MOTT
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Balancement fonctionnel. — C'est là une des expressions de la loi que nous avons déjà eu Toccasion de signaler. Les fonctions cérébrales, celles qui font l'animalité et, par-dessus celle-ci, l'humanité, ne sont que les fonctions primordiales du système nerveux, lentement nmis progressivement et profondément différenciées; de même que le cerveau, qui n'était, au début, qu'un segment quelconque de l'axe nerveux, a pris une adaptation, un développement et des connexions particulières, pour le rôle de direction qu'il doit assumer chez les espèces supérieures.
Les ganglions du grand sympathique, les segments de la moelle épinière^ sont restés comme les témoins de l'organisation primitive. Malgré leur pénétration, leur envahissement à tous les étages par les faisceaux de projection qui les assujétissent individuellement au segment supérieur devenu le cerveau, ces organes ont conservé des traces de leur indépendance et aussi de leur fédération. Mais leur autonomie (tant individuelle que collective) a été par là même amoindrie d'autant et a fait place à une centralisation plus prononcée. Voilà pourquoi le déficit fonctionnel qui suit, dans les espèces supérieures et surtout chez l'homme, les destructions de l'écorce cérébi'ale est si prononcé.
Les suppléances fonctionnelles, qui sont faciles entro des organes semblables ou peu différents, deviennent impossibles entre des organes qui ont subi une double évolution inverse (réductive pour les uns, progressive pour les autres), qui les ont ainsi profondément différenciés. Cette différenciation est, du resie, de valeur inégale pour les diverses fonctions corticales et partant pour les divers systèmes, territoires et organes qui exécutent ces fonctions, d'où les troubles si inégaux qui suivent des lésions en apparence égales ou équivalentes.
H. Superposition non parfaite des zones sensitive et motrice. — Si le territoire cortical de la sensibilité tactile se superpose à celui (le la zone dite motrice du cerveau, il convient d'ajouter qu'il ne s'y superpose pas exactement ; ou, pour mieux dire, nous n'avons pas de critère absolument certain, pour tracer des limites arrêtées autour, soit de Tun, soit de Taulre de ces territoires. Nous savons du reste que ces limites n'existent pas à Tétat tranché, mais qu'elles se font par une dégradation continue. Le territoire sensitif, en apparence, déborde de beaucoup le territoire moteur. C'est du moins la conclusion qu'on tire des observations suivantes: pour des lésioîis égales^ la paralysie sensitive est moins évidente que la paralysie motrice correspondante ; elle est également plus transitoire et, après avoir existé d'une façon nette, peut disparaître en grande partie.
Difficultés de la comparaison. — Il faut reconnaître aussi que les éléments de la comparaison nous font trop souvent défaut. La motricité, comme la sensibilité, est d'ordre très divers : suivant la modalité qu'il affecte, le phénomène moteur ou sensitif peut être atteint plus ou moins profondément par la lésion cérébrale ou être en grande partie respecté par elle. Pour ne parler que de lu sensibilité, il y a une différence à faire entre Valgésie^W^. thermo-
esthésie qui généralement résistent à des lésions même étendues, et le tact proprement dit qui est, toutes choses égales, plus compromis. Encore faut-il distinguer entre la sensation de contact et le toucher actif, ou faculté que nous avons de localiser les objets et d'associer, dans une môme représentation, les sensations musculaires et tactiles. Cette dernière modalité est celle qui disparait le plus facilement et de la façon la plus persistante.
Données foarnies par ranatomie. — La nature sensitivo-molrico de la zone rolandique est encore démontrée par les données de Tanalomie. Le ruban de Reil, prolongement dans le cerveau des voies sensitives de la moelle épinière, va s'épanouir dans les circonvolutions centrales; c'est ce que démontrent
Fi
Fi
Fa
Pa
Ligne roland.
Ligue sylr.
vaso-iamb.
