CIRCULATIONS ARTIFICIELLES
Los battements du cœur peuvent reprendre sous l'influence du massage ou de l'application directe d’un courant alternatif de 240 volts, même après un délai de 20 à 30 minutes, chez un chien dont le cœur a été arrêté soit par le chloroforme, soif par la suffocation, soit par l’apparition des mouvements fibrillaires. L’expérience réussit surtout si le chien est en état de digestion, et si la température normale a été maintenue (Prévost, Battelu, Arahian).
Le retour des fonctions du système nerveux médullaire devient impossible (chez le chien dont on a lié l’aorte thoracique) après vingt minutes d’anémie (L. Fredericq, Colson, Hattelli). On observe dans ces conditions la nécrose des éléments de la moelle (Singer, Sproxck) ; les lésions sont comparables à celles constatées dans la mort par hyperthermie et dans les intoxications. — Chez le lapin dont on a lié les carotides et les vertébrales, il est le plus souvent impossible de ranimer le cerveau si la suspension de la circulation a duré plus de deux ou trois minutes (Kussmaul et Tenner). Si, cependant, on pratique l’insufflation pulmonaire, on peut voir l’animal revenir à la vie après un temps plus long (17 m.) (Brown-Séquard).
Circulations artificielles. — La vie des organes isolés du corps peut être entretenue, d’une façon souvent presque indéfinie, par une circulation artificielle de sang. Cette méthode a été appliquée pour la première fois par Ludwig à l’étude systématique des fonctions et appliquée depuis à tous les organes.
Pour maintenir en vie le cœur de la grenouille, de la tortue, on fait circuler le sang à travers les cavités de l’organe. S’il s’agit du cœur d’un Mammifère on obtientle même résultat en dirigeant le courant sanguin par l’aorte sous une certaine pression en évitant les bulles d’air à travers les artères coronaires sans que le sang pénètre dans les cavités de l’organe (Laxgendorff, IIédox et Gillis, Waroux, Lapicque).
Le myocardiogramme du ventricule (ou fragment isolé du myocarde) du cœur de chien excisé fonctionnant à vide, mais nourri par les artères coronaires, présente la même forme générale (trapézoïde à plateau plus ou moins ondulé) que le tracé cardiographique recueilli sur le cœur in situ rempli de sang et fonctionnant normalement (preuve que la contraction du cœur n’est pas une secousse mais un vrai tétanos résultant de la fusion de trois ou quatre secousses élémentaires). Si on remplace l’arrivée du sang artérialisé par du sang pauvre en O2 et riche en CO2, les cardiogrammes Lrapézoïdes se transforment en cardiogrammes simples (collines à sommet unique). Le rétablissement des conditions normales de nutrition du muscle cardiaque fait réapparaître les tracés normauxf Waroux).
Pour entretenir les mouvements du cœur, on peut employer soit le sang défibriné, soit le sérum. 11 est utile d’employer le sang de la même espèce animale. Cependant, cette condition n’est pas rigoureuse. Le sang des Mammifères, surtout s'il est dilué avec une solution dite physiologique de AaCl peut entretenir les mouvements du cœur excisé de la grenouille (Kronecker et Mac Cuire, Heffter, Gothlin, Roy, Martins, Ott, Schücking).
Le laquage du sang par l'eau distillée crée, en ce qui concerne le san^ de certaines espèces, une condition défavorable (Kronecker et Mac Cuire, Laxgendorff et Brandeburg). Le sang laqué des lapins ne peut pas entretenir les mouvements du cœur du lapin. Le sang laqué de bien des Mammifères (cheval mouton, veau, cobaye, lapin, chèvre) et de l'homme provoque ra pidement l'arrêt du cœur de la grenouille, alors que le sang normal de ces espèces convient parfaitement. Les sangs laqués du chien et du chat n'exercent pas d'action défavorable. D'après Laxgendorff et Brandeburg, les dangers de certains
TRANSFUSION
sangs laqués dépendent de leur teneur élevée en potasse. En l'ail K20 est toxique pour le cœur. L’adjonction de Ca supprime la toxicité de K20 (Ringer et Howei.i.) et celle du sang laqué (Gôthlin, Brandeburg),
Pour l'intestin, la simple immersion de l’organe dans du sang délibriné suffit pour entretenir les contractions péristaltiques pendant plusieurs heures (Cohnheim ).
Applications à l’homme. Transfusion du sang ou des globules. — La transfusion peut rappeler à la vie un sujet placé en danger de mort par une hémorragie. Cette opération a été pratiquée par Lower, le premier, en 1665, sur les animaux, puis appliquée àl’hommepar Denis, à Paris, en 1867. Prohibéeen France en 1668 par un arrêt du Parlement, à la suite de nombreux accidents, la transfusion fut reprise en 1818 par Blundell. Primitivement, chez l’homme, l’opération avait surtout pour but de remplacer un sang avarié par du sang pur.
Les deux animaux entre lesquels se pratique la transfusion doivent appartenir à la même espèce (Harwood, Prévost et Dumas), ou au moins au même groupe naturel (Milne-Edwards, Delafond, Lan dois). La transfusion à un animal du sang d’un autre animal, appartenant à une espèce différente, expose à des accidents graves et à la mort. Les accidents sont dus surtout aux propriétés globulicides du sérum sur les globules injectés. Le sérum de chien injecté à petites doses au lapin provoque la mort en quelques minutes par thromboses (Hayem).
Le mode de transfusion le plus recommandable est la transfusion du sang complet de vaisseau à vaisseau. On abouche une artère d’un animal dans une veine d’un autre sujet par l’intermédiaire d'un tube en évitant l’accès de l'air. La transfusion de sang défibriné expose à des coagulations intravasculaires, à des stases dans les capillaires et à des infarctus dans les organes, même si le sang provient d’un animal de même espèce ou du même sujet, surtout si l’animal a été privé au préalable de la plus grande partie de son sang (Hédon).
D’après Hédon, l’injection de globules rouges purs débarrassés du sérum par des lavages à l’eau salée est plus efficace que l’injection de solutions salines et moins dangereux que la transfusion du sang.
Les globules transfusés survivent ou ne se détruisent que graduellement lorsqu’ils proviennent d’un animal de même espèce. Si la transfusion est faite avec des globules provenant d’un animal pour lequel le sérum est toxique, on provoque la mort. Le sérum de chien, par exemple, est fortement hémolytique pour les globules du bœuf, du mouton, du lapin; le chien meurt rapidement après la transfusion de quantités importantes de ces globules en présentant les accidents dus à la dissolution des globules (passage de l’hémoglobine dans le plasma et l’urine, embolies de stromas dans les capillaires). Si le sérum n’est pas toxique, la survie des hématies n’est pas de longue durée parce que le sérum ne tarde pas à devenir globulicide ; le sort du sujet dépend de la quantité de globules injectés et de l’intensité de la réaction hémolytique. 11 ne suffit donc pas que le sérum normal du transfusé respecte les globules étrangers (c’est-àdire ne les agglutine ni dissolve dans les premiers jours) pour que ces globules puissent servir à restaurer l’animal épuisé par une hémorragie.
Le sérum du lapin est peu nocif pour les globules étrangers ; il agglutine et détruit à la longue les globules du porc, du cheval, de l'homme ; il altère à peine les globules du bœuf et du chien. La transfusion du lapin avec des globules de porc, de cheval, d’homme provoque des accidents graves; la transfusion avec des globules de chien amène des accidents plus tardifs, quelques jours après, quand se produit l’hémolyse ; 1 animal peut se rétablir si les globules n ont pas été injectés en trop grande quantité (Hédon).