IV
Le liquide spermatique (liquor seminis) ne peut être l'objet d'aucune recherche microscopique ultérieure , à cause de sa transparence et de son homogénéité. On ne peut parvenir par aucun moyen à l'obtenir séparé des corps qu'il contient, comme cela a lieu pour le sang , dont on peut isoler le liquide (liquor sanguinis) , chez les animaux qui ont les globules assez gros, comme, par exemple les grenouilles, en le séparant à l'aide du filtre qui retient les globules sanguins. En effet , celle mélhode n'est pas applicable aux animalcules
spermatiques qui, étant trop petits, passent à travers le filtre; d'un autre côté le sperme , qui est visqueux , s'attache trop fortement aux bords de l'appareil et ne passe pas à travers le filtre. Même en déposant pendant plusieurs jours une quantité suffisante de sperme dans un verre à expérience , le liquide ne se sépare pas et forme tout au plus une légère saillie sur le verre (1). Les granules spermatiques ont l'apparence des globules delà lymphe; ils sont pâles, quoique présentant la plupart, des bords assez obscurs , de forme ronde et peut-être un peu aplatie ; leur surface, à ce qu'il semble, est finement granulée, le diamètre de la majeure partie d'entre eux est de 1^300 à 1^400 de ligne. ( Icon. phys. Tab. I. fig. I, a, e, puis surtout fig. VI, A, c, et fig. VII, b.). On ne peut pas avancer avec certitude que ces granules contiennent un nucleus (2). Outre ces granules , on en rencontre parfois , mais non régulièrement, d'autreschezles vertébrés supérieurs; ils sont petits, brillants , pourvus de bords obscurs , réfractant fortement la lumière et présentant la plus grande analogie avec de petites gouttelettes de graisse ou d'huile (Icon. phys. T. I, fig. VI, B, a et b) (3). On trouve encore parfois dans le sperme des molécules plus petites, qui présentent le mouvement moléculaire de Brown; on ignore si ce sont des granules particuliers, ou, ce qui est plus vraisemblable , des particules détachées d'autres corpuscules qui les accompagnent. On y rencontre très-souvent des cellules détachées de l'épilhélium; on ne doit pas les confondre avec les granules spermatiques. Plus souvent encore on trouve des lambeaux entiers d'épithéliura , présentant des cellules réunies en manière de pavés.
(1) Le meilleur moyen de se convaincre de la présence du liquide spennatique, est celui que nous avons indiqué dans le paragraphe précédent, qui consiste à ajouter une goutte d'acide acétique ou d'alcool au sperme non étendu; les spermatozoaires sont ainsi modifiés et ordinairement on voit apparaître de petites granulations. Parfois, dans mes expériences, il y avait un si grand nombre d'animalcules et si peu de liquide, qu'il m'était impossible d'obtenir ce dernier. Ce défaut de réussite, souvent répété, ne doit pas induire en erreur. J'ai pu me convaincre , avec la plus grande certitude, de la présence du liquide spermatique chez les lapins et les grenouilles , sur lesquels i'ai fait les expériences les plus fréquentes ; parfois apparaissent de véritables
grumeaux, entièrement analogues à ceux des liquides albumineux ; c'est surtout sur les bords de la goutte , où il y a moins de spermatozoaires réunis , que cela est évident. L'expérience réussit le mieux quand on emploie l'alcool, la perturbation et le dépôt des granules étant incertains ouimparfaits, quand on fait usage de l'acide acétique ; si l'on ajoute à l'acide acétique un peu d'alcool, à l'instant même les petits grumeaux apparaissent.
