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Le langage intérieur

Nous possédons un langage intérieur, en tout semblable au langage extérieur, à la différence près que ce langage n'est entendu que de nous seuls. Ce langage est uniquement parlr, en ce sens qu'il est présent à notre conscience sous la forme d'images sonores qui résonnent en nous ayec le rythme, le timbre, les intonations et les inflexions qui nous sont habituelles, et non sous la forme des signes visibles de l'écriture, ou autres signes analogues. Exception doit être faite pour les sourds-muets, qui ne connaissent point les signes audibles du langage et doivent recourir

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pour leur langage intérieur aux mômes signes que pour leur langage extérieur.

La parole intérieure est tellement semblable à la parole ej^térîeure qu on peut passer par degrés insensibles de Tune à l'autre : la voix hmtte^ la voix basse, le chuchotement, la voix intérieure sont des degrés dans Tintensitédu même pliénomène. Ladifférence essentielle ne vient môme pas de Tintensité relative de l'acte moteur vocal, mais de ce que dans la parole intérieure nous n'avons d'auditeur et d'interlocuteur que nous-mêmes ; notre propre parole, haute ou basse, faisant sur notre ouïe, comme sur celle d autrui, leffet d'une excitation sensorielle, qui évoque des idées et suggère des réponses et ainsi de suite, dans une série de cycles sensitivo-moteurs tjui s'engendrent et se succèdent en nous, tel qu'il arrive dans une méditation bien réglée (Egger).

Les rapports de l'idée au mot et du mot à l'idée sont les mômes dans la parole intérieure que dans la parole extérieure, parce que Tordre et la succession des phénomènes sont exactement les mômes Sans Tune ^et dans l'autre. La parole intérieure, comme la parole extérievre, est mUomatiçue (comme souvent dans la prière mentale) ou brai méditée (comme dans le discours qu'on prépare).

RèsooMm Imtérieure. — Comment notre propi^ voix peut-elle résonner inlérmriMBBiiteii nous, alors qu'en apparence aucune excitation auditive ne remonte au cerveau? D'où vient l'impression qui simule une parole chuchotée à notre oreille et qui positivement fait défaut? Dans la parole haute, la circulation des excitations est continue ; le cerveau excite les muscles phonateurs, qui, en ébranlant l'air, excitent à leur tour le cerveau. Le cerveau a ainsi l'écho de ses propres excitations, qui lui sont renyoyées dans Tordre où il les a luimême fait parvenir aux muscles phonateurs. Dans la parole intérieure, le cycle parait rompu absolument à sa partie inférieure, et il l'est effectivement entre le larynx et l'oreille, mais il reste malgré cela fermé sur lui-même par d'autre* voies. L'air ne vibre plus, mais les muscles ne sont pas absolument immobiles.

Tendance motrice. — Dans la parole intérieui*e, le sujet qui s'observe constate de très légers mouvements de la langue et des lèvres, qui accusent, sous une forme atténuée, la nature motrice du langage interne. Ces mouvements (incapables d'ébranler l'airj ont dans le système nerveux un écho sensitif, puisque nous les percevons. Les sensations cinesthésiques qu'ils provoquent (sens musculaire) réveillent par association les sensations auditives concordantes. La parole intérieure, que nous entendons au fond de nous, serait d'après cela le fait d'images tactiles motrices, perçues comme images auditives. Quoiqu'il en soit de l'explication, le fait de l'existence, dans la parole întérieui-Cv d'une motricité atténuée est indéniable : toute impression sensilive s accuse . par un mouvement ou une tendance au mouvement. La suspension, Tajourneonent, l'arrêt du phénomène moteur est le propre des actes réfléchis, délibérés, volontaires, comme son exécution immédiate est celui des actes réflcxek, inconscients, involontaires. .

