G. — SUBSTANCES ANORMALES
a. Glycose. — L'urine normalement ne renferme pas de glycose ou seulement des Iraces à peine décelables sur une grande masse. Mais, néanmoins, le physiologiste et le clinicien ont souvent Toccasion de l'y constater et aussi de Ty doser, étant susceptible d'y apparaître dans des conditions très diverses. — La glycosurie (passage temporaire du sucre dans l'urine) peut reconnaître diverses causes: elle est parfois d'origine simplement alimentaire^ quand une quantité excessive de glycose est versée par l'intestin dans le système circulatoire ou quand, cette quantité n'étant pas excessive, le foie ne se trouve plus sur son trajet direct, pour en constituer ses réserves de glycogène. C'est ce qui arrive à la suite de l'oblitération de la veine porte, pratiquée expérimentalement (Cl. Bernard), ou bien Morat et DoTON. — Physiologie. IV. — 34
consécutive à la phlébite ou à raltéralion cirrhotiquc du foie (Coi-rat, Couturier). Le glycose de la <ligestion est alors direclement versé ilans la circulation générale et ne trouve le foie qu'après ce trajet indirecl.
Le physiologiste a de nombreux moyens de déséquilibrer la fonction glycogénique, principalement en agissant sur le foie, par l'intermédiaire de ses nerfs, d'une façon plus ou moins directe au éloignée (excitation des nerfs du foie, piqûre diabétique, excitation asphyxique, réflexe, etc.). D'après Lépine, le rein lui-même pourrait, suivant les circonstances, retenir ou laisser passer dans l'urine «les quantités variables <ie glycose.
Diabète expérimental. — Le diabète (passage durable ou ! permanent du sucre dans l'urine) est réalisable expérimentalement
par Tablation du pancréas.
Dosage du glycose dans Turine. — Le dosage du glycose dans Turine peut se faire par trois ordres de procédés : l'un physique^ par la mesure de la déviation du plan de polarisation, àTaide de polarimètres spéciaux à\UfiaccharimètTes\ les autres chimiques assez nombreux^ mais spécialement par les réactifs cupropotassiques (liqueur de Feiiling); le dernier physiologique par la fermentation provoquée dans Turine mise à Tétuve, à Taide d'une petite quantité de levure de bière.
i . Saccharimëtre. — L'urine, même débarrassée de Talbumine, peut contenir encore des substances autres que le glycose agissant sur la lumière polarisée (peptories),qui sont lévogyres. Le glycose est dextrogyre ; sa déviation sera donc diminuée, ce qui fausse la mesure d'une quantité du reste inconnue ou difficile à connaître.
2. Liqueur de Fehllng. — Si l'urine contient de l'albumine, on commence par précipiter celle-ci par l'acide acétique et la chaleur, puis on la neutralise par la potasse. Pour la constatation simple du glycose, on fait bouillir dans un tube à essai une petite quantité de l'urine dans laquelle on a versé quelques centimètres cubes du réactif cupropotassique. En Tabsence du glycose, le mélange garde sa coloration bleue; si l'urine en contient, il se produit un précipité rouge d'oxyde cuivreux..
Corps réducteurs autres que le glycose. — Certaines urines donnent, avec la liqueur de Feiiling, un précipité blanchâtre qui est dû à la réduction de la liqueur par l'acide urique, ou un changement de teinte (jaune rougeàtrei qui est dû à la créatine qui maintient en solution une certaine quantité d'oxyde cuivreux réduit. Ces réactions parallèles sont capables parfois de masquer la réaction propredu glycose, quand celui-ci est en petite quantité et que les corps précédents sont un peu abondants. Lorsque le glycose est abondant . dans l'urine, comme dans la plupart des diabètes, la formation du précipité e^t
' suffisamment nette pour lever tous les doutes.
Procédé. — Pour doser le glycose dans l'urine, il est le plus souvent nécessaire d'étendre celle-ci de plusieurs fois son volume d'eau. On opère avec une liqueur de Feiiling d'un litre connu; par exemple, 10 centimètres cubes de la liqueur complètement précipités ou décolorés correspondront à Ok',0.5 de glycose. Ces 10 centimètres cubes de la liqueur bleue sont portés à l'ébullilion
dans un ballon. Au-dessus de celui-ci une burette graduée laisse tomber goutte à goutte la liqueur sucrée dans Turine étendue d'eau suivant une proportion connue. On arrête l'écoulement au moment précis où la précipitation est complète. On note le volume de Turine ainsi employée. Ce volume renfermait O^%05 de glycose. Un calcul de proportion indique combien il en est contenu <ians un litre de Turine.
