‹ Traité de physiologie (volume 3)Chapitre 43 sur 155 · DONNÉES PRIMORDIALES · texte numérisé non relu

DONNÉES PRIMORDIALES

complexe, mais qui résiste à l'analyse intérieure que nous tentons d'en faire en nous-mêmes. Ce fait, c'est ce qu'on appelle la sensation simple. Une piqûre d'aiguille, la vision d'un point lumineux, l'audition d'un son bref, peuvent nous en fournir des exemples vulgaires. La sensation simple s'accompagne déjà de^ perception; l'objet est perçu comme tel, c'est-à-dire reconnu. Si la perception fait défaut, c'est alors la sensation brute.

Modalités spécifiques. — Ces différents exemples de sensation, de contact, de lumière, de sonorité, etc. représentent ce qu'on appelle des modalités spécifiques (non réductibles les unes aux autres) de la sensation ; chacune d'ellespeut, du reste, embrasser des nuances variées (couleur, tonalité, etc.).

Sensations complexes. — Les sensations simples de nuances différentes s'associent entre elles, pour former des sensations complexes, dans lesquelles les éléments composants sont assez bien fusionnés pour ne plus apparaître distinctement : chaque sens nous fournirait des exemples de ce genre. Les sensations spécifiques des différents sens s'associent à leur tour dans un phénomène qui ne porte plus le nom de sensation et qui marque un progrès définitif, dans l'évolution de cette série de phénomènes intérieurs.

Idée. — Par leurs associations, ces sensations, de forme, de provenance et de complexité si diverses, donnent à leur tour naissance à un processus psychique nouveau, plus compliqué qu'elles-mêmes, qui est Vidée, La genèse de la sensation, à partir de ses éléments, ne nous est pas connue dans son mécanisme, parce que ces éléments eux-mêmes ne sont pas accessibles à la conscience : autrement dit, la conscience ne commence à devenir claire qu'autant que ces éléments sont associés dans une sensation ; isolés, ils lui échappent. La genèse de l'idée, par l'association des sensations, devient par contre accessible à ['observation intérieure. La psychologie a, de tout temps, largement utilisé ce moyen, pour l'étude de la formation des idées. Le progrès a consisté, de nos jours, à faire pénétrer l'observation extérieure et Vexpérience jusque dans ce domaine. Chez l'homme et chez les animaux, on trouve réalisées ou on réalise expérimentalement des lésions du système nerveux, qui dissocient ces manifestations complexes delà conscience, suppriment les unes, laissent persister les autres, et nous éclairent ainsi, bien que d'un jour encx)re faible et trop souvent incertain, sur les conditions de leur existence.

Connaissance; reconnaissance. — Les éléments psychiques qui forment les sensations et les idées ne sont pas seulement associés d'une façon actuelle ou contemporaine ; le fonctionnement régulier du système ner\'eux leur assure en plus une liaison, une association, partant une continuité à travers le temps. — Les sensations et les idées nouvelles, qui se forment en nous, rappellent à l'existence les sensations et les idées antérieures du même ordre : nous reconnaissons les objets, les mouvements, les phénomènes, les signes, les symboles, qui antérieurement ont fait déjà impression sur nous, quand cette impression vient à se renouveler. Ce rappel à l'existence de sensations et d'idées antérieures, qui semblaient effacées en nous, implique qu'elles^ s'y étaient en réalité conservées, à un état comme latent, dissimulé, que, dans l'espèce, on appelle Vétat inconscient. Les impressions nouvelles les ramènent au seuil de la conscience. C'est le souvenir ou reconnaissance des phénomènes avec lesquels nous avons déjà eu contact.

Résida. — Autrement dit, toute impression, toute sensation laisse en nous un résidu. Les sensations nouvelles du même ordre s'y superposent, par conséquent s'y associent, en le rappelant à l'actualité. Cette identification du phénomène nouveau avec l'ancien, à travers le emps, nous permet de le recon-

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naître; à défaut de cette identification, l'expérience du passé n'existerait pas pour nous, l'aclion du monde extérieur sur nos sens représenterait un perpétuel nouveau, c'est-à-dire un perpétuel inconnu.

Remarque. — 11 peut sembler que ces données sur les pi*ocessus psychiques seraient mieux à leur place à la fin de l'élude des fonctions nerveuses, comme leur conclusion dernière, et non à son début. Nous les y retrouverons effectivement dans l'analyse d'un certain nombre de cas particuliers, notamment de la fonction du langage; mais, dès les premiers pas que nous ferons dans celte étude, nous allons rencontrer précisément ces phénomènes de sensibilité, s'offrant à nous comme conséquence inévitable de toute expérience, de toute analyse du système nerveux. — Dans l'ordre du mouvement, nous pouvons, si nous le voulons, aller du simple au composé ; dans l'ordre de la sensibilité, c'est un phénomène déjà synthétique qui s'offre à nous, comme première donnée saisissable. Force nous est de le décrire sommairement tout d'abord, quitte à justifier nos affirmations, à mesure que les faits d'observation et d'expérience se déroulei*ont devant nous. Moins que toute autre science, la physiologie peut procéder par voie déductive ; dans l'être vivant tout se tient, tout s'enchaîne étroitement; ce qui fait que, dans l'étude de ses fonctions, c'est du composé au simple que nous procédons assez souvent.

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