(2) Les granules spermatiques , granula seminis , semblent être réellement des parties constituantes normales du sperme et non pas des feuillets d'épithélium modiflés ou les nuclei de ces derniers ; toutefois on trouve ces dernières formations mélangées au sperme , à la suite de l' exfoliation de l'épithélium. Mais elles sont toujours plus pâles et plus aplaties et n'ont jamais des bords aussi obscurs que les granules spermatiques. Quoi qu'il en soit , il ne semble pas qu'on puisse encore décider avec certitude si ces derniers sont des produits plastiques du sperme ou des productions des cellules de l'épithélium. Je les ai trouvées chez l'homme et chez tous les animaux , tantôt en très-petit nombre , tantôt en grande quantité , comme on peut s'en convaincre parfaitement chez les oiseaux, en examinant une seule espèce, par exemple : les pinçons (Fringilla coelbs). Il me semble au reste que la présence des granules spermatiques est en raison directe de la production du sperme; ainsi chez les oiseaux , c'est au temps de la plus grande turgescence du testicule et du canal déférent que l'on y rencontre le plus grand nombre de ces granules. La grandeur de ceux-ci varie considérablement chez le même animal; les chiffres que nous avons donnés, sont des termes moyens; on en trouve aussi fréquemment qui ont de 1/200, 1/150, rarementde 1/100 de ligne; d'un autre côté on en voit aussi qui n'ont que 1/500 et 1/600 de ligne-
(3) J'ai trouvé parfois les corpuscules, supposés graisseux, mêlés au sperme du canal déférent , chez des animaux de toutes les classes , rarement chez l'homme (mais toujours beaucoup plus rarement que dans le sperme du testicule) ; leur grandeur varie ; mais la plupart sont plus petits , plus obscurément circonscrits que les granules spermatiques ; ils ne sont ni granulés , ni ponctués (par conséquent ce ne sont pas des agrégats de molécules plus ténues); ils sont très-faciles à distinguer des granules spermatiques, lorsque l'on a quelqu'habitude des observations microscopiques. — J'ai trouvé plusieurs fois , mais non constamment , les tout petits globules cités de 1/800 de ligne : chez le hérisson , la chauve souris et autres animaux. Parfois ces petits globules traversaient avec vivacité le champ du microscope, en présentant clairement un mouvement propre , qui ne pouvait pas être ramené au mouvement moléculaire. Sont-ce des monades, ou bien des œufs de spermatozoaires ?
Parmi les divers éléments microscopiques du sperme , les animalcules spermatiques ou spermatozoaires frappent plus particulièrement l'observateur par leurs formes variées , leurs propriétés vitales et leur développement. On les rencontre chez tous les animaux capables de se reproduire (1) ; on prétend même en avoir trouvé dans les plantes (2). Pour les ob-
server sous leur forme la plus parfaite , dans toute leur grandeur et jouissant de toute leur force vitale, on doit les prendre dans répididyme ou dans le canal déférent. Ce qui frappe au premier abord , c'est la variété de leur forme dans les différentes classes , les différents genres ou espèces. Chez l'homme (T. I, fig-. I, a, d ) ils sont très-petits, ne surpassent guère 1^50 et tout au plus atteignent Ij^O de ligne. Le corps , qui est petit, ovale, un peu aplati, en forme d'amande et transparent, a de 1^600 à l^SOOde ligne, rarement davantage; la queue filiforme est plus épaisseàson origineet assez grosse, pour que l'on puisse voir clairement son double contour ; vers son extrémité elle devient si fine, qu'on ne peut plus la suivre, même au moyen des grossissements les plus forts. 11 résulte de là qu'il serait possible que l'extrémité très-fine de cette queue s'étendit encore plus loin et que les spermatozoaires fussent plus grands ou plus longs qu'ils ne le paraissent (3). Chez les mammifères, les formes des spermatozoaires sont analogues à la précédente (T.I, fig. III, 1 — 9) ; la plupart sont cependant plus longs et, ce qui est remarquable , c'est que les animaux les plus petits, savoir ceux qui appartiennent à la tribu des Muséides, présentent les spermatozoaires les plus longs. Ainsi ceux du rat (Musrattus) (fig. III, 7), ont 1/12 de ligne de long et peutêtre même davantage; le corps a de 1/150 à 1/200 de ligne ; la queue est plus grosse, plus forte