RÉACTIONS CARACTÉRISTIQUES DU SANG OXYCARBONÉ
l’un d’eux laissé sans secours à l'air libre mourut; l aulre placé dans 1 oxygène comprimé à deux atmosphères se réveilla immédiatement, et au bout dune demi-heure put être extrait de l’appareil complètement rétabli.
Un chien meurt en vingt minutes environ dans un mélange d’air et de CO à 1 p. 100 ; un animal de la même espèce peut respirer un mélange d O’ et de CO à l p. 100 pendant quarante-cinq minutes et même pendant deux heures et quinze minutes sans succomber (Gréhant).
Réactions caractéristiques du sang oxycarboné. Dosage de CO. — Le sang artériel et le sang oxycarboné présentent de grandes analogies ; cependant 1 hémoglobine oxycarbonée est plus stable que l’oxyhémoglobine ; ce caractère sert de base aux réactions qui permettent de déceler la présence de CO dans le sang. Les réactions les plus caractéristiques ont été groupées dans un tableau.
La preuve décisive de la présence de l’hémoglobine oxycarbonée ne peut être fournie que par l’extraction de CO. Le dégagement a lieu dans le vide sous l’influence de la chaleur (40°) ; mais il est extrêmement lent dans ces conditions (Zuntz, Saint-Martin) ; on l’accélère considérablement en décomposant la matière colorante, suivant le procédé de Lelorrain (1868), par un acide [acide phosphorique(l) ou acétique (Gréhant, Mislawski, Nicloux)] ; acide tartrique (Saint- Martin, Ogier). L’oxyde de carbone est ensuite caractérisé, soit à l’aide du spectroscope, en concentrant dans un petit échantillon de sang, tout 1 oxyde de carbone extrait d’un volume beaucoup plus considérable de liquide (Saint-Martin), soit chimiquement, a) CO peut être absorbé par une solution chlorhydrique de protochlorure cuivreux. Une fois les lectures faites, le gaz absorbé est mis en liberté par addition d’un excès de potasse; on constate ensuite que CO brûle avec une flamme bleue. La solution de chlorure cuivreux est préparée en chauffant du cuivre métallique avec HCl et quelques gouttes d acide nitrique ; le liquide noir obtenu est introduit dans des flacons remplis jusqu au col de tournure de cuivre et bien bouchés ; il s’y décolore peu à peu. Le réactit doit être clair et fournir axrec l’eau un abondant précipité blanc de chlorure cuivreux; il absorbe environ vingt à vingt-cinq fois son volume de CO et environ 12 volumes d’O2. Pour renouveler la provision du réactif, il n’y a qu à remplir les vides du flacon avec HCl ordinaire, b) Nicloux utilise la réaction indiquée par A. Gautier de CO sur l’acide iodique anhydre. Cet acide est oxydé à 150° en donnant CO2 avec mise en liberté de la quantité d iode correspondante; 1 iode est retenu par une solution alcaline et dosé par le procédé de Rabourdin . mise en liberté de l’iode de l’iodure de potassium par l’acide sulfurique nitreux, dissolution de l'iode dans un volume connu de chloroforme et comparaison de la teinte obtenue avec celle fournie dans les mêmes conditions par une solution titrée djiodure de potassium, c) Gréhant se sert du grisoumètre qu’il a imaginé. CO est brûlé sous l’influence d’un fil de platine maintenu au rouge par un courant électrique; 2 volumes de CO mêlés à 1 volume de O2 détonent en produisant 2 volumes de CO2. S’il s’agit des gaz du sang, Gréhant absorbe seulement CO2 et laisse O2 qui servira à brûler le gaz combustible. Se rappeler que l’acide pyrogallique et la potasse en solution concentrée peuvent dégager une trace de CO (Galvert, Ci.oez, Boussingault).
Élimination. — Le sang prélevé sur un animal intoxiqué par CO conserve longtemps sa couleur et par suite son CO. Il en est de même du sang resté dans
(1) A 45° B, volume égal.
GAZ DU SANG
les vaisseaux, lorsque 1 animal est mort (1). Les choses se passent différemment lorsque le sang continue à circuler dans le corps de l’animal. L’oxyde de carbone disparait (CL Bernard). Dans une expérience CI. Bernard a injecté à un chien rG centimètres cubes de CO dans le bout central de la jugulaire; une demi-heure après 100 centimètres cubes de sang artériel (carotide) contiennent 2 centimètres cubes de CO; vingt-quatre heures après, 100 centimètres cubes de sang ne contiennent plus de CO.
Chez un chien dont le sang a été à moitié oxycarboné, l'élimination dure environ cinq à six heures à condition de faire respirer à l’animal de l’air pur (Gréhant .
