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DEUXIÈME SECTION

INNERVATIONS SPÉCIFIQUES

En prenant pour base soit les sensations différentes qui naissent en nous, sous les provocations extérieures également différentes par leur nature ou leur procédé, soit les phénomènes moteurs qui sont le plus directement associés à ces sensations, on peut diviser Tinnervation en cinq grandes systématisations ou catégories principales qui seront :

L'innervation visuelle ; Tinnervation auditive ; Tinnervation tactile ; Tinnervation olfactive ; l'innervation gustative.

La sensation est en effet ce qui caractérise le mieux le système nerveux; ce dernier étant, entre tous les tissus, celui qui la conditionne au plus haut degré et qui, par sa complexité et son organisation, lui confère sa plus haute valeur. Cette première notion est de connaissance vulgaire. Toute sensation, d'autre part, est intimement liée à des actes moteurs qui peuvent affecter des régions à la fois diverses et éloignées du système nerveux, mais dont certains sont sous la dépendance immédiate de ces sensations et comme tels sont caractéristiques de celles-ci. Chaque système sensoriel est un appareil sensitivo-moteur qui, dans une certaine mesure, est non pas isolé mais isolable des autres, c'est-à-dire complet en soi. Des liaisoîis fonctionnelles existent entre ces systèmes partiels^ pour assurer l'unité du système nerveux et par lui l'unité de l'individu vivant. Cette seconde notion, qui consacre la liaison intime entre la sensibilité et le mouvement, commence à être couramment adoptée. La sensation enfin comporte une infinité de degrés et de nuances, depuis celles qui ont leur plein épanouissement dans les sens supérieurs, jusqu'à celles tout à fait obscures qui traduisent nos besoins les plus primordiaux. Pour faire l'histoire complète du système nerveux, il faut donc rattacher ces sensations subconscientes (dites parfois inconscientes), avec les actes moteurs qui leur sont liés, aux sensations claires des sens supérieurs, d'après leurs

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affinités fonctionnelles. Celte notion d'une conscience obscure présidant à tous les actes vivants, même ceux qui affectent une allure purement mécanique et automatique, est la plus neuve de celles que nous venons de passer en revue : elle gagne, elle aussi, de jour en jour du terrain dans les esprits.

Activités spécifiques. — Le système nerveux est un ensemble de systèmes partiels présidant tous isolément à quelque fonction d'une nature déterminée. Chacun d'eux ne saurait ni remplacer les autres ni être remplacé par eux. Ce partage apparaît d'une façon évidente quand on envisage le système nerveux à sa périphérie, soit au point de départ, soit au point d'arrivée des excitations qui le traversent : il devient de plus en plus obscur à mesure qu'on pénètre dans sa profondeur : la question des localisations cérébrales nous en est une «preuve. Partons donc des extrémités des nerfs pour remonter de proche en proche jusqli'au cerveau, et traçons de la sorte les grandes divisions et subdivisions des fonctions nerveuses. — Le champ sensitif est particulièrement favorable à Tétude de rétablissement d'une telle division.

I. Champ sensitif, ses divisions. — Le champ sensitif est périphériquement décomposable en cinq parties correspondant aux cinq sens. — Chaque sens est adapté à un genre particulier d'excitations, nous pouvons même dire à un milieu excitant d'une nature spéciale, à un excitant spécifique non remplaçable par l'excitant d'un autre sens. Parmi les mouvements innombrablement variés qui l'entourent, notre organisation en a choisi cinq ordres particuliers : ce sont les sources de toute notre connaissance.

La rétine, membrane sensible de l'œi/, obéit aux vibrations de l'éther, ce corps qui pénètre tous les autres et qui se distingue d'eux par sa nature impondérable .

L'oreille interne est sensible aux vibrations des corps sonores, et surtout de l'air, autre milieu élastique éminemment propre à la propagation d'un mouvement ondulatoire à distance.