Fig. 217. — Topofjraphie cvaniO'Céréhvale. Ligne rolandique et ligne sylvienne (d'après Poihikr).
les faits de l'embryologie et l'élude des dégénérations faites tant sur l'homme que sur les animaux.
Le ruban de Reil se compose, en réalité, de deux rubans, nés l'un dans la substance grise de la moelle {ruban de Reil latéral), l'autre à la partie inférieure du bulbe, dans les noyaux de Goll et de Burdach (ruban de Reil médian), qui, accolés l'un à l'autre à partir de là, suivent ensuite les pédoncules cérébraux, la
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capsule interne et vont à Técorce. Flechsig a suivi le premier (ruban de Reil latéral) jusqu'à la circonvolution pariétale ascendante et à quelques territoires voisins. Le second (ruban de Reil médian), rejoint également Técorce dans les circonvolutions centrales, mais la plus grande partie de ses fibres subissent une interruption dans la couche optique. Du bulbe à la couche optique s'étend un neurone bulbO'thalamique y et de la couche optique à Técorce un neurone tkalamocorticaL La destruction des circonvolutions centrales entraine une dégénération rétrograde de ce second neurone et une atrophie du premier sans dégénération proprement dite. Quoi qu'il en soit, Taire tactile est représentée par un territoire de Técorce recevant les terminaisons des voies sensitives (ruban de Reil) et les origines des voies motrices (faisceau pyramidal).
m. Autre formule localisatrice. — Lorsque, de par les faits de la clinique et de rexpérimentation, la zone motrice et la zone sensitive se furent confondues en une seule zone sensitivomotrice, on ne renonça pas pour cela tout d'abord à trouver une nouvelle formule, qui pût concilier avec ces faits Tidée d une localisation séparée de la sensibilité et de la motricité. On crut la trouver, un moment, dans une répartition en profondeur des soidisant centres de Tune et de lautre fonction, les lésions les plus superficielles de Técorce étant celles qui souvent s'accompagnent d'insensibilité (Brissaud). Que Ton se représente la motricité et la sensibilité comme des fonctions cellulaires avec Golgi et Tamburim, ou que, avec Flechsig, on en fasse des fonctions d'association, l'idée qui, à l'heure présente, prédomine encore dans beaucoup d'esprits, c'est celle d'une localisation séparée et en quelque sorte absolue, d'une dissociation des territoires ou champs des deux fonctions, l'un de ces champs s'arrétant à la limite précise où l'autre commence.
Examen critique. — J'ai montré déjà que cette conception, qui vise à étendre aux masses profondes et à l'écorce du cerveau les résultats des expériences faites sur les racines des nerfs, est insoutenable. La distinction radicale qui, à première vue, se montre entre le mouvement et la sensibilité, ne doit pas nous faire méconnaître la liaison nécessaire qui existe entre eux. A un examen moins superficiel, cette liaison se montre sous des aspects multipliés : elle existe à la fois dans les éléments et dans les systèmes partiels ou généraux, ainsi que dans le système nerveux tout entier. Dans la cellule considérée isolément ou séparée expérimentalement, elle fait le fond de ce que nous appelons son irritabilité. La cellule répond par un mouvement à l'excitation venue du dehors, et traduit par lui son état d'irritation. Dans le système nerveux et dans les grands systèmes composants qui reproduisent son image, cette liaison est tout aussi profonde, mais, en raison
même de la complexité des systèmes, elle laisse mieux voir ses modes principaux d'articulation. L'erreur est, à mon sens, de considérer cette articulation comme unique et de la situer dans un plan de partage (tracé dans Técorce cérébrale) qui rejette les deux phénomènes, Tun en avant, l'autre en arrière de lui, La pénétration réciproque des deux phénomènes s'opère par des racines, qui se proloufçent dans les deux sens, jusqu'aux confins du système nerveux. L'écorce cérébrale n'en reste pas moins le lieu le plus remarquable de ce système, mais pour des raisons un peu ditTérentes de celles qui ont été données. Elle ne renferme pas en elle la limite ou surface de démarcation des phénomènes de sensibilité, mais doit être considérée comme la clef de voûte des systèmes qui donnent à celle-ci sa plus haute expression, qui la conservent sous forme d'images et qui, finalement, la rattachent dans le temps aux mouvements paF lesquels elle doit toujours se manifester.
