I. — Coagulation
Constatation. — Le sang extrait des vaisseaux se prend en gelée au bout d’un temps plus ou moins long; peu à peu la masse se rétracte et exsude un liquide. Par suite de la coagulation le sang se sépare donc en deux parties : l’une solide, opaque, rouge c est le caillot; 1 autre liquide, tianspaiente, incolore ou légèrement teintée en jaune : c’est le sérum.
Caillot. Le caillot est essentiellement constitué par une trame élastique,
(1) Les tractions de la langue (procédé de Laboiide) doivent être pratiquées.
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filamenteuse, blanchâtre, englobant dans ses mailles les éléments figurés du sang (Malpigiii, Gugliei.mim). La trame est formée par la fibrine et provient du plasma. Si, en effet, on retarde suffisamment la coagulation pour laisser aux globules le temps de déposer, le plasma recueilli se coagule. Hewson en donna
le premier la démonstration ; il suspendit la coagulation en mélangeant le sang au sortir de la veine avec une solution de sulfate de soude. Ayant attendu que les globules se fussent précipités par leur propre poids, il put décanter la partie liquide surnageant; ce liquide étendu d’eau se prit spontanément en un caillot transparent. Lecanu (1837) puis Berzélius isolèrent les globules du plasma en recevant le sang dans une solution saturée de sulfate dé soude. Muller filtra du sang (de grenouille) délayé dans oe l’eau sucrée; les globules ne passent pas, le filtrat incolore coagule.
Fig. 183. — Réticulum fibrineux du sang de 1 homme, après eol. avec le sulfate de rosaniline : a, granulation libre formant le centre d’un système du réticulum (Ranvier).
Glénard, L. Fredericq en séparant le plasma des globules dans un tronçon de veine jugulaire de cheval, L. Fredericq, A. Gautier en retardant la coagulation par 1 emploi du froid, parfirent la démonstration de Hewsox.
Lorsque le sang se coagule spontanément, le caillot représente environ la moitié du poids total du sang, le sérum exprime l’autre partie; le rapport varie suivant la marche de la coagulation, la consistance du caillot, etc.
Le caillot n’a pas toujours le même aspect dans toutes ses parties. Lorsque le sang se dépose lentement, la séparation des globules et du plasma commence avant le dépôt de fibrine. 11 se forme à la surface du caillot une couche blanchâtre, exempte de globules rouges, à laquelle on a donné le nom de couenne. Le phénomène s’observe avec le sang recueilli au cours de certaines maladies inflammatoires telles que la pneumonie, le rhumatisme articulaire aigu, l’érysipèle, les affections purulentes, l’urémie et chez quelques espèces animales, telles que le cheval, dans les conditions ordinaires (Axdral, Lassaigne).
Le caillot peut ne pas se rétracter et ne pas abandonner de sérum. Le fait s’observe dans certains cas de purpura hémorragique, l’anémie pernicieuse, la cachexie paludéenne, l’intoxication diphtérique expérimentale (IIayem ; Bensaude...), la mort par hyperthermie (Cl. Berxard), lorsque la coagulation est ralentie, notamment avec le sang d’Oiseau (Spangaro).
Corxil et Carnot ont remarqué une certaine indépendance entre le phénomène de la coagulation et la formation de filaments de fibrine par battage. Ils ont noté bien souvent, en particulier, que du sang très rapidement coagulable ne contenait pas une quantité considérable de fibrine et qu’inversement du sang mal coagulable en contenait beaucoup. Au cours de Ja pneumonie ou du rhumatisme articulaire aigu notamment, il est facile de constater que la
COAGULATION
quantité de fibrine est considérable et que par contre le sang est généralement moins coagulable qu’à l'état normal. D’autre part, il y a de très grandes différences dans la proportion de fibrine filamenteuse entre plusieurs sangs se coagulant normalement. Les différences peuvent tenir à ce que la fibrine ne prend pas forcément la forme filamenteuse (Gilbert et Carnot) (fig. 184, 185).
184. — Dispositif pour recueillir le sérum à l’abri des microbes (lig. d’après J. Courmont) (*).
(’) Le sang est recueilli dans le llacon stérilisé par l’intermédiaire du tube a; ce tube est fermé à la lampe après la récolte. Pour recueillir le sérum d, on faitplonger la branche intérieure du tube b dans le liquide puis on souille par le tube c qui est muni d un tampon d’ouate; e, caillot (en usage dans le lab. du prof. Arloing).
Influence de l’espèce animale et des tissus. — Le sang des Mammifères, quelles que soient les précautions employées pour le recueillir, coagule dans un délai qui n’excède guère quinze à vingt minutes dans les conditions ordinaires de température. Le sang de chien coagule en moyenne en une à trois minutes, le sang de lapin en une demie à une minute et demie (A. Rollett). Le sang de tous les Vertébrés à globules rouges nucléés (Oiseaux, Reptiles, Batraciens, Poissons) présente une très grande résistance à la coagulation spontanée loi s^qu'il est recueilli directement dans les vaisseaux, au moyen d une canule, en évitant soigneusement le contact des tissus. Les éléments figurés se déposent rapidement et se tassent au fond du verre; il se forme une abondante couche de plasma limpide et transparent. En centrifugeant le sang recueilli dans ces Conditions, on hâte la séparation du plasma et des globules et on augmente la durée du temps pendant lequel le sang reste incoagulable. Quand 1 opération est bien conduite elle peut donner un plasma qui se conserve liquide partois pendant près d’un mois (1) (Delezenne). Le sang de ces mêmes espèces animales, recueilli au niveau d’une plaie, coagule au contraire très rapidement en deux a huit minutes en moyenne, par suite de 1 action coagulante des tissus. 11 suffit de laisser le sang en contact avec un fragment de tissu ou d ajouter une goutte d’extrait de muscle à un échantillon prélevé directement dans les vaisseaux
(1) Bordet et Gengou introduisent dans la veine de 1 aile la pointe ellilée, recourbée en bec, d’un tube de verre de calibre assez gros, stérilisé, garni d’un tampon d ouate à son orifice supérieur. Le sang monte dans le tube assez rapidement. Lorsque la quantité recueillie est suffisante, on retire le tube du vaisseau ; on laisse couler librement les premières gouttes de sang qui s’échappent par l’extrémité pointue. La portion de sang qui s’écoule ensuite est recueillie dans des tubes que Ion centriluge; niais on n’utilise pas la dernière portion, celle qui représente le sang qui a pénétre dans le tube aussitôt après la perforation de la veine par l’cffilure. Ce sang a pu se meler a une trace de suc provenant de la plaie ou de la lésion vasculaire et acquérir ainsi la propriété de se coaguler à bref délai. De fait cette partie de sang recueilli se prend assez rapidement en caillot; le sang placé dans les tubes à centrifuger fournit un plasma presqu’indéfmiment liquide .