Nota, — L'ébullition, en agitant le liquide dans le ballon, empêche de bien saisir le moment où la précipitation cesse de se faire. On a recours à un artifice qui consiste à faire dissoudre le précipité d'oxydule à mesure de sa formation : on se guide, pour arrêter l'écoulement, sur le moment où la liqueur commence à être exactement décolorée. Pour cela, suivant les indications de Causse, on ajoute aux 10 centimètres cubes de la liqueur bleue, 20 centimètres cubes d'eau et 4 centimètres cubes d'une solution à 1 p. 20 de ferrocyanure de potassium.
3. Fermentation. — Le procédé de constatation et de dosage du glycose qui mérite le plus de confiance est celui de la fermentation. On emploie un système composé de deux petits ballons ou matras réunis par un tube (Gg. 158) ; l'urine est introduite dans l'un des ballons avec une petite quantité de levure pure lavée; l'autre ballon contient de l'acide sulfurique. On pèse le système. On laisse à Tétuve deux ou trois jours. La fermentation alcoolique du glycose se fait d.'après l'équation :
100 grammes de glycose fournissent b08'',lil d'alcool éthylique et 488%888 d'acide carbonique. On chasse l'acide carbonique par un courant <rair sec qui traverse le liquide fermenté, puis l'acide sulfurique (afin d'éviter l'entraînement de la yapeur d'eau). L'acide carbonique est chassé. Nouvelle pesée ; la différence de poids mesure l'acide carbonique dégagé. Soitp— p' la différence relevée dans les deux pesées, le poids de glycose S est donné par la formule suivante :
Fig. 168. — Appareil pour le (losof/e (lu f/lt/cuse par fermentai ion.
A, ballon contenant la solution de glycose et la levure; ballon contenant de l'acide sulfurique concentré. L'appareil est pesé avant la fermentation; a, étant bouché on laisse fermenter.
L'acide carbonique s'échappe par h après s'être dépouillé en B de la vapeur d'eau qu'il entraîne.
La fermentation lermin^'C on fait passer par a un courant d'air desséché pour entraîner le reste de G()2. On pèse à nouveau : la différence du poids donne l'acide carbonique formé.
Autres sucres. Saccharose. — Le saccharose ou sucre de canne cliniquement ne se rencontre pas dans les urines. Le physiologiste le retrouve dans l'urine quand il a été injecté dans les veines, parce que les organes qui brûlent le sucre dans l'organisme ne sont pas aptes à utiliser le saccharose, mais seulement le glycose. Le saccharose n'esl pas un siici^e réducteur. Quand ou soupçonne sa présence dans un liquide, il faut procéder de la façon suivante : dans une première épreuve, on constate que le liquide ne réduit pas la liqueur bleue. On chauffe alors un second échantillon du liquide avec quelques gouttes d'un acide minéral fort (acide sulfurique, par exemple), on neutralise et on répète l'essai avec la liqueur bleue. On constate alors une réduction plus ou moins abondante du réactif cupropotassique. Elle est due à ce que
b32 EXCRÉTION.
rébullition avec Vacide a dédoublé le saccharose en deux sucres réducleurs : le lévulose et le glycose.
Liévalose. — Lorsque le saccharose a été ingéré dans le tube digestif, il trouve dans Tintestin un ferment qui, à la température du corps, agit sur lui comme agissent les acides à Tébullition et opère son dédoublement en glycose et lévulose, généralement utilisés dans l'organisme (après conversion plus ou moins directe en glycogène), et dont Texcès peut, suivant les circonstaoces, déborder à travers le rein dans Turine.
Le lévulose est y comme le glycose, un sucre réducteur; comme le glycose, le lévulose dévie le plan de polarisation. Le glycose dévie à droite ; le lévulose dévie à gauche : de plus, le pouvoir lévogyre du lévulose excède de beaucoup le pouvoir dextrogyre du glycose. D'où il suit qu'un mélange à parties égales de lévulose et de glycose, tel qu'il résulte de l'inversion du saccharose, dévie à gauche le plan de polarisation. En comparant les indications données par le réactif cupropotassique d'une part et le saccharimètre d'autre part, on pourra faire la somme des deux sucres et indiquer môme ce qui revient au lévulose.
