‹ Traité de physiologie (volume 3)Chapitre 116 sur 155 · I. Notions fournies par les diverses sensibilités. — Les · texte numérisé non relu

I. Notions fournies par les diverses sensibilités. — Les

notions et renseignements qui nous sont fournis par les diverses' sensibilités, tant profondes que superficielles, sont nombreuses, l^ar elles nous savons si nos membres, notre corps, sont à Tétat d^imfnohilité ou de mouvement ; elles nous font distinguer en nous un éiàï statique et un éiài dynamique^ et de plus elles sont capables de préciser chacun de ces deux étals.

Notion de la position des membres. — Par ces impressions,, en effet, nous avons la notion de la position de notre corps et individuellement de nos membres dans les situations si variées que ceux-là peuvent prendre et conserver. Cette notion est perdue pour nous, si nous venons à être paralysés de la sensibilité à la fois cutanée et profonde. Cette perte de la notion de position est fréquemment observée en pathologie nerveuse.

La notion de position des membres nous vient vraisemblablement d'impte^sions recueillies d'une façon permanente, soit par la peau au contact des objets extérieurs (sol, vêtements, draps du lit, etc.), ou au contact des membi-es entre eux (plissement; ou tension de la peau, etc.), soit par les leviers osseux et surtout les apticulations ; ou des impi^essions également permanentes résultant des tensions ou pi^essions des surfaces entre elles et qui sont variables suivant la position relative de ces leviers articulés. Nous avons déjà remarqué, à pro|H)s des fonctions des racines sensitives, qu'un flux permanent d'excitations remonte le long de ces conducteui*s et que ce flux est de provenance très diverse.

II. Localisation corticale du sens musculaire et des Impressions cinesthéslques. — La sensibilité^ musculaire et toutes les sensibilités que nous appelons profondes sont individuellement le plus souvent subconscientes, voire inconscientes, mais nous fournissent néanmoins par leurs associations des notions conscientes sur Tétat de notre corps, pour peu que latteûtion se porte sur lui et ses différents segments mobiles. Les impressions qui viennent des parties profondes des membres atteignent Técorce cérébrale, comme celles qui viennent de la peau. Elles forment dans celte

écorce, et avant même de Tatteindre, de multiples associations. L'aire corticale qui les reçoit n'est donc autre que celle que nous appelons Taire de la zone tactile, située dans les circonvolutions centrales de la région rolandique.

On en peut donner plusieurs preuves. — Si, comme Ta fait ToNNiM, on détruit cette région chez les animaux, on note constamment des troubles du sens musculaire. Lorsqu'on met le membre correspondant à la région détruite dans une position incommode, Fanimal garde cette position sans se soucier de la rectifier, ce qu'il ne manquerait pas de faire s'il avait conscience de cette incommodité, c'est-à-dire si les sensibilités profondes (musculaire surtout) étaient conservées, même à défaut de la sensibilité cutanée. Ce sont du reste les troubles du sens musculaire qui persistent le plus longtemps après ces destructions, comme l'ont observé nombre d'auteurs.

Dana ayant, dans un but d'intervention chirurgicale, découvert la région moyenne de la frontale ascendante droite, excita électriquement cette région de récorce; il s'ensuivit des contractions du bras et de Tépaule gauches et de plus une sensation d'engourdissement et de pesanteur du membre correspondant. Cette excitation ne produisit ni la douleur ni la sensation de contact, mais une sensation qui, à notre avis, ressemble beaucoup plus aux manifestations de la sensibilité musculaire ou profonde. Il faut du reste reconnaître que, dans cette observation, la succession des effets moteui's et sensitifs peut être très compliquée et qu'à elle seule elle ne nous indiquerait pas où sont localisées dans le cerveau les impressions cineslhésiques nées du mouvement, qui, lui, résulte manifestement de l'excitation de l'écorce.

Notion du mouvement des membres. — Par ces sensibilités diverses, et proprement par les impressions cinesthésiques, nous avons d'autre part la notion du mouvement de nos membres. Ce mouvement peut être passif ou actif.

Mouvement passif. — Le mouvement passif est un changement plus ou moins brusque de la position de nos membres; nous l'apprécions avec les mêmes éléments sensibles que cette position elle-même et nous l'estimons par le changement survenu dans les impressions qui constituent ces éléments.

Mouvement actif. — Dans le mouvement actif, nous avons conscience, non seulement de la position de nos membres et du changement graduel qui survient dans, cette position, mais de quelque chose qui y est surajouté, le sentiment de V effort.

