‹ Traité de physiologieChapitre 54 sur 76 · LXIX · texte numérisé non relu

LXIX

Parmi tous les phénomènes du développement, le passage de l'œuf dans la trompe , et son transport dans l'utérus est celui qui est entouré de plus d'obscurité. Chez l'homme, on n'a pas encore été assez heureux pour apercevoir l'œuf dans la trompe; les observations sur cette question sont plus que douteuses ;

en effet, c'est une des recherches anatomiques les plus difficiles et les plus délicates que de trouver des corpuscules aussi petits que les ovules, dans les trompes, même chez les mammifères, dont on connaît exactement le moment de la fécondation ; d'un autre côté, il semble aussi que, dans la même espèce animale, l'époque de l'arrivée de l'œuf dans la trompe n'est pas constante; dans tous les cas, le transport dure toujours plusieurs jours ; chez les lapins, les œufs arrivent dans l'utérus dans l'espace de quatre à cinq jours ; chez les chiens, dans dix ou douze. Chez ces animaux, dont on connaît le mieux les premières périodes de révolution, plusieurs œufs se détachent et arrivent successivement, rarement ensemble, dans la matrice; il paraît aussi que le plus souvent les vésicules de Graaf ne se rompent pas en même temps, mais que quelques capsules s'ouvrent plusieurs jours avant les autres. Pendant tout ce temps, le pavillon de l'oviducte embrasse l'ovaire et y adhère avec force, de sorte que les œufs, sortant des follicules, doivent passer par son ouverture abdominale ; on est dans le doute sur la question de savoir jusqu'à quel point les contractions des fibres musculaires des oviducles ou les mouvements ciliaires aident au transport ultérieur de l'œuf. Parfois l'ovaire reste embrassé pendant des semaines par le pavillon. Quant aux œufs, ils n'éprouvent, pendant le passage dans les oviducles, que de légers changements ; ils entraînent une partie de la couche granuleuse du follicule, qui reste attachée autour d'eux d'une manière irrégulière (Tab. II. fig. IX. Tab. YI. fig. letll.), mais qui disparaît bientôt. Ensuite le chorion se gonfle ; la couche, qui entoure le vitellus, devient plus consistante , et, lors de la rupture de l'œuf , elle ne s'épanche pas avec le contenu , qui est plus liquide. L'œuf, pendant son passage dans la trompe, gagne un peu en volume, peut-être en absorbant le liquide albumineux qui est répandu dans les oviducles; le vitellus se sépare à cette époque plus facilement du chorion , dans des œufs obtenus entiers, ce qui n'arrive que rarement dans l'ovaire ; on n'aperçoit encore aucune trace de la tache embryonnaire.

BiscHOFF , à Heidelberg, a fait incontestablement la suite la plus complète d'observations sur les œufs dans les trompes (chez les chiens) ; l'auteur ayant

132 TRAiTÉ

eu la bonté de me les communiquer par écrit , j'en donne ici un extrait : « Quant à l'époque de la sortie de l'œuf de l'ovaire, je pense pouvoir dire avec certitude, qu'elle varie beaucoup et que souvent elle a lieu plus tôt qu'on ne l'a cru jusqu'ici. Le plus tôt que j'aie trouvé l'œuf dans l'oviducte, c'est 36 heures après l'accouplement sur une chienne appartenant à notre garçon d'amphithéâtre; celui-ci avait été chargé d'observer le moment d'accouplement et il me l'indiqua d'une manière très-précise. Les œufs se trouvaient déjà dans le milieu des trompes. Chez une autre chienne , au contraire , ils n'étaient pas encore sortis des vésicules de Graaf 19 heures après le premier accouplement ; six de ces vésicules étaient très-gonflées, mais encore complètement intactes; dans toutes je trouvai l'œuf. Chez une autre jeune chienne, qui, depuis 14 jours, ne souffrait plus les approches du mâle, bien qu'elle fût encore en chaleur, et qu'elle perdît du sang par le vagin , je trouvai, à mon grand étonnement , les œufs vers le milieu des trompes seulement , comme je l'avais vu précédemment après 36 heures. Une autre chienne n'avait plus été couverte depuis 11 jours et cependant les œufs étaient encore trèspeu avancés , ils venaient de passer des trompes dans l'utérus ; c'était une chienne primipare, de même que les trois autres. D'un autre côté, j'ai trouvé , chez des chiennes plus âgées, les œufs presque toujours plus loin que je ne îe supposais. Je pense donc que là est la différence principale et que chez les chiennes jeunes et primipares, les œufs sortent plus tard de l'ovaire et marchent plus lentement dans les trompes. Il paraît de plus que l'état d'excitation amoureuse n'est pas ici sans influence, comme déjà Baer et récemment GuNTHER l'ont observé.

