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Actes moteurs du langage parlé et écrit

Dans le langage parlé ou écrit, les opérations sensorielles ou intellectuelles ont pour complément des actes moteurs, par lesquels nous reproduisonsextérieurementlessignesaudibles ou visibles qui ont fait impression sur nos sens et qui, à leur tour, feront une impression toute pareille sur les sens de nos semblables. C'est en considération de cet échange de signes symboliques, qui réalisent un échange d'idées, que la fonction du langage est au premier plan parmi les fonctions ditesde relation extérieure. — Comme dans tous les systèmes

LE LANGAGE ET LMDÊATION. 6c»9

fonctionnels, le développement de taptitude sensitive ou sensorielle précède celui de f aptitude motrice parallèle. L'articulation des sons, •chez l'enfant, suit de plus ou moins près Tacquisitîon des images auditives, soit simples, soit verbales ; de plus, à partir du moment où elle est possible, elle laide et laccélère singulièrement. L'écriture suit de môme la lecture, à partir du moment où Tenfant en possède les éléments. Les actes moteurs du langage écrit sont du reste, quand il le faut, au service des images auditives, et la parole articulée peut de son côté traduire les images visuelles du langage ^crit. On peut répondre par écrit à une question verbale, comme on peut répomlre verbalement à une question écrite.

Le langage parlé a pour avantage sa facilité et sa promptitude. C'est lui qui sert couramment à l'échange des idées. Le langage écrit «st plus artificiel ; la plume et le livre sont des organes factices interposés entre les conversants ; mais ses avantages lui viennent de la permanence assurée aux signes écrit§ et de la possibilité de leur multiplication ii>définie par l'imprimerie. Aussi marque-t-il un progrès essentiel dans la culture humaine.

Surdi-mutité. — (Ihez le souri de naissance, la parole fait défaut; ce qui tient non à une pai^alysie motrice des oi*ganes phonateui*s, mais à Tabsence "des sensations auditives. C'est par imitation de la parole entendue que Tcnfant <linge ses premiers elTorts, en vue d'émettre des sons pareils à ceux qu'il •entend ; sa propre oreille le renseigne sur le succès de ses tentatives et corrige à chaque instant les fautes d'articulation qu'il commet. Chez le sourd de naissance, la sensatidn auditive étant originellement absente, la phonation articulée est impossible. C'est un exemple de plus de la liaison élroite qui rattache le mouvement à la sensibilité, au milieu des formes variées de Tun et de l'autre.

Les images visuelles prennent en conséquence chez le sourd-muet une importance capitale. De plus, pour qu'il ne soit pas astreint à écrire sa pensée, chaque fois qu'il veut la traduii*e,on a imaginé pour lui un langage de signes manuels rapides, qui lui remplace la parole articulée.

Suppléance fonctionnelle, images tactiles. — Chez l'aveugle, les images visuelles manquent totalement. On peut suppléer chez eux à l'absence de la vue par le toucher, auquel l'exercice donne alors une acuité plus grande. L'aveugle lira sur des caractères en relief.

Le cas de Laura Bridgemann est particulier. Devenue aveugle et soui^de à l'âge de deux ans, cette enfant n'avait que le sens du toucher et était restée inculte jusqu'à l'âge de sept ans. Le docteur Howe, à l'aide de signes en relief, institua alors pour elle une parole tactile^ grâce à laquelle elle put se créer des images verbales graphiques et entrer en relation de pensées avec son entourage. L'intelligence, jusque-là arrêtée dans son développement, prit soudain son essor.

Rôle du sens musculaire. — Le sens de l'ouïe intervient dans le langage parlé, le sens de la vue dans le langage écrit, et le sens tactile peut artificiellement les suppléer l'un ou l'autre ou l'un et l'autre. 11 faut remarquer que le sens musculaire, qui est une variété du sens tactile, ne cesse pas d'intervenir MoRAT et DoTO."*. — Physiologie. ll« — 44

MO INNERVATIONS SPÉCIFIQUES.

dans les phénomènes moteurs, par lesquels se traduisent la parole et récriture. 11 intervient, il est vrai, secondairement, mais son rôle reste important. La parole, en effet, ne se guide pas uniquement sur l'oreille, pour Tarticulation convenable des sons; ni récriture exclusivement sur la vue, pour la coordination des mouvements de la main. On peut écrire à la rigueur les yeux fermés, et les sourds par accident conservent les intonations et les articulations de la paix)le. La sensibilité qui guide et règle les mouvements musculaires est alors purement musculaire et tactile.

On peut donc admettre, même chez les individus en possession de tous leurs sens, Texistence d'images motrices (tant de l'articulation que de l'écriture) ; seulement ces images sont inconscientes. Chez les sourds-muets, les représentations motrices de gestes acquièrent une importance exceptionnelle, et il est probable qu'ils opèrent mentalement avec ces représentations, comme nousmêmes avec les images auditives ou visuelles.

