CIRCULATION NERVEUSE
11 est manifeste que rexcitation est conservée dans le système nerveux. Nous la voyons, en efTet, sans cesse affluer en nous par la voie des sens, sans que le mouvement musculaire s'ensuive immédiatement; et, d'autre part, ce mouvement peut naître en nous sans provocation extérieure, c'est-à-dire longtemps après que la provocation a eu lieu. Uy a une liaison dans le temps entre les actions motj'ices présentes et les excitations sensitives passées. Comment nous expliquer cette liaison ? Comment comprendre que l'ébranlement excitateur, qui n'a pas eu d'effet immédiat et qui semble s*ètre perdu et anéanti dans les voies nerveuses, puisse, à un moment donné, renaître avec son intensité primitive? Comment est comblé cet hiatus ?
I. Circulation de i'excitation. — L'état d'excitation, avec les conséquences qu'il entraîne dans le système nerveux (sensation consciente ou inconsciente, mouvement volontaire ou involontaire), est conditionné par un mouvement intime qui est propagé dans les nerfs avec une vitesse définie. Malgré les retards ou les arrêts temporaires éprouvés par lui, ce mouvement moléculaire, qui a lieu dans un sens déterminé, se déchargera dans le tissu musculaire si quelque disposition particulière n'intervient pas pour le retenir dans le système nerveux. L'excit^ition, telle que nous la concevons d'après l'étude analytique des éléments nerveux, n'est pas un état
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stationnaire. A peine engagée dans un cycle, elle le traverse en entier dans sa longueur, comme Tacte réflexe nous le fait bien voir. Arrivée à sa lin, elle n'a, pour y persister, qu'un moyen, c'est d'y renaître par artifice, en pénétrant de nouveau dans ses voies originelles. En un mot, e//^ ne s'y conserve que parce quelle y circule et qu'autant qu'elle y circule. Comment s'effectue cette circulation et quelles sont les conditions anatomiques qui la rendent possible?
II. Excitation automatique. — L'acte réflexe, dans nombre de cas, nous montre comment s'efl'ectue ce renouvellement automatique et en c^^uelque sorte indéfini de l'excitation. Dans le concept de cet acte, tel qu'il est actuellement dans les esprits, entre pardessus tout l'idée d'une dépendance étroite du mouvement à l'égard de la sensibilité (consciente ou inconsciente) ; mais cette idée n'expi'ime qu'une partie de la vérité. Cette dépendance est réciproque, en ce sens que, si le mouvement musculaire y dépend d'une excitation sensitive, cette dernière à son tour y dépend du mouvement musculaire ; c'est du moins ce qu'il est facile de voir dans un grand nombre d'actes fonctionnels d'un ordre simple et régulier, comme ceux qui entretiennent les fonctions dites de la nutrition (mouvements du sang dans les vaisseaux ou de l'air dans les poumons, etc.).
Si celte réciprocité, si cet automatisme nous échappe de prime abord, c'est que, dans un but d'analyse, nous l'avons rompu pour mieux apercevoir le lien intérieur, central^ comme l'on dit, qui rattache le mouvement à la sensibilité. Dans nos expériences, nous fournissons nous-mêmes l'excitation sensitive, pour être sûrs de sa provenance, et nous recueillons le mouvement musculaire dans un appareil myographique, pour le mieux voir et le mieux étudier. Mais ce système ouvert à l'extérieur est artificiel, répétons-le; eu tout cas, dans la réalité des choses, il est loin d'être la règle. Un lien extérieur, périphérique^ rattache donc à son tour la sensibilité au mouvement et l'en fait dépendre. Le système cyclique, une fois amorcé, continue de lui-môme son fonctionnement. Ses pertes en excitation sont minimes, sa dépense en énergie est extrêmement faible et au surplus couverte par les échanges qu'il fait avec le sang qui circule dans ses vaisseaux.
Arcs réflexes superposés. — Le système nerveux est formé de deux assises ou deux systèmes superposés, qui répètent l'un au-dessus de l'aulre la même ligure, le même schème, plus ou moins compliqué: celui d'un arc à deux branches, figurant une double canalisation, perméable en sens inverse aux excitations.
a. Arc inférieur, -— Le système inférieui' est formé par les racines mêmes du système nerveux ; ce sont des éléments étendus de la substance grise de la moelle épinière et des ganglions aux organes des sens et du mouvement. Ce système primitif est fondamental ; il est la voie obligée des échanges qui (au point de vue nerveux) se font enti'e nous et le milieu extérieur; il peut se suffire à lui-même et fonctionner seul, comme il arrive dans les actes à proprement parler réflexes ; il est même capable de conserver en lui l'excitation par une sorte de circulation neuro-musculaire, ainsi qu'il vient d'être dit.
b. Arc supérieur. — Le système supérieur s'alimente (en fait d'excitations) dans le précédent ; il le prolonge à l'intérieur de nous, en le compliquant extraordinairement. L'observation la plus vulgaire nous apprend que sa capacité pour les excitations est presque infinie. Il représente de celle-ci un réservoir en quelque sorte inépuisable. 11 les conserve donc également dans son intérieur, et cette conservation est la condition première de la continuité de la vie psychique (consciente ou inconsciente) et en particulier de la mémoire. Nous savons que celle vie psychique peut continuer et même être très intense en dehors de toute excitation extérieure et de toute réaction contre lextérieur : elle est alors concentrée dans les parties supérieures du système nerveux, principalement dans le cerveau.