Pour trouver les œufs dans les trompes, je sépare complètement celles-ci des organes adjacents , de sorte que tous les plis disparaissent et que rien d'étranger ne reste attaché à cet organe. Ensuite je les étends et fixe, à l'aide d'épingles , sur une tablette de cire rouge ou noire et je les fends, dans toute leur longueur , en commençant par l'ouverture abdominale , au moyen de ciseaux très-fins. J'examine attentivement tous les plis de la trompe et presque toujours j'ai été assez heureux pour y retrouver tous les œufs , placés ordinairement très-près les uns des autres. Pour arriver à ce résultat , il ne faut que bien connaître les œufs de l'ovaire et avoir une vue perçante, ce que je possède heureusement, bien que je sois myope. Les œufs du cbien, à cause de l'épaisseur de leur vitellus , sont les plus faciles à trouver, ils apparaissent comme des petits points blancs. Je les enlève ensuite avec précaution , au moyen d'une aiguille, pour les placer sur une plaque de verre et je les observe aussi promptement que possible, au microscope , sans y rien ajouter; car tous les liquides ont une influence modificatrice sur l'œuf et principalement sur la forme du jaune; la salive est encore celui dont l'influence se fait le moins sentir et que j'emploie le plus souvent.

L'endroit le plus élevé où j'aie trouvé les œufs, est dans le tiers supérieur de la trompe, chez une chienne, 36 heures après le premier accouplement et chez une autre, qui avait été tuée pendant qu'elle était en chaleur, sans que je pusse savoir l'époque du premier accouplement. J'en ai vu ensuite dans les tiers moyen et inférieur. Tous les œufs que j'ai trouvés dans la trompe , ressemblaient encore d'une manière frappante aux œufs de l'ovaire, c'est-àdire qu'ils possédaient un disque granuleux (§ XX) , et que leur jaune était toujours obscur et non transparent. Ceux qui s'étaient détachés le plus tôt

