E. — EMPLOIS ET EFFETS DIVERS DE L'ÉLECTRICITÉ
Aetion da champ magnétique ; ondes électriques ; rayons électriques.
— Lorsqu'un courant est lancé dans un circuit, il se développe autour de ce dernier des lignes de force, qui créent autour de lui un champ de force, àiichamp magnétique. Si un autre circuit est placé dans ce champ de force (en position convenable), il y a induction, mouvement électrique dans ce second circuit. Si, au lieu de ce second circuit, nous plaçons dans le champ magnétique un tissu excitable, comme une patte galvanoscopique de grenouille, qu'arrivera-t-il? Plusieurs auteurs, en particulier Damlewsky, plus récemment Radzikowsky, ont étudié cette question.
En réalité, quand un nerf de grenouille est placé dans un champ de force, il est excité par les variations de rintensité de ce champ. Dans ce tissu de structure très compliquée, on peut admettre qu'il se développe des courants induits, qui
mellenl en activité sa substance très excitable. L'excitation est maxima pour certaines positions du nerf, par exemple dans celle où il est placé dans un même plan que le circuit inducteur et perpendiculaire à un élément de ce circuit, le muscle étant tourné en debors. On peut du reste varier beaucoup la disposition de Texpérience et placer le nerf dans le champ au voisinage de l'un des ptMes isolés (excitation unipolaire). Il faut de plus que le nerf soit isolé : si on le laisse en place au milieu des autres tissus, ou si, après l'avoir dénudé, on le recou\Te d'une enveloppe conductrice, il est soustrait à l'action du cbamp de force. Le tissu environnant agit comme un scliunt(RAnziKowsKY) ou, pour mieux dire, comme un écran (Danh-ewsky).
Opacité et transparence électriques. — Si, en elTet, dans le champ magnétique, on interpose sur le trajet des ondes électriques un corps conducteur quelconque (une plaque de métal, la main), l'excitation par induction cesse aussitôt; l'interposition d'un diélectrique quelconque (une plaque de verre) laisse passer les ondes. Le conducteur est opague aux rayons électriques (comme aux rayons lumineux); le diélectrique, qu'on appelle souvent l'isolant, est transparent \iour ces rayons.
Immunité électrique. — On compi*end, d'après cela, que des tissus peu excitables, mais conducteurs de l'électricité, contribuent à soustraire les tissus les plus excitables à l'action du champ magnétique, créé autour d'eux par les phénomènes électriques développés dans l'organisme. De même, dans une cellule ou fibre excitable, une enveloppe conductrice peut la préser^er de l'excitation, qui naîtrait de cette cause. Pour se garantir contre les excitations qui ne leur sont pas destinées, les éléments vivants auraient donc deux moyens ; l'un consistant à s'entourer de diélectriques qui les préservent de l'excitation par conduction, l'autre consistant à s'entourer de conducteurs qui les préservent de l'excitation par induction. Le même élément peut employer ces deux moyens. (iCtte organisation particulière permet à l'élément de refuser l'excitation au niveau de certaines de ses parties et de la recevoir sur certains points choisis.
Courants de haute fréquence. — Les courants dits de haute fréquence sont ceux qui atteignent le nombre de 500 000 à 1 000 000 par seconde. On a étudié leur action sur les ôtres vivants, soit par application directe, soit en plaçant le sujet dans un solénoïde qui crée autour de lui un champ de force (d'Arsonval).
a. Action directe. — La très haute fréquence de ces courants constitue à l'organisme qu'ils traversent une sorte d'immunité à leur endroit. A voltage égal, ils sont infiniment mieux supportés que les courants d'un rythme ordinaire (soit 100 à la seconde)- Toutefois, en augmentant l'intensité, on peut les rendre nocifs et la mort peut survenir chez les animaux (Bordier et Lecomte).
b. Action indirecte par un champ de force, — Lorsqu'un animal est placé à l'intérieur d'un solénoïde dans lequel circulent de tels courants, on constate une augmentation des échanges respiratoires (d'Arsonval). Cet effet sur les échanges ne serait néanmoins pas dû à l'action propre des courants induits agissant sur le système nerveux ou les tissus, mais serait un effet secondaire attri-
ÉNERGIES DU NKRF. I0(>
buable à la chaleur développée par le courant. On sait, en effet, que la chaleur augmente par elle-même Tactivité des échanges, quand elle tend à devenir exagérée au point que l'animal a peine à s'en défendre.
