‹ Traité de physiologieChapitre 20 sur 374 · I. Nécessité de l'eau · texte numérisé non relu

I. Nécessité de l'eau

— Cet auteur trouva dans la poussière des toits des animaux microscopiques, qui peuvent être complètement desséchés (à la température ordinaire) et revenir ensuite à la vie, lorsqu’ils sont humectés par l'eau de pluie ou artiliciellement. Ce sont des représentants du groupe des Rotifères , au corps étiré en forme de lorgnette, portant à son extrémité antérieure des cils (organe rotatoire), dont l'agitation donne l'aspect d'un mouvement de roue. Ce sont également des Tardiqrades d’aspect plus massif et d'organisation plus complète ayant quatre paires de pattes, un appareil digestif et un système nerveux (Doyère, 1840-1841), et aussi les Kolpodes , infusoires ciliés étudiés par Balblani. On a depuis beaucoup allongé la liste des animaux reviviscents ; on cite notamment les anguillules du blé niellé ( Anguillula tritici ), helminthes nématoïdes microscopiques qui existent par milliers dans le grain niellé à l’état de larves, sans organes sexuels. Elles proviennent d’œufs déposés par d'autres anguillules pourvus d'or-

Morat et Doyon. — Physiologie. I. — 2

Fig. 4. — Microbiotus Iluflandi (tardigrade).

a , à l’état de vie active: b, desséché à l'état de mort apparente.

PROLÉGOMÈNES

ganes génitaux qui avaient pénétré dans le grain avant sa maturité. Elles ont été étudiées par Baker (1771), qui constata qu’après vingtsept années de dessiccation elles sont encore susceptibles de reviviscence par humectation, par Spallanzani qui détermina leur dessiccation et leur reviviscence jusqu’à seize fois de suite, par Cl. Bernard qui les prit pour type en vue d’étudier les conditions et formes diverses de la vie. On peut encore citer les amibes, les ferments, les bactéries, etc.

II. Nécessité de l’oxygène. — Pour rappeler à la vie les animaux desséchés (dans le genre de ceux indiqués ci-dessus) l’eau est une condition essentielle, mais elle n’est pas la seule. On le montre en chassant par l’ébullition les gaz et en particulier l'oxygène qu’elle contient. Dans ce cas la reviviscence n’a pas lieu, mais se produit si on aère la préparation. Ainsi se démontre la nécessité de l’oxygène.

III. Nécessité de la chaleur. — On met en évidence la nécessité de la chaleur en refroidissant la préparation jusqu’à zéro. On voit qu’à cette température les mouvements ne se produisent pas. L’abaissement peut être porté jusqu’à 15° ou 20° au-dessous de zéro sans que la faculté de survivre leur soit enlevée et on peut la porter jusqu’à près de 70° sans les tuer. Les rotifères supportent une température de 100° dans un milieu sans périr.

IV. Nécessité des aliments. — La condition d’alimentation est un peu moins simple que la précédente, en ce sens que le petit être a toujours dans son intérieur des réserves nutritives. Sans cette réserve la reviviscence se comprendrait difficilement, parce qu’il semble qu’il faille pour amorcer le retour des manifestations vitales une provision disponible si petite soit-elle. Cette réserve épuisée, l'ctre vivant est destiné à périr si elle n’est pas renouvelée.

j. Vie latente des graines. — Les graines des végétaux nous offrent également un exemple très frappant de vie latente. Nous les voyons se conserver pendant des années sans perdre leur aptitude à la germination. Placées dans un sol humide, aéré et à une température suffisante, elles se développent. Dans la graine apparaît bien le rôle de la réserve nutritive. Elle n’emprunte tout d’abord aucun aliment au milieu extérieur, mais commence à édifier sa racine, sa tige et ses premières feuilles, en utilisant ses provisions intérieures, grâce au concours de l'eau, de l'air et de la chaleur extérieurs.

Th. de Saussure a vu que l’embryon, lors même qu’il a commencé son développement, a conservé son aptitude à la reviviscence. On peut le dessécher (avec précaution), arrêter par conséquent son développement et, en lui rendant l’humidité et la chaleur, y faire réapparaître la vie.