MODIFICATIONS SUBIES PAR LE SANG HORS DES VAISSEAUX
pour en déterminer aussitôt la coagulation. Cette influence coagulante des tissus a le caractère d’une fonction de défense.
Delezenne, Spangaro, Artiius, Milian, Wright ont démontré que le rôle de la plaie peut s’observer, moins frappant, mais pourtant très net, chez les Mammilèies. Le sang de chien (lapin, cobaye, etc.), qui s'écoule en baignant une plaie tulanée, coagule plus vite (2 à 3 minutes) que le sang qui ne touche pas à la plaie (15 à 20 ou même 50 minutes). Si on fait des lavages de la plaie à l’eau salée on constate que les tissus cèdent à l’eau une substance capable de hâter la coagulation ; cette substance est altérée, puis détruite par la chaleur (Arthus).
Chez les embryons de Mammifères au stade de développement qui correspond à 1 existence exclusive de globules rouges nucléés dans le sang la coagulation se lait comme chez les Vertébrés à globules nucléés (Delezenne) -(1).
Le sang de 1 escargot ne contient pas de fibrinogène et ne coagule pas spontanément (Couvreur). Chez les Invertébrés marins, à l’exception des Crustacés, le sang ne coagule pas (Cuénot, Bottazzi).
Influence des corps étrangers. — La coagulation est plus rapide quand on saupoudre la surface du sang d’eau, ou d'une matière pulvérulente, telle que chai bon, poudres minérales et végétales (Virchow, Brücke, Fr. Glénard, L. Fredericq).
L action des corps étrangers doit être vraisemblablement rattachée aux phénomènes d adhésion. En effet, si à travers une jugulaire on fait passer un fil de soie et à travers 1 autre jugulaire un fil de platine huilé de même diamètre, on constate au bout de quelques minutes, que le fil de soie est recouvert d’un coagulum formé de globules blancs et de fibrine, tandis qu’autour du fil de platine huilé il n y a pas de coagulum, sauf aux points où le fil passe les parois et où le tissu du vaisseau est lésé (Mantegazza). La coagulation de sangs très coagulables peut être empêchée en versant ces liquides dans un vase dont les parois sont recouvertes de vaseline ou d’huile ou de paraffine et en les recouvrant en outre d une couche de ces substances. On peut même dans ces conditions agiter le sang au>( une baguette de verre huilée sans qu’il y ait dépôt de filaments de fibrine. Si les globules blancs rencontrent quelque part sur la paroi huilée un point qu ils puissent mouiller et auquel ils adhèrent, la coagulation commence là et s (^en<* a toute la masse (Lôwit, Freund). — L’adhérence des globules blancs a\ ec les corps avec lesquels ils sont en présence, parait favoriser la mise en liberté du fibrin-ferment par les leucocytes.
Influence de la paroi vasculaire, des séreuses, des articulations. — Le sang conservé entre deux ligatures dans un segment du système circulatoire reste liquide (IIewson, 1/70; Brücke, Scudamore, F. Glénard, L. Fredericq).
Expérience: L opération est pratiquée de préférence sur un cheval. L’animal est assommé par un coup de marteau sur le front. On fait une incision longitudinale de la peau, du tissu cellulaire et du peaussier sur la ligne médiane aude\ant de la trachée, àla partie inférieure du cou. On isole la jugulaire sur une petite étendue avec les doigts et le scalpel, puis on lie ce vaisseau. L’animal une fois saigné par le procédé usuel dans les abattoires (large incision au niveau de la fourchette du sternum), la jugulaire est disséquée jusqu’au niveau de sa bifurcation supérieure, les collatérales liées, puis on fait refluer le plus
(1) Rodier a constaté que le sang de la tère, sorte de raie (Poisson cartilagineux), prélevé sur 1 animal vivant, se coagule très facilement même lorsqu’il n’a pas été recueilli au contact des tissus.
COAGULATION
de sang possible dans le segment veineux et on lie le bout supérieur (L. Fredericq) (fig. 186).
Les globules rouges plus lourds se déposent au fond, les globules blancs audessus, le plasma surnage. Si on attend un temps suffisant, le segment vasculaire sèche au point d’offrir la consistance de la corne. Le plasma est transformé en une laque dure et transparente ; repris par l’eau, il s’y désagrège et s’y dissout ; le liquide obtenu est susceptible de se coaguler en masse même après filtration (F. Glénard).
L'expérience ne réussit en général que si l’on prend deux précautions: 1° la veine doit être bien isolée de ses enveloppes celluleuses ; 2° elle doit être suspendue à l’air libre et dans un endroit frais. Malgré tout, l’expérience ne comporte pas une signification absolue ; à une observation attentive, on constate qu’il se forme, au niveau de la couche des leucocytes, un caillot blanc (L. Fredericq, Glénard).
La persistance du sang à l’état liquide dans un vaisseau excisé, s’explique peut-être par le défaut d'adhérence des leucocytes aux parois vasculaires lisses. Si, en effet, on altère ou si on détruit la membrane interne d'un vaisseau chez un animal vivant, le sang s’y coagule immédiatement et la coagulation commence au point même où a été effectuée l’altération.
Le sang épanché dans les articulations et les séreuses et retiré par ponction est généralement incoagulable (Tuffier et Millian).
Influence de la saignée. — La coagulabilité du sang varie au cours d’une même hémorragie; les dernières quantités obtenues se coagulent beaucoup plus vite que les quantités recueillies au début (Voy. Saignée).
Influence de la température. — Une température suffisamment basse suspend le phénomène de la coagulation. Le sang de cheval reste fluide pendant plusieurs heures et même plusieurs jours si l’on a soin de le recevoir au sortir de la veine dans un vase entouré de glace ou de mélanges réfrigérants de façon que sa température s’abaisse brusquement au-dessous de 0° ; toutefois la coagulabilité n'est pas abolie; il suffit d’un petit nombre de degrés pour que le phénomène apparaisse de nouveau (Hewson). Chanoz et Doyon ont constaté que la coagulabilité n’est pas abolie, même si le sang a été abaissé à — 180° au moyen de l’air liquide.
Le sang reste lluide d’une manière permanente chez les sujets morts de froid (Tirelli); il coagule lentement chez les animaux morts d’hyperthermie (Vincent).
Conditions diverses. Hémophilie. — D’après Carrara, le sang asphyxique coagule in vitro plus vite que le sang normal. Le sang des veines sus-hépatiques se coagule difficilement, toutefois l’inanition, d’après quelques auteurs, favorise la coagulation (Vierordt, Tracerai.) (Voy. p. 723).
Chez certains sujets (homme) le sang ne coagule pas. Cette affection (hémophilie) est de nature inconnue, mais d’après Ferrier, elle est partois en relation avec la décalcification de l’organisme (dont la phosphaturie est une manifestation).
Rôle des globules. — Les globules blancs paraissent intervenir d'une façon prépondérante dans la coagulation. Cela ressort des faits suivants :
Fig. 186. — Conservation du sang liquide dans une veine excisée.