Si nous supj)osons, faite avec l'instrument tranchanl, une .section qui suive la surface idéale qu'on suppose dans récorce entre le champ sensitif et le champ moteur, nous aurons, d'après les idées courantes, réalisé d'une fa(;on effective et permanente celte dissociation de la sensibilité et du mouvement, telle qu'on la conçoit communément et telle qu'on admet qu'elle existe à certains moments dans le système nerveux ;lj. (h- une telle opération (de tout point irréalisable, il n'est pas besoin de le dire) ne laisserait subsister ni la sensibilité, sous les formes hautement différenciées qui sont conditionnées par l'écorce cérébrale, ni la motricité sous sa forme également supérieure que l'on appelle volontaire. Je me fonde, pour l'affirmer, sur la conception qu'on doit se faire des systèmes partiels qui composent le système nerveux, en tant que ces systèmes se suffisent à eux seuls et sont capables d'un fonctionnement indépendant.
Systèmes fonctionnels, lenr caractéristique. — L'ensemble des racines sensitives est une systématisation qui mpproche des éléments d'un type délini. L'ensemble des racines motrices de même. Le premier, surmonté des voies qui le prolongent jusqu'au cer\eau, ou le second, surmonté des voies descendantes qui procèdent de l'écorce, sont des systématisations plus compliquées (jue les pi-écédentes lelles forment ce qu'en d'autres termes nous appelons le champ sensitif et le champ moteur); mais ce ne sont en«'ore pas des systèmes au sens propre du mot. Par contre, une racine sensitive associée à une racine motrice, dans l'exécution d'un réllexe élémentaire, représente un système fonctionnellement défini. Ce qui caractérise donc le système au sens physiologique du mot,
(i) n convient, d'autre j>art, de renian|uer qu'une telle surfaei» n'est traeable d'aucune façon, pas même idéalement, si elle doit suivre les arliculalions des neurones isensitifs d'une part, molewrs «le l'autre), en respectant la euntinuilé des »'l«'menls (•••réhraux. Il faut en effet se ra|)peler que les pùles terminaux des uns (axones du ruban d<» Reil) et initiaux des autres \dendril»'S du faisceau pyramidal), en plus des contacts «jui les font se transmettre directement l'excitalion, sont encore rallachcs dune façon secondaire par des éléments d'assticialion de toutes formes et dimensions, que nous ne pouvons arbitrairement placer ni dans le champ sensitif. v'i «lans le clianq) moteur d'une façon exclusive, et (jui se trouveront par conséquent dans le trajet de la section.
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c'est d'une part Vafisociation de la sensibililé au mouvement et c'est, d'autre part, la forme cyclique, qui met les deux phénomènes dans une mutuelle dépendance en les faisant se succéder et s'engendrer réciproquement.
Forme typique. — Le cycle réflexe est ainsi le prototype de l'organisation nerveuse, et on|Ie retrouve du haut en bas de cette organisation. Dissocié fonctionnellement, le système nerveux nous livrera des cycles de ce genre, aussi bien dans sa partie supérieure que dans sa partie inférieure : les uns simples, rudimentaires; les autres complexes, formés par l'association des premiers; mais qui ne seront capables, les uns et les autres, d'un fonctionnement isolé, indépendant, qu'autant qu'ils conservent la forme et l'organisation cyclique, au moins dans une certaine mesure.
IV. Dissociation apparente de la sensibilité et de la motricité. — La dissociation de la sensibilité et du mouvement est réalisée, d une façon en apparence très claire, dans les deux circonstances suivantes : 1° des excitations extérieure^ dirigées contre nos nerfs sensilifs provoquent en nous des sensations conscientes, qui ne sont pas suivies de mouvement, d'effort musculaire ; 2° inversement, des mouvements se produisent dans nos muscles par excitation intérieure, volontaire^ du système moteur, sans que le système sensitif ait reçu aucune excitation de Textérieur par la voie des sens.