et facile à poursuivre jusqu'à son extrémité. Le corps, ou la partie antérieure des spermatozoaires , présente des formes nombreuses ; chez les singes (fig. 111, 4), il est semblable à celui du spermatozoaire de l'homme, maisun peu plus grand; chez la taupe (fig. III, 3), il est plus allongé; chez le chien (fig. III, 4), le lapin (fig. III, b), ie chevreuil (fig. 111, 9), il est pyriforme , quoique toujours irès-aplati , différemment nuancé et grand. Les Muséides présentent des formes très-extraordinaires sous ce rapport ; le corps est courbé en arrière en forme de faucille; il est trèsétroit, mais long; chez le rat (fig. III, 7), la queue commence un peu au-dessus de l'extrémité inférieure du corps ; la souris (fig. 111, 6) offre, sous ce rapport, une analogie frappante; le corps est seulement plus court, moins effilé à son extrémité
antérieure et faiblement courbéj vu de côté, il ressemble à un bistouri courbe, le corps est en outre creusé à l'endroit où «'insère la queue ; cette dernière particularité est encore plus apparente chez le campagnol des champs {hypuadeus arvalis) (fig. III, 86) ; dans ce dernier cas, le corps, vu de coté, est plus obtus encore en avant et en arrière (4). Chez les oiseaux, on trouve deux formes différentes principales j tantôt le corps est long, étroit , d'apparence cylindrique, pourvu d'une queue très-mince, filiforme, dont la longueur est égale au double de celle du corps, et dont la séparation d'avec ce dernier est trèsmarquée (fig. IV h et i); cette forme semble être fondamentale chez les rapaces , les grimpeurs , les gallinacés , les échassiers et les palmipèdes ; tantôt le corps est effilé en avant et fait plusieurs tours de spirale, le plus souvent trois ou quatre , de sorte qu'il ressemble à un tire-bouchon ; il se continue en une queue très-longue , s'amincissant graduellement • cette forme appartient aux passereaux (fig. IV, a, c, d, f, g). Le nombre des tours , des angles de cette spirale varie selon les familles et les genres," la longueur et la force de la queue sont aussi trèsdifférentes. Ainsi chez le merle commun (fig. IV, f) la spirale est très-allongée , les angles des tours sont obtus ; tandis que chez les pies-grièches (lanius) , les tours sont très-rapprochés et leurs angles presqu'aigus (fig. 9). La queue est ici courte et fine ; de sorte que le spermatozoaire n'a que IjSO à 1^60 de ligne , tandis que dans les pinçons , il est beaucoup plus grand et plus fort. Chez le pinçon ordinaire (firingilla cœlebs fig. IV. a), il atteint jusqu'à 1^6 de ligne en longueur, la queue est très-forte , rigide et tendue , elle ne serpente pas , ce qui est d'ailleurs la règle générale chez les spermatozoaires des passereaux. Chez les reptiles cailleux , tels que les lézards et les serpents , les spermatozoaires présentent la plupart un corps allongé et une queue ayant la forme d'un cheveu, comme chez la majeure partie des oiseaux (par exemple chez le coq, fig. IV. i). Chez les grenouilles , il en est de même ; mais chez les autres batraciens , ils offrent de grandes variétés dans leur forme. C'est principalement chez les salamandres terrestre et aquatique qu'ils sont le plus remarquables (0); ils présentent un corps
long , effilé en avant , terminé par un petit renflement , qui se continue en une queue, laquelle s'amincit progressivement et dont l'extrémilé vient se tourner en spirale autour du corps. Chez les raies et les requins , les spermatozoaires paraissent être longs et filiformes , tandis que chez les poissons osseux , leur corps est entièrement globuleux, parfois pourvu d'un léger prolongement ; la queue est assez longue , mais très-fine , ce qui fait qu'elle est difficile à voir. Les invertébrés nous offrent des spermatozoaires le plus souvent très-minces, longs , ayant la forme d'un cheveu ; c'est le cas chez la plupart des insectes ; ils sont analogues , mais plus gros et généralement plus longs chez les mollusques gastéropodes; dans quelques genres, ils ont jusqu'à 1^2 ligne de longueur; ils présentent une extrémité en forme de corps , qui est un peu plus épaisse , un peu plus développée et qui parfois, comme par exemple chez plusieurs moules , prend une forme ovale , de sorte que ces spermatozoaires ressemblent assez à ceux des mammifères (6).
