XXIX
En considérant les phénomènes qui constituent l'acte de la génération , il importe de se représenter les questions principales, dont la solution peut rendre possible une compréhension plus intime de cet acte. La question la plus importante est celle-ci : les substances génératrices, formées dans les parties sexuelles mâle et femelle qui préparent le germe, doivent-elles éprouver un contact réel , et dans l'affirmative, comment et de quelle manière cela a-t-il lieu? La solution de cette question est liée à des difficultés particulières chez les animaux supérieurs et chez l'homme j c'est ce qui nous oblige à rechercher, dans les degrés les plus éloignés de la nature organique, des observations qui puissent nous conduire à des indications certaines, dans cette matière obscure. Chez les plantes il est démontré, par les recherches faites dans ces derniers temps, qu'il y a un contact matériel intime entre le boyau pollinique et sa fovilla d'une part et le nucléus de l'œuf de l'autre ; ce n'est qu'aussitôt que cela a lieu que se forme l'embryon ( 1 ) . Chez les vertébrés inférieurs, comme les grenouilles, les crapauds, au temps des amours, on voit le mâle, placé sur le dos de la femelle, arroser de son sperme les œufs au moment où ils sortent du cloaque; cette copulation est courte ou prolongée; ellese prolongesouvent pendant quelques semaines; mais toujours elle dure jusqu'à ce que tous les œufs soient expulsés (2). Chez les poissons osseux, où il
n'y a pas de copulalion, des observateurs allentifs ontcependanl remarqué que les femelles sont poursuivies parlesmâles,queces animaux tournent leur ventre l'un vers l'autre, qu'ils frottent leurs ouvertures anales l'une contre l'autre et que le sperme est répandu dans le moment où les femelles déposent leurs œufs (3). Parmi les invertébrés, on trouve souvent les gastéropodes et les insectes accouplés , et cet accouplement dure quelques heures; lorsqu'il est terminé, ou si l'on y met fin en séparant après quelque temps les parties sexuelles , on trouve, chez la femelle, du sperme en grande quantité ; il est déposé dans des poches particulières ou réservoirs, dont le conduit excréteur est placé de façon que les œufs, à leur sortie des oviductes, doivent nécessairement entrer en contact avec lui au moment de leur passage (4). Ces exemples, tirés de groupes très-différents de la nature organique, pourraient facilement être augmentés; ils démontrent que dans l'acte de la génération, dans les conditions les plus différentes, avec ou sans copulation , le sperme et les œufs doivent subir un contact réciproque.
(1) Chez les plantes, l'acte matériel spécial , par lequel les boyaux polliniques passent , souvent par des voies très-longues , à travers le tissu cellulaire du style pour arriver à l'ovaire et par l'ouverture ou micropyle du sac embryonnaire jusqu'à son nucléus , a été mise hors de doute par les observations de R. Brown, Brongniart , Amici , Corda, Schleiden, Wtdler, Valentin , etc. ; seulement on n'est pas d'accord sur l'organe qui se transforme en embryon , mais tout le monde reconnaît que celui-ci n'apparaît qu'après cet acte matériel.
(2) Pour celui qui ne veut pas faire lui-même des recherches , les excellentes observations de Roesel, sur les grenouilles, peuvent tenir lieu de développements- RoESEL, Hisloria ranarum nostratmm. Nuremberg, 1758, fol. La grenouille verte, rana esculenîa, doit souvent rester accouplée trente à quarante jours ; le mâle reste sur la femelle jusqu'à ce que tous les œufs soient sortis du cloaque ; chez la grenouille rousse, rana temporaria, dont les œufs sont expulsés en un paquet dans l'espace d'un quart d'heure, l'accouplement est beaucoup plus court ; immédiatement après l'expulsion des œufs , le mâle répand sa semence et s'éloigne aussitôt de la femelle. Chez la rainette verte, l'accouplement dure environ trois fois vingt-quatre heures, avant que le frai ne sorte; le temps de sa sortie diffère d'ailleurs de deux à quarante-huit heures ; lorsqu'elle se fait trop longtemps attendre, au gré du mâle, celui-ci abandonne la femelle, avant que les œufs ne soient expulsés; dans ce cas ces
derniers ne sont pas fécondés. On trouve des rapports entièrement semblables chez les crapauds, etc.
(3j Comparez, sur l'accouplement des poissons, les observations de Argil- LANDER et Grant , rassemblées et augmentées par Baer. Voyez ses Bêcherches sur] l'histoire du développement des poissons; Leipz,, 1835, vol. 4. p. 4.
(4) AcDOUiN a désigné la poche ou la bourse, qui, chez les insectes femelles, reçoit le sperme, sous le nom de poche copulatrice. Si l'on fait des recherches sur des papillons, des hannetons, etc., saisis pendant l'accouplement, on trouve toujours cette poche remplie de sperme contenant des animalcules spermatiques qui se meuvent avec vivacité. Voyez mes Beitrâge zur gesch. der seugung, p. 560. — Siebold, dans un travail anatomique et physiologique trèscomplet, indique ce receptaculum seminis , comme une formation générale chez beaucoup d'insectes, Muller's Archiv., 1837, p. 392.