Remarquons que, parmi les mouvemenls ondulatoires de l'air comme de l'éther, notre organisation ne s'est pas astreinte ou n'a pas réussi à s'adapter à tous, mais seulement à un petit nombre d'entre eux, à ceux pour l'oreille qui sont compris entre 32 et 50000 vibrations à la seconde, soit environ onze octaves, à ceux pour l'œil qui sont compris entre 4.->0 et 880 trillions de vibrations par seconde. Mais comme ces milieux sont parcourus dans tous les sens par des vibrations de toute longueur qui coexistent et se superposent sans se confondre, cette restriction n'apporte pas de difficulté ni de réelle lacune dans l'exercice des sens.

Les organes du goût et de Yodorat sont affectés par des excitants dont ia nature physique, la modalité et le milieu de propagation même nous sont absolument inconnus, mais que nous concevons également comme des changements vibratoires d'une nature propre et spéciale.

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La peatij organe du toucher, est afîeclée par les contacts des corps plus ou moins résistants et aussi par ces mouvements ondulatoires auxquels nous donnons le nom de chaleur. A la suite de ce sens, moins spécial que les autres, nous plaçons toutes les excitations banales, telles que tensions, compressions, modifications de toute nature affectant nos organes . supei'ficiels ou profonds et i|ui ressortissent à la sensibilité dite générale,

II. Spécificité de l'excitant. — Chacun de ces excitants est spécifique. L'excitation est un ébranlement, un mouvement communiqué : or la physique nous apprend qu'un mouvement vibratoire ne se communique d'un corps à un autre que lorsqu'il y a résonance^ c'est-à-dire concordance entre les vibrations de ces deux corps. Les organes des sens sont essentiellement des résonateurs^ le mot étant pris dans son sens le plus général. Inerte est la rétine, inerte l'oreille pour des ébranlements autres que ceux qui leur sont appropriés en qualité et en grandeur.

Adaptation des sens à leurs excitants spécifiques ; résonateurs appropriés. — Portion de Tectoderme qui s'est développée en vue de fonctions spéciales, chaque organe des sens s'est pourvu d'un résonateur particulier. — L'ébranlement du milieu extérieur, quand il est en dehors de certaines limites, est non avenu pour lui ; mais quand il a la tonalité voulue, il trouve dans ce sens une porte d'entrée, pénètre dans le système nerveux, où il se trouve en conflit avec une foule d autres, y séjourne plus ou moins et en ressort à Tétat de phénomène moteur.

Mais, avant d'en ressortir, il donne lieu dans les profondeurs du système nerveux à un fait que nous appelons psychique ou de sensibilité, la sensation en un mot, par opposition au fait physique de V impression.

III. Spécificité de la sensation. — Spécifiques, avons-nous dit, sont les impressions ; spécifiques, devons-nous ajouter, sont les sensations, car à chaque modalité particulière d'impression correspond une modalité particulière de sensation. Avant d'aboutir au plus profond de notre être, à la notion la plus abstraite de l'idée générale, laquelle a pour origine le conflit des sensations, celles-ci font escale quelque part dans le système nerveux : il y a donc un partage fonctionnel des sensations, comme il y en a un des impressions.

La sensation, fait d'observation purement intérieur, ne peut se définir que par son contraste avec le fait psychique de Timpression. Elle n'est pas le moins du monde la représentation géométrique des changements physiques qui l'ont fait naître. L'ignorant qui distingue entre un son et une couleur n'a pas la moindre idée d'une MoRAT et DoYon. — Physiologie. II. — 33

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vibration sonore ou lumineuse : Thomme instruit seul connaît ce détail, ou croit s'en rendre compte.

La sensation résulte dune association des excitations. Elle est une synthèse de celles-ci accomplie dans le système nerveux.

Uniformité de fonction des éléments nerveux. — Il > a plus : l'ébranlement d'une nature si particulière, qui a pris naissance dans un résonateur sensitif ou sensoriel, n'est pas du tout transmis au cerveau parles nerfs sensitifs et sensoriels avec ses caractères originels. — Tous ces ébranlements, spécifiques à leur origine, sont ramenés à une forme unique ou tout au moins sensiblement uniforme, l'onde nerveuse^ dès qu'ils entrent dans le système nerveux proprement dit. L'onde nerveuse (à quelques différences près) paraît être de même forme générale, en un mot de même nature dans tous les nerfs (sensitifs, sensoriels ou moteurs). Tout neurone pris en soi est fonctionne llement équivalent à un autre neurone; il n'y a point, à proprement parler, de neurones spécifiques.

