits se vérifient sur la torpille. Le malaptérure présente une exception, qui est peut-être apparente, due à une complication structurale de l’arrangement de ses prismes et de la distribution des nerfs.

3. Décharges secondaires. — On a vu plus haut que les phénomènes électromoteurs qui se développent dans le muscle en contraction sont susceptibles d’exciter le nerf d’une patte galvanoscopique (contraction dite induite ou secondaire). A plus forte raison la décharge de l’organe électrique excite-l-elle vivement un rhéoscope aussi sensible, quand il est en contact avec lui. On peut, d’autre part, employer comme rhéoscope de la décharge un fragment détaché de l’organe électrique mis en contact avec l’organe dont on excite le nerf. Ce fragment donnera lui-même une décharge en réponse à la sienne. Cette décharge qu'on peut recueillir dans un électromètre capillaire n'est pas une dérivation de celle de l’organe primaire directement excité; ce qui le prouve, c’est qu’elle présente un temps de latence par rapport à la première, et que, quelle que soit la position donnée au fragment, sa décharge propre ne varie pas de sens (Gotcii).

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