I. — Historique
Il y a cinquante ans, on ne savait absolument rien concernant le rôle des thyroïdes. Actuellement, nos connaissances sont évidemment très incomplètes; cependant, on a démontré l’importance de ces organes et précisé les rapports qui existent entre leur altération et certains symptômes caractéristique.
L’histoire de la physiologie des thyroïdes peut être divisée en plusieurs phases.
Première phase. — Dans une première période, on établit l’importance de la thyroïde, et on décrit les symptômes qui apparaissent lorsque cet organe est enlevé, atrophié ou malade. La relation fut longue à établir en raison du polymorphisme des symptômes et de leurs variations suivant l'âge du sujet et l'espèce animale à laquelle il appartient,
Schiff, en 1854, tente les premières expériences; toutefois, les travaux de cet auteur attirèrent peu l’attention.
Peu à peu, en clinique, on acquit la conviction qu'un certain nombre de symptômes observés chez l’adulte parGuLL, Morvan, Ord, Charcot, chez l’enfant par Goodart, Bourneville..., ont pour cause, soit les lésions des thyroïdes, soit l'atrophie de ces organes.
Les chirurgiens firent faire un grand pas à la question. Les premiers J.-L. Reverdin, puis A. Reverdin, eurent le mérite de mettre en lumière la gravité de 1 ablation des thyroïdes. En 1882,1e 13 septembre, J.-L. Reverdin signala à la Société médicale de Genève les modifications chroniques et la tétanie consécutive à l’extirpation totale du goitre; en 1883, J.-L. Reverdin et A. Reverdin publièrent sur ce sujet un mémoire décisif dans la Revue de la Suisse romande (1). Ce travail tuL bientôt suivi d'un mémoire important communiqué sur le même sujet par Rocher, au XII0 congrès de la Société allemande de chirurgie, tenu à Berlin. J.-L. et A. Reverdin avaient désigné les accidents chroniques, consécutifs à l'ablation du goitre, sous le nom de myxœdème post-opératoire; Rocher les engloba sous le nom de cachexie strumiprive (1).
(1) Dès 1874, Ivocher avait publié, au milieu de nombreux faits, l'observation d’une jeune fdle qui avait présenté, après l’ablation du goitre, un changement de son état mental; Weiss avait signalé la tétanie dans des conditions analogues, en 1881.
GLANDES THYROÏDES ET PARATHYROÏDES.
Letucle expérimentale des thyroïdes fut alors reprise. Les premiers travaux de Sr.iiiFF furent confirmés. On vit de plus que la greffe (Schiff) et l'administration de la glande thyroïde exercent une influence protectrice (Vassale, Gley, Howitz, etc.).
Deuxième phase. — Primitivement, on ne connaissait que les thyroïdes principales. Cependant, dès 1880, Sandstrom avait signalé de petits organes qu’il considéra comme des glandes thyroïdiennes restées à l’état embryonnaire. Le mémoire de Sandstrom passa inaperçu. Gley le premier, en 1891, démontra l'importance considérable de ces glandules. La thyroïdectomie était considérée comme inoffensive, le plus souvent, chez certains animaux (les lapins et, dune manière générale, les herbivores). Gley démontra que 1 immunité n est qu apparente. L’opération est mortelle lorsqu’elle s’étend à certaines glandules qui, sur le lapin et, d’une manière générale, les herbivores, occupent une situation assez éloignée des glandes principales. Actuellement, on tend à différencier les glandules des glandes principales sous bien des rapports. Moussu, le premier, a nettement indiqué le rôle fonctionnel différent, de ces deux ordres d'organes. Ses travaux ont été confirmés par Vassale, Lusena, Doyon et Jouty.
Troisième phase. — Cette phase est caractérisée par une découverte chimique. Chatin a soutenu que l’insuffisance de l’apport d’iode dans l'alimentation, peut provoquer le goitre et le crétinisme. On savait, d’autre part, que les préparations iodées constituent le traitement électif de ces affections. La pharmacopée ancienne préconisait avec succès des substances que l on a reconnu depuis contenir de l’iode sous une forme dissimulée. Baumann rapprocha les bons effets de l’iode de l’action curative de la médication thyroïdienne, nouvellement démontrée par Vassale et Gley. Il supposa que la glande thyroïdienne contenait de l’iode et agissait, en définitive, par l'intermédiaire de ce métalloïde. De fait, Baumann démontra que la thyroïde fixe l’iode d’une manière élective.