Spèciflcitè des neurones. — Les données de la morpholojrie et de Texpérimentation ont fait ressortir en effet jusqu'ici, entre les éléments ner\eiix, des ressemblances fondamentales plutôt que des différences réelles, autres que contingentes et sans rapport connu avec leur fonction. H faul pourtant qu'il existe des uns aux autres certaines modifications quantitatives ou qualitatives, pour que ces éléments, en s'associant, arrivent à former des systèmes fonctionnellement différenciés. Ces modifications peuvent porter sur des caractères peu visibles et être individuellement très légères. La multiplicité et la complexité des associations suffit à les grossir et à en tirer des etfets très dissemblables. Os modifications peuvent, d'autre part, étœ confinées dans certaines parties du neurone, par exemple à leurs extrémités dans les i^égions par les(|uelles ils s'associent les uns aux autres. De fait, on relève dans la disposition de leurs champs polaires des différences plus notables et plus significatives que dans leurs axones ou leurs corps cellulaires.

Au surplus, nous sommes mal armés pour connaître et rechercher ces différences. L'onde nerveuse, dont on parle beaucoup, nous est à peu près inconnue dans sa forme réelle. Nous avons seulement quelques données sur sa vitesse.

Expérimentalement, nos idées sur ce point i*eposent sur les deux faits suivants: i<» La fibi^e nerveuse qui fait suite à Vappartil d'un sens est en général réfi^actaire à V excitant spécifique de ce sens; d'où il suit que l'appareil sensoriel est tout à la fois un résonateur adapté à l'excitant extérieur et un transformateur de l'excitation qui l'adapte, à son tour, au nerf qui lui fait suite. 2° Toutes les fibres verveuseSf à quelque sens (à quelque fonction) qu'elles appartiennent, sont aptes à recevoir certaines excitations différentes des spécifiques et que, poui* cette raison, on appelle banales ou générales (pincement, action chimique, électricité, etc.). En suite de quoi, ces fibres, ayant reçu cette excitation banale, développent une sensation spécifique dans le système au<iuel elles appartiennent.

Il est assez évident que le nerf optique n'est |>as un canal pour la lumière, ni le nerf acoustique jwur le son. Mais les éléments composants de chacun de ces deux nerfs n'ont, en fait de structure ou de propriétés, rien qui les distingue l'un

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4le l auli*o ou <le loiis les autres éléments nerveux. Ils en ont rexcilal)ilité commune et rien de plus. Le rayon lumineux qui est apte à exciter la rétine est sans i*fTet quand il est dirigé directement sur le nerf opli(iue ; Tonde sonore est sans <^iret sur le nerf acoustique : pai^ce que l'appareil adaptateur manque dans les deux cas. Mais en revancfie les excitations ordinaires, banales, du système nerveux, telles que pressions, pincements, électrisation, excitent ces nerfs, <*omme tous les autres, et par là font naître les sensations spécifiques qui corj-espondent à l'excitant spécifique des sens auxquels ils appartiennent.

Exemples, — Une pression du nerf opti(|ue faite sur son tronc excite la sensalion lumineuse. Dans l'opération de lenucléation du globe oculaire, le patient perçoit comme des fulgurations, des jets de lumière (Tortial) ; ceci à la condition, bien entendu, que le nerf optique n'ait pas subi l'atrophie de ses fibres. Une pression légère du globe oculaire au niveau du boid de la rétine fait apparaître une image subjective du corps qui comprime ; c'est ce qu'on appelle un phosphène. En déviant Tceil fortement en bas sous les paupières closes et en glissant légèrement l'extrémité de l'index sous l'arcade orbitaire, à travers la fuiupière supérieure, on fait naîtœ un jdiosphène qui est perçu à la partie inférieure.

Les chocs produits sur le temporal peuvent de même exciter mécaniquement le nerf acoustique et faire naître la sensation sonoi^.