Lactose. — Le lactose ou sucre de lait, qui entre si largement dans Talimentation, trouve lui aussi dans l'organisme des conditions de transformation, qui le ramènent à Télat de substance utilisable. Aussi faut-il des conditions» spéciales pour le voir apparaître dans l'urine. Chez les accouchées ce sucre se forme dans la glande mammaire, et c'est de là et non de l'intestin qu'il peut passer dans l'urine (Cl. Bernard). Cette lactosurie puerpérale peut s'observer sur les animaux (Blot). Elle est constante chez les femelles des mammifères dès qu'on supprime la lactation et disparait si on enlève les mamelles (de Si?iety}. Le glycose donné en aliment augmente le phénomène et reparaît dans l'urine à letat de lactose (von Noorden).
Le lactose est un sucre réducteur^ comme le glycose et le lévulose ; il dévie à droite comme le glycose : il a pour caractère expérimental distinctif de ne pas fermenter directement. Dans une liqueur qui le contient à l'exclusion des précédents, l'épreuve parla liqueur de Fehling et par le saccharimètre est positive ; celle par la fermentation est négative. — S'il est mélangé à ces sucres, les nombres comparés donnés par ces opérations serviront à établir sa proportion dans le mélange. Si on le fait bouillir avec l'acide chlorhydrique (ou tout acîde minéral fort), il se convertit en un sucre fermenlescible.
Acétone. — Dans le diabète grave, dans certaines affections fébriles (fièvre typhoïde), l'haleine exhale assez fréquemment une odeur éthérée qui est celle de l'acétone (Cli^.CO.ClP). Ce corps, qui se rencontre alors en même temps dans Turine (acétonwie), proviendrait d'une transformation anormale des substances albuminoïdes.
Acide acétylacétique et acide ^-oxybutyrique. — Ce dernier corps, qui est un homologue de lacide lactique, accompagne assez souvent l'acétone, et donne naissance à de l'acide acétylacétique qui l'accompagne dans l'urine (Stadelmaxn,
WOLPE, KuLZ,'MlNKOWSKI, HuGOUNENQ).
6. Graisse, — La graisse peut se trouver mélangée à l'urine, tantôt sous forme d'un liquide émulsionné, auquel cas l'urine est dite chyleuse, tantôt sous forme de gouttes huileuses la surnageant. La provenance de cette graisse est ou bien mécanique, comme dans les fractures, ou bien chimique et liée alors à la destruction des tissus, comme dans certaines cachexies ou quelques intoxications, notamment parle phosphore.
c. Albumine. — l/albumine peut apparaître dans ruriiie dans un grand nombre do circonstances de Tordre pathologique, voire même dans des conditions physiologiques, d'une façon exceptionnelle et temporaire, comme par exemple à la suite d'une ingestion exagérée de cette substance (Cl. Bernard).
L'albuminurie s'observe principalement au cours des affections fonctionnelles ou organiques du rein ; elle se montre souvent dans les maladies infectieuses accompagnées ou non de fièvre (dothiénentérie, érysipèle, pneumonie, scarlatine, tuberculose, etc.) ; elle est souvent l'indice d'un effort de l'organisme pour éliminer par le rein les substances nuisibles élaborées au cours de ces affections (toxines).
I. Constatation. — Dans un tube à essai au fond duquel on a versé quelques centimètres cubesd'acide azotique concentré, on faitarriver Turine lentement, en la faisant couler contre la paroi, de manière qu'elle surnage l'acide; à la surface de séparation des deux liquides -se produit un nuage plus ou moins opaque d'albumine précipitée. L'urine a été préalablement filtrée pour la débarrasser des cellules ou corps tenus en suspension. L'action de la chaleur, seule ou Avec addition de quelques gouttes d'acide, a pour effet de la coaguler dans les urines qui en contiennent.
L'aseptol, employé à la façon de l'acide azotique, décèle des traces d'albumine et sans présenter les inconvénients de plusieurs réactifs usuels (Barral).
II. Dosage. — Le dosage se fait par pesée, sur un filtre taré, après précipitation. — Le coagulum recueilli peut servir à rechercher les réactions des albuminoïdes (réactions du biuret, xanthoproiéique, etc.).
