A. — SÉCRÉTION INTERNE DU REIN
Quelques physiologistes estiment que les accidents et la mort provoqués par l’ablation des reins sont dus, non seulement au défaut d’élimination des poisons qui devraient constituer l'urine, mais à l’absence d’une sécrétion interne particulière du rein. Brown-Séquard, le premier, a émis cette hypothèse en laveur de laquelle on cite les faits suivants :
a) Expériences sur les animaux. — En injectant à des animaux privés de leurs deux reins, soit de l’extrait de rein, soit du sang, on retarde l’apparition de l’urémie et on prolonge la survie (Brown-Séquard, Meyer, Vitzou). Lorsque les signes de l'urémie ont déjà apparu, on peut amender ou même faire disparaître momentanément quelques-uns de ces signes, notamment le type respiratoire de Cheyne-Stokes (Meyer).
Le sang veineux rénal est plus actif que le sang de la circulation générale et que l’extrait de rein. Vitzou a observé la survie de cent neuf heures après l’injection sous-cutanée de sang veineux rénal défibriné et de cent soixantequatre heures après l’injection de sérum du sang émulgent, chez des chiens, auxquels il avait enlevé les deux reins l’un après l’autre, après un intervalle suffisant pour éviter toute complication d’ordre opératoire. Abandonnés à euxmêmes, les chiens opérés dans les mêmes conditions meurent au bout de vingtquatre à quarante heures. Contrairement aux faits précités, Gratin et Guinard ont obtenu des résultats négatifs et constaté que l’injection du sang de la veine rénale paraissait plutôt hâter la mort; toutefois il est juste de remarquer que ces auteurs ont expérimenté sur des animaux auxquels ils avaient enlevé les deux reins en un seul temps.
b) Faits cliniques. — Il existe en clinique des cas où l’on observe la cessation complète de la sécrétion urinaire parfois pendant un temps très prolongé (treize à vingt -huit jours) sans cependant qu’il apparaisse des phénomènes d’intoxication (Brown-Séquard).
L'injection d’extrait de rein a donné des résultats contradictoires. Ils ne faut pas s’en étonner, car généralement on ne s inquiète pas de préciser si c est vraiment le rein qui est en cause et si l'albuminurie n a pas une autre origine. Cer-
CAPSULES SURRÉNALES.
taines tentatives cependant ont été bien conduites; parmi elles figurent celles de J. Teissier et Frenkel et celles de I. Revaut qui ont enregistré l’amélioration de l’état général et des modifications favorables des urines. Meyer a constaté chez le vieillard l’amélioration du Cheyne-Stokes ; R. Dubois a réussi à améliorer considérablement une albuminurie (d’origine a frigore ) par l’ingestion répétée de reins de porcs. Capitan cite un cas d’urémie grave guérie.
En définitive, les données concernant la sécrétion interne du rein sont contradictoires. On n'en peut tirer qu’une conclusion certaine, c est que la fonction du rein nous est encore pour beaucoup inconnue.
S. — CAPSULES SURRÉNALES.
Historique. — Les surrénales ont été découvertes en 1543 par Eustaciii ; toutefois les premières données précises concernant leur importance et leur rôle datent seulement de 1853. A cette époque Addison, dans un mémoire fondamental, signala les rapports des lésions des capsules chez l’homme avec un syndrome auquel on a donné depuis le nom de maladie (I’Addison. Ce . mémoire frappa vivement l’attention de Brown-Séquard qui, dès 1856, démontra par des expériences sur les animaux que les capsules sont nécessaires à la vie. Les conclusions de Brown-Séquard furent attaquées par un certain nombre de physiologistes (Gratiolet, Philippeaux, Harley), qui soutinrent que la mort n’est pas due à une lésion spécifique, mais à la gravité de l’opération, à des lésions du péritoine, du foie ou du système nerveux abdominal. De nos jours l’opinion de Brown-Séquard a été confirmée, avec quelques réserves concernant la pathogénie de certains symptômes (pigmentation). Le fait le plus important qu’on ait ajouté aux premières constatations est la découverte (Oliver et Sciiafer) et l’isolement (Takamine) d’un principe vasoconstricteur élaboré par les surrénales.
Situation. — Les capsules surrénales sont au nombre de deux. Elles sont situées dans la cavité abdominale, juxtaposées aux reins chez l'homme, le cobaye, la grenouille, plus ou moins éloignées de ces organes chez le chien, le lapin. Dans les conditions ordinaires on les distingue facilement par suite de leur aspect brun jaunâtre.
Capsules accessoires. — Il existe des capsules accessoires (Schife, Stilling, Velich) soit au voisinage des reins, soit dans la zone du sympathique abdominal, soit au voisinage des glandes génitales. On les rend plus apparentes, en particulier chez le cobaye, en injectant des cultures ou des toxines microbiennes, lesquelles déterminent l'hypertrophie, non seulement des glandes, mais de tous les amas glandulaires disséminés. Chez le lapin on a vu des accessoires derrière la veine cave ou accolées à cette veine (Strehl et Weiss, Gourfein) ; dans l’écorce rénale (Strehl et Weiss) ; chez le chat, très près de la veine spermatique
Fig. 97. — Capsules du lapin.