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a) Certains liquides tels que les liquides d’ascite, de pleurite, d’hydrocèle... sont comparables au plasma en ce sens qu’ils contiennent de la fibrine (ou du fibrinogène), mais ils ne coagulent pas spontanément. Or, on obtient un coagulum semblable à celui qui se forme dans le plasma lorsqu’on additionne ces liquides de certains éléments du caillot sanguin, notamment de la couenne qui est très riche en globules blancs (Buciianam, 1836, 1845).
b) Si on refroidit du sang de cheval et si après que le dépôt des globules est achevé on laisse le sang se réchauffer, on voit les filaments de fibrine se produire d’abord au voisinage de la couche des globules blancs.
c) Si on isole du plasma les globules rouges et les globules blancs et si on ajoute au plasma une émulsion de globules rouges ou de globules blancs, on constate que la coagulation est plus rapide avec ces derniers (A. Schmidt).
L’isolement des globules est obtenu en refroidissant du sang de cheval dès sa sortie de la veine; les globules rouges se déposent au fond du vase, les globules blancs au-dessus, le plasma surnage. On décante ce dernier et on racle délicatement la couche de globules blancs. Un autre procédé consiste à exciser entre deux ligatures la veine jugulaire chez le cheval, puis à suspendre le vaisseau à l’air libre ; on isole par des ligatures chaque couche, lorsque la sédimentation est terminée.
Fibrin-ferment ou plasmase. — Les globules blancs provoquent la coagulation par l'intermédiaire d’une substance qui par certains de ses caractères peut être rapprochée des ferments solubles. Cette substance existe dans le caillot fixée sur la fibrine et diffuse dans le sérum. Elle a été isolée à l’état de pureté relative par AL Schmidt le premier; cet auteur la désigne sous le nom de fibrin-ferment, Duclaux sous le nom de plasmase.
Préparation. Procédé d' Al. Schmidt. — On ajoute au sérum sanguin 15 à 20 volumes d’alcool fort et on maintient le précipité ainsi produit en contact avec l’alcool, pendant plusieurs semaines, puis on le sépare par filtration et on le dessèche dans le vide. La poudre obtenue dans ces conditions est broyée dans l’eau.
Procédé de Hammarsten. — Saturer le sérum sanguin de sulfate de magnésie à la température de 30°; séparer par filtration les globulines précipitées, laisser refroidir le filtrat et en séparer les cristaux qui se sont déposés. Le filtrat étendu de neuf volumes d’eau est additionné de soude jusqu’à formation d’un précipité floconneux, persistant de magnésie. Ce précipité est rapidement lavé, fortement pressé, finement broyé dans l’eau, dissous par addition d’acide acétique étendu jusqu’à réaction neutre ou à peine acide, et la solution obtenue est dialysée. Cette solution possède les propriétés générales qui caractérisent la plasmase.
Caractères. — Le fibrin-ferment en solution devient inactif à 75° ; à l’état sec, il résiste à une température plus élevée; il agit le mieux à 40°. Le froid suspend les propriétés du ferment sans le détruire. Un léger excès d’alcali ou d’acide agit dans le même sens. L activité réapparaît par neutralisation. De grandes quantités d’alcali ou d’acide détruisent le ferment (Dastre). Les sels de chaux, de baryum, de strontium favorisent l’action de la plasmase (comme celle de la présure) (Green, Rincer et Sainsbury, Arthus et Pagès, Al. Schmidt). Les agents antagoniste sont les sels des métaux alcalins et en particulier les oxalates (Arthus et Pagès). 11 faut du reste tenir compte de la dose. Les sels coagulants à faible dose peuvent être hostiles à la coagulation lorsqu’ils sont concentrés; les sels qui précipitent à haute dose peuvent rendre la coagulation plus difficile à faible dose. Un certain équilibre salin est nécessaire à la coagulation (Dastre).
COAGULATION
Pour manifester la présence «lu übrin-ferment dans les liquides et tissus de l'organisme, on peut avoir recours comme réactifs soit à des solutions de fibrinogène, soit à des exsudats séreux non spontanément coagulables (liquides d’hydrocèles humains, sérosités péritonéale et péricardiaque du dheval), soit à du plasma de cheval séparé à 0° ou à du plasma d’Oiseau. On peut encore utiliser le plasma du sang magnésié (3 de sang, 1 d'une solution saturée de sulfate de magnésie 30 p. 100) dilué à 10-20 volumes d’eau distillée ou à du plasma de chien fluoré à 3 p. 1 000 (Arthus).
Fibrin-ferment des tissus. — La source principale à laquelle le sang emprunte le ferment est la masse des leucocytes. Les globules rouges paraissent en contenir aussi un peu. Il en est de même d’un assez grand nombre de tissus de l’organisme. On peut en effet obtenir des coagulations avec des macérations filtrées de divers organes. L’expérience réussit surtout avec les ganglions lymphatiques, le thymus, le testicule et le muscle. 11 existe des différences très marquées suivant l’espèce animale. Le sang d’Oiseau coagule lentement s'il est recueilli directement dans le vaisseau, rapidement s’il est recueilli au contact des tissus ou dans un verre dont on a sali le fond en frottant légèrement un fragment de tissu d’Oiseau, ou encore si on ajoute au liquide une seule goutte de suc obtenu par l’expression d’un fragment de tissu, d’une macération de muscle dans la solution physiologique de sel marin.
Par contre, l’extrait de muscle de chien ou de lapin active très peu la coagulation du sang d’Oiseau. Le sang des Reptiles, Batraciens et des Poissons se comporte comme celui de l’Oiseau ; les tissus de ces animaux paraissent également très riches en plasmase. — Rauschenbach a trouvé de la plasmase dans une grande quantité de protoplasma divers; Grohmaxn, dans des végétaux et dans des mycéliums de champignons.
Proferment. — Le fibrin-ferment n’existe pas dans le sang circulant ; il apparaît lorsque le sang a été épanché.
A. Schmidt a montré qu’il est possible de séparer par l’action de l’alcool un peu de fibrin-ferment d’un coagulum normal de fibrine qui s’est formé dans du sang en repos. Si on reçoit dans l’alcool du sang au sortir de la veine la même méthode ne donne plus de ferment. Arthus a observé que le sang de chien additionné de fluorure de sodium (3 p. 1000) au moment de la saignée ne coagule pas spontanément et que le fait est dû à l’absence de fibrin-ferment et non à la présence du fluorure agissant comme antagoniste du ferment. En effet, le sang fluoré coagule par addition de petites quantités de sérum ou de sang défibriné; d’autre part, l’addition de fluorure au sang extrait des vaisseaux, non pas aussitôt après la prise, mais à un moment voisin de la coagulation, n’empêche pas la coagulation (Arthus). Si on ajoute 15 à 20 volumes d’eau distillée au sang, au moment où il est extrait des vaisseaux, la liqueur ainsi obtenue ne contient pas de fibrin-ferment. Si on ajoute de l’eau distillée au sang quelque temps après la prise et surtout après défibrination par battage, le liquide contient du fibrinferment Arthus (1).
