I. — SENSIBILITÉ DES GLOBULES BLANCS. — CHIMIOTAXIE
Définition. — Le globule blanc est doué de la sensibilité tactile; de plus, il possède une sorte de goût, d’instinct qui lui permet de percevoir les changements de composition chimique ou physique du milieu et d’orienter ses mouvements. L’expérience montre que certaines substances attirent les globules blancs et que d’autres repoussent ces éléments. Dans le premier cas, on dit que les leucocytes sont doués de propriétés chimiotaxiques positives, dans le second qu’ils sont doués de propriétés chimiotaxiques négatives.
Historique. — Le mot chimiotaxie a été créé par Pfeffer, 1884. La propriété qu’il exprime n’est pas spéciale aux globules blancs. Miquel (1883), Sthal, Pfeffer l'avaient signalée chez certains bactériacés et organismes végétaux inférieurs. Tous les organismes nnicellulaires perçoivent des sensations qui provoquent des réactions. Un infusoire s'éloigne du cadavre de ses congénères et saisit par contre un être parasitaire. La chimiotaxie a été mise en évidence chez les globules blancs par Leber, puis par Peckelharing en 1889. Massart et Bordet, 1890-1891, ont bien étudié cette propriété et introduit cette notion en pathologie générale.
Méthode de recherche. — Pour constater si un liquide possède des propriétés positives ou négatives, on remplit un petit tube de ce liquide, on ferme le tube à la lampe et on l’introduit sous la peau, p. ex. à la base de l’oreille du lapin. Lorsque la cicatrisation ést achevée, on brise une des extrémités de ce tube sous la peau. Au bout de vingt-quatre heures, on examine au microscope le liquide et on compte les leucocytes. Lorsque la composition du liquide provoque la chimiotaxie négative des leucocytes, ceux-ci se tiennent éloignés des tubes; dans le cas contraire les globules blancs pénètrent dans le tube et où ils peuvent même former des bouchons souvent très volumineux (Leber, Massart et Bordet). On peut utiliser des sacs de collodion ou mieux de baudruche, qu’on remplit de liquide et qu'on abandonne vingt-quatre à quarante-huit heures dans la cavité péritonéale d’un lapin, p. ex.
Substances actives, actions spécifiques. — Tous les leucocytes ne réagissent pas dans le même sens ni au même degré.
Parmi les substances qui attirent les globules blancs, se rangent la plupart des sécrétions microbiennes (Massart et Bordet, Gabritchewsky), les produits de désassimilation des cellules lésées et même les déchets de la nutrition normale (Massart et Bordet), 1 oxygène, la présure et autres diastases,la térébenthine (Fociiier), la gélatine.
Morat et Doyon. — Physiologie. L 45
LES GLOBULES BLANCS OU LEUCOCYTES
(Delezenne), le gluten caséine (Eiirlich)... Le jéquirity, l'acide lactique, repoussent les leucocytes.
Les bactéries attirent surtout les polynucléaires ; les cellules animales, globules sanguins, etc...., surtout les mononucléaires (Metchnikoff). L'injection intrapéritonéale de la plupart des substances (bouillon, sérum artificiel, etc...) détermine l’appel des polynucléaires (Pieralini) ; l’injection péritonéale (cobaye) de préparations iodées, de pilocarpine, provoque l’appel de mononucléaires (M. Labbé et Lortat-Jacob).
Si on injecte dans le péritoine du cobaye un mélange de Proteus et de streptocoques, les Proteus sont au bout de peu de temps englobés par les leucocytes, les streptocoques restent en liberté jusqu’à la mort de l’animal. Les mêmes leucocytes qui manifestent une chimiotaxie positive vis-à-vis des premiers accusent une chimiotaxie négative par rapport aux streptocoques (Bordet).
Si on fait passer un courant au moyen d’un dispositif approprié à travers le péritoine les leucocytes s’accumulent au pôle ; si le péritoine est enflammé, au pôle — . (Dixeur.)
Éducation des leucocytes. — Les globules blancs peuvent s'habituer peu à peu à des substances qui les éloignaient d’abord et finir par être attirés par elles. La vaccination opère en quelque sorte une éducation des leucocytes; elle transforme la chimiotaxie négative en positive (Massart), et rend la digestion plus rapide et plus complète (Metchnikoff, Delezenne, Gharrin).
a) Si on injecte dans le péritoine du sang, du sperme, toutes sortes de liquides, des vibrions, la plupart des leucocytes de la lymphe péritonéale disparaissent tout d’abord. Le phénomène est d’autant plus accusé que la quantité de liquide injecté est plus grande et que sa température diffère plus de celle du péritoine normal; il est faible, mais cependant encore évident avec la solution NaCl dite physiologique. Beaucoup de leucocytes se détruisent, partiellement au moins. Un grand nombre s’accumulent sur l’épiploon ; le fait apparait nettement si le liquide injecté contient des poudres colorées en suspension. Si on pratique le jour suivant une seconde injection, on constate que les leucocytes affluent dans le péritoine. Des injections répétées préalables intra-péritonéales d’eau physiologique, debouillon, d’urine, surtoutde bouillon frais chauffé à 37°-39°, peuvent empêcher la destruction des leucocytes (Pieralim, Garnier, Issaef).
b) L’injection sous la peau d’un animal sensible de microbes virulents capables de provoquer une infection généralisée (charbon, vibrion de Gamaleia, streptocoq., coccobac. du choléra des porcs et des poules) ne provoque qu’une réaction locale insignifiante, un exsudât de liquide presque entièrement dépourvu de leucocytes dans lequel les microbes poussent librement pour de là envahir l’organisme entier. Chez les vaccinés, la réaction locale est plus manifeste ; l’exsudât est très riche en leucocytes; les microbes ne se rencontrent à l’état libre que pendant peu de temps et sont bientôt englobés par les leucocytes.
c) Certains sérums dits préventifs( Voy. Sérum ) n’agiraient, d’après Metchnikoff, qu’en stimulant les leucocytes. Charrin, Guillemonat et Levaditi attribuent à une augmentation de l’énergie réactionnelle des leucocytes l’augmentation de Ja résistance à l’infection qu’ils obtiennent par de simples injections salines.