Autre explicatioD. — La circulation des excitations, dans la parole intérieure, peut encore se comprendre d'une autre façon. L'excitation, qui du cerveau descend sur les noyaux gris du système inférieur exécuteur des mouvements, peut y subir une réflexion inverse, qui la fait remonter au cerveau, en faisant l'économie du trajet que, dans 1^ parole haute, elle fait des noyaux moteurs aux muscles et de ceux-ci aux noyaux sensitifs bulbo-médullaires, qui l'irradient de nouveau sur le cerveau. Au lieu de recevoir de troisième main une excitation, qui a passé successivement par les noyaux et nerfs moteurs, par les muscles et finalement par les nerfs de la sensibilité musculaire, les noyaux sensitifs bulbaires recevraient directement du cerveau une excitation, qui a la forme du mouvement qu'elle est destinée à faire accomplir, et ils la renverraient au cerveau, pour l'avertir de l'exécution, non plus musculaire, mais purement nerveuse de l'acte commandé par lui. Dans cette circulation intranerveuse, le cerveau se parle à lui-même sans témoin indiscret ; il entend, perçoit tout au moins ses propres commandements, sans que ceux-ci se trahissent au dehors, autrement que par d'imperceptibles oscillations musculaires, d'intensités du reste très inégales suivant les sujets. Ce cycle intérieur double probablement le cycle extérieui*, non seulement dans la parole interne et la parole basse, mats même dans la parole haute, et a sa part dans ce qu on appelle les impressions cinesthésiques. C'est ainsi tout au moins qu'on peut comprendre ce sens de l'innervation motrice que quelques-uns admettent de pair avec le sens musculaire, et cela sans contrevenir aux lois les plus fondamentales du système nerveux, à savoir celle de la propagation des excitations dans un sens déflni et celle de la distinction des deux courants inverses qui assurent cett<f propagation.

Nous pouvons supposer toute communication interrompue entre les organes des sens et leure noyaux d'origine, et en même temps entre les noyaux moteurs et les muscles; la parole intérieure ne sera pas supprimée pour cela, pas plus que la pensée, qu'elle traduit en nous sous une forme consciente.

I. L'intelligenoe et la oonsoienoe. — La conscience et rintclligence sont étroitement liées, et nous voyons les êtres les plus conscients d'eux-mêmes être généralement aussi les plus intelligents : mais ce sont choses distinctes néanmoins. La conscience comporte une notion ^'actualité : par définition, elle est ce qui éclaire les opérations intérieures de Tesprit ; elle cesse d'être aussitôt que ces opérations sont en dehors de cet éclairage intérieur ; il n'y a point d explication à donner d'un phénomène aussi primordial : il se saisit lui-même dans son entier, contenant et contenu.

L'intelligence comporte une notion de capacité : elle se mesure au nombre, à la complexité et à l'organisation des représentations intérieures, images et idées, que l'esprit, au cours de ses innombrables expériences, est susceptible d'acquérir. Elle se développe dans le conscient, mais elle survit à la conscience, tant que l'organisation des représentations subsiste avec sa perfection première. Le mathématicien qui poursuit la solution d'un problème n'a présents à la conscience que les principaux rapports entre les valeurs.

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II. L'attention. — Tous les phénomènes qui nous donnent à nous-mêmes le sentiment de la spontanéité sont d'une explication plus difficile encore que les autres. Ils paraissent en effet en contra- <liction avec les lois ordinaires de la causalité, telles qu'elles nous apparaissent dans le monde physique et telles que nous aimons à les étendre à tous les phénomènes quelconques, par esprit d'unification. L'attention, la volonté, tous les actes dans lesquels intervient Ypffort psychique sont de cet ordre. 11 est vrai qu'à l'analyse, dans un assez grand nombre de cas, cette notion de spontanéité se dissipe on partie, comme étant une illusion. Le sentiment de tension que nous éprouvons est bien un phénomène psychique, mais il est secondaire ; c'est une sensation qui naît, au moins pour partie, de la contraction tonique involontaire de nos muscles. Si l'attention parait se diriger d'elle-même sur un objet extérieur ou une représentation intérieure, elle peut aussi y être sollicitée par une excitation ou oxterne ou interne.

L'attention augmente le degré de la conscience ; elle porte celle-ci dans une direction déterminée qui l'accapare ou, comme on dit souvent, la concentre, c'est-à-dire l'exalte dans un sens donné (vue, ouïe, etc.) et la diminue d'autant dans les autres. Le temps de perception en est très raccourci.