Rapports avec la destruction globulaire. — La théorie régnante rattache la genèse du ferment coagulateur à la destruction des globules blancs.
A. Schmidt a montré que les leucocytes disparaissent dans la proportion du tiers, de la moitié, ou même des deux tiers dans le sang défibriné. Dastre éta-
(1) Le sang dilué avec NaCl à 9 p. 1 000 centimètres cubes coagule plus lentement que le sang pur et d'autant plus qu’il est plus dilué (Dastre, Stodel).
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blit que la production du fibrin-ferment n’est pas la conséquence delà destruction anatomique nécessaire du globule blanc : a) les globules blancs déficients après la défibrination ne sont pas détruits, ils se retrouvent dans la fibrine et sur les parois des vases ; b) les globules blancs sont remarquablement résistants ; si au lieu d’employer la méthode infidèle des numérations successives on emploie l’observation directe au microscope on constate que la vitalité des leucocytes persiste longtemps (p. 702) et que certains agents (peptone) supposés leucolytiques n’exercent pas la moindre action défavorable sur ces éléments (Dastre, V. Henri, Stodel). Les polynucléaires accusent il est vrai dans le sang extravasé quelques indices de désagrégation, mais les mononucléaires qui prédominent dans la lymphe thoracique ne présentent aucune altération pendant la coagulation de ce liquide (Dastre, Stassano, V. Henri, Lesage, Stodel) ; c) les expériences précitées d’Aiuiius concernant l'action du fluorure de sodium et l’eau distillée viennent à l’appui des conclusions de Dastre. 11 n’y a donc pas liaison nécessaire entre la mort du globule et l’émission de fibrin-ferment. Dastre estime qu’il faut distinguer entre la production (sécrétion) endocellulaire de ferment et son émission au dehors; l’émission serait surtout sous la dépendance des conditions osmotiques du milieu (1).
Nature chimique. — D’après Peckelharing, le fibrin-ferment est une nucléoprotéide ; il donne avec la pepsine et HCl un résidu de nucléine et contient plus de 1 p. 100 de phosphore ; le rôle de la chaux serait en rapport avec la formation du ferment, la chaux transformant le proferment enferment définitif. On remarquera à ce propos que les deux principales albuminoïdes du thymus : la nucléohistone et la nucléo-protéide forment avec la chaux des combinaisons qui agissent sur les solutions de fibrinogène comme le fibrin-ferment (Huiskamp). D’après Hammarsten, il est possible que le ferment soit simplement entraîné par la formation du précipité.
Questions indécises. — L'action du fibrin-ferment peut être rapprochée de celle de la présure. Dans un cas comme dans l’autre, il règne sur le mécanisme de l’apparition du caillot bien des incertitudes.
En ce qui concerne le sang, deux hypothèses sont en présence :
a) D’après Hammarsten, ARrnus,la fibrine ne préexiste pas ; le sang contiendrait une substance, le fibrinogène, qui. pendant la coagulation se transformerait en fibrine typique (2).
b) D’après Duclaux, la fibrine préexiste. Les molécules de cette substance sont
(1) D’après Kemp et Calhoun, Spangaro, les plaquettes s’altèrent et diminuent de nombre pendant la coagulation. D’après Ducceschi l’agglutination des plaquettes est le premier phénomène qui caractérise le sang extrait des vaisseaux. Iâlebs, Welti, Mosso, Wlassow, Bremer, Muller, Arnold, Feldbausch, Schwalbe, estiment que le rôle essentiel dans la coagulation appartient aux globules rouges. L’influence des solutions sur la coagulation marcherait de pair avec les altérations des hématies qu’elles déterminent. IIeynsius, puis Landois admettent une fibrine d’origine globulaire. D'une manière générale tous les agents qui détruisent brusquement dans le sang une certaine quantité de globules rouges sont susceptibles de déterminer des thromboses plus ou moins étendues. Tel est le cas des sels biliaires, de la tolyendiamine, de la saponine, de la phalline, etc., du sérum normal d’une espèce éloignée, des sérums hémolytiques artificiels.... (Hayem, Delezenne, etc...)
(2) On trouve moins de fibrine que de fibrinogène. Hammarsten avait primitivement supposé que le fibrinogène donne de la fibrine typique et une globuline ; cette hypothèse a été reprise par Heubner. Actuellement Hammarsten admet que le fibrinogène se transforme intégralement en fibrine dont une partie (globuline) reste en solution.
COAGULATION
suspendues dans le sang par suite d’un équilibre entre la pesanteur et les forces moléculaires qui s’exercent entre les molécules de fibrine et les molécules du liquide environnant. Sous l’influence de l’agent coagulant, l’état d’équilibre est troublé, soit que 1 adhésion entre la fibrine et le liquide diminue, soit que l'attraction entre les particules de fibrine augmente; les molécules de fibrine
s agrègent, forment des masses visibles qui se précipitent en donnant le caillot.
Anticoagulants. — ln vitro on empêche la coagulation en ajoutant au sang des solutions concentrées de divers sels tels que le chlorure de sodium, le sullale de magnésie, le sulfate de soude (Hewson, 1774, Lecvnu, Berzélius, Denis de Commercy, 1861) ou de sucre (J. Muller). Soit, p. ex. un volume d’une solution de sulfate de magnésie contenant 26 à 28 p. 100 de sel pour 3 ou 4 volumes de sang. Le chlorure de sodium peut être ajouté à raison de 4 p. 100 de sang. Pour produire l’incoagulabilité complète il suffit de 3 gr. et demi de carbonate sodique anhydre par litre de sang artériel de chien. (Le bicarbonate à la dose de 39«‘,6 par litre de sang donne une incoagulabilité imparfaite (Sabbatani).
Si l'on reçoit le sang au sortir du vaisseau, dans un vase où l’on a placé de l oxalate de potasse pulvérisé et si on agite vigoureusement pour assurer la dissolution rapide de ce sel, la coagulation ne se produit pas pourvu qu’on ait employé la dose nécessaire (1 gr. pour 1 litre de sang). On obtient le même résultat si^ l’on substitue à l’oxalate de potasse soit Yoxalate de soude, soil
1 oxalate d'ammoniaque dans les mêmes proportions et dans les mêmes conditions. Les fluorures, notamment le fluorure de sodium à la dose de ls%5 à
2 gr. pour 1 litre de sang, les savons d'alcalis à la dose de 5 à 10 gr. p. 1000, possèdent la même propriété anticoagulante que les oxalates. Si on prend ces sangs oxalatés, fluorés ou savonnés, et si on leur ajoute une solution de chlorure de calcium, ou de sulfate de chaux ou en général d’un sel soluble de chaux, en quantité suffisante pour que le mélange contienne un petit excès de sel de chaux dissous, on provoque la coagulation du sang. Le même résultat est obtenu si, au lieu d’un sel de chaux, on ajoute un sel de strontiane, mais non pas un sel de baryte ou de magnésie (Arthus et Pagès).