Cette double observation, que chacun peut faire sur soi-même, paraît de prime abord répondre, aussi exactement que possible, au schème anatomique, qui partage le système nerveux en deux soussystèmes, Tun affecté à la localisation exclusive de la sensibilité, l'autre à celle non moins exclusive de la motricité.
Mais cette conception localisatrice exclusive et la dissociation absolue qu'elle implique entre la sensibilité et la motricité ne reposent, en réalité, que sur une apparence ; elles ne résistent pas à une analyse un peu approfondie. En effet, pour ce qui concerne la sensibilité, c'est un fait dont il est facile de faire la constatation, que toute sensation, telle que celle qui résulte d'une impression extérieure un peu vive, est suivie d'une tendance au mouvement^ sinon de mouvements effectifs. Or c'est là une preuve que le système nerveux est affecté cycliquement, dans sa partie supérieure; l'excitation déborde sûrement l'écorce et s'engage partiellement dans les voies motrices, puisque les muscles eux-mêmes en trahissent quelque chose.
Pour ce qu i concerne l 'excitation di te volontaire de nos mouvements, nous n'avons de même aucune raison de croire que cette excitation a son point de départ immédiat dans le système moteur, à l'exclusion des soi-disant éléments sensitifs du cerveau. La volonté implique
on effet le souvenir, cest-à-dire le réveil, le rappel à rexistence <l\me ou de plusieurs sensations autérieures.
A rinverse de la sensation forte, qui n*est souvent suivie que de mouvements ébauchés ou d'une tendance au mouvement sans effort musculaire proprement dit, elle est une sensation faible, survenant «ans excitation extérieure, mais suivie de mouvements effectifs plus ou moins énergiques et compliqués. Elle implique donc, elle -aussi, un processus cérébral de forme cyclique, bien qu'en réalité différent du précéifent à certains égards.
Imparité des cycles. — Les deux cycles, clans les deux exemples ainsi arbi- (rairement choisis pour les besoins de l'analyse, aiïectenl une forme insolite, en ce •qu'ils ont dans les champs sensilif et moteur des prolongements, non pas égaux, mais invei^ement inégaux : ils ont une partie cérébrale commune sensitivomotrice; à celle partie, de forme proprement cyclique, nous voyons s'ajouter, pour le premier, Tes voies sensitives périphérijjues depuis leur origine, et pour le second, les voies motrices jusqu'à leur terminaison; les voies motrices périphériques sont comme relranchées du premier et les voies périphériques sensitives relranchées du second. Dans le premier, c'esl une sensation actuelle, qui crée une motricité potentielle : dans le second, c'est une motricité actuelle, •qui a pour origine l'excitation potentielle déposée dans le cerveau par des sensations antérieures. La liaison dans le temps de la sensation et du mouvement s'opi^^re précisément par le système cyclique permanent que nous appelons -cérébral.
JSxteosion en surface et en profondeur. — L'extension en surface et en pmtbndeur des cycles cérébraux est, comme on pense, infiniment variable, suivant la nature, l'importance, la complication des actes nerveux que l'on peut isolément considérer. 11 en est qui vraisemblablement ne dépassent pas son •épaisseur et restent confinés dans des aires restreintes. H en est d'autres qui rattachent entre elles ses différentes circonvolutions voisines ou éloignées, en même temps qu'ils les associent au corps strié, à la couche optique, au cervelet ^t à la moelle épinière dans des actes d'ensemble.