Pour un premier bruit, par exemple, ce temps a une valeur donnée; pour un second que notre oreille prévoit, il peut diminuer de moitié et, à excitation égale, la sensation se renforce également. En oiême temps, les résidus des sensations antérieures sont rappelés ot grossissent le flot des excitations nouvelles qui circulent dans le système nerveux. Pendant qu'elle dure, l'attention supprime les actes moteurs, inhibe les organes musculaires. Celte suspension des excitations motrices favorise la délibération qui s'opère alors <lans l'esprit. L'inconnu une fois dégagé, les excitations qu'elle a <*umulées, en les suspendant momentanément, se donnent carrière vers un but nettement déterminé, et les actes moteurs que prépare une telle tension sont exécutés.

En même temps que ces changements s'opèrent en nous-mêmes, dans ce que nous appelons l'activilé de Tesprit, d'autres plus ou moins visibles en sont la conséquence dans Texercice de nos fonctions tant intérieures qu'extérieures. Nous venons de signaler Fétat directement visible du tissu musculaire ♦'t de l'appareil moteur dans l'attention. Non seulement son attitude est particulière, mais ses aptitudes sont modifiées, (lomme le travail physique, le travail intellectuel prolongé amène la fatigue. Elle n'est pas la même dans les deux ras, mais les analogies et les ressemblances sont grandes. Cela tient à ce que le travail intellectuel et le travail physique ne sont jamais complètement indè-

pendants. Ils prédominent seulement, tantôt Tun, tantôt Tautre, et plus ou moins suivant les cas.

m. Fatigue. — La fatigue, dans les diverses conditions de sa production, a été longuement étudiée par Mosso.

Si par des excitations répétées et égales on oblige un muscle à donner la même contraction, dont on enregistre chaque fois la hauteur, au bout d'un temps il accusera sa diminution de puissance et finalement son impuissance par la moindre élévation des traits qu'il trace sur le papier. La ligne qui rejoint les extrémités supérieures de ces traits est la courbe de fatigue (Kronecker). Elle est d'autant plus accusée que la fatigue est plus prompte à se produire. Elle peut donc servir de témoin et de mesure à la fatigue elle-même. — L'épreuve se fait sur un doigt dont les mouvements de flexion s'emploient à soulever chaque fois un poids donné. L'appareil myographique adapté à cette épreuve est un ergcH graphe (enregistreur du travail) ; ce genre de myographie adapté lui-même à l'étude spéciale de la fatigue et des conditions diverses de sa production est lergoyraphie.

Chaque soulèvement, chaque double trait dessiné par l'élévation et la descente du poids soulevé est une épreuve de force capable de mesurer le travail maximum. L'ensemble, c'est-à-dire la courbe de fatigue, est une épreuve de fond : c'est celle qui est intéressante.

Nous avons l'instrument qui mesure la fatigue; nous la voyons se produire à la suite d'efforts répétés. Où siègera-t-elle? Dans le muscle lui-même ou dans le système nerveux? et, comme celui-ci est complexe, dans quel de ses segments et systèmes superposés? Le problème est complexe. La fatigue est un phénomène à la fois objectif et subjectif.

Objectivement, la fatigue est une destruction (non suffisamment compensée par le courant inverse de réparation qui ne manque jamais), une destruction en fin de compte. Les faits d'analyse directe attestent que c'est dans le muscle surtout que se fait cette destruction ; il est le grand dépensier de Ténergie physique accumulée dans l'organisme .

Subjectivement, la fatigue est une semalion pénible, dont la condition prochaine est dans l'impression que suscite la destruction des organes fatigués, dans les nerfs sensitifs dont ils sont pourvus. De ce point de vue elle est nerveuse, cérébrale. Dans l'enchaînement des phénomènes, le système nerveux intervient pour arrêter la cause du mouvement, en arrêtant l'excitation que lui-même transmet au système musculaire et arrêter le destruction qui en serait la conséquence.