Sens de la pression et sens de la force. — Si la main étant étendue, sa face dorsale sur un plan résistant, nous plaçons sur sa face palmaire des poids graduellement plus lourds, nous pouvons estimer, dans MoRAT et DoYOïf. — Physiologie. 11.^ — 37

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de certaines limites, la valeur absolue et relative de ces poids» autrement dit le degré de pression ou mieux de compression qu'ils <îxerccnt. Si, avec la main libre, nous soupesons ces poids, nous pouvons également apprécier leurs valeurs; ce second procédé fournit une estimation beaucoup plus exacte. Dans le premier cas, notre résistance à la pression des poids est purement passive et Texcitation que nous en recevons est localisée à la sensibilité cutanée : dans le second, certains de nos muscles interviennent activement pour résister à la pression des poids et l'équilibrer; la sensibilité muscidaire intervient conjointement avec la sensibilité <;utanée, pour nous donner l'appréciation que nous cherchons.

111. Sentiment de l'effort. — Rien de plus facile à constater, mais rien de plus difficile à définir, à analyser et à localiser que cette donnée de notre observation intérieure. Elle est fondamentale ^^ependant ; car elle est à Forigine de la distinction que nous établissons entre nous-mêmes et ce qui est extérieur à nous. Ce gui^ dès le début de notre existence, nous apparaît comme étant hors de nous^ c'est ce qui nous résiste^ ou ce à quoi nous résistons, — Par les forces extérieures que nous surmontons, ou que nous équilibrons, ou que nous subissons, nous prenons conscience de notre force propre ^t nous établissons le plan de partage qui nous distingue d'elles. L'effort symbolise par un exemple élémentaire ce qu'on entend communément sous le nom d'activité^ autre terme dont nous avons la conception claire, mais qui est tout aussi difficile à définir.

La valeur de l'effort, en tant qu'élément fondamental de la formation de la conscience, lui vient de Tassociation étroite et de la ■dépendance réciproque dans laquelle s'y trouvent le mouvement et la sensation, dépendance et association qui sont caractéristiques de l'être vivant et que le cycle des excitations, qui vont du muscle au système nerveux et de celui-ci au muscle, réalise de la façon la plus directe et la plus visible. C'est par lui que s'ébauche notre personnalité. Quand la peau, l'œil, Toreille, c'est-à-dire les voies -des sens proprement dits, s'ouvriront à leur tour aux excitations extérieures, elles compléteront, renforceront et préciseront les notions premières fournies par le sens musculaire, mais elles trouveront constituées ces notions essentielles de la conscience.

Effort musculaire, effort psychique. — Dans l'ordre de la sensibilité, nous distinguons une impression qui se fait à la périphérie et une sensation qui ne se développe clairement que dans les parties supérieures du système nerveux. Dans l'ordre de la sensibilité, nous distinguons de même un effort purement musculaire, qui s'exerce de nos muscles contre les objets extérieurs, et un effort

psychique qui procède de ces parties supérieures du même système, pour susciter Taction musculaire. Nous pouvons crnsidérer ces deux phénomènes d'abord isolément, puis dans leurs rapports.

Analyse du phénomène. — Pris individuellemonl, les deux phénom«'nes de la sensation et de l'efîort musculaire sont déjà des phénomènes cycliques. La sensation implique une tendance au mouvement, qui se réalise plus ou moins faiblement dans les muscles le^ plus direclement en rapport avec la surface impressionnée (adaptation de la main sur la surface) de l'objet touché, toucher actif). L'effort psychique, à son tour, implique une sensation immédiatement •consécutive au mouvement pmduit (sensation de l'activité musculaire, dudépla- <*ement des Ieviei*s osseux et de leurs parties molles, résistance des poids soulevés, etc.). Nous retrouvons une fois de plus la double liaison réciproque' entre la sensibilité et le mouvement, liaison telle que, si elle était rompue complètement, on peut supposer que ni la sensibilité, ni Tetrort, ni aucun acte nerveux fonctionnel, ne serait possible.