L'excitation électrique pratiquée sur les différents nerfs sensoriels peut aussi faire naître la sensation propre à chacun des sens auxquels ils appartiennent. En un mot, des excitants qui n'ont rien de spécifique, des excitants généraux, c'est-à-dire capables d'atteindre tous les nerfs, engendrent des sensations spécifîcfues quand ils trouvent l'entrée des systèmes spéciaux qui corresiH)ndent aux différents sens.

Relation définie entre Fimpression et la sensation. — La

sensation avec ses caractères spécifiques peut donc exister en nous en [absence de [excitant particulier auquel elle est liée originellement. Cela est prouvé non seulement par l'analyse précédente, où on voit un excitant banal pénétrer artificiellement dans un de nos systèmes sensoriels, mais simplement déjà par ce fait que la sensation se conserve en nous à Tétat de résidu ou de souvenir, après que Texcitant extérieur a disparu. Ce fait de conservation implique en effet qu'elle a des moyens de se réaliser propres au système nerveux et indépendants de la présence de Texcitant habituel. Suivant l'expression de J. Mîïller, ce que nous sentons, c'est t'état de nos nerfs. Nous ne pouvons rien sentir en dehors de nous que par cet 4tat de nos nerfs, et nous pouvons sentir ces états alors que la cause qui les a provoqués a cessé, ou qu'elle a perdu sa valeur spécifique et qu'elle a été remplacée par une cause banale. Nous avons en nous des systèmes sensoriels qui réagissent spécifiquement à toute excitation qui les atteint. A leur surface de contact avec l'extérieur, ces systèmes sont munis d'appareils spéciaux (organes des sens) qui choisissent, parmi les ébranlements excitatoires de toute forme et de toute provenance qui nous envi-

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ronnent, ceux qui doivent pénétrer isolément dans chacun de cessystèmes, à Texclusion des autres. Ainsi se crée pour nous une relation déterminée entre chaque ordre de sensation et l'excitant exlérieur qui la fait naître originellement. Cette relation est empirique ; pour les besoins journaliers de IVxistence elle est suffisante ;. elle nous renseigne sur ce qu'il nous importe de savoir, mais non. sur tout ce qui est en dehors de nous. Par la comparaison des renseignements fournis par les différents sens, ces renseignements s'accompagnent de contrôle et de critique : nous savons faire la distinction entre nos sensations actuelles et nos sensations réveillées ou souvenirs ; nous la faisons également entre l'excitation extérieure normale et régulière et celle qui est artificielle et déplacée. — Quand cette critique fait défaut, il y a hallucination.

La sensation est un phénomène évolutif: elle est un procès et un progrès ; elle prend champ dans un système composé d'élémenls à la fois successifs et parallèles, associés suivant des rapports qui lui sont propres et d'un ordre très compliqué. De môme que le système qui lui sert de support, elle est formée d'éléments nombreux qui ne sont autres que les activités particulières, les états d'excitation des pièces composantes de ce système, coordonnées de même suivant une loi qui lui est propre. L'excitation, avons-nous dit, envahit le système et y progresse à la façon d'une onde, dont la forme va se compliquant extrêmement, à mesure qu'elle avoisine et atteint l'écorce cérébrale. Dans cette marche de l'excitation, où se place précisément la sensation? a-t-elle un siège délimité et exclusif? quelles parties lui sont suffisantes ou nécessaires? que dit l'expérience sur ce sujet ? comment sont interprétés les faits qu'elle nous a livrés?

On a de tout temps cherché à mellre d'accord les faits connus de la structure du système nerveux avec les données de l'observai ion.

Les interprétations ont forcément varié avec 1 elat de nos connaissances sur ces points, et aussi avec les théories générales régnantes en biologie.

Ancien schème. — Les trois données essentielles de l'observation sont : a. la spécificité de l'impression» impliquant une sj>écincitéde l'oi-gane récepteur des sens ; 6. Tuniformité du fonctionnement des fibres nerveuses, contrastant avec la spécificité de l'élément récepteur ; c. la spécificité du phénomène interne de la sensation, contrastant à son touravec l'uniformité des éléments transmetteui*s. En i-egard de ces données, on plaçait naguère encore le schème anatomique suivant, résumant la structure du système nerveux, à savoir: a. une cellule périphérique adaptée spécifiquement à Texcitant de chaque sens donné; 6. une libi-e ayant l'activité commune à toutes les fibres, ti*ansmeltant l'impi-ession reçue de son origine à sa terminaison ; c. une cellule centrale à fonction spécifique réalisant le phénomène interne de la sensation.