(1) Les hommes et les animaux ne sont capables d'engendrer qu'après avoir atteint un certain âge. Dans nos climats l'époque de la puberté , pour le sexe masculin, arrive généralement vers l'âge de quinze à dix-huit ans et s'annonce par l'apparition de pollutions nocturnes involontaires. Cette époque arrive plus tôt pour le sexe féminin, ordinairement de 13 à 16 ans, rarement à 12 ou plus tôt ; le phénomène qui caractérise cette époque , est l'établissement des menstrues, menstruatto. Ce phénomène , qui se renouvelle toutes les quatre semaines, consiste en un écoulement continu de sang, provenant de l'utérus ; il dure plusieurs jours et il est accompagné d'une exfoliation de l'épithélium de la muqueuse, qui se régénère ensuite. Le sang des menstrues est difficilement coagulable et le plus souvent foncé en couleur. Chez les animaux, on n'a observé de phénomène analogue, que chez les singes et les chauves-souris. Chez l'homme et les animaux domestiques, les mammifères comme les oiseaux, les organes sexuels qui préparent le germe, sont toujours en activité et la procréation est possible en toute saison. Chez les animaux qui vivent en liberté elle est bornée à une certaine époque de l'année , désignée sous le nom de rut ; dans la majorité des cas , elle arrive au commencement du printemps ; ce n'est que pendant cette époque que les parties génitales entrent en turgescence et que , dans la règle , des spermatozoaires sont produits. La femme perd ordinairement la faculté d'engendrer vers l'âge de 45 à 50 ans ; l'appétit vénérien diminue chez l'homme, mais la faculté d'engendrer semble subsister pendant toute la vie , chez ceux qui jouissent d'une bonne santé ; il ne manque pas d'exemples d'hommes de 70 ans, môme de î< 0 ans et au dçlà, qui ont engendré. J'ai trouvé, chez des hommes très-âgés , des spermatozoaires dans les testicules ; la faculté d'engendrer ne cesse réellement
que chez des vieillards faibles et décrépits : Thomas Parre put encore dans sa 142me année, accomplir l'acte de la copulation.
(2) Les observateurs les plus récents et les meilleurs ont émis des opinions très-opposées sur les corps appelés phytospcrmes, qui se trouvent dans le liquide poUinique des plantes. Le pollen et le tube pollinique contiennent un liquide légèrement visqueux, dans lequel sont suspendus de petits corpuscules; ce liquide a été considéré comme le sperme de la plante , fovilla ; Adolphe Brongniart a comparé les corpuscules aux animalcules spermatiques et observé leur courbure dans les espèces d'hibiscus et osnothera ; voyez ses Recherches, sur la génération, etc. Annales des se. nat. xii, p. 34 (1827). — Robert BROWNa fait des observations semblables (F. ses œuvres diverses en ail. vol. IV. 146). — D'autres observateurs, comme Hugo Moul, nient les changements de formes de ces corpuscules et les considèrent comme des grains de fécules {Beilraege zuranatomie und physiologie der getvaechse. i , p. 32. Contributions à l'anatomie et à la physiologie des plantes). Il a trouvé que les granules les plus petits de la fovilla avaient 1 210000 de ligne de Paris, les plus grands 12400. Beaucoup d'observateurs assimilent d'ailleurs les mouvements de ces granules au mouvement moléculaire Suivant Meyen les phytospcrmes sont clairement visibles dans les espèces d'oeaothera. Schlei- OEn { Archives de Wiegmann , 1838, 56) regarde tous les phytospcrmes comme des grains d'amidon ; Fritzsche émet la même opinion, dans ses observations très-exactes sur le pollen, publiées àPétersbourg, 1837. Les corpuscules, pourvus d'une queue , que l'on rencontre dans les anthères des mousses, sont ceux qui, pour la forme, répondent le mieux aux spermatozoaires des animaux ; déjà des observateurs les avaient vus antérieurement. Meyer et Werneck en ont donné des descriptions et des figures très-exactes ; ils les considèrent comme de véritables animalcules de la semence {Regensb. botan. zeîtung, 1834, 135) (Journal de botanique de Batisbonîse). Meïen a récemment décrit des spermatozoaires pourvus d'une queue dans les antiières du Marchantia polymorpha [Archives de Wiegmann, 1838, 212). — Valentin regarde les corpuscules de la fovilla comme des molécules de Brown ; il n'a jamais observé les animalcules ni dans le sphagnum , ni dans le marchantia ; les phytospcrmes n'ont d'ailleurs jamais fourni les caractères principaux des spermatozoaires, c'est-à-dire l'organisation interne et le développement dans des kystes [Valentin's repertorium, 1838, 63). Malheureusement il ne m'a pas été possible de faire moi-même des observations sur le sphagnum, n'ayant pu, depuis plusieurs années , en trouver des anthères dans les contrées les plus diverses. Dans d'autres mousses , par exemple orîholrichum , funaria, ctc ; je n'ai jamais vu de corpuscules pourvus d'une queue et les granules du contenu de l'anthère ne semblaient présenter qu'un mouvement moléculaire ; ce mouvement continuait dans la teinture d'iode. Dans les anthères du marchantia polymorpha, outre les petites molécules noires, j'ai vu aussi des corpuscules verts dont le mouvementrapide semblait indiquer l'existence d'une queue ; cette dernière devint d'ailleurs évidente par la teinture d'iode , qui arrêta le mouvement ; ces corpuscules sont beaucoup plus petits que les spermatozoaires humains.