En principe, on admet que les fonctions nerveuses les plus hautement différenciées sont celles qui réclament les associations les plus étendues et occupent les champs les plus vastes dans le cerveau. Pour ce qui est des associations en surface, cela ne fait aucun doute et on en fournit un exemple par la constitution de la zone du langage ; pour les associations en profondeur, il convient d'être beaucoup plus réservé : ce qui est certain, c'est que l'intelligence est compatibh» avec des reti'anchements ou des lésions étendus de la moelle épinière, du cervelet et des ganglions cérébraux.
Les associations qui se font dans le cerveau et son écorce s'o])èrent les unes entre des parties symétriques, les autres entre des i)arties dissymétriques. Les premières doublent en quelque sorte (et d'une façon symétrique) l'exécution de l'acte nerveux fonctionnel qui est repi-ésenté dans ces parties; mais elles n'ajoutent rien à la complication et à la valeur de cet acte nerveux. Ce sont, au <-ontraire, les secondes qui lui «lonnent 'ainsi qu'on peut le comprendre; sa différenciation fonctionnelle. La zone du langage nous en est encore une preuve. Indifférenciation qu'elle représerite est poussée à tel point, que cette zone est. MouAT et DoYON. — Physiologie. II. — 35
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confinée dans l'un des deux hémisphères, à l'exclusion de Taulre, qui ne jieut ni participer à l'exécution des signes vocaux, ni par conséquent suppléer la zone différenciée, quand elle a été délruite.
V. Connexions multiples. — L*aire corticale, qui répond à ces limites, est donc, par définition, le lieu des connexions entre les voies ascendantes et les voies descendantes du système tactile ; mais cette association, pour primitive et habituelle qu'elle soit, n'est
f)as la seule qui s'y puisse réaliser. Par les fibres d'association qui e relient, à travers le cerveau, avec les autres aires sensorielles corticales, elle peut réaliser des combinaisons sensorio-motrices autres que celle qui sert de base à la description présente. Elle peut mettre ses Voies motrices au service d'un autre sens (comme la vue ou Touïe), ou emprunter celles qui sont propres à ces sens, pour les rattacher à la sensation tactile, dans quelque acte particulier. Car, en réalité, de même qu'il y a, à la surface du cerveau, un certain nombre d'aires sensorielles (autant que desens distincts), de môme il y a un nombre correspondant d'aires ou zones motrices, chacune de ces zones étant sensori-molrice, aussi bien que la zone tactile est sensitivo-molrice.
Seulement, les puissances musculaires, mises à la disposition directe des sens autres que le toucher, sont si peu de chose (muscles des oreilles ou des yeux), en regard du nombre, de l'étendue et de la puissance des masses musculaires rattachées au tact, que le nom de zone motrice ou aire motrice corticale est en quelque sorte réservé à la partie de l'écorce qui leur commande. Effets de la destruction. — Quelles que soient les connexions réalisables, la destruction des circonvolutions centrales rompt, à leur origine dans l'écorce, les conducteurs cortico-bulbaires et cortico-médullaires, qui commandent aux muscles squelettiques dans l'ordre de la motricité dite volontaire : d'où la paralysie toute particulière dont ils demeurent frappés. La môme lésion rompt, à leur terminaison, les conducteurs bulbo-corticaux, qui apportent les impressions reçues à la peau: d'où l'anesthésie qui en est simultanément la conséquence.
VI. Isolement. — L'aire tactile sensitivo-motrice présente de la sorte dos connexions, soit avec l'axe gris, soit avec les autres aires sensorielles : elle est en relation d'échange d'excitations, soit avec le premier, soit avec les secondes, par des fibres tant efférentes. qu'aiïérenles. On a institué des expériences pour savoir ce qui subsiste et ce qui disparaît de son fonctionnement, quand on interrompt ces connexions, soit dans le sons de la profondeur, soit dans
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le sens de la surface. François-Franck et Pitres, Mariqle et d'autres ont, avec Tinstrument tranchant, interrompu sur leur continuité tantôt les fibres radiaires de projection qui vont à Taxe gris (par une section profonde perpendiculaire à leur direction), tantôt les fibres tangentielles d'association (par une circonvallation autour de Taire tactile dite motrice).