La chaux n’est pas indispensable à la formation de la fibrine. Des solutions de fibrinogène et de librin-ferment ne renfermant que des traces de chaux donnent néanmoins une fibrine typique (avec 0,006 de CaO p. 100 de substances sèches). L'addition de chlorure de calcium accélère la coagulation, mais est sans influence sur la quantité de fibrine formée (Hammarsten). D’après Peckeliiaring, la chaux transforme le proferment en fibrin-ferment. D’après Arthus, le plasma de sang oxalaté ou fluoré ne coagule pas parce qu’il ne contient pas de ferment; l’addition de chaux aurait pour effet de transformer le proferment en fibrin-ferment. La chaux en excès empêche la coagulation (Arthus, Fleig et Leeébure).
Le sang additionné de 2 à 3 p. 1000 de citrate de soude (ou de potasse), au moment de la prise, ne coagule pas spontanément et se comporte comme le sang oxalaté à 1 p. 1000. 11 peut être amené à coaguler par addition d’une quantité convenable de chlorure de calcium en solution. Le mécanisme de l’action du citrate n’est pas élucidé; ce sel ne précipite pas les sels de chaux du sang. In vivo : 0«r,768 de citrate trisodique anhydre par kilogramme d’animal l«r,7f8 par litre de sang in vitro) suffisent. Sont actifs : l’acide citrique, les citrates Morat et Doyon. — Physiologie. I. — 51
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monosodique, bisodique et surtout trisodique (Peckeliiaring ; Al. Schmidt; Arthus ; Luigi Sabbataxi).
Certains extraits d'organes tels que l’extrait de tètes de sangsues (Haycraft), le produit de la digestion papaïnique du foie des Mammifères (Dastre et Floresco), l’extrait de foie des Crustacés et de l’escargot (Abelous et Billard) agissent non seulement in vitro, mais également en injections intraveineuses. La chlorophylle exerce également une action anticoagulante (Cordier).
Extrait de sangsues. Ixodes. — L’extrait de sangsues retarde d’une façon prolongée la coagulation du sang in vitro. In vivo (chez tous les animaux de laboratoire), injecté dans le courant circulatoire, il rend le sang incoagulable (Haycraft, 1884). L’injection sous-cutanée est sans résultat. Il n’y a pas d’immunité après une injection ou plusieurs injections successives (Dickixson). L’action sur la coagulabilité du sang est proportionnelle aux doses employées. La substance active est localisée dans la partie céphalique de la sangsue (Haycraft, Apatiiy).
Pour préparer l’extrait, Mayet et Gobinot donnent le procédé suivant (modification des procédés de Contejeax et Ledoux) : 50 têtes de sangsues vigoureuses et vivantes sont coupées (l’animal rampant a 3cm,5 ou 4 centimètres de l’extrémité) ; jetées dans l’alcool absolu (changé de vingt-quatre heures en vingt-quatre heures), pendant trois jours ; elles en sont retirées assez dures pour être coupées en petits morceaux très menus. On les sèche à l’air ou dans le vide. Finalement on les triture dans un mortier ou mieux au moyen d’un moulin à poivre. Le produit obtenu est mis en contact avec 10 centimètres cubes d’eau salée à 8 p. 1000, additionnée si l’on veut d’un peu de chloroforme ; on place pendant les dernières heures le flacon à l’étuve à 30°. Quarante-huit heures après, le produit peut être injecté. — Le liquide d’injection peut être stérilisé sans inconvénient à 120° ; les propriétés anticoagulantes ne disparaissent complètement qu’après un long chauffage à 140° (Bosc et Delezenne). La liqueur est noirâtre et impossible à clarifier. 2 centimètres cubes de cette solution, par kilogramme d’animal, suffisent pour obtenir un effet actif.
D’autres animaux suceurs de sang possèdent une sécrétion orale analogue à celle des sangsues. L 'ixodes ricinus possède une substance qui a le pouvoir de rendre incoagulable in vitro et en injection intraveineuse le sang et la lymphe. Cette substance perd son activité après une ébullition de 5 minutes (Sabbatani).
Substances anticoagulantes agissant indirectement. — Un certain nombre de substances sont sans action appréciable lorsqu’on les mêle au sang, in vitro; mais provoquent l’incoagulabilité si on les injecte in vivo dans les veines en quantité convenable. Le )sang extrait dans ces conditions ne coagule plus ou seulement après un temps très long. Ce groupe comprend des substances de nature très diverse au point de vue chimique telles que : les peptones, des extraits d’organes, le sérum de certains animaux, les venins, certains ferments solubles (diast.ases, émulsine...), des toxines microbiennes (staphylococcie, pyocyanique...), des toxines végétales (ricine, abrine...).
Action des peptones. — Chez le chien, l’injection intraveineuse d’une solution de peptones du commerce fait perdreau sang sa coagulabilité (Schmidt-Mülheim, 1880). Pour obtenir ce résultat, il suffit d’injecter environ 3 décigrammes de peptone de AVitte (produit sec) par kilogramme d’animal. Le mieux est de dissoudre la peptone dans 10 fois son poids d’eau salée à 7 p. 1000 et de pousser l’injection rapidement, soit par la jugulaire, soit par une veine du membre * inférieur, vers le cœur.
COAGULATION
Condition d action. — La peptone n'agit qu'à la condition d'entrer assez brusquement dans le courant circulatoire. En injection lente, elle n’empêche pas le sang de se coaguler, mais elle immunise l’animal. In vitro l’action est nulle ou a peu près (Sciimidt-Mülheim, 1880; Fano, 1881); il faut toujours employer 11 à 10 fois plus de peptone pour agir sur la même quantité de sang que dans l’organisme (Grosjean, Dastre et t loresco, Camus et Gley). L introduction d’une grande quantité de peptone de \\ itte (4 grammes par kilogramme d’animal) dans la cavité péritonéale ne rend pas le sang incoagulable (Contejean).
Substances actives. — Les peptones commerciales sontdes produits complexes. Les substances actives sont, d’après Politzer, 1885, et Grosjean, 1892, les albumoses ou propeptones, d’après Pick et Spiro des impuretés contenues dans ces albumoses. Fiquet estime que les peptones et les albumoses nesontpas toxiques ni anticoagulantes lorsqu’elles sont pures. Les impuretés sont, d’après cet auteur, des produits de fermentation bactérienne (albumotoxines et ptomaïnes). Les albumotoxines doivent leur toxicité surtout à des ferments.
