AVANT-PROPOS
La nutrition est un fait aussi général que la vie qu'elle sert d'ordinaire à caractériser. La définir est scientifiquement aussi impossible que de définir la vie elle-même. Présentement, il n'est, en effet, pas de formule qui embrasse tous les faits concrets que son étude nous a fait connaître. — Toutefois, si cette définition doit rester longtemps et peut-être toujours inconnue, il n'est pas niable que les progrès de nos sciences ne nous en rapprochent peu à peu. Chaque jour voit les données isolées se grouper, les points de vue s'élargir, les formules se simplifier.
Si, du reste,^ nous ignorons la nutrition, nous connaissons ses moyens, ce qu'on appelle ses fonctions. Elles sont de trois ordres : les unes ^ovA systématiques ou organiques^ éminemment variables, suivant l'espèce zoologique considérée; les autres sont cellulaires^ plus générales en un sens, mais, suivant l'espèce cellulaire, variables encore; d'autres enfin, les dernières que nous entrevoyions, sont moléculaires \ ce sont celles mêmes que la chimie étudie, sans se préoccuper du rôle évidemment primordial qu'elles ont dans l'organisation des êtres et qui définit notre point de vue.
L'édifice vivant s'élève ainsi par assises superposées ou, mieux, par séries enveloppantes, dont la décomposition nous ramène, sans solution de continuité possible, aux éléments derniers de toute substance. Le chemin des unes aux autres marque pour nous des étapes, ou franchies ou à franchir, au cours desquelles les limites des sciences s'effacent progressivement, en même temps que leur terrain se déplace. Qui aurait pu prévoir, il y a cinquante ans, l'extension que prendrait le champ de la vie? La physique alors semblait avoir conquis la biologie ; par un retour inattendu, nous voyons maintenant cette dernière empiéter sur elle; avec le temps tout change, et l'imprévu se réalise.