DONNÉES PRIMORDIALES
Relations de la sensibilité et du mouTement. — Que les fonctions expriment des relations extérieures ou intérieures à l'organisme, exlérieures ou intérieures à un système considéré, elles ont toutes pour fondement des relations définies entre ces deux choses que nous appelons le mouvement et la sensibilité. De la liaison plus ou moins compliquée qui existe entre ces deux phénomènes dépend la valeur de la fonction et celle du système qui la réalise. A mesure que l'organisation se complique, c'est-à-dire que les systèmes s'associent et se superposent, le phénomène sensitif devient plus évident et à son tour gouverne des mouvements plus différenciés et plus variés. C'est ce qui apparaîtra claii*ement par l'étude analytique et détaillée de chacune des fondions de système. Seulement, pour rendre cette étude elle-même plus claire à mesure qu'elle se poursuivra, il faut rappeler quelques défmitions et donner quelques éclaircissements sur les deux phénomènes essentiels à toute fonction de lêtre vivant.
L'élude de la fonction d'innervation nous mel, disons-nous, en présence de deux catégories de faits, que nos moyens présents d'observalion et d'analyse nous font considérer comme irréductibles ; ce sont, d'une part, le mouvement, et, d'autre part, la sensation. Non pas que celte étude ne nous fasse voir, à chaque instant, leurs relations et leurs dépendances; mais, en raison sans doute de l'imperfection des renseignements qu'elle nous fournit sur l'un aussi bien que sur l'autre, elle n'arrive pas à combler la lacune qui les sépare; force nous est, par conséquent, d'accepter la dualité phénoménale qui les distingue.
Orii^ne des denx notions. — La notion de mouvement nous vient primitivement de ïcxtérieur. Nos propres mouvements ne nous sont connus comme tels que par artifice et raisonnement (contrôle réciproque des différents sens) ; quant aux mouvements les plus intimes de notre être, ils ne parviennent et ne parviendront à notre connaissance que par les efforts de plus en plus grands du raisonnement et de l'analyse scientifiques.
La sensation est, par contre, un fait intérieur à nous-mêmes. — Les sensations des autres, semblables à celles que nous constatons chez nous, ne nous sont connues que par artifice et raisonnement (comparaison des effets moteurs de ces sensations chez nous et chez eux) ; quant aux sensations les plus élémentaires des êtres autres que nous, elles ne nous sont et ne nous seront de leur côté connues que par les efforts persévérants du raisonnement et de l'analyse scientifiques ; les procédés d'étude des deux phénomènes, pour inverses qu'ils soient, ne pouvant différer fondamentalement.
En somme, nous voyons bien que le mouvement extérieur se prolonge en nous et que la sensation existe hors de nous ; mais nous n'arrivons pas à superposer les deax choses (ni en nous, ni hors de nous) assez exactement pour que les deux phénomènes nous apparaissent comme deux points de vue, deux faces, deux modalités d'une seule et même chose, au lieu de rester deux catégories séparées de phénomènes irréductibles.
Analyse des deaz phénomènes. — Dans Tétat présent de nos sciences» l'élude du mouvement est infmiment plus avancée que celle de la sensation. Pour cette raison, le mouvement sert non seulement de témoin, mais aussi de modèle à Tétude de la sensation.
Nous savons que les mouvements complexes sont décomposables en mouvements plus simples et que cette décomposition peut être poussée plus ou moins loin, sans que nous puissions atteindre d'une façon certaine les éléments premiers du mouvement. — Il en est de même pour les sensations : il y en a de complexes qui enveloppent des éléments isolables, lesquels sont à leur tour plus ou moins facilement décomposables en éléments encore plus simples.
A première vue, il saute aux yeux que l'analyse peut être poussée beaucoup plus avant dans l'ordre du mouvement que dans celui delà sensation. Pour qu'une sensation soit présente à notre conscience, il faut qu'elle se développe dans un champ nerveux qui réalise une organisation très complexe. — Inversement, si nous essayons de faire la synthèse des mouvements qui lui correspondent, dans le système nerveux notamment, nous serons tout aussi empêchés d'y réussir (1). Encore une fois, les deux ordi*es de connaissances se rejoignent par des limites qui s imbriquent, mais ne se superposent pas.
Processus d*association. —La sensation la plus simple de celles qui amvent à notre conscience est donc déjà en soi-même un complexus, qui couvre une série progressive d'opérations, fondues en quelque sorte dans l'unité du résultat. Pour parler le langage plus concret de l'anatomie, elle n'est pas un phénomène cellulaire, elle est une fonction systématique. — Si la sensation est actuelle, elle implique l'association d'éléments qui vont de l'un de nos sens à Técorce cérébrale ; si elle est une sensation rappelée, un souvenir, elle implique la coopération d'éléments cérébraux appartenant pour le moins à l'écorce et peut-être à d'autres parties du cerveau, car la limite, ici, n'est pas facile à déterminer. Dans tous les cas, elle est un phénomène évolutif, qui suppose un processus d'association des éléments cellulaires du système neneux ou, plus exactement, des unités dynamiques qui correspondent à ces unités cellulaires.
Senti de la conscience. — La conscience a des degrés en même temps que son champ a des limites variables. Tel acte qui s'opère en nous et qui n'est pas présent à notre conscience peut le devenir par le mécanisme du phénomène inténeur qu'on appelle Vattention. L'instant d'avant, cet acte était au-dessous du seuil de la conscience ; puis il a atteint le degré où il devient nettement conscient. Ce seuil correspond donc à un degré de la conscience, fixé un peu arbitrairement, pour éliminer du conscient tout ce qui n'en représente qu'une valeur douteuse ou difQcilement pei*ceptible. En pratique, nous faisons rentrer dans l'inconscient toute conscience nue de l'être et nous réservons le nom de conscient à la reconnaissance plus ou moins analytique et détaillée de l'être.
Sensation simple. — Si la sensation présente des degrés et des nuances dans son intensité, elle en présente plus encore dans sa complexité. — Nous acceptons, avons-nous dit, comme élémentaire un fait que nous savons au fond
(i) Si l'on s'en étonne, il faut réfléchir que notre organisme est conslniit dans un but pratique et non dans un but de spéculation. Des sensations qui seraient localisées à des territoires correspondant à nos cellules composantes seraient, par leur excès de localisation, sans utilité pour nous; comme la vue synthétique directe des mouvements qui correspondent à une sensation ordinaire nous détournerait de la considération des mouvements extérieui*s beaucoup plus simples, qu'il nous importe au contraire de connaître.