ANÉMIES LOCALES
les tissus fabriquent plus de ptomaïnes qu’à l étal normal (Bouchard, A. Gautier). Bans les conditions ordinaires le sang oxyde, détruit sur place ces substances nuisibles et constitue à ce titre un énergique moyen de défense. Bouchard, Gharrin ont observé que les urines des individus vivant au grand air sont moins toxiques que les urines des sujets qui mènent une vie sédentaire.
L épuisement des réserves et l'abondance des produits de déchets nocifs dépendent de l’activité chimique des tissus. Celle-ci est fonction de la température. Plus la température ambiante est élevée, plus l’activité chimique des éléments est intense, plus vite apparaît aussi la fatigue et la mort. La mort survient moins vite chez les animaux inférieurs, ou chez les animaux supérieurs dont les tissus se sont trouvés quelque temps exposés à un refroidissement préalable, que chez les animaux supérieurs dans les conditions ordinaires.
La persistance des propriétés des tissus varie encore suivant la nature et l’organisation de chacun d’eux.
Anémies locales. — Pour priver un organe de sang on peut lier (ou comprimer ) les artères afférentes (fig. 188), ou, lorsque cela est possible, introduire dans leur intérieur une sonde terminée à son extrémité par une ampoule que l’on gonfle, soit avec de l’air, soit avec de Peau (L. Fredericq). Un procédé employé par Panum, Flourens, Vulpian consiste à injecter des poudres (lycopodes) dans les vaisseaux.
Circulation collatérale. — La suppression de la circulation qui est la conséquence de la ligature de l'artère nourricière d’un organe est en général d'assez courte durée. Au bout d’un petit nombre de jours la circulation se rétablit entièrement dans le territoire primitivement anémié ; le sang arrive par la voie détournée de la circulation collatérale réalisée par l’élargissement des petites anastomoses qui existent dans presque toutes les régions du corps entre les artérioles émanées des troncs voisins. La dilatation des anastomoses s’explique par l’augmentation de la pression générale en amont combinée avec la diminution de pression en aval dans le territoire anémié, ou par une action Araso-dilatatrice locale d’origine réflexe; le point de départ du réflexe serait soit physique (diminution de pression locale), soit chimique (asphyxie locale).
Certaines artères ne communiquent avec d’autres vaisseaux artériels que par l’intermédiaire d’un réseau capillaire. Ces artères sont dites terminales. Leur obstruction provoque fatalement la nécrose de l’organe. L’anémie et la nécrose peuvent être précédées par une hyperhémie veineuse transitoire qui peut aller jusqu’à l’hémorragie. Le phénomène s’observe à la suite de la ligature de l’artère rénale chez le chien et le lapin ; de la ligature de l’artère pulmonaire.
11 existe d’ailleurs, en ce qui concerne le développement de la circulation collatérale, de grandes différences entre les espèces animales. Chez le chien la ligature de l’artère hépatique est le plus souvent sans effet ; chez le lapin, elle provoque la nécrose du foie et la mort (Doyon et Dufourt).
Chez le chien, la circulation ne cesse pas dans le ventre et dans le membre inférieur après la ligature de l’aorte immédiatement au-dessous de l’artère sous-clavière gauche, même après la section complète du corps sauf la colonne ; la pression dans l’artère fémorale se maintient à 12-30 m. Hg. et s’élève sous l’intluence d une injection d'adrénaline dans la jugulaire à 200-220 m.; l’iodure
Fig. 188. — Pince permettant de comprimer un vaisseau éloigné (L. Fredericq).