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C. - L'AIRE TACTILE AU POINT DE VUE MOTEUR

La zone sensitive tactile deTécorce cérébrale reçoit des excitations qui lui viennent de la peau, organe initial du toucher ; elle-même

Fifç. 219. — Centres moteurs corticaux de l'orariff {Simia satj/i*us) (d'après Beevor et IIoRSLEY. Philos. Traits., 1890).

Déterniinalion des aires corlieales correspondant aux principaux organes du mouvement: MI, membre inférieur: MS,MS, membre supérieur; langue, bouche, paupière et tête; aire spéciale pour les mouvements associés des deux yeux.

en répartit aux muscles excitateurs de ces mouvements variés et contingents, qui réalisent nos relations extérieures. Elle est, nous l'avons dit déjà, motrice autant que sensitive : elle est Tun ou l'autre, suivant qu'elle est réceptrice des excitations venues à elle du dehors par Taxe gris bulbo-médullaire, ou qu'inversement elle est dispensatrice de ces mémçs excitations à ce môme axe gris, qui les transmet aux muscles insérés sur les différentes pièces du squelette. Elle est donc conservatrice en même temps que modificatrice de ces excitations, déjà profondément transformées et remaniées avant de l'atteindre et dont aucune n'arrivera aux muscles sans

subir de nouvelles transformations et de nouveaux remaniements.

La destruction de cette zone entraîne une paralysie dos muscles squelettiques ; son excitation détermine une entrée en fonction de ces mêmes muscles. La paralysie ainsi produite ne sera pas absolue, comme dans le cas de section des racines antérieures, où toute motricité est devenue impossible : elle portera sur certaines modalités du mouvement, qui se trouveront supprimées, pendant que d'autres persisteront; tout mouvement précédé d'une représentation mentale de l'action à effectuer aura disparu. L'excitation ne reproduira pas non plus la contraction fruste qu'on obtient en agissant sur les racines, mais suscitera un effort musculaire coordonné approprié à une fm particulière. Des distinctions du môme genre ont été faites, au point de vue sensitif, entre la zone tactile et les racines postérieures; elles sont essentielles.

A. Limitation. — Au point de vue du mouvement mieux encore qu'à celui de la sensibilité, la zone tactile affecte, à la surface de Técorce, un territoire limité. Ce territoire occupe la région dite rolandique, formée par les circonvolutions centrales, à savoir : la frontale ascendante^ la pariétale ascendante^ le lobule paracentral qui est un prolongement de cette dernière sur la face interne des hémisphères cérébraux ; il empiète légèrement sur les portions les plus voisines des circonvolutions frontales ou pariétales.

Divisions. — On retrouve dans le cerveau et jusqu'à sa surface quelque chose de la disposition métamérique qui a été signalée à propos des racines et de la moelle épinière. La zone rolandique est <lécomposable de prime abord en quatre grands territoires qui correspondent au membre inférieur^ au tronc ^ au membre supérieur^ au larynx et à la tête. Ces territoires se succèdent dans Tordre môme qui vient d'être indiqué; ils s'échelonnent sur la scissure de Holando, de son extrémité supérieure à son extrémité inférieure, jusque dans le voisinage de la scissure de Sylvius.

Il y a donc, à la surface de l'écorce, une région supéro-postérieure, qui correspond au membre abdominal, une région supéroantérieure qui répond au tronc, une région moyenne qui répond au membre thoracique, une région inférieure qui répond à la télé et au larynx.

Subdivisions. — Chacune de ces régions se subdivise comme les segments des parties avec lesquelles elle est en relation fonctionnelle. Cette division est surtout accusée pour les membres et la léte, formés d'organes fonclionnellement plus différenciés que le

tronc. A la limite tout à fait supérieure de la scissure de Rolando existe un territoire cortical affecté au gros orteil; immédiatement au-dessous, un autre affecté au pied et aux autres orteils, puis à la jambe, à la hanche, au genou. La région moyenne se décompose en territoires consécutifs affectés à l'épaule, au bras, à la main, aux doigts : le pouce, à cause de son importance, en a un spécial à la partie inférieure de la pariétale ascendante.

Entre l'extrémité inférieure de la scissure de Rolando et la scissure de Sylvius, sont échelonnés les territoires de la face, de la langue, du pharynx et de la mâchoire supérieure. Celui du larynx est à l'extrémité inférieure de la frontale ascendante, dans le voisinage immédiat de la zone dite motrice du langage, située sur le pied de la troisième frontale.