Les corpuscules particuliers, que l'on trouve dans l'oenoi/iera&îenm* et dans d'autres espèces , ne m'ont pas paru aussi évidents; leur mouvement paraissait volontaire; la grandeur de ces corpuscules jaunâtres, allongés, trans-
parents, était de I26OO à IîSOO de ligne; placés dans la teinture d'iode , ils devenaient opaques et ressemblaient à des grains d'anis;le mouvement des molécules plus petites ne cessait pas après l'addition de la teinture d'iode. Comparez la remarque 3 au § 22; pour les observations de Brongniart et autres, comparez De Candolle, Physiologie végétale, 1832 , 1. 11, p. 532. Meyen traitera probablement ce sujet complètement dans le S^e volume de la physiologie des plantes.
Unger a publié deux précieux mémoires accompagnés de belles planches , sur les phytosperraes : A'oua acto academioe Caesar. Leopold. nat. curios. vol. XVIII (1837, p. 687 et p. 786). Ses observations se rapportent aux anthères des mousses et aux prétendus phytospermes qu'on y rencontre. Dans le premier mémoire l'auteur décrit très-exactement les phytospermes du sphagnum. Dans le second il donne des figures des phytospermes du polytrichum , qui présentent beaucoup de rapports avec ceux du sphagnum ; ensuite viennent ceux du marchantia. Unger a trouvé des corpuscules tout-à-fait analogues dans d'autres mousses {funaria et bryum) et dans le grimaldia hemisphaerica. Il est nécessaire de savoir le moment du développement le plus complet du contenu de l'anthère. D'après Unger le mois de mai serait le moment le plus favorable pour faire des observations sur le polytrichum commune , une des mousses les plus communes.
Je crois devoir répéter ici, combien il serait intéressant, pour la physiologie des deux règnes, de soumettre les phénomènes de la fécondation à une comparaison sévère et minutieuse ; on y trouverait peut-être une concordance plus grande que l'on n'est porté à en reconnaître, d'après l'état momentané du développement delà physiologie végétale.
(3) DuJARDiN [Ânn. des se. nat. zool. tomeviii, 1837, p. 293 et pi. 9) a figuré et décrit de petits nodules et des lambeaux irréguliers à l'origine de la queue des spermatozoaires de l'homme ; je les ai retrouvés aussi, mais à la suite de changements survenus, par exemple après un long séjour dans l'urine, surtout lorsqu'elle contenait des sédiments purulents. J'ai toujours trouvé la grandeur du corps des spermatozoaires à peu près égale chez le même individu; mais ce qui me frappait, c'était la grande différence qu'ils présentaient souvent, sous ce rapport, chez des individus différents ; de sorte que je pouvais à peine la considérer comme accidentelle, ou comme l'effet de changements provoqués par le séjour prolongé des animalcules dans les cadavres, ou par l'influence des liquides, par exemple l'urine , dans lesquels on les trouve. J'ai fait sur ce point, une suite d expériences sur des cadavres de suicidés, la plupart très-vigoureux et que j'ai examinés immédiatement après leur mort : j'ai trouvé, chez deux individus, dont l'un de 20 ans et l'autre de 50 ans (qui tous deux s'étaient pendus) le corps des spermatozoaires trèspetit et arrondi, d'une longueur de ijSOO de ligne et même moins. Chez un autre individu, qui s'était pendu dans sa 40roe année , je les ai trouvés au contraire très-grands, le corps présentant une longueur de l^SGO. Des observations ultérieures sur ce sujet offriraient de l'intérêt. Parfois les spermatozoaires ont une teinte jaunâtre (même celle de l'ambre), peut-être n'est-ce que le résultat de la raréfaction de la lumière. Comme irrégularité de formation remarquable et très-rare, j'ai quelquefois reconnu que l'extrémité de la queue d'un spermatozoaire était double , et je ne pense pas m'être fait illusion. Une fois même il m'a semblé qu'il y avait un corps double, comme dans les bi-
céphales; il était placé à la base de la double queue et l'union avait eu lieu sur la ligne médiane ; quoi qu'il en soit , l'observation n'était pas assez évidente pour ne pas laisser de doutes.