La fatigue pourra être ressentie différemment par les différents individus, suivant leursensibilité propre. Tel accuse une fatigue prononcée, alors que la destruction est à peine commençante; tel autre ne la ressent pas, alors qu'elle est avancée ; et quand ces dififérences

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sont très accusées, elles sont préjudiciables dans les deux sens, car elles dénotent et occasionnent un manque d'équilibre dans les fonctions. La sensation manque à son rôle, qui est non seulement d'exciter, mais de pondérer, régulariser et économiser le mouvement. — C'est donc chez les sujets les plus normaux que la sensation de fatigue, d'un seul mot la fatigue, joue le mieux son rôle modérateur en arrêtant le travail musculaire.

Effets aecondaires de Teffort intellectuel. — Ainsi, le travail physique est Toccasion d'un état psychique, qui le limite par le jeu d'une des réactions fondamentales du système nerveux. A son tour, le travail intellectuel est Toccasion d'une dépense physique beaucoup moindre, mais réelle. L'immobilité dos muscles pendant l'attention n'implique pas toujours leur inactivité, mais cache assez souvent une certaine tension de ceu.x-ci. Il y a à cet égard de grandes dilTérences, suivant les individus et suivant le degré d'effort qui accompagne l'attention. On peut constater chez certains un relâchement des doigts (Mac Dougall). En tout cas l'effort intellectuel modifie l'aptitude du système nerveux à en tirer des contractions. C'est ce que montre l'épreuve ergographique faite à la fin d'un travail psychique à la fois difficile et prolongé. La courbe de fatigue survient beaucoup plus rapidement. De même que l'excès du travail physique diminue pendant un temps l'activité ou aptitude intellectuelle, de même l'excès du trnvail intellectuel diminue l'activité ou aptitude physique. Nous disons l'excès, car, en dehors de la fatigue, c'est l'inverse qui se produit : un travail court augmente la force musculaire et l'augmentation porte sur l'épreuve de fond autant que sur l'épreuve de force.

Le retentissement de l'effort psychique poussé jusqu'à la fatigue ne se borne pas à l'appareil moteur extérieur : le système de la vie organique en reçoit le contre-coup. Pendant l'attention, le calibre de l'orifice pupillaire augmente (Me?<tz), la convergence des yeux diminue, le cristallin s'aplatit (Heinrich); la température centrale peut augmenter (Gi.ey).

La circulation et la respiration .'sont modifiées. Un travail intellectuel énergique et court produit une accélération cardiaque et respiratoireetune vaso-constriction à la périphérie, suivies par un ralentissement léger de ces mouvements.

Un travail intellectuel durant plusieurs heures avec immobilité du corps, produit le ralentissement du cœur et une diminution de la circulation capillaire périphérique. Ce contraste se retrouve dans l'exercice musculaire; les nombres sont seulement changés de valeur.

Effets sur la circulation cérébrale. — Mais les changements circulatoires les plus intéressants sont ceux du cerveau. Si on observe sur un sujet à la fois le pouls cérébral (cas de perte de substance du crâne) et le pouls radial, on voit que pendant le travail intellectuel le premier seulement est augmenté d'amplitude (Mosso). On a observé la même chose en comparant la radiale et la carotide (Gley). Le cer\'eau augmente de volume par le fait de sa circulation accrue. L'hyperémie du cerveau n'est pas seulement une conséquence, mais un effet de l'activité cérébrale (Morselli). Comme les autres organes, le cerveau a une circulation adaptée à son fonctionnement et qui se ivgle sur lui. Organe nerveux à la fois récepteur et dispensateur des excitations dont il constitue la résene inépuisable, le cerveau n'en subit pas moins la loi des autres organes. C'est par la moelle épinière et le grand sympathique qu'il s'envoie à lui-même (à ses

vaisseaux) les excitations vaso-motrices qui gouvernent sa circulation (motricité récurrente) ; c'est par la moelle allongée et le trijumeau qu'il s'envoie en sens inverse les excitations sensitives qui entrent dans ce cycle régulateur (sensibilité récurrente).

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