Séparation des espèces. — Les substances albuminoïdes que le sérum du sang abandonne à Turine peuvent être une albumine (serine, ou sérumalbumine), une globuline (sérumglobuline), et des protéoses. — Les globulines étant pré- <;ipitab]es par le sulfate de magnésie à saturation, on peut, pour séparer la sérumglobuHne, saturer l'urine de ce sel, séparer le précipité par filtration, et précipiter ensuite, dans le liquide filtré, la serine par Tacide azotique et la chaleur. — Lorsqu'une urine débarrassée des substances coagulabies par rébullition après addition légère d'acide acétique donne la réaction du biuret (coloration violette par traitement successif avec lessive concentrée de soude ou de potasse et avec solution diluée de sulfate de cuivre), c'est que cette urine •contient des protéoses. H n'est pas possible de faire dans l'urine les réactions directes des protéoses, les réactifs employés (alcool, sublimé, tanin, etc.) pré- •cipitantdes substances normales de l'urine.
La mucine se dépose lentement par le repos au fond du vase, dans l'urine acidulée par l'acide acétique. Elle ne précipite pas par l'acide azotique, mais partiellement par le phosphate monosodique.
La nucléoalbumine coagule comme Talbumine. Recueillie, desséchée et incinérée, elle se reconnail au phosphore qu^elle contient.
L'urine peut contenir encore exceptionnellement des albumoses et des peptones, de la leucine, de la tyrosine, la cystine, à laquelle on attribue une origine intestinale par fermentation microbienne et qui, d'ordinaire brûlée dans^ les tissus, parfois se trouve préservée de Toxydation et passe alors dans l'urine. On la reconnaîtra à sa forme microscopique en tables hexagonales.
Â.lcapeptones. — Les alcapeptones sont des substances très avides d'oxygène en solution alcaline et qui se colorent en noir à son contact : ce» corps réduisent les sels de cuivre et d'argent. En alcalinisant et agitant à l'air une urine qui en contient, on la voit se foncer et noircir; ces substances dériveraient de la tyrosine : c'est pour les uns de l'acide homogentisique ou dioxyphénylacétique (Bauman>), pour les autres de l'acide uroleucéiiqiie ou trioxyphénylpropionique voisin du précédent (Hlppert). Elles peuvent exister dans le cas de parfaite santé {alcapeptonurie).
RIBMOORAPIIIE.
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Nous supposons connues les particularités anatomiques les plus caractéristiques de la structure du rein : ses deux substances dites, Tune corticale, l'autre médullaire ; ses tubes excréteurs (fig. 159) avec leur capsule initiale, leur portion flexueuse, leur
partie droite, Tanse qu'ils décrivent avant de s aboucher dans des canaux plus gros dits collecteurs de Turine, dont les troncs primaires vont s'ouvrir dans le bassinet, sur les papilles des pyramides. Connues également nous supposons les variétés de forme et d'aspect de leur revêtement et, par dessus tout, les relations si spéciales du système vasculaire avec ces tubes, à leur origine, au niveau de la capsule, ainsi que sur leur trajet. On se rappelle l'artère rénale avec son réseau anaslomotique interposé entre les substances corticale et médullaire, réseau d'où partent des branches, les unes allant à des capillaires du type ordinaire (dans la substance médullaire notamment), les autres pénétrant dans la capsule pour y former le glomérule (vaisseau afférent), en ressortir par la même voie (vaisseau efférent), pour aboutir définitivement au réseau capillaire qui entoure les tubes rénaux et d'où partent enfin des veines, qui ramènent le sang par des chemins multiples.
Le rein est pourvu de vaisseaux lymphatiques, comme les autres glandes et la plupart des organes, et par son hile, où se trouvent rassemblés tous ces canaux artériel, veineux, lymphatiques et excréteur, on voit pénétrer dans sa substance les ramifications d'un plexus nerveux provenant du grand sympathique.
Ce plexus nerveux est en relation certaine avec les vaisseaux. Par contre, ni les méthodes anatomiques, ni les expériences de la physiologie n'ont pu jusqu'ici faire la démonstration que ces nerfs entrent en relation directe avec les éléments sécréteurs. Mais ces données négatives ne sauraient être invoquées comme preuve décisive de l'indépendance des éléments sécréteurs du rein à l'égard du système nerveux. Par analogie avec ce que nous oavons exister dans les autres glandes, nous devons admettre que l'activité de ces éléments est provoquée et réglée par le système nerveux, pour être proportionnée aux besoins généraux de l'organisme.
Fig. 150. — Cours de l'urine dans les tubes urinifères.
Eu montant on trouve:
«, tronc d'un tube collecteur; 6, ses branches ; c, ramification; dd, tube contourné; g y branche descendante; e, branche ascendante d'un tube de Hknle; /", anse; A, extrémité du tube contourné en relation avec le glomérule.