(4) L'étude des formes diverses d«s spermatozoaires ne s'égare pas dans une exagération de détails; mais les conclusions physiologiques les plus importantes en découlent. On ne peut pas assurer, avec une certitude complète, que les variétés nombreuses et les fines nuances de formes, exprimées dans les planches, sont toutes constantes; on trouvera maintes fois, par exemple dans la taupe , que les différents individus offrent des relations de grandeur un peu différentes ; cela dépend d'ailleurs en partie du degré d'atténuation du sperme, du temps écoulé depuis qu'on se l'est procuré, du degré de la faculté motrice, etc. des spermatozoaires. Les formes que je donne ont été toutes dessinées et décrites sur des spermes récemment extraits Je recommanderai à ceux qui veulent s'exercer à ces recherches de les faire surtout sur les rongeurs, à cause de la grandeur et de la forme spéciale de leurs spermatozoaires. Si l'on compare , par exemple, les spermatozoaires de la souris et ceux du rat , l'on sera frappé de voir ces deux animaux voisins présenter une analogie typique irrécusable dans la grandeur considérable , la forme du corps, etc. de leurs spermatozoaires, bien que ces animalcules offrent des différences spécifiques assez prononcées, pour ne pouvoir être confondus dans aucun cas. D'autres rongeurs, comme par exemple l'écureuil, présentent aussi de grands spermatozoaires, qui leur sont propres, dont le corps est entouré d'un rebord retroussé , etc. Des mammifères de grande taille , tels que les chevaux, les ruminants, possèdent de petits spermatozoaires , dont les différences spécifiques sont moins évidentes et qui par conséquent conviennent moins pour les premières recherches.
(5) Les spermatozoaires des passereaux sont très-propres pour les recherches et les comparaisons, attendu qu'il ;est facile de se procurer àla fois beaucoup d'exemplaires, un grand nombre de genres et d'espèces différents de ces oiseaux et de les comparer entre eux; aussi dans ce § et les suivants ai-je eu surtout cet ordre en vue. Le canal déférent , qui se trouve rassemblé en une grosse pelotte aux environs du cloaque, est surtout propre à fournir le sperme. Quant à l'étendue des variétés constantes de forme et de grandeur dans la spirale, et la manière dont elles se comportent chez certaines familles et espèces de passereaux , cela doit être l'objet de recherches ultérieures; je considère comme des caractères de famille , les nuances indiquées dans les espèces des genres lanius , fringilla et peut-être aussi turdus. Il est remarquable que tous les oiseaux sans appareil musculaire de la voix , que j ai observés et qui, avant que Nitzsch ne les en eut séparés , étaient placés dans un même ordre avec les passereaux , savoir les genres coracias, caprimulgus, alcedo n'ont pas présenté la forme spiraloïde dans leurs spermatozoaires , tandis que les corbeaux se comportent, sous ce rapport, tout à fait comme les vrais passereaux. — Parmi les reptiles nus , outre les salamandres terrestres et aquatiques ( dont les spermatozoaires sont très-analogues bien que différents) les genres bombinator , pelobates, nous offrent des spermatozoaires propres à chacun d'eux.
(6) Les spermatozoaires des invertébrés, quelqu'intéressants qu'ils puissent être sous d'autres rapports , n'ont été qu'indiqués ; l'examen des variétés de forme , décrites chez les mammifères et les oiseaux , suffisant pour justifier
les conclusions physiologiques fondées sur ces faits.— Siebold s'est beaucoup occupé des spermatozoeires des invertébrés, notamment des insectes et les a décrits avec soin. Comparez , sur ce qui précède et les différences des spermatozoaires , mes Aufsatze und Àbhandlungen in den MUnchner denkschriflen et dans les Archives deWiEGMANN, 1836, 37 et 38. A l'article semen de Todd's cyclopaedia of anatomy and physiology , ]e donnerai un aperçu complet de toutes les formes des spermatozoaires.