Dans 1 organisme CO est déplacé par l’oxygène introduit par la respiration et l'action de certains tissus.
a) L oxygène déplace in vitro à la longue CO et régénère l’oxyhémoglobine, surtout si la température est un peu élevée (38°) (Donders, Podolinsky, Cl. Bernard). Le même phénomène se produit évidemment dans l’économie sous l'influence des mouvements respiratoires.
b) Cl. Bernard, injectant des cyanures métalliques dans le sang, avait remarqué que ces sels empoisonnent par l'acide cyanhydrique qu'ils dégagent au niveau des poumons. Il supposa que les tissus, en particulier les muscles, pouvaient également intervenir dans la disparition de CO du sang. Miseanvski et Chirokly ont constaté que si on pratique des circulations artificielles à travers divers organes avec du sang dont les quantités de CO et d’oxyhémoglobine sont préalablement déterminées par la spectrophotométrie, la dissociation de l’hémoglobine oxycarbonée se produit rapidement dans les poumons et dans le foie et ne se produit pas dans les muscles. Montuori a observé que le passage à travers le tissu pulmonaire ou l’adjonction d’un lambeau de ce tissu déplace le gaz toxique.
L élimination est d autant plus lente que l’atmosphère ambiante renferme plus de gaz délétère (Cl. Bernard). Un animal empoisonné par CO à 1/100 qui continue à respirer de l'air ne renfermant que 1/1000 n’élimine qu’une quantité très faible de CO' absorbé et meurt intoxiqué (Gréhant). CO disparaît par contre beaucoup plus rapidement après un empoisonnement partiel si on lait respirer à l'animal de l’oxygène pur au lieu d’air pur.
D après Gréhant, l’oxyde de carbone est entièrement éliminé en nature par les poumons.
Passage de la mère au fœtus. — L’oxyde de carbone passe de la mère au fœtus (Gréhant et Quinquaud). Entre 1/1000 et 1/10000 les teneurs des deux sangs en oxyde de carbone sont identiques et ces teneurs sont proportionnelles à la quantité d'oxyde de carbone contenue dans le milieu respiré. Au-dessus de 1/1000, 1 identité disparaît et la différence va en s’accentuant d’autant plus que le mélange mortel est respiré moins longtemps (Nicloux).
Le lait du passage de l’oxyde de carbone de la mère au fœtus relève d’une
1 1 1 La putréfaction est sans effet pendant un temps qui varie suivant les conditions. Le sérum exsudé par le caillot ne se teint pas en rouge. Les hématies conservent plus longtemps leurs caractères normaux; l'hémolyse est ralentie (CL Bernard). Sur le cadavre, Gréhant. Nicloux, Martin n’ont pas constaté de variations dans le sang même après quarante-huit heures. Le sang contenant CO, surtout s’il est saturé, conservé dans des flacons ou dans des tubes d’essai remplis et fermés à la lampe, se conserve pendant des années avec ses propriétés caractéristiques (Hoppe-Seyler). La putréfaction provoque à la longue la formation d’hémoglobine puis d’hématine (Raimondi).
COAGULATION
dissociation de l'hémoglobine oxyearbonée du sang maternel au niveau du placenta puisque les circulations maternelle et fœtale sont complètement indépendantes (Nicloux).
Rôle des branchies. — Les branchies se comportent d'une façon analogue au placenta. Le sang des poissons fixe CO lorsque les branchies sont entourées par des globules oxycarbonés ou une solution d’hémoglobine oxyearbonée (Nicloux, L. Camus); le sang des Poissons peut contenir p. 100, 5, 6 et même 7 fois plus de CO que le milieu extérieur.
Pénétration par d’autres voies que le poumon. — L’oxyde de carbone injecté sous la peau dans le tissu cellulaire est moins toxique que lorsqu'on fait pénétrer ce gaz par les poumons. Lorsqu'on injecte 2 litres de gaz sous la peau d un lapin, l’animal meurt au bout de huit à dix heures et présente tous les caractères de la mort par l’oxyde de carbone ; si on n’injecte qu'un litre ou t/2 litre de gaz l’animal peut survivre et n’étre pas empoisonné. C’est un cas particulier d'un fait général. Les gaz qui pénètrent dans l’économie par la voie sous-cutanée ou le sang sont rapidement rejetés par les poumons (CL Bernard).
Pour amener la mort chez un chien de 8 kilogrammes, il faut injecter par la veine jugulaire ou une veine de la circulation générale plus de 400 à 300 centimètres cubes (à raison de 0CC,6 à 1 centimètre cube par minute sous une pression d’eau de 23 à 30 centimètres cubes); 30 centimètres cubes suffisent par la veine porte (Montuori).
Par la peau, l’absorption est faible et très lente (Chauveau).
Traitement rationnel. — La transfusion peut rendre des services. Les inhalations d’oxygène s’imposent (Gréhant). Cl. Bernard, Mosso ont pu rappeler à la vie des animaux chez lesquels la respiration avait cessé et le cœur s’était arrêté depuis quelques minutes, par la respiration artificielle ou sous 1 inlluence de 1 air comprimé (1). Mosso a constaté que si on ouvre le thorax d’un animal qui vient de succomber à CO, le cœur reprend ses battements au contact de l’air pourvu qu’il ne se soit pas écoulé un temps trop long (une heure).
B. — MODIFICATIONS SUBIES PAR LE SANG HORS DES VAISSEAUX
Le sang extrait des vaisseaux subit des modifications physiques et chimiques. Il coagule; la fibrine diminue; l’oxygène, le glucose disparaissent; l’extrait éthéré diminue considérablement, etc. Ces modifications paraissent dues principalement aux éléments figurés.