L'analyse peut être poussée plus loin. — Si nous retranchons et détruisons les systèmes supérieurs, la sensation et l'effort psychique propi'ement dit disparaissent et sont remplacés par des actes réflexes qtii n'en sont que l'image extrêmement affaiblie. Dans ces réflexes toutefois nous retrouvons lamême double liaison de la sensibilité avec le mouvement Du fait de celte liaison certains réflexes ont la possibilité de s'entretenir automatiquement d'une façon indéfinie <|uand le mouvement y a été une première fois amorcé (respiration, ré|?ulation des fonctions nutritives). Si nousdésorganisonslessystèmesinférieursen coupant les nerfs delà périphérie, la sensation ne disparaît pas fatalement, mais peutse prolonger ou se réveillera l'état de souvenir: le phénomène cérébral, ici dégagé <\e ses attaches avec les actions provocatrices extérieures, prend le nom de pst/chique : il est lié certainement à la persistance de cycles réflexes intérieurs -qui conservent l'excitation et prolongent la sensation d'une façon au fond automatique. Chez un individu dont le cerveau est intact mais dont les nerfs moteurs spinaux sont paralysés, l'effort psychique est de son côté possible: cet .individu a la représentation très nette des mouvements qu'il veut exécuter, mais <|ue sa paralysie périphérique l'empêche de réaliser. Il est à supposer que, dans ce cas également, le processus cérébral est de forme cyclique : aux excitations descendantes qui partent de l'écorce et non arrêtées dans leur trajet avant d'atteindre les muscles, en succèdent d'autres qui y remontent par réflexion des premières sur les centres sous-jacents et réalisent le mécanisme nerveux dans <*e qu'il a d'essentiel. La réflexion avec rappel des sensations précises et représentation de mouvements déflnis (mais sans impressions actuelles pour les pi-emières <»t sans exécution pour les seconds) ne s'explique rationnellement que par un processus de ce genre, processus fait à l'image de celui qui réalise la sensation actuelle et le mouvement volontaire, mais confiné alors dans les parties supé* Heures du système nerveux et pour cette i-aison purement représentatif.

IV. L'excitation volontaire. — Lorsque le mouvement suit immédiatement une impression sans conscience, nous l'appelons réflexe ; lorsqu'il suit fatalement une impression vivement ressentie, nous l'appelons psycho-réflexe ou émotif; lorsqu'il est sans relation

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avec une excitation et une sensation actuelle, nous Tappelons^ spontané ou volontaire.

Le mouvement nous apparaît ici indépendant de la sensibilité, et la dissociation des deux phénomènes semble complète. Ce n'est là qu'une apparence. La détermination volontaire procède de Tidée, de la réflexion, et celle-ci procède à son tour de la sensation. Mais^ la détermination que nous appelons volontaire a ceci de particulier que, tout en conservant sa relation avec la sensation^ elle peut être ajournée dans le temps d'une façon indéfinie^ et comme, pendant ce délai, le cerveau reçoit de nouvelles excitations, qu'il a pouvoir pour les conserver automatiquement, que de plus il a pouvoir pour les associer, les décomposer et les réassocier dans des combinaisons numériquement infinies, rajourncment du mouvement aussi bien que sa variété extrême nous masque son origine véritable, qui ne peut être que dans une excitation extérieure.

La volonté ne traduit donc pas une spontanéité des excitations,, mais une transformation très profonde de celles-ci dans leur passage à travers le cerveau, transformation en vertu de laquelle elles s'associent entre elles dans l'étendue de cet organe et peuvent se relier également dans le temps. Il en résulte pour l'individu une sorte de possession des choses qui l'entourent et qu'il condense en lui sous forme de représentations ; il en résulte en même temps pour lui un nombre de possibilités motrices en quelque sorte illimité et pratiquement un pouvoir très grand sur ces choses mêmes. Le sentiment de spontanéité motrice qui existe en nous a son origine dans un travail d'analyse intérieure qui compare entre elles ces diverses possibilités motrices et qui, en en prévoyant les conséquences, donne la préférence à l'une d'entre elles, après une série de tendances non suivies d'effets. Sans Y hésitation, nous ne saurions pas ce que c'est que la volonté. Le réflexe ressemble étroitement à un mouvement physiquement déterminé; il s'opère sans hésitation, c'est-à-dire sans délai: l'efl'ort volontaire est un mouvement à la fois physiquement et psychiquement déterminé, c'est-à-dire dans lequel le déterminisme est à plusieurs degrés.

