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I. — Analyse élémentaire

Les éléments qui entrent dans la constitution de l’oxyhémoglobine sont : le carbone, l’hydrogène, l'azote, le soufre, le fer et l'oxygène. Chez les Oiseaux, on a signalé la présence du phosphore, mais on ne sait pas exactement si cet élément fait partie intégrante de la matière colorante, ou s'il provient en totalité de la nucléine du noyau globulaire.

Le poids moléculaire de l’oxyhémoglobine est extrêmement élevé. Il dépasse celui de la plupart des substances albuminoïdes. Des résultats d’analyse de Zinoffsky et Jaquet, on peut déduire comme formule minima pour l’oxyhémoglobine du cheval :

Q712 pi 1 1 a o Az2u S2 FeO248 = 16770

et pour celle du chien :

çm H * 203 Az193 s3 FeO218 = I66GU.

Desséchées à 115°-118°, de préférence dans un courant d’hydrogène, les oxyhémoglobines perdent des quantités variables d’eau, qui sont approximativement: pour le sang de chien, 4 p. 100 (Otto), 10,7 p. 100 (Jaquet); pour le sang de cheval, 4 p. 100; pour le porc, 5,9 p. 100; pour l’écureuil, 9,4 p. 100; pour le cobaye, 7 p. 100 ; pour la poule, 9,3 p. 100.

Fer. — Le fer est l’élément caractéristique de la matière colorante du sang. Le métal est incorporé à la molécule albuminoïde sous une forme telle qu'il ne peut pas être décelé par les réactifs ordinaires des sels de fer. Il est en quelque sorte dissimulé. Pour le mettre en évidence, il faut détruire au préalable l'édifice compliqué constitué par l'oxyhémoglobine. On réalise celte dislocation en incinérant la matière colorante ou, plus simplement, des globules rouges.

Exemples. — On centrifuge du sang défibriné; les globules sont desséchés au bain-marie, puis incinérés dans un petit creuset de platine ou de porcelaine sous une cage d’évaporation. Après refroidissement le résidu couleur rouille formé par l’oxyde de fer est dissous avec un peu d’acide chlorhydrique, puis repris par l’eau. Le liquide prend une coloration bleu de Prusse avec le ferrocyanure de potassium, rouge avec le sulfocyanure de potassium. Un autre procédé consiste à chauffer de l’hémoglobine avec un oxydant énergique, tel que le persulfate d’ammoniaque en présence d’un excès d’ammoniaque. Il reste un liquide tenant en suspension de l'hydrate de peroxyde de fer (Rester, IIugounenq).

L’oxyhémoglobine contient environ 0,335 p. 100 de fer, d'après les recherches concordantes de Zinoffsky, Jaquet, Hüfner, Lapicque et Gilardoni, Saint-Martin.

Dans les conditions ordinaires, la teneur en fer ne varie pas d’une espèce à l'autre ni chez un même sujet (Hüfner, Lapicque). Toutefois Bohr soutient qu’il peut exister chez un même sujet plusieurs espèces d’oxyhémoglobine différant par leur teneur en fer.

Jellinek et principalement Paru ont démontré qu’à l’état pathologique des différences très marquées apparaissent, en ce qui concerne le rapport fer et couleur. Dans les conditions ordinaires, ce rapport est relativement fixe, les dosages de l’hémoglobine, soit par la détermination du fer, soif par la colorimétrie, soit encore par la spectroscopie ou la spectrophotométrie, donnent des

LA MATIÈRE COLORANTE DU SANG : HÉMOGLOBINE

chiffres à peu près uniformes et suffisamment concordants. Par contre, le fer est supérieur à la couleur, c’est-à-dire marque, par rapport à la moyenne normale, un pourcentage plus élevé que cette dernière, toutes les fois qu’il s’agit d’une anémie simple, avec conservation de l'hématopoièse et effort efficace de régénération normale (chlorose simple, anémies post-hémorragiques) ; au contraire le fer est inférieur à la couleur, dans tous les cas où la régénération fait défaut par suite de l’entrave apportée à l’hématopoièse par une cachexie ou une maladie organique grave, tuberculose, cancer (Bard). Les écarts pathologiques sont en général de 4 ou 5 p. 100 à 15 ou 20 p. 100, mais peuvent dépasser ces chiffres. Les écarts extrêmes du fer en moins sont plus accusés que ceux en plus (Bard). Bathias a confirmé l’existence de variations dans la qualité de l’hémoglobine au cours de diverses affections et la dissociation que l’on observe parfois entre l’affaiblissement de la coloration du sang et la teneur en fer.

Le fer est puisé à l’extérieur avec les aliments. La quantité de métal introduite chaque jour dans ces conditions a été évaluée par Lapicque à 2 à 3 centigrammes pour un homme, suivant le régime mixte ordinaire à Paris. L'absorption a lieu, quelle que soit la forme sous laquelle le j fer est donné (1) (Hoffmann, Abderiialden, Gaule, F. et S. Aporti), principalement par le duodénum, mais en général dans de très faibles proportions. Le fer absorbé est transporté par la partie liquide du sang et les globules blancs (Knape) à l’état de composé albumineux (Hoffmann), puis incorporé pour un temps à l’édifice vivant dans tous les tissus, surtout dans le foie, la rate, la moelle des os (Zaleski, Gottlier, Jacobj, Woltering, Kunkel, etc.).