2. Arrêt complet des échanges. — La vie latente n’est pas simplement une vie extrêmement ralentie et diminuée, elle est réellement une vie suspendue.

LOIS DE L'ORGANISATION ANIMALE

Th. de Saussure et plus récemment KocHsen on fait lapreuveen montrant que les échanges avec le milieu aérien sont tout à fait nuis, ce dont on juge en opérant en vases hermétiquement clos, dans lesquels on pourrait déceler les moindres traces d’acide carbonique s’il s’en produisait. — Les œufs fécondés ne se comportent pas comme les graines; ils respirent faiblement, ce qu'on démontre en plaçant dans les vases scellés qui les contiennent un peu d'eau de chaux ou de baryte qui se trouble lentement. La graine n’est pas un œuf mais un embryon.

b. Vie oscillante. — En général, l’eau, l'air, les aliments sont répartis d’une façon permanente dans les milieux où vivent les êtres cellulaires, ou les organismes très simples qui ont fait le sujet de ces observations et de ces analyses. La chaleur, par contre, éprouve des variations périodiques, saisonnières qui entraînent des changements parallèles dans les manifestations au taies d’un très grand nombre d’êtres, ou peut-être du plus grand nombre d’entre eux. Latente pendant l’hiver (du fait de l'abaissement de la température), elle reprend son activité pendant l’été. C’est le cas des végétaux, de tous les animaux invertébrés et de certains vertébrés (reptiles, poissons). Alternativement latente et manifestée, la vie est dite oscillante (CL Bernard).

Cet effet de la température , qui se fait sentir sur les êtres d'organisation même compliquée , porte en réalité sur les cellules de ces organismes et non uniquement sur quelques tissus particuliers comme le système nerveux. La torpeur de la grenouille est engendrée par le refroidissement de son sang qui baigne ses cellules, et son réveil est produit de même par réchauffement de son sang, comme il est facile de le démontrer. Si, l’animal étant engourdi, on trempe dans l’eau chaude une de ses pattes dont on a coupé les nerfs et respecté les \raisseaux, le réveil a lieu ; si les nerfs sont intacts et les vaisseaux liés, l’engourdissement persiste (Cl. Bernard).

Ce qui, là encore, rend l’observation saisissante, c'est la durée très longue de la suspension de la vie, avec reprise possible de son activité. Ce qui en fait l’importance, c’est la généralisation du fait à presque tous les êtres vivants, deux classes de vertébrés faisant exception, les oiseaux et les mammifères, et encore pour les premiers, leurs œufs supportent une interruption de ce genre quand elle n’est pas trop prolongée. Ce qui en fait l’intérêt au point de vue physiologique général, c’est que la soustraction ou le retour de la chaleur, qu’il s’agisse d’organismes unicellulaires ou pluricellulaires, simples ou composés, intéresse directement les cellules, suspend les activités non pas organiques ou systématiques, mais cellulaires, agit en un mot sur une des conditions élémentaires de la vie.

PROLÉGOMÈNES

c. Vie constante ou libre , ses conditions. — La privation d’eau

avec ses conséquences (quand les espèces s’y prêtent) réalise donc ce que Cl. Bernard appelle la vie latente. La privation de chaleur, survenant périodiquement d’après l'ordre des saisons, réalise ce que le même auteur appelle la vie oscillante. Pour quelques êtres privilégiés tels que les vertébrés supérieurs, se réalise une troisième forme de la vie qu’il appelle constante ou libre, c’est-à-dire affranchie en apparence de toutes les irrégularités du milieu, en tout cas contrastant par sa régularité avec les intermittences des conditions présentées par lui.

I. Généralité des lois cellulaires. — Un nombre assez restreint d’êtres du règne animal ont acquis cette indépendance à l’égard des conditions susindiquées, inhérentes au milieu cosmique. CL Bernard a donné l’explication de cette dérogation apparente à des lois à la fois physiques et physiologiques, qui ne peuvent souffrir d’exception. Le secret de cette constance de la vie, au milieu de 1 inconstance des conditions d où elle dépend, est dans un artifice de construction, dans un perfectionnement de l’organisation des êtres extrêmement complexes qui la manifestent. La solution de ce problème a été donnée par une analyse très profonde, elle marque un progrès décisif dans la constitution de fa physiologie générale.