Il est un point sur lequel ces auteurs sont entièrement d'accord : c'est sur les résultais de l'excitation de la zone tactile, faite immédiatement après ces sections, dans Tun et l'autre cas. La section isolée des fibres tangentielles vl empêche pas^ mais la section isolée des fibres radiaires fait disparaître les effets moteurs de l'excitation de la zone tactile sensitivo-motrice. C'est la preuve que l'excitation portée sur l'aire tactile prend le chemin des fibres radiaires et non un chemin détourné pour aller à Taxe gris, qui la transmet aux muscles par ses nerfs moteurs : en d'autres mots, son action sur l'axe gris est directe, et ce résultat est en plein accord avec ce que nous montre de son côté l'anatomie.
Il y a moins d'entente sur les modifications fonctionnelles consécutives à ces opérations. Pour les uns et les autres, il est encore vrai, la section des fibres de projection paralyse la zone sensitivomotrice, et celle des fibres d'association en laisse persister quelque chose ; mais, tandis que François-Franck et Pitres sont surtout frappés de la conservation des fonctions de l'aire ainsi isolée, à laquelle, selon eux, reste attachée une certaine action directrice sur le mouvement, Mariqle, Exner, Paneth insistent au contraire sur le déficit qui suit un tel isolement, déficit qu'ils comparent à celui consécutif à l'ablation du gyrus sigmoïde, tout en reconnaissant qu'il est moindre en somme.
Les points de vue de ces auteurs sont différents, leurs résultats ne sont jmis contradictoires. L'isolement de l'aire tactile d'avec le reste de C écor ce laisse persistei* un système (le système tactile proprement dit) qui peut encore, une fois isolée fonctionner d'une façon autonome^ mais fonctionne alors d'une façon forcément imparfaite. Car, comme le remarque Ex?iER,si les sources de l'excitation motnce sont pour une part dans les organes du tact, elles sont pour une part i)lts Jurande encore dans les différents autres sens, qui exercent un contrôle conscient sur les mouvements. Une fois isolé de tous ces sens, le système tactile, réduit à ses informations propres, traduira à chaque instant son insuffisance à réaliser les fonctions qu'il exécutait de concert avec eux tous, il fonctionne, mais imparfaitement.
Sensations primaires et secondaires. — La sensibilité est à l'origine du mouvement; mais le mouvement, à son tour, se répercute dans le système nerveux sous forme de sensibilité, il y a, comme le remarque D\stian, des sensations primaires qui causent le mouvement, el il en est de secondaires qui sont causées par lui et qui, déposées dans le système nerveux, serviront de guides à un
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<»xécution nouvellod'un mouvoment semblable. Les premières ne peuvent venir f|ue des organes qui nous mettent en relation avec Vexlèrieur, à savoir des Drganes des sens proprement dits : Les secondes nous viennent de nos pi*opres organes. En effet, non seulement la peau, 'mais les muscles, les tendons, les ligaments, les surfaces articulaires sont pourvus de nerfs sensitifs, qui recueillent et canalisent vers le cerveau ces excitations inlàueures 4lues au mouvement lui-même. Il en résulte des sensations post-motrices 4|ue Ton a appelées cinesthésiques. Comme celles qui viennent de tous les autres sens, ces impressions sont conservées dans le cerveau à l'état d'images ou de souvenirs. Elles renaîtront de plus en plus facilement sous l'influence <les mêmes causes, c'e<^l-à-dire des mêmes mouvements qui les ont provoquées. Leur liaison avec ces mouvements facilitera ceux-ci et permettra, à la longue, l'exécution rapide et précise des actes les plus compliqués. Grâce à la forme généralement cyclique du système nerveux, les excitations i-eçues primitivement par lui ont en lui des échos multipliés, qui y pmlongent leur durée ^l'une façon qu'on ne soupçonne pas tout d'abord, mais qui est certaine, en même temps qu'elles leur confèrent une véritable organisation, en entendant ^e mot dans le sens dynamique qui est essentiel dans l'être vivant.
