C. — LA GLYCOSURIE
La constante glycémique ne s’exprime pas par un chiffre absolu. L’équilibre des fonctions de la vie est un équilibre mobile, qui ne se maintient qu'à travers certaines fluctuations. A la condition que celles-ci ne soient ni trop grandes ni trop prolongées, la normalité de la fonction n’est pas compromise. — Si le taux du glycose artériel est notablement au-dessous de 1,50 ou de 1,25 p. 1000, il y a -hypoglycémie \ s'il le dépasse de beaucoup, il y a hyperglycémie. Normalement, le glycose est entièrement utilisé pour les oxydations intraorganiques; c’est un aliment des organes, ce n’est pas un produit excrémentiel. Mais si le taux normal vient à doubler et atteindre 3 p. 1000, le sucre déborde hors du système circulatoire par la voie rénale ; il y a glycosurie.
Sucre de l’urine normale. — On a souvent discuté la question de savoir si l’urine normale contient du glycose. En pratique et en usant des méthodes suffisamment sensibles qui sont à la disposition du clinicien, on peutrépondre non. Mais si on opère sur de grandes quantités d’urine que l'on concentre avant de faire la recherche du produit, on peut y déceler une très petite quantité de glycose, moins de 50 centigrammes par litre.
Ceci n'est pas spécial au glycose, mais presque tous les corps qui sont contenus dans le sang peuvent diffuser, en très faible quantité, dans l’excrétion urinaire. L’analyse de l’urine, quand on l’institue sur de grandes quantités qu’on concentre, y fait découvrir tous les jours des corps nouveaux que leur très faible proportion empêche de reconnaître à une analyse très ordinaire, même bien faite.
LA GLYCOSURIE.
I. Conditions théoriques de la glycosurie. — L'hyperglycémie, avec la glycosurie comme conséquence, peut reconnaître des causes très nombreuses, dont l’analyse physiologique fait entrevoir les principales. — La constante glycémique dépend des compensations établies entre deux facteurs qui sont, d’un côté, l’apport du sucre dans le sang, et de l’autre, sa consommation par les tissus. Quand le premier de ces facteurs s’exagère jusqu'à l’emporter franchement sur le second on, ce qui théoriquement est admissible, quand le second s'abaisse relativement au premier, l’équilibre est rompu, le sucre augmente dans le sang, et la sécrétion rénale intervient comme un régulateur d’un nouveau degré, pour y empêcher son accumulation indéfinie. Certains laits semblent établir que le rein peut lui-même intervenir à contre-temps pour éliminer le glycose, alors que son taux dans le sang n’est nullement exagéré; d’où une nouvelle cause de glycosurie possible, due à une perversion de la fonction rénale.
a. Glycosurie alimentaire. — L’exagération de l’apport sucré peut avoir sa source dans l’intestin même, quand l’ingestion des aliments sucrés dépasse . 1° ce que le foie peut absorber directement pour constituer sa réserve de glycogène; 2° ce que les tissus adipeux eux-mêmes peuvent utiliser pour la torination des graisses de réserve. Le surplus, non utilisé, s’accumule forcément dans le sang et tinit par déborder dans l’urine. La capacité de rétention du sucre alimentaire, ce que LiNossiERet Rocque appellent le coefficient d'utilisation, est très variable. Suivant les individus, les auteurs l’ont vu varier de 50 à 350 grammes. On l’a vue s’élever exceptionnellement jusqu’à 600 grammes de saccharose distribués en plusieurs fois dans la journée (Bouchard). Lorsque le glycose est injecté dans un des rameaux de la veine porte, on produit à volonté 1 hypoglycémie et la glycosurie; c’est une question de dose et de rapidité dans 1 injection (Butte, Gréhant, Laulaxié).
b. Glycosuries nerveuses. — L’augmentation de l’apport sucré dans le sang peut être produite, d’autre part, non plus à partir de l’intestin, mais simplement à partir du l'oie, et le moyen expérimental qui est à notre disposition pour la réaliser, c'est d’agir sur l’organe hépatique en excitant ses nerfs. Nous l’obligeons de la sorte à exagérer l’hydrolyse de son glycogène, et comme sans doute ce produit se reforme surplace à mesure et dans la proportion de sa destruction, on s’explique les grandes quantités de glycose qui peuvent être versées dans le sang en peu de temps. Le foie obéit à ses nerfs comme toute glande quelconque. Normalement ceux-ci lui distribuent des excitations proportionnées aux besoins de la fonction, c’est-à-dire proportionnées à la dépense sucrée qui se fait dans les organes, et ces excitations ont leur source première dans le besoin de ces organes, rattachés au foie par un cycle réflexe sensitivo-moteur, qui est la pièce délicate et essentielle de ce phénomène de compensation.