La mort par Félectricité. — Prévost et Battelli ont fait une étude circonstanciée sur le mécanisme de la mort par Télectricité et les conditions qui la provoquent du côté de l'agent électrique. Ils ont expérimenté sur des chiens, des lapins, des cobayes, des rats, en les faisant traverser par le courant de la tète à l'anus. La résistance de l'animal variait de 400 à 900 ohms. La durée de l'application variait de quelques centièmes de seconde à deux ou trois secondes. Les résultats peuvent différer suivant les animaux. Les auteurs ont essayé l'action de courants, les uns continus, les autres alternatifs.
a. Courants alternatifs, — 11 faut distinguer entre les courants à basse tension (10 à 120 volts), à moyenne tension (620 volts environ) et à haute tension (1 200 à 4 800 volts).
Avec les courants à basse tension on note, chez le chien, un arrêt du cœur avec trémulations fxhrillaires. La respiration continue quelques minutes, mais s'arrête à son tour, par anémie bulbaire. L'animal est perdu. Le lapin et le rat résistent beaucoup mieux. 10 volts peuvent suffire parfois à amei^er la mort d'un chien.
Les courants de moyenne tension produisent, chez le chien, un arrêt de la respiration avec arrêt du cœur. Chez les autres animaux, c'est l'arrêt de la respiration seul qu'on observe communément ; de plus, il y a tétanos généralisé et anesthésie.
Les courants de haute tension produisent, chez tous les animaux, un arrêt de, la respiration, alors que le cœur continue de battre. Dans ce cas, la respiration artificielle peut sauver les animaux. Dans le cas, au contraire, d'arrêt primitif du cœur, la respiration artificielle est forcément inefficace.
b. Courant continu. — Ces courants ont été portés jusqu'à 540 volts. Bien que la rupture soit plus dangereuse, ce n'est pas exclusivement ni la rupture ni la fermeture qui occasionnent les accidents. Au reste, les phénomènes diffèrent peu de ce qu'ils sont avec les courants alternatifs.
Toutes choses égales du côté de la tension, quand on agit avec les courants alternatifs, le nombre des périodes à la seconde intervient comme facteur important. Les auteurs ont fait varier la période de 9 à 1 720 à la seconde. Un rythme de 150 à la seconde est celui pour lequel la mort arrive avec l'intensité la moins élevée. Au-dessous, mais surtout au-dessus de ce nombre, il faut augmenter
considérablement le voltage, pour avoir les mômes effets. Un courant continu agit comme un courant alternatif de môme voltage ayant 350 périodes à la seconde.
Chose curieuse, le cœur arrêté par un courant à basse tension peut ôtre ramené en fonction par un courant à haute tension. *
Les conclusions auxquelles conduisent les résultats de ces expériences sont quelque peu différentes de celles qui ont cours généralement.
Mécanisme de la mort. — Suivant les animaux, suivant le voltage du courant, suivant son rythme s'il est alternatif, Tarrôt primitif peut porter, soit sur la respiration (haute tension), soit sur le cœur (basse tension). L'arrôt du cœur est évidemment le seul qui occasionne la mort, en raison de ce que la respiration artificielle est possible et que la respiration normale peut revenir spontanément, ce qui n'a pas lieu pour le cœur.
Les courants de moyenne et basse tension seraient donc plus dangereux que ceux de haute tension. En fait, quand la mort survient^ c'est toujours par arrêt dti cœur, La respiration artificielle doit néanmoins ôtre tentée avec persévérance.
Les observations de cas de mort survenus dans l'exploitation industrielle de l'énergie électrique à haute tension ne sauraient être tenus pour contradictoires : la tension du courant qui a atteint la victime, par dérivation ou autrement, n'étant ordinairement pas celle du courant direct qui circule dans la ligne, mais le plus souvent beaucoup plus basse et généralement inconnue.