Leur fonctionnement indépendant. — Évidemment le système supérieur, en totalité et par parties, est susceptible de s'isoler comme l'inférieur ; ce qui veut dire que, ayant reçu de ce dernier une certaine provision d'excitations, il les conser\e en lui, avant de les lui restituer.
Le mécanisme de cette conservation est en principe le même que celui que nous avons vu en œuvre dans le système inférieur; il est assuré par un automatisme en vertu duquel l'excitation, après avoir parcouru ses voies, y rentre à nouveau par une sorte de circulation continue. — Défait, l'anatomie nous montre ^ là encore, rexistence d*un rentable circuit fermé, au lieu de Tare ouvert qu'on admet généralement.
Leur forme cyclique. — Le cerveau et la moelle épinière sont formés, comme on sait, de faisceaux blancs et de masses grises. Les faisceaux blancs sont composés de libres à direction invei^e, les unes ascendantes, les autres descendantes, appelées les premières sensitives et les secondes motrices, par analogie avec les fonctions des racines médullaires. Ces fibres, indépendantes et isolées le long de leur trajet, entrent en n^lation les unes avec les autres dans les lieux occupés par la substance grise. Cette relation a été bien établie dans l'écorce cérébrale entre leurs extrémités supérieures, et la physiologie l'utilise pour expliquer le passage de l'excitation des premières aux secondes ; mais il y a plus : une connexion du même genre a été démontrée exister entre leui's extrémités inférieures. Le circuit postulé pour expliquer la conservation de l'excitation a, de par Tanalomie, une existence réelle.
Fermeture inférieure du circuit. — L'excitation, disons-nous, se communique des libres ascendantes aux libres descendantes (des fibres sensitives aux libres motrices) : cette communication est visible dans lécorce cérébrale; mais elle se communique aussi des libres descendantes aux fibres ascendantes : cette communication est visible dans certains oi^anes sensoriels, notamment la rétine, le bulbe olfactif, les noyaux de l'acoustique. — Le nerf optique n'est pas formé uniquement de fibres ascendantes (centripètes), mais il contient aussi des fibres descendantes (centrifuges), dont les ramilications terminales s'épuisent dans l'épaisseur de la rétine. L'excitation que les fibres ascendantes ont une première
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fois propagée vers le cerveau se trouve ramenée par les vers son point de départ, et, par les connexions que ces fibres ont avec les libres ascendantes du nerf optique, elle se trouve emportée de nouveau dans sa direction première. Il y a renouvellement périodique et automatique de l'excitation.
Dans le bulbe olfactif, les choses se passent de même, avec ce détail intéressant que l'on y voit distinctement les arborisations qui recueillent l'excitation descendante pour la maintenir dans le cii-cuit. Les cellules mitrales du lobe olfactif présentent en effet, en plus de leur axone qui est dirigé du côté du cerveau, deux ordres de prolongemenls. L'un d'eux, dirigé verticalement, recueille les excitations extérieures transmises par le neurone primaire olfactif; les autres, diiigés latéralement, sont en connexion avec les libres centrifuges du lobe olfactif (Van Gehl'Chten). Ce sont eux qui assurent la ciirulation des excitations dans le système.
Ce qui fait la valeur démonstrative de ces exemples, c'est qu'à l'extrémité de ces libres centrifuges descendantes l'excitation n'a aucune connexion possible avec des organes de mouvement : on ne lui voit donc, d'apr»»s les propriétés connues des éléments nerveux, d'autre destination possible que de remonter du côté du cerveau. — Le cycle est ici fermé sur lui-même, sans interposition d'éléments étrangers. La circulation, ici, n'est plus neuro-musculaire ; elle est inténcurc au système nerveux lui-même : c'est une véritable circulation nerveuse.
Absence de preuve expérimentale. — Nos moyens expérimentaux, il faut bien le dire, ne nous [>erniettent pas présentement de saisir in actu ce phénomène de circulation nerveuse. L'activité nerveuse, en effet, n'est pas saisissable en soi, et nous n'avons do témoin commode de son existence que le mouvement musculaire. Mais, d'un autre côté, la supposition contraire que l'excitation ne se communique jamais dos libres descendantes aux fibres ascendantes (supposition qui est au fond de toutes les théories actuelles des fonctions nerveuses) n'a pour s'appuyer, elle non plus, aucun fait d'expérience démontrant cette impossibilité. — Lair. réflexe cérébral existe, tout le monde l'admet; est-il ouvert à son extrémité inférieure ou est-il fermé? l'expérience est muette sur ce point. Mais si nous réfléchissons que l'anatomie nous montre à son extrémité inférieure, entre ses voies, des connexions en tout semblables (sauf que les rapports sont inverses) à celles qui existent à son sommet, l'hypothèse que ces connexions y assurent, comme dans le cerveau, une transmission de l'excitation des unes aux autres est assurément plausible et, comme telle, sentée.
fibres descendantes,.
F'if^.iOS. -^Réflexion pénphérique des^ excitations.
a, cellule olfactive transmettant l'excilation jusqu'à l'intérieur (l'un glomérule : A . cellule mi traie du bulbe olfactif recueillant cette excitation par un prolongement protoplasiiii(|ue particulier, et l'écoulant vers le cerveau ; c, terminaisons cylindraxiles d'un neurone qui ramène l'excitation du cen'oau à. la môme cellule mi traie b, qui la recueille pai' un prolongement protoplasmique distinct :
(t, cellule d'association.
Le courant des excitations va dans le sens des flèches. — De rt en 6 il y a pénétration de l'excitation de Icxtérieur à l'intérieur du systcme nerveux. — De c en b il y a circulation de l'excitation dans un système cyclique.
pouvait être pré-