La sortie de l’organisme a lieu par ordre d’importance, par l’intestin (Mayer, Gottlier), la bile, l’urine. L’élimination excrémentitielle de l’intestin ressort des faits suivants : a) Line anse intestinale séquestrée est refermée sur elle-même de façon que la continuité du canal soit conservée et] replacée dans la cavité abdominale; elle sécrète un liquide riche en fer. L’élimination varie de 0mer,6 à 0msr,9 en vingt-quatre heures par décimètre carré de surface intestinale chez le chien (F. Voit), b) Cl. Bernard injectant dans les veines d’un chien du lactate de fer et du ferrocyanure de potassium, retrouva le fer (coloration bleu de Prusse) à la surface de l’estomac. Buchiieim et Mayer ayant injecté une solution de sel de fer dans la jugulaire d’un animal, trouvèrent quelques heures plus tard la muqueuse intestinale recouverte d’une sécrétion où l'oxyde de fer était abondant. Gottlier confirme l’élimination du fer par la muqueuse gastrique ; Bunge soutient que le suc gastrique est riche en fer. c ) Guillemonat a constaté que Je méconium du lœtus contient toujours du fer. La quantité de fer éliminé parle tube digestif de l’homme en vingt-quatre heures est d’environ 20 à 30 milligrammes (A. Mayer). Une partie revient au fer contenu dans les aliments et non absorbé (1er résiduel), une partie au fer excrémentitiel, c’est-à-dire rejeté après absorption et assimilation organique. Il est. impossible de faire la part du fer excrété du fer résiduel. La proportion du fer de la bile est extrêmement variable; elle est en moyenne de 0mer,9 pour 100 centimètres cubes de bile chez

(1) Les sels (le fer sont transformés par le suc gastrique en chlorure et perchloruro de fer. Dans l'intestin le carbonate de soude transforme le perchlorure en oxyde ferrique qui reste dissous à la faveur des substances organiques ; le chlorure fournit du carbonate ferreux soluble dans l’acide carbonique et les matières organiques (Bunge, Dastre). Le long de l'intestin les composés de fer non absorbés sont ensuite transformés en sulfures par suite des actions réductrices qui se passent en présence de combinaisons sulfurées.

CONSTITUTION CHIMIQUE

le chien (Dastre). La bile de l’escaigol est aussi riche en fer que celle des mammifères (Dastre). L'urine n’élimine qu’une très faible quantité de fer; dans aucune des urines examinées par Lapicque la proportion ne montait à 1/2 milligramme par litre.

Certains organes, principalement le foie, la rate, la moelle osseuse, constituent des réservoirs ferriques destinés à emmagasiner le fer ou à réparer les pertes subies par le sang. Lorsqu’on injecte du fer dans les vaisseaux, le métal disparait très vite du sang et s’accumule dans le foie, la rate, les reins, l’intestin (Jacoby). La teneur du foie et de la rate augmente lorsqu’on injecte dans les veines une solution d’oxyhémoglobine. Lapicque a vu dans ces conditions, chez le chien, la teneur en fer du foie s’élever de 0,10 p. 1000 (exceptionnellement 0,20) à 0,30-0,34 au bout de plusieurs jours. L’injection de sang dans le péritoine produit les mêmes effets (Lapicque, Ausher). La provision de fer dans le foie et la rate augmente encore lorsqu’il se produit dans l’organisme une destruction un peu considérable de globules rouges; le fer de l’hémoglobine est retenu; le reste de la matière colorante passe dans la bile (Quincke 1880, Glaeveke 1883, Lapicque, Ausiier, Guillemoxat).

Le dépôt de fer dans le foie et la rate constitue, d’autre part, une réserve dans laquelle le sang puise pour se reconstituer lorsqu’il a subi de grandes perles. La provision diminue dans le foie à la suite des hémorragies profondes (Charrin). Si on pratique des saignées chez des sujets auxquels on a enlevé la rate, la réparation du sang est lente, incomplète (Emelianow). L’accumulation du fer dans le foie et la rate est surtout marquée chez le nouveau-né (Runge). Cette provision a sa raison d’ètre pendant la période d’allaitement, le lait renfermant une quantité de fer insuffisante. Lorsque l’alimentation lactée a fait place au régime de l’adulte, le fer du foie et de la rate revient à un taux normal. Charrin et ses élèves, Levaditi, Guillemoxat ont observé, chez le cobaye, que dans la majorité des cas, le fer de la rate diminue sensiblement pendant que les fœtus se développent. Pour subvenir à la formation du dépôt de fer dans le foie et la rate du nouveau-né, la mère subit à la fin de la grossesse une déminéralisation consistant dans le passage de proportions variables de fer aux éléments en formation (Charrin). Vers la lin de la grossesse, la rate renferme généralement moins de fer qu’à l’état normal (Charrin et Levaditi, expériences sur des cobayes).

Un peut déterminer, par les méthodes de l’histologie, les régions par où pénètre et sort le fer, ainsi que les organes qui accumulent l’excès de métal en soumettant les tissus à l’action d’une solution de sulfhydrate d’ammoniaque ; le fer se présente sous forme de granulations qui donnent aux tissus une coloration grise, noire ou verte (Macallum, Gaule, Hall, Hociihaus et Quincke; Snwrski, Ahderiialden). Pour distinguer le fer organique du fer inorganique Macallum utilise une solution d liémaloxyline (1/2 à 3 p. 100). Les sels de fer donnent une coloration foncée; le fer organique ne donne pas la réaction. Marfori a toutefois démontré que l’oxyde de fer dialysé ne donne pas la coloration bleu noirâtre typique.

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