IL Milieu intérieur des homœothermes ; sa constance.

— Cl. Bernard observe que, dans les organismes des vertébrés supérieurs, les cellules sont, comme partout ailleurs, à la merci des fluctuations et variations diverses de leur milieu immédiat. La constance de leurs manifestations dans la vie normale de ces êtres, est assurée par la constance du milieu dans lequel elles vivent directement. Ce milieu immédiat, cest le sang , avec la lymphe et les humeurs qui en dérivent, véritable milieu intérieur, comme il l’appelle. La vie de tout être nécessitant de l’eau, de l’oxygène, des aliments, de la chaleur, ce milieu assure aux cellules de l’organisme ces quatre conditions fondamentales et élémentaires. Et, comme il les assure d’une façon constante, la vie cellulaire chez ces êtres ne souffre ni interruptions ni oscillations.

III. Milieu extérieur; sa diversité et son inconstance; ses relations avec le milieu intérieur. — Par le jeu même des fonctions, autrement dit des échanges continus qui se font entre le sang et les cellules, ce milieu est destiné à s’appauvrir rapidement et à se modifier. Constamment il se renouvelle par un second système d’échanges entre lui-même elle milieu extérieur ou cosmique. Dans ces relations d’un nouvel ordre, l’artifice consiste à tirer de

LOIS DE L'ORGANISATION ANIMALE

conditions extérieures diverses et variables des conditions de milieu intérieur uniformes et constantes.

IV. Relations compensatrices. — L’organisme des vertébrés supérieurs y arrive parmi jeu de compensations très habile et très iidèle entre ces conditions mêmes et de réaction de 1 organisme à leur égard. Les cellules dépendent du milieu intérieur; mais le milieu intérieur à son tour dépend des cellules et les cellules dépendent les unes des autres. Différenciées par certaines de leurs aptitudes, étroitement solidarisées entre elles, elles forment un ensemble dans lequel le tout dépend de la partie et la partie du tout. Le lien intérieurjjui les rattache dans cette étroite, dépendance et assure 1 unité de l’ensemble est la sensibilité . Elle fait le nœud d un cycle qui rattache l'effet produit à la cause ou condition provocatrice et le règle sur elle. La chaleur du sang se règle sur la température extérieure, non pas en la suivant étroitement, mais au contraire en se déperdant quand cette dernière augmente et en se conservant quand elle diminue, de manière à rester constante. De même pour les autres conditions; en sorte que de la diversité extérieure résulte précisément l'uniformité intérieure des conditions de la vie.

V. Réalisation par des moyens différents. — Les quatre conditions essentielles que nous appelons d 'alimentation, d irrigation, dé oxygénation, de calorification, appartiennent donc aux cellules avant d’appartenir à l'individu que ces cellules constituent, ou, pour mieux dire, elles n appartiennent qu à ces cellules et appartiennent à toute cellule quelconque (musculaire, nerveuse, glandulaire, animale, végétale). Le problème qui se pose a 1 organisation, quand elle doit aboutir à l’un de ces édifices vivants de structure plus ou moins complexe et de forme extérieure si variée, tels qu ils existent en particulier dans le règne animal, c’est, en premier lieu, d’assurer ces quatre fonctions fondamentales, celles qu on appelle commencement de nutrition. Ce problème, un au tond, comporte un grand nombre de solutions dillérentes, celles-ci varient comme les types ou espèces vivantes et les rapports que ceux-ci entretiennent avec leur milieu extérieur. L’oxygénation, pour prendre un exemple, réclame un appareil différent suivant que l’être vit dans l’air ou dans l’eau ou dans le sol, ou encore que son organisation propre est plus ou moins perfectionnée. Elle est pulmonaire chez certains vertébrés, branchiale chez d autres, cutanée ou tégumenlaiiv chez un grand nombre d’invertébrés, etc. Les autres fonctions subissent des variations parallèles, elles-mêmes plus ou moins accusées.

Page 1