III. — Évolution de la matière sucrée dans l’embryon
Dans l’organisme adulte nous saisissons bien maintenant l'évolution de la matière sucrée. Nous sommes surtout fixés sur la valeur des deux termes qui sont, l’un le glycosc et l’autre le glycogène. Nous savons les relations parfois réciproques (mais non forcément réciproques) qui existent entre eux. Nous savons encore que la fin de leur cycle aboutit invariablement à l’acide carbonique, mais que l’origine de ce cycle les lie aux deux autres ordres de principes immédiats, les graisses et les albuminoïdes, suivant les circonstances. — Dans l’embryon, dans l’œuf, ce cycle reste le même en ses grands traits ; mais l’évolution embryologique déplace les localisations fonctionnelles qui le dessinent topographiquement, et les données de l’expérience ne sont pas encore assez bien assises sur tous les points, pour que nous puissions décrire dans scs menus détails cette évolution d’une évolution. Toutefois, on peut déjà envisager les solutions possibles.
1 . Son utilisation dans l’organisation des tissus. — La première question (pii se pose est celle-ci : Si les hydrates de carbone sont des substances énergétiques, à quelle dépense de ce genre sont-ils employés dans l’embryon qui n’exécute sensiblement pas de mouvements. Le seul travail, auquel nous puissions rapporter cette dépense, est le travail à la fois intérieur et silencieux de l’édification des tissus par la multiplication des cellules et leur organisation propre. Les plantes font de même; c’est au moment de leur végétation que se
L ÉVOLUTION ÉNERGÉTIQUE; LA GLYCOGÉNIE
fait en elles la plus grande dépense de glycose et la consommation de leurs réserves de saccharose ou d’amidon. Ainsi un tissu comme le musculaire, quand il est une fois développé, consomme du glycogène pour remplir sa fonction énergétique, son travail extérieur avec l'excrétion de chaleur qui l’accompagne; mais ce même tissu a dû en consommer d’abord pour s’organiser, et c’est au moment où cette organisation se réalisait qu’il en contenait la plus grande quantité et probablement en consommait le plus (1). Les tissus épithéliaux de revêtement emploient de même le glycogène, pour faire les frais de la multiplication cellulaire qui accompagne leur organisation et qui se poursuit à un degré moindre pendant la vie extra-utérine. D’après cette vue, il faudrait admettre que le glycogène présent dans les tissus de l’embryon, dans la première phase de son développement, y est en vue d’une consommation locale, différant en cela de celui qui apparaît dans le foie dans la seconde moitié de la vie intrautérine et qui est une réserve somatique, destinée à être distribuée aux tissus par le sang, après avoir repassé par l’état de glycose.
2. Déplacement delà fonction. — Le balancement, qui existe de l’une de ces phases à l’autre entre les tissus glycogéniques de l’embryon et le foie, n'indiquerait pas une équivalence, un déplacement delà fonction, qui de tissulaire el diffuse deviendrait hépatique et centralisée, mais une substitution plus compliquée dont le milieu de la vie intra-utérine marque le moment principal et qu’on peut comprendre ainsi. Dans la seconde période du développement, comme pendant la vie extra-utérine, il existe une réserve somatique localisée dans le foie et des réserves cellulaires très diminuées, encore apparentes dans les muscles; le glycose du sang est le terme de passage qui constitue celles-ci au dépens de celle-là. Dans la première période de la vie intra-utérine, la réserve somatique est dans les annexes (placenta) et les réserves cellulaires beaucoup plus importantes, sont en grande partie dans les tissus épithéliaux de revêtement et dans les muscles ; le glycose du sang est le terme de passage qui, là également, constitue les secondes au dépens de la première.
Des difficultés subsistent pour expliquer comment des tissus aussi importants que le nerveux s’organisent sans avoir besoin du glycogène. On peut à la rigueur répondre que la période de multiplication des éléments nerveux est terminée de bonne heure, alors que celle des autres tissus dure encore et qu’au surplus le glycogène ne fait pas complètement défaut.
3. État initial de la substance. — De la sorte, le cycle des hydrates de carbone dans l’embryon s’harmonise avec celui de l’organisme constitué, tout en présentant avec lui des différences de localisation très caractéristiques. Reste à se demander quelle est la substance qui est à l’origine de ce cycle et qui fournit les matériaux premiers de la réserve placentaire.
a. Chez l’oiseau. — C’est chez l’oiseau que le problème paraît le plus abordable. Le glycose qu’on trouve dans l'œuf n’est pas une réserve inépuisable; sa mobilité même nous indique qu’elle se dépense et se renouvelle tout à la fois. L’origine du glycogène des villosités blastodermiques ne peut être, en dehors du glycose, que dans les albuminoïdes et les graisses. Par un certain côté l’œuf de l’oiseau en voie de développement est assimilable à un animal qu'on a mis à l'ina-
(1) Il faut remarquer néanmoins que chez l'embryon la thermogénèse paraît très, réduite, elle passe du moins pour telle. On n'a aucune mesure correcte de son intensité, pas plus du reste que de la consommation du glycogène, dont le dépôt dans les cellules est seulement très abondant.