Chez les individus atteints de cécité verbale et qui ont perdu la faculté de la lecture, l'exécution avec la main droite des mouvements nécessaires pour copier le mot réveillent parfois la signifîcation symbolique de celui-ci.

Remarque. — Avant de pouvoir lui-même parler, l'enfant a déjà quelques images verbales auditives et, avant de pouvoir écrire, il a des images verbales visuelles. Son apprentissage de la pamle et de l'écriture a pour effet de lui créer des images motrices phonatrices et graphiques. Cesdemièi-es images consistent en associations des éléments dits centrifuges ou moteurs, comme les premières consistaient en associations des éléments centripètes ou sensitifs. C'est ici le lieu de faire remarquer que ni l'association des éléments centripètes entre eux, ni celle des éléments centrifuges, ne constituent jamais à elles seules des systèmes à fonctionnement isolé, mais que chacune des deux individuellement se complète initialement par l'adjonction de fibres à conduction inverse, pour former (les systèmes cycliques, les seuls capables de fonctionnement. En effet, les excitations qui atteignent le nerf auditif trouvent de bonne heure à se réfléchir sur les nerfs moteurs deTappaieil adaptateur de l'oreille, et celles qui atteignent le nerf optique se réfléchissent de même sur l'appareil adaptateur de l'œil : ainsi sont constitués des systèmes que nous appelons sensoriels, en raison seulement de l'importance qu'y prend le phénomène de la sensibilité par rapport au mouvement, mais qui en fait sont déjà sensori- moteurs.

Le système que nous appelons moteur (phonateur ou graphique) n'est pas lui-môme pur d'éléments sensitifs. Par une sorte de réflexion inverse, l'excitation qui est descendue dans le muscle en repart pour remonter du côté du cerveau par les nerfs du sens musculaire. Les images motrices, comme les images sensorielles, sont en somme les unes et les autres des complexus, dans lesquels soit la motricité, soit la sensibilité sont associées en proportions inégales. En s'associant eux-mêmes les uns aux autres dans l'exercice du langage parlé ou écrit, ces systèmes sensoriels et moteurs dessinent un arc à extension plus grande, qui indique le trajet général de l'excitation, mais qui est compliqué d'un certain nombre de cycles intérieurs partiels, dont il faut tenir compte dans l'analyse du mécanisme général.

Détermination volontaire. — Ainsi, par l'association des sensations dans le temps, par leurs formes diverses et la comparaison de ces formes entre elles, par les représentations qui en naissent, par la formation des images, par l'organisation de celles-ci en idées concrètes d'abord, puis abstraites, par le classement méthodique de ces données dans l'esprit, se constitue le trésor de notre

expérience personnelle, lequel va grandissant à mesure que des sensations nouvelles se superposent aux précédentes et que se continue le travail d*organisation qui s'opère sur elles. Il est plus riche que nous ne pouvons supposer nous-mêmes. La conscience ne Tillumine jamais qu'en partie, et généralement à l'occasion d'une sensation nouvelle qui évoque la série des actes psychiques en concordance avec elle. Des mécanismes, que l'habitude a rendus inconscients, interviennent pour abréger ces opérations. Leur automatisme supprime la délibération, qui eût entraîné des retards. Celle-ci ne porte plus que sur l'opération directrice, qui seule est éclairée par la conscience. C'est cette délibération qui ÎOLiiVacte volontaire. C'est elle qui décide de la réponse, l'ajourne ou la précipite, en dicte le sens, d'après des motifs d'action plus ou moins longuement estimés et comparés.

Langage automatique. — Le langage le plus réfléchi, le plus médité, comporte, dans son exécution, des automatismes nombreux et compliqués. A certains moments il peut même devenir purement automatique, comme il arrive dans une lecture ou une récitation faite sans attention au sens des mots. Des excitations arrivent alors aux muscles dans un ordre préétabli auquel le cerveau ne change rien; à peu près comme les ondes électriques plus ou moins compliquées qui, dans un téléphone, vont de l'appareil manipulateur à l'appareil récepteur. L'arc réflexe du langage automatique peut associer : 1° la vision à la phonation (lecture automatique); 2'' Taudilion à la phonation (parole en écho) ; 3** la vision à récriture (copie) ; 4" l'audition à Técriture (dictée).

Dans ces exemples, le langage devient réflexe, o'est-à-dire inconscient, sans cesser d'être cérébral. Inversement, il peut rester conscient et n'avoir point d'efl^et extérieur de Tordre moteur. Le langage, en effet, a les rapports les plus étroits avec la pensée, et la pensée est en nous un phénomène continu. L'homme parle sa pensée, mais auparavant il pense sa parole.

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