Dans notre expérience, nous rompons ce cycle, nous substituons nos excitations artificielles et exagérées à celles qu’il écoule avec mesure et le trouble de la fonction s’accuse par l’hyperglycémie et la glycosurie. , . .
Le système cyclique qui gouverne la glycogénie et équilibre la glycémie, si
20o. L'EVOLUTION ENERGETIQUE ; LA GLYCOGÉNIE.
nous le parcourons en sens inverse de l’excitation, nous présente d'abord les nerfs sécréteurs du foie, puis des lieux de la substance grise, qui les associent a\ec des nerfs sensitifs assurément nombreux et de provenance très généralisée. Nous pouvons dérégler la glycémie, en détruisant ou excitant, soit les nerfs moteurs (ici sécréteurs) du système, soit ses centres, soit ses nerfs sensitifs. La glycosurie qui pourra en résulter sera, dans tous ces cas, d’origine nerveuse.
Lu ce qui concerne les centres, on sait les effets de la 'piqûre du quatrième ventricule (dans 1 intervalle compris entre les origines des nerfs vagues et des nerts acoustiques). On a vu encore la glycosurie se produire dans l’assommement, la piqûre de la couche optique ou du pédoncule cérébral, les lésions de la protubérance, etc. L excitation des nerfs sensitifs en général, et spécialement celle du vague et de son rameau dépresseur, la produisent également.
c. Glycosurie asphyxique. — Dastre a vu que, si on supprime l’oxygénation, le glycose augmente dans le sang et déborde dans l’urine. L’expérience se fait commodément sur un animal curarisé, auquel on pratique l’insufflation pulmonaire, en supprimant celle-ci et en la reprenant à volonté. L’hyperglycémie et la glycosurie sont ici sûrement d’origine nerveuse. L’état asphyxique du sang est une condition excitatrice pour le système nerveux. Cette excitation dite asphyxique atteint le foie parallèlement à d'autres glandes, qui sont mises en état d’active sécrétion parce besoin général d’oxygène (la salive, par exemple, coule abondamment); l’hypersécrétion cesse dans les unes et dans les autres, dès que l’oxygénation se fait de nouveau.
d. Glycosuries toxiques. — 11 est peu de poisons dont l’action ne retentisse sur la fonction glycogénique. Et cela tient encore à ce que la plupart de ceux qui sont en usage, comme moyens d étude ou comme agent thérapeutique, agissent sur le système nerveux. Le curare, le chloroforme, le chloral, la morphine, la strychnine peuvent produire l’hyperglycémie et la glycosurie.
Le curare présente ce double ellet d une façon très nette, quand l’intoxication est complète et dure depuis quelques heures. L’action de cette substance a pour effet la paralysie des nerfs moteurs squelettiques. La consommation du glycose Par les muscles en est sûrement diminuée, d’où l’hypothèse que l’hyperglycémie résulterait dune accumulation dans le sang de ce sucre non consommé. Lvulaxié remarque que cette condition n’est pas suffisante, en raison du pouvoir qu a le loie de retransformer le glycose en glycogène et de l’emmaganiser sous cette forme de réserve. D’autre part, pour être moindre, l’action du curare sur les nerfs moteurs viscéraux (sécréteurs) n’en est pas moins encore réelle. Le mécanisme du diabète curarique n’est donc pas simple.
e. Glycosurie phloridzique. — Un des diabètes les plus particuliers de ceux qui sont produits par intoxication est celui de la phloridzine découvert par von Merino. Dette substance produit une glycosurie accompagnée d’azoturie et d amaigrissement des animaux, symptômes qui se rapprochent de ceux du diabète clinique. Les effets sont indépendants de l’alimentation et s’observent chez 1 animal en état de jeûne prolongé. — Le diabète phloridzique est caractérisé par ce tait exceptionnel dans le cas de glycosurie, qu'il y a hypoglycémie. On en conclut que la phloridzine a une action élective sur le rein, en vertu de laquelle la perméabilité de cet émonctoire par le glycose est augmentée.
f. Glycosurie pancréatique. — L’ablation du pancréas, sa destruction par des lésions étendues déterminent une glycosurie intense, accompagnée de symptômes graves qui sont ceux qui caractérisent le diabète connu en clinique. Cette glycosurie est décrite plus loin (Voyez Équilibre glycémique et nutritif).