Les peptones agissent qu’elles aient été préparées par la pepsine, la trypsine ou l'acide chlorhydrique seul (à 0,2-0, 4 p. 1Ô0). D’après Arthus et Durer, les albumoses provenant de la gélatine (géloses) et de la caséine (caséoses) possèdent les mêmes propriétés que le peptone de Witte; d’après Pick et SriRO, toutes ne conviennent pas, notamment celles qui proviennent de la caséine et de l’édestine.
Durée de la période d'incoagulabilité. — Pour des injections faites rapidement, une dose de 10 centigrammes de peptone par kilogramme de chien produit un retard de coagulation d’une heure et demie environ dans la majorité des cas; une dose de 15 centigrammes rend en général le sang non spontanément coagulable. Une minute, souvent même trente secondes après la lin de l'injection, le sang est incoagulable (Grosjean). Plus on a injecté de peptone, plus longue est la durée pendant laquelle on peut extraire des vaisseaux un sang incoagulable. Avec 15 centigrammes par kilogramme de chien cette durée est d'environ quarante minutes; avec 30 centigrammes, elle est d'environ une heure. En somme, on peut dire d’une façon générale que l’incoagulabilité du sang persiste d’autant plus longtemps que l’injection a été plus riche en peptone et plus rapide (Grosjean). Pour provoquer l’incoagulabilité, les géloses doivent être injectées à la dose de 2 grammes par kilogramme de chien, les caséoses à la dose de ier,5 (Arthus et Durer).
Le sang de peptone conservé à l’abri des germes finit par se coaguler au bout d’un temps plus ou moins long (Contejean). Le contact avec les tissus coagule rapidement le sang de peptone, surtout chez les Oiseaux et aussi un peu chez le chien (Spangaro).
Mécanisme de l'action des peptones. — L’incoagulabilité n’est pas due à l’action directe de la peptone elle-même sur le sang (Sciimidt-Mülheim, Fano). En effet, cette substance est sans action sur le sang in vitro ; d’autre part, le sang de chien peplonisé, injecté dans les vaisseaux du lapin, diminue la coagulabilité du sang de ce dernier animal sur lequel, cependant, l’injection de peptone elleinème n’a aucune action anticoagulante (Fano, 1881-82). Le produit anticoagulant résulte donc d’une réaction de l’organisme intoxiqué par les peptones.
La question de savoir dans quelle partie de l’organisme se forme la substance anticoagulante a été posée par Contejan dès 1895, et résolue par les travaux de Gley et Pachon d’une part, de Delezenne d’autre part.
MODIFICATIONS SUBIES PAR LE SANG HORS DES VAISSEAUX
Le foie paraît être l’organe exclusif cle la sécrétion de la substance anticoagulante. En etfet : «) toute cause qui supprime ou diminue le fonctionnement du foie met obstacle à l’action de la peptone. Cette substance ne rend plus le sang incoagulable après l’extirpation du foie ou l’injection dans le canal cholédoque d’une solution d’acide acétique à 2,5 p. 100; elle agit moins après la ligature des lymphatiques du foie (Gley et Pachon). 6) Si l’on tait circuler à travers le foie du chien une solution de peptone commerciale (peptone de Witte), on recueille par les veines sus-hépatiques un liquide doué de propriétés anticoagulantes très énergiques sur le sang in vitro (Delezenne). — L’extirpation complète des intestins ne diminue pas l’action de la peptone (Gley). En pratiquant des injections de peptone additionnée de sang dans des organes isolés (intestin, rate, poumons, cerveau, muscles), Delezenne a toujours obtenu des résultats négatifs. Le violet de méthyle se fixe sur les cellules hépatiques et paralyse leur fonction anticoagulante (Cavazzani, Rivaut).
La présence des globules blancs du sang est indispensable à la formation du principe anticoagulant. Si, en effet, on injecte par la veine porte, à travers un foie isolé et préalablement lavé par un courant d’eau salée, 40 à 50 centimètres cubes de sang ou de lymphe additionné in vitro d’une faible quantité de peptone (5 à 10 centimètres cubes d’une solution à 1 p. 100), on recueille, par les veines sus-hépatiques, un liquide incoagulable qui peut lui-même retarder notablement la prise en caillot d’un échantillon de sang auquel il est ajouté. La même expérience, répétée avec une solution simple de peptone ou avec de la lymphe débarrassée aussi complètement que possible des leucocytes qu'elle contenait (plasma lymphatique additionné de peptone), donne toujours, au contraire, des résultats négatifs; le liquide de circulation coagule d’ordinaire spontanément quelques minutes après son passage à travers le foie et il accélère invariablement la coagulation du sang in vitro.
Plasma de peptone hépatique. — La liqueur obtenue en injectant des peptones dans le foie dans des circonstances convenables jouit à un haut degré du pouvoir anticoagulant sur le sang in vitro (Delezexne). Gentrifugée, elle constitue ce que Üastre a appelé le plasma de peptone hépatique. Desséchée dans le A ide, le plasma garde ses propriétés anticoagulantes, même après un chauffage à 120°-140° pendant quinze minutes, et reste soluble (L. Camus).
Substance anticoagulante. — Delezenne, en opérant sur des liquides très actifs, a montré qu'on pouvait isoler une substance soluble dans l’eau, qui conserve ses propriétés malgré l’ébullition prolongée. Cette substance agit indifféremment in vitro sur le sang de tous les animaux. Injectée dans les Aeines du lapin (réfractaire à l’action anticoagulante de la peptone), elle provoque soit le retard, soit l’absence de la coagulation. L’agent actif s’altère rapidement à 1 air; additionné de quelques gouttes de chloroforme, il conserve ses propriétés. U traverse difficilement le filtre placentaire. Le sang de la mère peut être rendu incoagulable par l’injection intraveineuse d’une solution de peptone, alors que celui du fœtus conserve sa coagulabilité (Delezenne et Wertheimer).
Animaux réfractaires. — Tous les chiens ne sont pas sensibles à l’action anticoagulante des peptones aux doses ordinaires; toutefois 1 immunité dont il s’agit n'est que relative. Il suffit, en général, d’employer une dose un peu plus forte pour obtenir l’incoagulabilité (Gley). Les injections intraveineuses produisent le même effet chez léchât que chez le chien. Le lapin est réfractaire aux doses actives chez le chien (Albertoni, Fano) ; l’immunité n est que relative (Grosjean, Gley).
COAGULATION
Chez les Oiseaux, la peptone retarde la coagulation, à la condition que les animaux soient à l’état de jeûne (Spangaro). Chez le crapaud, la peptone agit dune manière différente de celle avec laquelle elle agit chez le chien, le chat, 1 Oiseau. Son action n’est plus liée à la fonction hépatique; elle se manifeste chez les animaux privésde foie, et in vitro aux mêmes doses que dans le sang circulant (quatre parties de sang pour une de peptone en solution à 10 p. 100) ; de plus, une première injection ne confère pas l’immunité contre une seconde injection. La peptone injectée dans les veines agit sur la tortue Emys europaea ) (Persano). Injectée dans la veine porte des Poissons Elasmo-
branches elle amène l’incoagulabilité. Elle est sans effet sur les Crustacés (Bottazzi).
