PROPRIÉTÉS DIGESTIVES
PHAGOCYTES.
des substances anticoagulantes (Delezenne), etc... L’entérokinase découverte par Pawlow dans le suc entérique paraît être un produit de sécrétion des leucocytes des plaques de Peyer (Delezenne). Les macérations de plaques de Peyer, de ganglions mésentériques, d'organes lymphoïdes (rate), de globules blancs isolés par centrifugation confèrent en effet à un suc pancréatique inactif le pouvoir de digérer les albumines (Delezenne), elles favorisent l’action des amylazes pancréatique et salivaire (Pozerski).
Diffusion des produits leucocytaires. — Les globules blancs déversent, dans certaines conditions, leurs produits de sécrétion dans le sang et les exsudais qui se forment dans l’organisme.
Metchmkoff soutient que les cytases ne se dégagent pas tant que les globules sont intacts, mais seulement après la mort et la dissolution de ces cellules.
Les faits qui permettent de supposer que l’exsudation des produits leucocytaires ne se produit que lorsque les globules sont altérés sont les suivants:
a) On compare sur un même animal, d’une part, le sang circulant ou le plasma bien pur, d’autre part le sérum, c’est-à-dire le liquide qui exsude du caillot formé par le sang sorti hors des vaisseaux, et on constate que le sérum possède des propriétés que le sang circulant ou le plasma pur ne possèdent pas.
C’est ainsi que le sérum parait contenir (à l’exclusion du sang circulant et du plasma pur) du fibrin-ferment (Autiius, Delezenne) et des cytases bactéricides ou bactériolytiques (Gengoü).
b) Si on injecte dans un organisme réfractaire des microbes et si on recherche le sort de ces microbes, on constate qu’il diffère suivant qu'il existe ou non des leucocytes dans cette région et suivant que les leucocytes sont plus ou moins résistants. Si l’injection est faite en un point où les leucocytes préexistent (péritoine), il peut arriver que le premier effet de l’injection soit une altération des phagocytes (phagolyse). Dans ce cas les microbes les plus iaibles sont dissous dans le liquide ambiant, hors des leucocytes. Lorsque les leucocytes supportent l'injection sans être altérés, les microbes ne sont pas dissous ; ils sont pris par les phagocytes et digérés dans l’intérieur de ces cellules. Si l’injection est faite, non plus en un point où les leucocytes préexistent, mais en des régions qui en sont totalement ou à peu près dépourvues (tissu sous-cutané, liquide d’œdème, chambre antérieure de l’œil...) les microbes vivent jusqu’à ce que la réaction inflammatoire amène les phagocytes au point d inoculation (Metchnikoff).
Des faits du même genre ont été observés après l’injection intrapéritonéale de globules rouges chez des animaux préparés par des injections préalables des mêmes globules. La dissolution se fait dans le liquide péritonéal si la phagolyse se produit; dans les leucocytes, si on empêche la phagolyse de se manifester (Metchmkoff).
Buchner, Bouchard et ses élèves soutiennent que la diffusion des produits leucocytaires peut être le résultat de la sécrétion des globules encore vivants.
LES GLOBULES BLANCS OU LEUCOCYTES
Adaptation des propriétés digestives des leucocytes. —
Les leucocytes s’adaptent progressivement à produire des quantités de plus en plus fortes de substances.
Exemple : Delezenne a montré que sous l’influence d'injections répétées de gélatine les leucocytes d’un animal acquièrent la propriété de digérer plus facilement la gélatine.
Un exsudât aseptique riche en leucocytes, débarrassé du sérum et lavé avec de l’eau physiologique, donne dans ce même liquide une solution qui digère faiblement la gélatine. Si on produit l’exsudation chez un chien traité préalablement avec plusieurs injections de cette substance, on obtient des leucocytes dont l’extrait obtenu par le même procédé digère d’une façon beaucoup plus considérable la gélatine. Le pouvoir digestif des leucocytes du chien préparé est quelquefois cinq fois plus fort que celui des leucocytes du chien normal. Il y a donc incontestablement dans cet exemple une propriété digestive acquise qui assure un renforcement notable de l’activité phagocytaire. Chez les chiens préparés les leucocytes ont un pouvoir digestif vis-à-vis de la gélatine sensiblement plus fort que celui de leur sérum sanguin, ce qui indique que la source du ferment soluble doit être cherchée précisément dans les phagocytes.
Extension de l’action phagocytaire aux substances dissoutes. — Les leucocytes fixent un grand nombre de substances dissoutes et les modifient. C’est là, sans doute, une des raisons de l’innocuité relative de l’injection de certaines substances dans le sang. Les lapins résistent à de hautes doses d’atropine, lorsque ce poison est injecté dans le sang ; l'injection intracérébrale de la centième partie d’une dose inolfensive dans le sang, provoque au bout de quelques minutes des accidents (dilatation pupillaire, excitation, anesthésie, paralysie) et la mort.
Les leucocytes fixent : le fer (Kobert, Stender, Samoiloff, Lipsky, Metciinikoff, Hoffmann), les combinaisons arsenicales (trisulfure d’ arsenic, arsenite de potassium...) (Metciinikoff, Besredka), les sels solubles d’argent (Samoiloff), le calomel en solution huileuse, le salicylate de soude en solution aqueuse (Arnozan et Montel), l’atropine, la pilocarpine, la strychnine (Lombard, Calmette), l'iode (Labbé, Lortat-Jacob), l'abrine (Henseval), le mercure (Arnozan et Montel, Stassano, Collet), la gélatine (Delezenne)...