n'offraient d'ailleurs aucun changement dans leur grandeur, cl dans l'apparence de leur vitellus. En vain j'ai cherché, avec toute la peine et le soiu possibles , la vésicule germinative de Purkinje dans tous ces œufs. Je crois donc pouvoir déclarer que cet organe disparaît aussi chez les mammifères (disparition qui n'avait été admise jusqu'ici que par hypothèse). Chez la chienne déjà citée, que j'examinai 19 heures après le premier accouplement et dont les œufs étaient dans l'ovaire, j'ai trouvé encore la vésicule germinative ; elle disparaît donc à proprement parler au moment de la sortie de l'œuf de l'ovaire. Ce qu'elle devient, je ne puis le dire ; je crois qu'elle crève et que son contenu, mêlé au sperme, forme la tache, d'où part le développement de l'embryon. Les changements ultérieurs qu'éprouve successivement l'œuf, pendant son passage dans la trompe , sont les suivants : 1" Il augmente graduellement en grandeur, mais pas d'une manière très-remarquable. 2° Les granules du vitellus deviennent plus consistants et plus cohérents. Lorsque l'on déchire, au moyen d'une aiguille, un ovule pris dans l'ovaire, ces granules s'écoulent aussitôt et se répandent dans l'eau. J'ai partagé en 2 , 4,6 morceaux des œufs fécondés, pris dans les trompes, et toujours chaque segment du petit globe conservait les granules , qui y répondaient , réunis ensemble. Dans l'eau ils formaient toujours de petits grumeaux. 3° Le vitellus éprouve des changements de forme. Dans les œufs de l'ovaire , à l'état normal , le jaune touche de près à la surface interne de la membrane vitelline (c'est-àdire chorion , Zona pellucida) ; cet état ne se retrouve plus que dans les œufs les plus récemment sortis; dans tous les autres, cette substance se retire dans différents points de la surface en question et prend alors une forme angulaire au lieu de la forme ronde , qu'elle avait d'abord. Je lui ai vu quelquefois des formes si prononcées, que la pensée me vint , que le vitellus des mammifères pourrait bien éprouver des transformations analogues à celles de l'œuf des poissons des batraciens. Malheureusement ces formes s'effacent très-rapidement, dès que l'œuf est placé dans l'eau ou dans la salive, probablement par suite de l'imbibition de ces liquides. Il en résulte que je n'ai pu en dessiner aucune. ■4° J'ai cru encore reconnaître, chez plusieurs œufs arrivés à l'orifice utérin de la trompe , une très-fine membrane , qui enveloppait intérieurement e vitellus; cependant je n'ai pas réussi à l'isoler, de manière que je n'ose pas en parler avec certitude. 5° D'un autre côté, il est très-certain que l'œuf, pendant son passage dans la trompe , ne se recouvre d'aucune nouvelle enveloppe ; il ne reçoit aucune couche d'albumine ni aucune membrane testacée, comme l'œuf des ovipares et je puis ainsi confirmer avec certitude ce que Von Baer, Wagner, Coste, etc. , ont donné comme vraisemblable, que l'enveloppe externe de l'œuf dans l'ovaire persiste plus tard comme membrane externe (à l'exception des decidua).WHARTON Jones, le seul qui prétende avoir observé cette formation d'albumine et de membrane testacée, a été probablement induit en erreur par le disque granuleux ; ou il n'a pas bien reconnu celui-ci depuis l'ovaire , ou il ne s'est pas attendu à le retrouver sur des œufs fécondés (comme en effet il disparaît plus tard), et il a pris ses granules pour la couche d'albumine en voie de formation. »

Il y a peu de chose à ajouter à ces observations difficiles et remarquables de BiscHOFF. Des recherches ultérieures nous apprendront si les changements de forme du vitellus ne reposent pas sur une illusion. Je n'ai jamais pu encore,dans mes observations qui, à la vérité, ne sont pas nombreuses, trouver les œufs dans

les trompes. Parmi les anciens observateurs, De Graaf {Opéra omnia. Lugd. Bat. 1677. cap. 16 pag. 396-411) a suivi avec grand soin les premières périodes de la conception chez des lapins et s'il avait mieux connu l'œuf et employé le microscope, nous serions depuis longtemps en possession delà connaissance désirée.Yoyez un extrait des observations de Graaf dans Valentin, p. 31 , et dans E. H. Weber, IV. p. 458, De Graaf trouva, trois jours après l'accouplement, le pavillon embrassant étroitement l'ovaire; il trouva un œuf dans la trompe, deux dans l'utérus, au côté droit. Cruikshank, qui répéta avec soin les observations de De Graaf, trouva plusieurs fois, au troisième et quatrième jours, les œufs dans les trompes ; ils paraissaient avoir augmenté de volume (Reil's Archiv. Bd. III. 78). Prévost et Dcmas ont trouvé les œufs , dans les trompes; chez des chiennes, huit jours après l'accouplement [Ann. des se naîur. , vol. III. 122), Baer a vu les ovules dans les trompes chez les chiennes ; il les a trouvés un peu grossis et moins denses que, dans l'ovaire; chez une brebis il a aussi trouvé un œuf dans la trompe avant la fin du premier jour; la couche proligère (c'est-à-dire le disque granulé) était beaucoup moins dense et avait perdu de son volume.

L'application du pavillon sur l'ovaire paraît aussi soumise à de grandes variations sous le rapport de la durée, comme cela ressort déjà d'anciennes observations de Kuhlemann, De Graaf, Cruikshank, Haighton , etc. Baer dit que chez le porc, l'ovaire reste embrassé par le pavillon pendant environ quatre semaines , et chez les moutons à peu près aussi longtemps. Quoi qu'il en soit, cela n'a pas toujours lieu , j'ai trouvé l'ovaire détaché du pavillon , après 8-1 0 jours, chez des porcs.

SES OEUFS PENDANT LEUR SEJOUR DANS L'UTE?..US JUSQU'A LA FORMATION DE L'EMBRYON,

Page 1