DEUXIÈME PARTIE
Les fonctions que nous appelons systématiques se distinguent des fonctions cellulaires, comme le tout se distingue de la partie; ce sont des fonctions qui naissent d'associations et de rapports définis établis entre ces fonctions cellulaires^ comme les systèmes qui les supportent naissent eux-mêmes de l'association et des rapports établis entre leurs cellules composantes. Ces fonctions et ces systèmes forment, les premières au point de vue dynamique, les seconds au point de vue statique, des ensembles parfaitement cohérents; l'organisme animal n'est lui-même qu'un ensemble de ce genre dont le système nerveux contribue à solidariser étroitement toutes les parties. A l'analyse, cet organisme se résoud en des ensembles faits à son image, véritables systèmes partiels, dont les surfaces de partage se prolongent dans le système nerveux, en différents sens. Établir leurs limites souvent changeantes, leurs fonctions spécifiques^ leurs rapports mutuels, tel est le but que se propose l'étude du tissu nerveux considéré en tant que système et qui, dans l'état présent de nos connaissances, n'est encore que très imparfaitement atteint.
La notion de système. — Ln système est un tout composé de pailies ayant entre elles une liaison déterminée qui donne àTensemble, c'est-à-dire au système, sa cohésion, son existence. Un système est à la fois une unité et une multiplicité : il est l'un ou l'autre, suivant le sens de l'analyse idéale ou expérimentale à laquelle nous le soumettons.
Rien n'est isolé dans l'univers : tout système est rattaché à d'autres systèmes par des liens extérieurs à lui-même ; rompons ses liens avec le dehors, il nous apparaît dans son unité ; rompons ensuite ses liens intérieurs, il nous livre ses éléments composants.
Tous les développements qui vont suivre sur le système nerveux vont nous le montrer tel : il établit des liens qui nous rattachenlà l'extérieur ; d'autre part, ses parties constituantes sont solidarisées de manière à réaliser une unité dont nous avons nous-même conscience.
La notion d'élément. — Pris dans un sens absolu, le mot élément désigne le terme irréductible auquel nous conduit l'analyse dans une science donnée. Pris dans un sens relatif, il signifie une partie composante quelconque que l'ana-
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lyse a retirée d'un ensemble systématisé. — Dans un ensemble organisé comme l'être vivant, les parties composantes que nous livide Fanalyse immédiate sont elles-mêmes des ensembles organisés, des systèmes au sens propre du mot, et ces systèmes se résolvent eux-mêmes en d'autres plus simples. — Les biologistes appellent souvent éléments les cellules composantes des tissus. Malgré qu'on se rende bien compte maintenant que la cellule n'est pas un élément irréductible, mais qu'elle est elle-même un système de grandeur microscopique, cette appellation sera conservée, parce que, dans l'analyse biologique, la cellule marque un terme bien mieux caractérisé que tous les autres ; ce qu'elle doit à ses limites mieux définies et à son unité évidente.
Le système ne)*veux est donc composé de systèmes partiels ou sous-systèmes, plus ou moins formés à son image^ et l'analyse de ces systèmes partiels nous conduit, comme dans les autres appareils, à des éléments cellulaires. Ce sont ces éléments qui ont été étudiés dans la première partie et qui, mieux connus maintenant dans leurs limites et leur constitution, sont les neurones. Nous avons fait voir que, loin d'être homogènes et irréductibles, ils nous présentent eux aussi une organisation intérieure et des fonctions différenciées.
lianotion de fonction. — Dans l'être vivant tout est fonction, parce que tout y tend vers une fin déterminée. La notion de fonction se relie étroitement et se superpose à la notion de système. La fonction représente le côté dynamique de l'être vivant, dont le système représente le côté statique : elle n'est autre que le lien qui coordonne les pièces d'un système et lui confère son unité.
Deux espèces de fonctions. — L'étude de l'organisme, celle de son système nerveux qui reproduit ses grands traits, celle des systèmes partiels en lesquels il se décompose, nous y montrent deux espèces de liens : les uns, purement intérieurs, solidarisent les pièces du système et font son unité; les autres, extérieurs, le rattachent à des ensembles plus grands dont il dépend et fait partie. De par la nature même des choses, il y a donc toujours deux espèces de fonctions: les unes, de relation purement intérieure, dites de conservation, que dans les êtres doués de vie on appelle généralement de nutrition ; les autres, de relation au contraire extérieure, ou de relation proprement dite de l'organisme ou du système considéré avec d'autres organismes ou d'autres systèmes de même valeur.
Relations externes et relations internes. — Le système nerveux présente avec évidence ces deux ordres de relations et de fonctions. 11 nous rattache à nos semblables et il rattache intérieurement les parties composantes de notre être. Mais à mesure que nous le décomposons, par l'expérience ou simplement par la pensée, en ses sous-systèmes composants de valeur successivement décroissante, les deux ordres de fonctions deviennent attinbuables à chacune de ces unités : chacune a ses fonctions de conservation et ses fonctions de relation, et la même fonction est à la fois de relation et de conservation, suivant qu'on envisage les organes qu'elle réunit comme des systèmes séparés ou comme un seul ensemble cohérent.
Plasticité du système nerveux. — Et, de fait, ces systèmes sont susceptibles d'isolement et de fusion ; grâce à l'extrême plasticité du système nerveux, ils se rassemblent et se séparent, suivant des plans extrêmement variés. Sans se rompre absolument, les liens se relâchent à certains endi-oits, pendant qu'ils se renforcent à d'autres. Cette mobilité et ce nuancement rendent extrêmement difficile l'étude des fonctions des systèmes : cette étude n'en est pas moins essentielle. Pour le bien comprendre, il faut savoir que les phénomènes de
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la sensibilité consciente réclament l'association d'un grand nombre d'éléments coordonnés, autrement dit ne se développent que dans des ensembles systématisés de neurones. Si, en effet, le mouvement est présent partout (sous forme visible ou invisible) dans la fonction cellulaire, il n'en est pas de même de la conscience: lesfoncUons conscientes sont essentiellement des fonctions systématiques,