IV. — Propriétés antitoxiques
Le sang neutralise plus ou moins les effets d'un certain nombre de substances solubles, ce que l'on exprime en disant qu’il exerce vis-à-vis de ces agents un pouvoir antitoxique.
Historique. — La découverte des propriétés antitoxiques du sang a suivi de [très la découverte de la vaccination contre les toxines microbiennes. Elle est due à Behring et Kitasato et a été faite à propos du tétanos et de la diphtérie. La toxine mélangée in vitro au sérum d'un animal immunisé devient inoffensive. L'injection simultanée, quoique en des points séparés de l’organisme, de la toxine et du sérum empêche l’intoxication (Behring et Kitasato, Roux, 1894) (1).
Action sur les poisons microbiens. — Le sang (ou le sérum) d'un animal immunisé contre le tétanos, mélangé avec une quantité de toxine tétanique plus que suffisante pour provoquer l'empoisonnement mortel, empêche l’éclosion de la maladie chez les animaux auxquels on injecte le mélange (Behring et Kitasato). On obtient les mêmes résultats en ce qui concerne la toxine diphtérique (Behring et Kitasato), le virus rabique (Marie), etc... Les propriétés antitoxiques peuvent exister, au degré près, même dans le sang normal. Le sérum normal de cheval peut neutraliser une certaine quantité d’antitoxine diphtérique (Roux et Martin, Cobbett).
Action sur les hémotoxines et les cytotoxines. — Les poisons globulicides et cytotoxiques donnent lieu à la production d’antitoxines. Camus et Gley, H. Kossel ont démontré que des animaux traités avec des doses croissantes de sérum d'anguille acquièrent une propriété antitoxique qui protège leurs globules contre l’action de l’ichtyotoxine ou substance toxique du sérum d'anguille. Si on mélange in vitro le sérum antitoxique avec des globules rouges de l’espèce qui fournit ce sérum et si on ajoute du sérum hémolytique d’anguille on constate que les hématies se conservent très bien. Dans des tubes
(1) Dès 1888, Héricourt et Richet avaient constaté l’action immunisante du sérum d’animaux réfractaires aux staphylocoques; toutefois ces auteurs n'avaient pas approfondi le mécanisme d’action du sérum. Les sérums de Richet et de Héricourt n’étaient peut-être pas antitoxiques; les sérums de l’organisme immunisé peuvent, sans être antitoxiques, présenter la propriété anti-infectieuse. C’est ainsi que Pfeiffer a obtenu chez des animaux bien immunisés contre le vibrion cholérique un sérum doué d’un fort pouvoir anti-infectieux totalement dépourvu de propriétés antitoxiques ; les cobayes, très résistants à la péritonite cholérique, se sont montrés fort sensibles à la dose minima mortelle du poison cholérique. La résistance contre les microbes n’implique pas nécessairement l’insensibilité contre leurs poisons. L’immunité contre les microbes peut être acquise indépendamment de celle contre les toxines. Elle est plus facile à acquérir et a été réalisée la première (Metchnikoff).