Ainsi qu'on voit, ce schème distingue dans le système nerveux deux espèces

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iréléments, les fibres et les cellules; l'uniformiié serait aux premières, et laspéci- •ficité aux secondes, et cette spécificité à son tour se repartage en deux espèces : la spécificité physique serait à la cellule périphérique (adaptation à un ébranlement de nature déterminée), la spécificité psychique serait à la cellule centrale (sensation d'une nature déterminée).

Ainsi, la sensation serait une fonction cellulaire, comme l'impression ellemême, et la transmission une fonction de la fibre, celle-ci étant considéi'ée •comme un élément distinct de la cellule.

Son insuffisance. — Cette théorie s'écroule avec la thèse anatomique qui lui servait de support. Nous n'admettons plus deux éléments nerveux (la cellule et la fibre), mais un seul (le neurone, qui est une cellule pourvue de pôles librillaires). La coupure entre éléments nerveux n'est pas où on la supposait naguère, entre la c<*llule et la libre, mais entre les ramifications terminales et initiales des neurones. Le chemin de l'onde nerveuse excitatrice de la sensation n'est pas une simple libre tendue entre deux cellules. Tune périphérique, l'autre centrale, mais une série de neurones aboulés parleurs extrémités. Les raccordements de ces neurones ne se font pas unité par unité, pôle par pôle, mais suivant un mode compUcjué, le champ polaire terminal de chaque neurone antécédent se raccordant avec les champs polaires initiaux d'un grand nombre de neurones suivants, et réciproquement. La surface de partage qui dessine le lieu ^le ces raccordements n'est pas simple, mais prodigieusement contournée et compliquée, parce que, en plus des contacts directs entre neurones de grande Jongueur, il en est d'autres indirects établis par des neurones de courte ou moyenne longueur, qui multiplient à l'infini ct*s associations. Enfin cette complication des voies que suit l'onde excitatrice n'est pas uniîorme, mais va grandissant en abordant fécoi-ce et se réduisant en la quittant pour atteindre les organes moteurs.

De l'ancienne théorie il reste pourtant ceci <le vrai, que la spécificité physique 4le l'impression est liée à une fonction cellulaire déterminée (organes des sens); -<rautre part, sous une forme un peu nouvelle, nous conservons la notion de l'uniformité du fonctionnement des neurites (ou fibres des neurones). Mais ce qui paraît ruiné à jamais, c'est la conception que la sensation soit une fonction <:ellulaire. La sensation est une fonction systématiquf* . Plus elle est claire, consciente et affinée, plus compliqué et développé est le système qui lui sert de supjmrt et se prête à son évolution. La preuve en est dans la comparaison des systèmes dans lesquels on voit se développer la sensibilité réflexe, celle dite insîinctive et celle qui est consciente proprement dite, qui marquent les trois 4ermes principaux de la gradation des phénomènes psychiques.

Unité de la sensation ; sa condition déterminante. — La

sensation est un phénomène qui nous frappe par son unité ; le système nerveux et les systèmes composants qu'il renferme nous frappent au contraire par leur complexité. De là sans doute la répuiçnance qu'on a eue à rattacher et superposer la première de ces •choses à la seconde, et, par une conséquence logique, la tendance inverse à renfermer la sensation dans le plus petit élément biologique connu, une cellule (la cellule nerveuse). Mais depuis que l'analyse a pénétré dans ce soi-disant élément, on a dû reconnaître

î)18 INNERVATIONS SPÉCIFIQUES.

combien il est loin de la simplicité : Tunité de lasensatfon expliquée par l'unité de la cellule est une pure illusion.