Immunité. — Une première injection intraveineuse de propeptone qui a rendu incoagulable le sang d’un chien, confère à cet animal, pour un temps qui croit avec la dose injectée, l’immunité contre une seconde injection (Schmidt-Mülheim. Grosjean, Contejean, Gley et Le Bas).
D après Delezenne, on peut, conférer par une première injection de peptones I immunité contre une injection de sérum d’anguille ou d’extrait de muscles d’écrevisses, et, inversement, immuniser contre une injection de peptones par une injection d’extrait de muscles d’écrevisses. D’après Phisalix cependant, m la peptone, ni le venin de vipère, ni l’extrait de sangsues n’immunisent contre 1 action coagulante du venin de vipère; le venin n’immunise pas contre 1 action anticoagulante de la peptone. D’après Athanasiu et Carvallo, l’injection de peptone n’immunise pas contre l'action coagulante de l’extrait de foie.
Distinction entre l'action anticoagulante et l'action sur la pression. — La peplone injectée dans les veines du chien provoque, en même temps que l’incoagulabilité du sang, 1 abaissement de la pression artérielle (et la narcose). Les deux phénomènes sont indépendants l’un de l’autre. On peut observer l’abaissement, de la pression artérielle sans pour cela que l’injection de peptone diminue la. coagulabilité du sang (Fano, 1881). L’abaissement se produit à l’exclusion de 1 incoagulabilité après la destruction du foie (Camus et Gley). Dans les conditions normales, l’action anticoagulante persiste pendant un certain temps après que la pression sanguine est redevenue normale (Grosjean).
Conditions défavorables. — Le violet de méthyle injecté par la veine porte est lixé par le foie (Cavazzaxi) et entrave la fonction anticoagulante de cet organe (Rivaut). La bile, en particulier les sels biliaires, exercent également une action défavorable (Delezenne).
Extraits d’organes. — L’extrait de muscles d’écrevisses, de corps d’anodontes, de foie, d’intestin et de testicules de chien... retardent ou suspendent la coagulation lorsqu’on les introduit dans l’organisme en injections intraveineuses; ajoutés au sang in vitro, ces extraits n’empêchent pas et même accélèrent la coagulation (Heidenhain, 1891; Contejean, 1896; Foa et Pellacani ; Salvioli). Exemple : on tue des écrevisses par l’eau bouillante; les muscles sont maintenus en contact avec de l’alcool fort pendant plusieurs jours puis séchés, pulvérisés. La poudre est reprise par l’eau bouillante dans les proportions de 5 à 10 grammes de muscle pour 100 centimètres cubes d’eau. Si on injecte cette liqueur chez le chien à raison de 40 à 50 centigrammes de muscle par kilogramme, on rend le sang incoagulable pendant quelques heures; ce sang non spontanément coagulable possède la propriété d’empêcher m vitro la coagulation d’un sang normal. Par contre, si l’on reçoit du sang normal in vitro suide l’extrait de muscles d’écrevisses, la prise en masse est accélérée.
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On peut conférer, par une première injection d’extrait de muscles d'écrevisses,
l’immunité contre une seconde injection (Delezenne).
Lait. — Le lait de vache frais, écrémé, n a pas d action anticoagulante directe in vitro ; souvent il possède une action coagulante directe, parfois il est sans action directe appréciable. Le lait de chienne a une action coagulante directe sur le sang de chien. Le lait frais écrémé possède une action anticoagulante indirecte. Cette action peut être mise en évidence par une injection intraveineuse de 5 cc. de lait par kilog. à un chien. Quelques chiens présentent une immunité naturelle. La stérilisation à 1IOM150 ne fait pas disparaître cette propriété du lait. L’incoagulabilité est généralement accompagnée de divers phénomènes tels que cris, nausées, vomissements, narcose, diarrhée, baisse de la pression sanguine; toutefois, ces phénomènes ne sont pas liés fatalement à l’incoagulabilité du sang. Le chien est sensible aux injections intraveineuses de lait de chienne; l’incoagulabilité du sang à la suite de cette injection peut être absolue (L. Cames). D’après Delezenne, la chienne en lactation est insensible aux injections de lait. D’après Camus, l’état de lactation n’empêche pas les chiennes d’être sensibles aux injections de lait de vache et aux injections de leur propre lait. Les injections intraveineuses de lait écrémé n’ont pas d’action anticoagulante indirecte sur le sang de lapin. Cependant le lapin est sensible aux injections de lait ; on peut constater l’action de cette substance sur la pression (L. Camus).
Venins. Ferments. Alcaloïdes. — Le venin de vipère agit différemment suivant qu’il est inoculé au. chien ou au lapin. Il rend le sang du chien incoagulable et coagule le sang de lapin (Fontana, Geoffroi, Hunauld, Phisalix). Les ferments injectés provoquent des vomissements, des tremblements, des contractions tétaniques et l incoagulabilité du sang.
Doyox et Kareff ont constaté que l’atropine injectée chez un chien, trois à quatre heures après le repas, dans une veine provenant de 1 intestin, à la dose de 0,01 à 0,02 par kilog. rend le sang incoagulable et abaisse la pression artérielle (Biologie, fév. 1904). 0,01 de chlorhydrate de morphine par kilogramme provoque chez le chien à jeun l’incoagulabilité du sang pendant quelques heures. L’effet est le même que la morphine soit ingérée ou injectée dans le péritoine ou le sang (Pugliese).
Coagulants. — La gélatine est un agent coagulateur in vitro et in vivo (Dastre et Floresco). On l’utilise en médecine localement, principalement pour arrêter les hématémèses et les hémorragies de 1 intestin; en chirurgie, pour éviter les pertes de sang dans les interventions sur le foie. La gélatine s’emploie en solution dans de l’eau salée physiologique à la dose de 5 gr. pour 100.
La quantité poussée dans une veine peut varier de 80 à 400 gr. pour un chien de lfi kilog.; si on prélève du sang dans une artère on constate que la coagulation est accélérée. In vitro , la démonstration peut être faite comparativement. Le sang de la saignée est distribué par un tube trifurqué dans trois tubes à essai contenant : l’un la gélatine salée, le second, la même quantité de solution physiologique; le troisième recevra le sang pur. Pour éviter la complication de la gélification les tubes sont maintenus à 32-38°. La gélatine est exclue du caillot; elle se réfugie dans le sérum (Dastre et Floresco).
D’après Camus et Gley la gélatine agit par ses propriétés acides et aussi par la chaux quelle contient (Gley et Richaud. Zibell). La gélatine neutralise l’action
COAGULATION
•le la peptone (I de gélatine contre 3 de peptone de Witte (Dastre et Flokesco). La gélatine n’agit pas en injection intrapéritonéale (L. Camus et Ci.ey).