Exemples : Calmette, Lombard ont constaté que si on injecte un poison (pilocarpine, [atropine, strychnine...) dans les veines, et si on centrifuge le sang pour isoler les leucocytes, ceux-ci contiennent la presque totalité de la substance injectée. Delezenne injecte quelques [centimètres cubes d’une solution de gélatine (10 p. 100) dans le péritoine; il se produit un afflux considérable de globules blancs parmi lesquels prédominent les microphages. Lorsqu’à une goutte pendante d’un pareil exsudât on ajoute un peu de solution de rouge neutre d’EHRLicn, on voit presqu’immédiatement apparaître une coloration intense de
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nombreuses gouttelettes logées Hans l'intérieur des leucocytes. La gélatine provoque donc une forte chimiotaxie positive des phagocytes mobiles et est absorbée par ces cellules. — Collet injecte sous la peau du dos d’un cobaye 1 centimètre cube de gomme arabique triturée avec Hg; quatre jours après, il injecte dans le péritoine de l’animal quelques centimètres cubes d’eau salée qui provoque en peu d’heures un afflux de mono et de polynucléaires. Si on examine à ce moment le liquide péritonéal, on constate dans quelques globules blancs des sphères mercurielles, etc...
Généralité du phénomène. — La phagocytose ne caractérise pas uniquement certaines formes de leucocy tes. Bien des organismes unicellulaires, tels que les amibes (iig. 171), possèdent cette propriété. Chez les Invertébrés les éléments actifs sont nombreux. Ce sont tantôt des cellules épithéliales du tube digestif; tantôt des cellules disposées entre la paroi du corps et celle du tube digestif, nageant librement ou plus ou moins fixées dans le tissu interstitiel.
Chez les Ascaris et les Nématodes, il existe seulement quatre ou cinq ou un peu plus de ces cellules, mais celles-ci poussent des prolongements très longs capables d'explorer toute la cavité intérieure.
Si on s’élève dans la série animale, on voit, par suite île la différenciation des organes, le phénomène se localiser dans un certain nombre de cellules, en particulier dans le globule blanc.
Phagocytes fixes. — Les globules blancs ne sont pas chez les animaux supérieurs les seuls éléments capables de pousser des prolongements amiboïdes dans plusieurs directions et d’exercer une action phagocytaire. Ces propriétés caractérisent également des cellules fixes, c’est-à-dire définitivement attachées en certains endroits, à savoir: les cellules nerveuses, les grosses cellules de la pulpe splénique, des ganglions lymphatiques et de l’épiploon, certaines cellules endothéliales, les cellules de la névroglie, peut-être quelques cellules du tissu conjonctif (Metchnikoff). Les cellules dites cellules à poussières des voies respiratoires sont capables d’englober le noir de fumée, des microbes, d’autres corps étrangers et représentent, d’après Tciiistowitch, des globules blancs immigrés dans les alvéoles et dans les bronches. Les cellules étoilées du foie dites cellules de Kupffer, sont, d’après Metchnikoff, peut-être aussi des globules blancs arrêtés dans les capillaires hépatiques. L'endothélium vasculaire a la propriété de fixer les sels de fer et d’argent, l’encre de Chine, le carmin ammoniacal (Robert, Kowa-
Fig. 171. — Une amibe t raitée avec le rouge neutre à 1 p. 100 (d’après Metchnikoff).
LES GLOBULES BLANCS OU LEUCOCYTES
lewski), le mercure (Stassano), les microbes (notamment dans le foie, Lemaire). Les cellules endothéliales qui tapissent les séreuses peuvent se modifier sous des influences pathologiques; elles passent dans le liquide exsudé, s’isolent, deviennent sphériques, prennent l’aspect de gros mononucléaires dont elles arrivent à partager les fonctions macrophagiques (Widal, Ravaut, Dopter). Les cellules endothéliales de revêtement des espaces sous-arachnoïdiens peuvent se mobiliser de la même manière et devenir macrophages, d’après Sabrazès et Muratet, et dévorer les hématies dans les cas d'ictus. Barjon et Cade ont observé fréquemment dans l’hydrocèle idiopathique des spermatozoïdes et des globules rouges phagocytés par les cellules endothéliales. Les globules de colostrum du lait sont doués de propriétés phagocytaires au même titre que les leucocytes du sang. Si on injecte sous la peau d’un cobaye en lactation du vermillon en suspension dans l’eau, on constate la présence de grains colorés dans les cellules à protoplasme granuleux du colostrum (Czerny, MUe Lourié).
K. — CONDITIONS DANS LESQUELLES LES GLOBULES BLANCS INTERVIENNENT DANS L’ORGANISME.
Les globules blancs interviennent dans un très grand nombre de conditions, soit par eux-mêmes, soit par l’intermédiaire de leurs sécrétions.
Grâce à leurs propriétés phagocytaires, ils constituent des organes de défense pour l’organisme, et contribuent chez certains animaux inférieurs aux métamorphoses et à la disparition d’organes devenus inutiles.
Rapports avec la résorption. — Les globules blancs débarrassent l’économie des substances devenues inutiles en englobant tous les corps solides qu'ils rencontrent (débris cellulaires, globules rouges extravasés, leucocytes morts, microbes affaiblis, morts ou bien vivants...) et même certaines substances solubles pour tâcher de les digérer et de les supprimer.
Dans le tétanos, la rage... les cellules nerveuses lésées par le virus sont attaquées et souvent détruites par les globules blancs (Courmont, Doyon et Paviot, Carlos França).
Rapports avec l’immunité. — L’immunité naturelle ou acquise est un cas particulier de la résorption intracellulaire. Metchnikoff a démontré que la phagocytose est le facteur constant et principal de l’immunité naturelle ou acquise. L’introduction dans l’organisme ani-