Pour nous-mùme, noire système nerveux est un ; c'est parce que nous le saisissons par notre sens inteniej qui précisément en réalise la ou les synthèses r par contre, le système nerveux d'un de nos semblables nous apparaît avec sa complexilé ; c'est parce que nous le saisissons par notre sens externe^ qui a des moyens d'en réaliser l'analyse. Dans le premier cas, le système ner\eux c'est nous-mème, c'esl-à-dire le sujet, auquel sa qualité d'être sentant confère son unité ; dans le second, le système nerveux est hors de nous, c'est-à-dire um objet que nous pouvons diviser en autant d'élres partiels que la puissance de nos moyens analytiques nous le [jermet. Les deux opérations ont des procédés em somme différents et nullement superi)osahles. Le sens interne comme les sens externes procèdent par analyse et par synthèse ; mais leur situation l'un jMir rapport à l'autre est telle (|ue souvent l'un synthétise ce que l'autre analyse, et réciproquement. Une concordance absolue entre les deux ferait perdre tout le^ bénélice prati(iue (jue nous tirons de l'organisation.

Siège de la sensation. — Si de nouveau nous nous représentons l'onde excitatrice qui progresse dans le système nerveux à partir d'un organe des sens, nous nous demandons : à quel point de son trajet, à quelle étape précise de ses voies devient-elle la sensation?On répond communément : dans l'écorce cérébrale. L'écorcedu cerveau n'est pas une surface idéale, mais comprend à elle seule des systèmes compliqués rattachés à d'autres systèmes antécédents et suivants. L'expérience désigne l'écorce cérébrale comme un lieu de substance nerveuse, ayant des fonctions essentielles dans le développement de la sensation. Très instructive^ à ce point de vue sont les analyses qui procèdent par retranchements sur les deux extrémités, ou mieux sur les racines (organes des sens) et le sommet du système nerveux (écorce cérébrale).

Si nous supposons retranché un organe de nos sens, l'impression, l'excitation est désormais dans l'impossibilité d'être renouvelée (aulrement que d'une façon ti'ès artificielle et incomplète) ; mais l'observation apprend quelle persiste en nous plus ou moins affaiblie d'une façon à peu près indéfinie (l'aveugle voit en lui des formes et des couleurs, souvenii-s de ses anciennes impressions, etc.).

Si nous supposons retranchée l'aire corlicale qui correspond à un de nos sens,, les impressions continuent d'affluer en nous avec la même alwndance et la mêmeintensilé, mais lasensation claire, la sensation consciente et pei-sonnellefaitdéfaut. La possibilité de la sensation a-t-elle de ce fait totalement disparu ? On l'a cru pendant longtemps, et cette croyance s'appuyait sur l'amoindrissemenl extraordinaire des phénomènes psychi(|ues qui résulte de mulilalionsextrèmement superficielles du cerveau. Mais il faut reconnaître que la destruction de l'écorce laisse subsister une conscience instinctive conditionnée par les régions inférieures du cerveau, comme la destruction de ces régions à son tour laisse subsister uneactivité réflexe qui est elle-même un instinct ébauché ou affaibli. La loi de cod-

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linuité,qui n'a nulle partailleui^ autant d'applications que dans l'être vivant, se manifeste ici avec évidence. Le développement de la sensation a des racines profondes dans les structures les plus inférieures du système nerveux. De quelque nature et à quelque degré que nous la considérions, elle ne naît point par à-coup, d'une façon soudaine, dans des éléments particuliers appartenant à une région exclusive de ce système ; mais elle se prépare le long des voies qu'elle parcourt, se développe progressivement dans son trajet, se parachève finalement à son sommet : chaque élément envahi par l'excitation ajoutant dans un ordre déterminé son contingent d'activité à cette organisation, qui va grandissant et qui, réalisée, est la sensation.

La sensation envisagée dans le temps. — Envisagée dans l'espace, la sensation était supposée autrefois n'occuper qu'un si^ge exclusif et restreint dans les voies nerveuses que parcourt l'excitation. Nous lui donnons présentement plus d'étendue en lui assignant une préparation, un développement, un parachèvement. Envisagée dans le temps, elle a également, du fait m^me de la progression de l'excitation dans les voies nerveuses, une durée limitée, mais il faut faire à ce point de vue des distinctions entre la sensation forte ou actuelle^ et le souvenir ou sensation réveillée^ dont Tinteisité est plus faible.