Le chlorure de calcium en solution dans l’eau salée physiologique à raison de 10 j>. 100 et injecté dans les veines d’un chien à raison (le 2 décigrammes par kilogramme, provoque la coagulation (Dastue).
Certains extraits d'organes précipitent in vitro la coagulation: tels sont les extraits de foie, de muscles, de reins, de thyroïdes, d’intestin, de thymus, de muscles d’écrevisses et d’une manière générale le suc provenant de tous les organes, de tout protoplasme animal ou végétal ; l'eau de lavage des plaies agit de même (Buciianam, IIeidenhain, Al. Schmidt, Wooldric.de, Rausciienbacii, Contejean, Delezenne, Foa et Pellecani, Arthus, Gruhert, Grohmann, Samson- IIimmelstjerna, Naijck, Gonradi). Pour la plupart, ces extraits provoquent l incoagulabilité du sang lorsqu’on les injecte dans les veines. D’après Artiius, les macérations d’organes hâtent la coagulation in vitro en accélérant la formation et la sécrétion du tibrin-ferment par les leucocytes. Les mêmes organes qui fournissent un suc coagulant in vitro, donnent lorsqu’ils ont été soumis à l’autolyse à 37° un suc qui retarde la coagulation in vitro (Conradi).
Gilbert et Carnot ont utilisé l’action hémostatique des extraits de foie ingérés. Le chautfage fait disparaître l’action coagulante des extraits hépatiques ; l’action anticoagulante persiste (I)astre, Mairet et Dose). Conradi a constaté que la chaleur (100°) détruit les substances coagulantes des sucs des organes, mais est sans action sur les propriétées anticoagulantes des extraits obtenus après l'autolyse de ces mêmes organes.
L’injection intraveineuse de nucléo-albumines (Wooldrigde, Halliburton et Drodie, Huiskamp), de certains colloïdes de synthèse (Pickerinc) détermine des coagulations intravasculaires lorsque ces corps sont injectés avec rapidité et en quantité massive. L’injection de petites doses rend le sang incoagulable. Si l'animal ne succombe pas aux hautes doses, il est immunisé pour quelques heures contre une nouvelle injection et son sang est devenu incoagulable.
Le tissu pulmonaire exerce sur le sang qui le traverse une action anticoagulante. Si en effet on supprime complètement sur un chien vivant le cycle de la grande circulation pour ne laisser au sang d’autre trajet à parcourir que celui de la circulation pulmonaire et (lu cœur, en moins d’une heure, le sang a perdu par le fait de cette circulation restreinte toute aptitude à la coagulation spontanée. Il récupère cette aptitude quand on lui permet de nouveau de traverser les capillaires de la circulation générale. Le parenchyme des organes abdominaux jouerait le rôle principal dans le rétablissement de cette propriété (Pawlow, Bohr, Lukjanow, L. Fredericq).
Injecté dans les veines d’un animal à la dose de 0,03 à 0,13 par kilogramme, le mucus, dilué dans du chlorure de sodium à 8 p. 1000, provoque en quelques minutes des thromboses et la mort. In vitro, le mucus favorise également la coagulation (Charrin et Moussu; Rodier).
L’injection de GO dans la veine porte provoque des thromboses (Montuori).
Phénomènes qui accompagnent la coagulation. — L’alcalinité du sang diminue d'une manière constante depuis le moment où le sang sort des vaisseaux jusqu’à celui où la coagulation est achevée (Pelüger et Zuntz). D’après Leiter, le sang perd une trace d’ammoniaque au moment de la coagulation.
Phénomène électrique. — Quand un liquide se coagule, sa constitution physicochimique change. Du faitde cette modification pourrait résulter une perturbation électrique entre le caillot apparu et le liquide restant. Chanoz et Doyon ont
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recherché s'il y a production d'une force électro-motrice (variation du potentiel, création d’une force électro-motrice).
Deux électrodes convenables, réunies à un appareil de mesure approprié, plongent dans du sang frais oxalaté.On provoque la coagulation autour de l’une des électrodes. Des indications dans le temps de l’appareil de mesure permettent de déduire l’intensité du phénomène cherché. — Pour contenir le sang, le système préféré consiste en un vase de verre mince cylindrique de 15 centimètres de haut, d’une contenance de 400 centimètres environ. Une cloison verticale en liège paraffiné divise le vaisseau en deux parties égales que l’on remplit de sang. Au moment voulu, on fait communiquer les deux liquides en enlevant l’opercule obturateur d’une ouverture circulaire, creusée dans la paroi verticale. Chaque compartiment reçoit une électrode immergée dans le liquide sanguin. Les électrodes employées étaient de deux sortes. Pour les déterminations électrométriques on a utilisé des électrodes impolarisables de Paalzow-Bouty ; pour le galvanomètre, des électrodes en platine. Les appareils de mesure étaient soit un galvanomètre balistique à circuit mobile du type d’ARSONVAL, construit par Nai.der’s, soit un électromètre capillaire de Lippmaxx. Les déviations du galvanomètre étaient connues en observant directement sur une échelle translucide placée à un mètre de l’appareil les déplacements du spot réfléchi par le miroir concave du circuit mobile. Une différence de potentiel de 1/1000 de volt dans ce circuit donnait un déplacement du spot de 90 divisions environ. En ce qui concerne l’électromètre, une différence de potentiel de l/1000e de volt produisait un déplacement du ménisque de 4 divisions du micromètre de la lunette.
En rendant minima les causes d’erreur, en négligeant les perturbations de la première minute qui suit l’introduction de la substance coagulante, Chanoz et Doyon n’ont jamais observé (même pendant plus d’une heure d’observation) de déplacement supérieur à 17 divisions pour le galvanomètre, à 1 division pour l’ électromètre capillaire. Étant données les nombreuses causes d’erreur, on ne peut pas dire actuellement si ces déplacements sont le fait d’un phénomène électrique lié à la coagulation. En tout cas, on peut affirmer que si, dans les conditions précitées, la coagulation du sang est accompagnée d’un phénomène électrique, ce phénomène est inférieur à l/4000e de volt.
Les principales causes d’erreur se rattachent : a) aux variations accidentelles de l’état électrique des électrodes en usage, b) à l’agitation du liquide, au déplacement des électrodes (phénomène de En. Becquerel-Krouchkoll), c) à l’addition du sel de calcium qui provoque la coagulation (pile de concentration), d) aux variations thermiques inégales.
Conductibilité électrique. — La conductibilité électrique diminue dans la coagulation diastasique, mais non dans la coagulation par la chaleur (Galeotti).
Phénomène thermique. • — Quelques auteurs (Valentin, etc.) ont constaté un dégagement de chaleur.
Chanoz et Doyon ont constaté que la coagulation du lait s’opérant vers 32° sous l’action combinée de la présure et d’une petite quantité de chlorure de calcium ne s’accompagne pas d’un phénomène thermique appréciable. Le phénomène, s’il existe, est inférieur à 1 /30e de degré centigrade.