II- — Formation du glycogène dans l’animal alimenté
Le sujet alimenté est celui dans lequel, à la différence du sujet inanitié, l’épuisement des réserves est compensé par un apport périodique de substances venues du dehors. Les conditions de la permanence de la glycémie, chez l'animal inanitié, nous ont préparé à comprendre le rôle des aliments dans la reconstitution du glycogène et du glycose. Toutes les réserves, connue en témoignent leurs constitutions moléculaires et leurs chaleurs de combustion, contiennent de l’énergie. Toutes, suivant les circonstances et les besoins, peuvent être appelées, au prix de transformations chimiques plus ou moins profondes [dédoublements, hydratations, oxydations incomplètes), à prendre la forme typique, univoque, de la substance énergétique appropriée au fonctionnement des cellules (glycogène, glycose). En principe, tout le carbone (ou presque tout le carbone) des substances de réserve peut avoir cette destination. Le carbone de tous les aliments peut être conduit aux mêmes lins, à travers des substitutions d’autant plus compliquées qu’elles deviennent à la fois plus nombreuses et plus indirectes.
Substitution réciproque des aliments et des réserves. — Dans leur ensemble, les aliments se substituent aux réserves; mais les réserves, ainsi
ORIGINE DU GLYCOGÈNE HÉPATIQUE
qu’on a vu, peuvent se remplacer l’une l’autre dans leur fonction glycogénétique. Les aliments peuvent faire de même. De ces substitutions, les unes parallèles et les autres successives, résulte une complexité évolutive, qui, ainsi qu’on pense, n’est pas de nature à faciliter les vérifications expérimentales. La simplification n’est pourtant pas aussi absente qu’il parait à première vue ; elle est apportée clans le problème par la fin commune à laquelle tendent ces transformations. Dans le nombre, il en est qui sont forcément inverses les unes des autres et s’annulent, par conséquent, plus ou moins, dans fi1 résultat total.
L’uniformité et la constance de la fonction glycémique font mieux ressortir les variations et les contingences de l’alimentation et de son corollaire intrasomatique, la formation des réserves. Les lois particulières de l’organisation animale nous expliquent ce contraste. Ses fonctions profondes ou, comme on dit, végétatives, sont tenues à celle uniformité. Le milieu intérieur est, là surtout, astreint pour une foule de raisons, à cette constance.
Les rapports si variés de l’individu avec le milieu extérieur, lui-même changeant dans tant de conditions, ne peuvent s’exprimer que par des fonctions ellesmêmes variables, en tout cas douées de plasticité. C’est ce que nous montre l’alimentation à l’origine du cycle évolutif, les excrétions de la substance et de l’énergie à la fin de celui-ci.
1. Régimes alimentaires. — Du point de vue de l’alimentation les animaux se distinguent en herbivores, carnivores, omnivores , expressions qui n'ont pas besoin d’être définies. Ces régimes divers ont leur expression anatomique et fonctionnelle dans les organes digestifs de ces différents animaux, et, on peut dire aussi, dans leur instinct particulier et dans l’habitus général de leur organisation, toutes les fonctions dépendant les unes des autres dans une certaine mesure.
L’interversion des régimes n’est pas impossible, mais dans un sens seulement à cause de la valeur inégale des aliments qui les caractérisent. Cl. Berxard a pu habituer des chevaux à se nourrir de viande pendant un certain temps. La substitution du régime carné au régime herbacé ne peut pas se faire indéfiniment. Les animaux, alors même que leur goût ne proteste plus contre une alimentation inusitée, finissent par dépérir, indiquant de la sorte, entre leur régime normal et leur organisation, une dépendance qu’on ne peut pas éluder complètement.
La caractéristique de ces différents régimes esl dans le mélange, très inégal, suivant chacun, des substances albuminoïdes, grasses et hydro-carbonées. Dans le régime herbivore, les premières sont réduites à un minimum qui ne peut pas être dépassé, les hydrates de carbone forment la plus grande partie de la ration, la graisse est variable.
11. Rapport des diverses substances alimentaires avec la formation du glycogène. — La question est de savoir quel rapport chacune de ces substances peut avoir avec la formation du glycogène. Cl. Bernard, qui, le premier, a fait cette recherche, mettait les animaux à l’inanition, dans le but d’épuiser autant que
L’ÉVOLUTION ÉNERGÉTIQUE ; LA GLYCOGÉNIE
possible la réserve antécédente de glycogène, et, après l'ingestion de l’une de ces substances, dosait le glycogène reconstitué dans le loie. Comme tous ceux qui, depuis, ont refait ces mêmes expériences, il éprouvait des difficultés assez grandes à épuiser la réserve antérieure.
a. Action des albuminoïdes. — Quoi qu’il en soit, ces expériences témoignent qu un régime exclusivement azoté augmente le taux du glycogène hépatique. L’expérience suivante de von Mering est tout à fait démonstrative. Un chien, après un jeûne de vingt-quatre jours, est nourri pendant quatre jours exclusivement de fibrine de sang de bœuf lavée. L’animal étant sacrifié six heures après le dernier repas, on trouve 16sr,3 de glycogène dans le foie qui pesait 540 grammes. Le foie d’unchien témoin inanitié pendant vingt et un jours en contenait 0sr,48.
b. Action des graisses. — Les graisses de l’alimentation, d’après Cl. Bernard, n ont qu une action douteuse ou nulle sur la reconstitution du glycogène épuisé. Les corps gras ne semblent pouvoir atteindre le foie qu’indirectement; ils se fixent d abord dans le tissu adipeux et c’est ultérieurement qu’ils subissent la transformation en hydrate de carbone, qui les fait concourir parfois si activement à l’entretien de la glycogénie et de la glycémie.
c. Action des hydrates de carbone. — L’alimentation par les hydrates de carbone a une influence évidente sur la reconstitution du glycogène, principalement chez les herbivores. (P. T.)