VII. Extérioration de la sensation. — Les sensations qui naissent des impressions faites sur la peau, sensations que l'analyse physiologique nous montre conditionnées par Tintégrilé d'une région déterminée de Técorce cérébrale, sont, comme on dit, extériorées^ -c'est-à-dire rapportées à leur cause originelle, qui a agi sur là surface du tégument.
L'extérioration de la sensation est un fait commun à tous les sens. Il est évident par lui-môme; il échappe à toute explication rationnelle véritablement satisfaisante.
Illasions des amputés, erreurs d^extèrloration. — Les amputés ont sou- \ent la sensation pei*sistante de leur membre absent (A. Park), sensation qu'ils localisent de préférence dans l'extrémité (doii^ls) du segment perdu, laquelle leur paraît plus petite et rapprochée de la cicatrice. La sensation de température du « membre fantôme » varie comme la température réelle de la cicatrice. L'électrisation du moignon exacerbe ces sensations et les rend douloureuses (Weir-Mitchell); une piqûre de la cicatrice est localisée sur l'extrémité du membre perdu. Souvent le sujet fait avec son membre fantôme des mouvements imaginaires et l'illusion peut être telle, qu'il en résulte des chutes parfois graves. Ces illusions, qui \ont en s'atténuant, peuvent durer parfois des années.
Ces sensations, les unes de contact (tactiles), les autres de mouvement (cinesthésiques i, ont toutes pour point de départ l'irritation des nerfs de la cicatrice 4lu moignon, irritation faussement extériorée par la conscience. La preuve en <'st que, si on cocaïnise la cicatrice, on voit (après une courte période d'exacerbation au moment de la piqûre) ces sensations disparaître, pour réapparaître après l'élimination (Pitres).
VIII. Localisation. — Non seulement les sensations tactiles sont <}xtériorées, c'est-à-dire rapportées par la conscience à une cause
extérieure à notre corps, agissant sur sa surface ; mais nous pouvons, les yeux fermés, les situer exactement à Tendroit de cette surface où cette cause agit: nous distinguons entre des impressions faites sur tel ou tel membre, tel ou tel doigt, tel ou tel segment de ces parties. Cette distinction a son origine dans le fait que Texcitalion affecte, dans ces différents endroits, des éléments nerveux différents. Ces impressions arrivent à Técorce cérébrale dans des régions également différentes, qui reproduisent, d'une certaine façon, la topographie de la peau. Sans doute la projection de la
Fig. 218. — La zone corticale motrice de Vhomme («l'apres les rerlierclu's de» cliirurj{iens américains et anglais. Keen, Mills. Nancrèoe, HoRSLEY,elc. (iinitôe de Dejerine).
peau à Técorce n'est pas directe : l'excitation initiale se fait sur un réseau; dans la moelle elle traverse un réseau, et l'écorce ellemême est encore un réseau (non plus vague et indéfini comme on le supposait autrefois, mais réseau néanmoins). Malgré toutes ces complications, il est indéniable que les excitations reçues dans des parties différentes subissent une localisation, qui se prolonge dans le système nerveux, et affectent la conscience d'une façon différente. La preuve de cette localisation est facile à faire, mais sa formule exacte est encore à trouver^ Elle comporte des nuances dont la nature nous échappe. La nier, c'est aller contre l'évidence; la pousser à l'extrême, c'est détruire l'unité du moi. Elle s'accuse par des contrastes entre des choses au fond ressemblantes. Elle a pour support tel ou tel système fortement lié, qui n'abandonne pas
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pour cela toute liaison avec les autres systèmes. Une piqûre au doigt produit une sensation localisée au doigt ; mais, si forte que soit cette sensation, elle n'empêche que Tindividu n'ait conscience du reste de son être, et c'est la raison pour laquelle il distingue son doigt et y localise la cause de sa sensation.