Les données de l'expérience nous montrent que la sensation forte dépasse en durée l'impression qui lui a donné naissance (exemple : persistance des impressions rétiniennes ou mieux de la sensation optique). Ce fait s'accorde avec la théorie du développement de la sensation : la synthèse de ses éléments composants se faisant dans le temps de la progression de l'excitation, comme elle se fait dans l'étendue du système.

Spécificité des systèmes sensoriels. — La sensation qui correspond à chaque sens (sensations visuelle, auditive, tactile, etc.) se développe dans un système particulier ayant, jusqu'à un certain point, son indépendance et ses limites distinctes. — Chacune de ces sensations a ses qualités propres, ce qui fait dire qu'elle est spécifique : le système qui lui sert de support est donc lui-même spécifique. — Comme les sensations elles-mêmes, ces systèmes présentent dans leur constitution des traits généraux communs et ils en doivent présenter aussi de particuliers, qui leur confèrent à chacun leur spécificité. Seulement, à l'inverse de ce qui existe pour les sensations, où ce sont les caractères spécifiques qui sont avant tout visibles, ce sont, dans ces systèmes, les caractères de ressemblance commune qui sont présentement pour nous les plus reconnaissables; ce qui tient, une fois de plus, aux difficultés de nature inverse, que rencontre l'analyse tant de la sensation que du système anatomique où se fait son évolution.

bNNERVATIONS SPÉCIFIQUES.

Les systèmes visuel, auditif, tactile, olfactif et gustatif sont construits avec les mômes éléments, les neurones, d'après un môme plan morphologique général reconnaissable dans chacun

Fig. 200. — Plan général des voies centripèles des di/févenls sens el leurs différences

morphologiques.

Deux neurones plac»'*s en succession ; neurone périphérique ((•cllulc en noir); neurone profond (cellule en blanc).

A, sensibilité générale; B, gustation ; C, audition; D, olfaction; K, vision.

La ligne pointillée NSP nianpie le déplacement vers la périphérie des neurones périphériques à partir de celui de l'audition iC).

La ligne pointillée CSC marque ce même déplacement pour les neurones profonds à partir de celui de l'olfaction (D).

AN, axe nerveux; Dl), décussation des cylindraxes des neurones profonds.

d'eux. Us présentent, il est vrai, des différences de forme grossièrement visibles; mais ce ne sont point ces différences extérieures et contingentes qui peuvent nous rendre compte des différences de leur fonctionnement.

La spécificité fonctionnelle de chacun d'eux repose vraisemblable-

mont sur la modalité pa^ticuli^^e des rapports contractés par leurs «éléments composants ainsi que par les systèmes primitifs associés outre eux.

Spécificité motrice. — A IVxlrémilé lormirrale du système nerveux, là où les -excitations vont avoir leur eiïel ultime, nous trouvons des orj^anes périphériques formés de cellules adaptées à une fonction motrice correspondante. Os orjjanes sontrépartisendeuxjjrandsjjmupes, qui réalisentchacun une fonction importante; -ce sont: i*» les muscles dont la fonction est surtout dtiergétique, et 2<»les glandes 4lont la fonction est surtout chimique, c'est à-dire élaboratrice de produits particuliers. Les pivmiers sont les orf^anes d'un mouvement plutôt massif et amplifié ; l 'S seconds sont les organes d'un mouvement piutùt moléculaire, J)ien que dans les uns et les autres ces deux ordres de mouvement soient représentés. La fonction essentielle des uns est en effet la contmclion, <'elle des autres la Sf^crHion. L'une et l'autre de ces deux fonctions, surtout la seconde, présentent des modalités ■«li verses et variées et, de ce fait, spéciliques.

Par les muscles et par les glandes, le cycle excitateur, après avoir passé par les phases plus haut décrites, s'achève en des actes de nature avani tout physique. Né dans le monde physique, il y retourne et s'y consomme. Ces actes ultimes, pris individuellement, rej r.'»sentent des fonctions cellulaires. Mais, considérés <lans leurs rapports, ils réalisent des actes coordonnés plus ou moins compliifués, sxstématiques en un mot. Otte coordination ou systématisation est encore l'œuvre du système nerveux, qui distribue l'excitation à ces appaivils de mouvement dans un ordre déterminé.

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