La sensation et le monveihent chez le fœtus. — Le fœtus pi-ésente dans le sein de sa mère des mou\eiTients qu'on appelle actifs et qu'on considènîconinie spontanés. Ces mouveinenls seront mieux appelés réftexeSy si on remonlo à leur j^enèse. — De prime abord, il semble que le fœtus soit protégé contiv toute excitation exléi'ieui'e par les oi'ganes de la mère, et cela est vrai, si on a en vue seulement les chocs des objels et les excitants spécifiques des sens (lumière, son, etc. ) ; mais l'organe qui l'enserre et le protège (le muscle utérin) est aussi capable de IVxciter par ses conlrac!ions el par les piessions qui en sont la con-

>équence. 11 parait trt*s légilime d admeltre, avec Féri>, que les mouvements -du fœtus ne sont guère que la réaction de son système nerveux contre les <*ontractions utérines et, quel que soit le degré de conscience qui accompagne ^•es mouvements, depuis leur première apimrition jusqu'à la naissance, leur origine réûexe n'est pas niable.

Réactions de Tatérus aux excitations venues des différents sens. — <k>mme tous les autres mouvements viscéraux, les contractions utérines (pendant le cours de la grossesse) sont insensibles à la mère elle-même, mais en réalité elles sont fréquentes et se produisent, comme celles des vaisseaux, de l'intestin, de la vessie, etc., à la suite de toutes les excitations un peu vives de Tun quelconque des sens. C'est un fait bien connu de tous les expérimentateur que de telles excitations retentissent sur tous ces organes et y suscitent des contractions, même en dehors de leur état de fonctionnement proprement dit. L'utérus ne fait pas exception à cette règle ; ce sont ces contractions que le fœtus perçoit et qui lui donnent la première notion de ce qui existe ^n dehoi*s de lui-même. Il y a ainsi des mouvements réflexes fcelaux suc* •cédant à des réflexes utérins de la mère. Vorigine du mouvement du fœtus est ainsi toujours une excitation ext(*rieure ; cette excitation a dtî traverser le système nerveux maternel avant d'aborder son système neigeux popre, tout comme les matériaux de sa nutrition passent par le sang maternel a^ant de pénéti^er -dans le sien. Toutes les excitations spéciflques qui s'adressent aux sens de la mère se trouvent ainsi transformées et ramenées à des excitations mécaniques -à peu près uniformes, qui agissent sur lui et par lesquels il commence Téduration de sa sensibilité.

Comme le toucher, avec lequel elle a tant de ressemblances et tant de rapports, la vision est un phénomène tout à la fois passif «t actif. Nous voyons les objets qui s'olfrent à nous; mais de plus nous regardons ceux que notre attention nous désigne. Les actes moteurs et sensilifs se succèdent de la sorte dans des cycles que Tintervention des autres sens vient de plus compliquer et élargir en 4iugmentant d'autant les sources de notre connaissance.

Le système sensori-moteur atfecté au sens de la vue comprend (comme tous les systèmes du môme genre): à son origine, des •éléments récepteurs différenciés, les bâtonnets et les cônes, propres à recevoir l'excitation lumineuse; à sa terminaison, des musclesqui dirigent Tœil vers la partie de l'espace où il va chercher cette <îxcilation: entre ceux-ci et ceux-là, des arcs réllexes dont la complexité va croissant à mesure qu'ils s'allongent, en faisant pénétrer l'excitation plus profondément, depuis la rétine jusqu'à l'écorce

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cérébrale. C'est la. constitution de ces arcs, variables à rinfinï suivant les cas considérés, qui fait le fond de Tétude de Tinnervaliou visuelle. Sur la surface du cerveau on peut délimiter approximativement une région qui représente le lieu le plus profond où cc> excitations vont se réfléchir, sorte de surface de projection qu(^ celles-ci atteignent seulement quand elles doivent devenir conscienles (territoire visuel de Técorce distinct de celui des autres sens). A la périphérie, un champ plus nettement délimité encore, celui dos deux rétines, représente la surface de réception des excilationî> lumineuses; quant aux muscles sur lesquels Texcitation fait retour, en principe ils peuvent être tous les muscles du corps, mais, dans un but d'analyse, nous considérons spécialement ceux qui dirigent le regard, à savoir les muscles rotateurs de Toeil, de la tète ou même du corps.

De la rétine à Técorce, les excitations traversent ou côtoient dos lieux de la substance grise, qui peuvent les renvoyer sans conscience à des muscles protecteurs de Tœil, ou à certains muscles internes, ayant des fonctions également de protection et d'aJaplaliou de cet organe à Tagent lumineux.

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