Nuque et tronc. — Les territoires moteurs de la nuque et du tronc ont donné lieu à nombre de travaux et de discussions. La clinique est pauvre de documents sur ce poini, parce que les héminlégiques sont maintenus immobiles dans le décubitus, et que la paralysie de ces parties n'attire pas l'attention cl le plus souvent n'esl pas recherchée. Mlnck, et après lui GnosiiLicK, Rothmann les situent dans la circonvolution marginale (première frontale), en avant par conséquent du sillon précentral ou prérolandique qui la sépare de la frontale ascendante. — C'est également beaucoup sur la foi des expériences physiologiques que certains auteurs admettent un centre de la déviation conjuguée des yeux, situé au-dessous du précédent, dans le lobe frontal. Ces déterminations reposent sur des expériences d'ablation et surtout d'excitation de ces différents territoires, sur le cerveau du singe principalement.

B. Excitation. — L'excitation qui est fournie arlificiellemeût à Técorce cérébrale et qui, à partir d'elle, se propage jusqu'aux muscles, franchit des étapes multipliées. La première est formée par l'écorce elle-même, et la question se pose si elle modifie l'excilation ou si le courant ne fait que la traverser pour aller à la substance blanche sous-jacente. Celte substance est elle-même excitable; elle contient les fibres de projection qui descendent de l'écorce aux centres basilaires bulbaires et médullaires, lesquels sont en relation plus ou moins immédiate avec les muscles. Comme telle elle présente, elle aussi, des localisations fonctionnelles rappelant de plus ou moins près celles de l'écorce ellemême.

Excitabilité de la substance blanche cérébrale. — AnciennemenI la substance blanche du cerveau étail considérée connne artiJiciellemenl a\issi inexcilabie que Técorce elle-niènie. Burdo.n-Sanderson, Carville et Di:ret, beaucoup

INNERVATION TACTILE. b5:^

d'obsenaleurs virent qu'elle répond aux excitations comme la substance grise qui la recou\re, dans les lieux où celle-ci est excitable (zone motrice), et provoque des manifestations réactionnelles du même genre. François-Franck et Pitres entreprirent une étude comparée des réactions motrices des deux substances. En voici les résultats.

Excitabilité comparée de la substance grise et de la substance blanche. — La substance grise est plus excitabie que la substance blanche qui lui fait suite immédiatement au-dessous de l'écorce : à intensité égale, la réaction motrice est plus l'orle pour la première que pour la seconde. La substance grise^ même dans l'excitation artilicielle, aurait donc un pouvoir d'organisation des excitations que n'a pas la substance blanche.

La substance grise imprime aux excitations qui la traversent un retard sensible^ qui allonge notablement le temps de latence, qUi s'écoule entre le moment de l'excitation et reffet moteur qui en résulte. Le retard, qui est de 6 et 1/2 centièmes de seconde pour l'excitation corticale, tombe à 4et 1/2 centièmes de seconde pour l'excitation centrovalaire. Notons que le retard total dans l'un et l'autre cas est déjà beaucoup plus long que s'il s'agissait de l'excitation d'un nerf moteur de même longueur que le trajet total à parcourir, quatre fois plus grand envii*oi». C/est que Fexcitation dans ce trajet a, comme il a été dit, d'autres relais à traverser, qui lui impriment certains relards pour leur propre compte; le retard est beaucouj) plus grand pour les mouvements directs que pour les mouvements croisés.

Le tétanos d'excitation corticale a une certaine tendance à survivre à l'excilalion terminée, beaucoup plus grande que celle du tétanos centrovalaire. En s'exagérant, cette tendance à la persistance de l'elfet moteur deviendra l'attaque d'épilepsie, telle qu'on peut la provoquer par l'excitation de l'écorce et seulement de l'écorce.

L'excitation centrovalaire a elle-même des effets moteurs différonls (au point de vue de l'intensité seulement) quand on se rapproche de la capsule interne, t'^la tient manifestement à la densité plus grande des voies conductrices, à mesure qu'on s'éloigne de l'écorce, en raison de la forme en éventail ou en cône à base supérieure du champ moteur dans le cerveau.

Variations de l'excitabilité de l'écorce; ses conditions. — Nombre d'agents toxiques modifient l'excitabilité de l'écorce cérébrale. Les anesthési(|ues sont à mettre en première ligne : le chloroforme, Féther (HitzkO, le chloral (RiCHET), la morphine (BrBNOFK et Heideniiain) ont une action véritablement élective sur la couche corticale, dont ils abolissent l'excitabilité, pendant que persiste celle des faisceaux blancs sous-corticaux. Dan» le même sens d'abaissement agissent la réfrigération locale, la cocaïne (Carvai.ho), le bromure de potassium, qui ont des effets plus généraux ; l'essence d'absinthe pamlyse le cerveau et laisse persister le pouvoir réflexe des centres sous-jacents, témoin les convulsions produites parce poison (François-Franck).

Par contre, la strychnine renforce l'excitabilité Corticale; rinflanuuation locali-s de la surface du cerveau la porte à son comble. L'anémie du cerveau, suivant ses phases, l'augmente et ensuite la détruit.

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