E. — LES RÉSISTANCES A FRANCHIR: ORIFICES ET VOIES RESPIRATOIRES
Le courant d'air qui est appelé dans le poumon traverse, avant d*y pénétrer, plusieurs orifices rétrécis dont les dimensions sont mobiles et réglées par des puissances musculaires et nerveuses. Ce sont les orifices des narines, voie normale d'entrée de Tair, dont les ailes se relèvent légèrement à chaque inspiration (surtout si la respiration est laborieuse) sous Taction de muscles spéciaux, les releveurs de Taile du nez commandés par le nerf facial; le pharynx^ dans le point où il est rétréci par le voiie du palais, dont les muscles obéissent également pour partie au facial; enfin, au niveau du larynx, la glotte, qu'un système compliqué de muscles et de nerfs adapte à deux fonctions en quelque sorte antagonistes : la respiration, qui nécessite son élargissement, et la phonation, qui exige un certain resserrement de ses lèvres membraneuses, pour produire les vibrations sonores.
Dyspnée. — Les résistances ofTerles à Tair par ces rétrécissements sont en somme très minimes. Si elles sont augmentées par artifice ou autrement, la respiration fait le cœur en pareil cas, elle change son rythme : ses oscillations se ralentisserU pendant qu'élus augmentent d'amplitude (Marey).
Valear de la résistance vaincue. — Un homme vigoureux peut respirer pendant quelques instants à travers une colonne de mercure de 8, 10, voire i5 centimètres de mercure ; mais ses forces s'épuisent très rapidement. Même une pression de 2 centimètres de mercure devient à la longue insupportable (La^glois et Richet).
I. Béance des voies. — Partout ailleurs, la béance des voies respiratoires est assurée par une charpente rigide, tantôt osseuse comme dans les narines et le pharynx, tantôt cartilagineuse comme dans la trachée et les bronches. Dans les parties profondes du poumon, organe membraneux élastique, elle est assurée par la pression même de Tair atmosphérique, en raison de l'aspiration thoracique.
i. Mouvements de la glotte. ~ a. Dilatation. — Si, sur un chien ânesihésié, on fend au thermocautère la peau et la membrane hyo- thyroïdienne, et qu^on attire à soi le larynx avec uneérigne, on a directement sous les yeux l'orifice glottique. A chaque inspiration, cet orifice se dilate, tandis qu'au moment de l'expiration les lèvres de la glotte se rapprochent légèrement. L'écartement des cordes vocales se fait par un mouvement de pivot du cartilage aryténoïde, qui est gouverné par le muscle crico-aryténoïdien postérieur, véritable dilatateur de la glotte. Ce muscle n'a besoin d'être actif qu'au moment de l'inspiration. A ce moment, la béance de la glotte est active ; elle est passive au moment de l'expiration.
. b. Resserrement. — Si l'émission des sons devait intervenir, les lèvres de la glotte seraient rapprochées par un mouvement inveree de pivot du cartilage aryténoïde, commandé par le muscle crico-aryténoïdien latéral, en même temps que par le jeu des autres muscles laryngés, et les cordes vocales seraient tendues de manière à assurer à l'appareil laryngien la solidité nécessaire à la production des vibrations (fig. 45).
2. ilèments nerveux. — Les éléments nerveux moteurs qui commandent à ces muscles de fonctions diverses sont contenus presque exclusivement dans le laryngé inférieur, ils y sont mélangés au point que la section des deux récurrents paralyse tout à la fois la fonction respiratoire et la fonction vocale du
Fig. 46. — Oscillations du muscle thyro-arylenoxdien et du cartilage aryténoïde autour d'une position moyenne pour V ouverture et le rétrécissèment de l'orifice glottique (d'après Testut).
Des flèches indiquent Taction des muscles cricoaryténoîdien postérieur et crico-aryténoïdien latéral.
larynx. Chez les jeunes sujets, la paralysie ou section des récurrents est une condition de mort, comme Ta vu le premier Legallois. Chez eux, en raison de la mollesse des tissus, la béance de la glotte ne peut se faire qu'activement, par écartement de ses lèvres ; ce dilatateur glottique n'intervenant plus, le courant d'air rabat les replis aryténo-épiglottiques sur l'entrée du larynx, et Tobture avec d'autant plus d'énergie que, l'asphyxie intervenant, les respirations devenues dyspnéiques sont plus violentes. La trachéotomie fait cesser aussitôt cet état de chose. Chez les sujets adultes ou vieux, la rigidité de ces mêmes parties, suite de leur chondridiiication ou de leur calcification, maintient un orifice suffisant pour l'entrée de l'air.
Fonctions diverses; origines différentes. — Les éléments névro-moteurs de destination et de fonction différentes, ainsi confondus pendant leur trajet dans le tronc du récurrent, ont évidemment des origines spéciales dans des noyaux moteurs distincts. Cl. Bernard admet que ceux qui sont pour la respiration naissent dans les origines mêmes du pneumogastrique, tandis que ceux qui sont destinés aux muscles vocaux (de beaucoup les plus nombreux) proviennent de la branche interne du spinal, qui les tient elle même de la racine bulbaire de ce nerf. L'arrachement du spinal, comme la section de sa branche interne, sont en effet suivis de la dégénération du plus grand nombre des fibres du récurrent correspondant. La double opération rend l'animal aphone.
Association fonctionnelle. — Les nerfs, qui président ainsi à la dilatation des narines (éléments du facial) et à la dilatation de la glotte (éléments du vague]» sont associés, dans une action synchronique, avec celle des nerfs du diaphragme (phrénique) et autres muscles inspirateurs. Le lieu de cette association, le centre commun coordinateur, comme l'on dit, est dans le bulbe rachidien. Flourens, dans les tentatives de localisation de ces centres, a vu que la section du bulbe, suivant la hauteur à laquelle elle est pratiquée, peut faire cesser isolément les mouvements du diaphragme, en conservant ceux des narines, ou inversement supprimer ces derniers en conservant les mouvements du thorax.