‹ Traité de physiologieChapitre 8 sur 76 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

Les spermalozoaires , examinés clans le sperme étendu naturellement par le mucus , le fluide prostatique , etc. , que l'on obtient après l'éjaculation , chez des animaux qui viennent de s'accoupler, présentent les mêmes mouvements; ils paraissent seulement plus rapides et plus forts j les spermatozoaires naçent avec vitesse en serpentant et en tremblotant. Ils se montrent tout aussi mobiles dans le mucus du vagin et de l'utérus, quelques heures et même un jour après la copulation. Le mucus ordinaire et la salive ne nuisent pas à ces mouvements (1). Ces derniers se conservent même dans l'urine, dans la bile, mais moins longtemps ; parfois aussi ils cessent promptement ; les animalcules éprouvent quelques secousses puis deviennent complètement immobiles ; souvent ils présentent aussi des mouvements violents et comme convulsifs ; ces derniers ont encore plus promptement lieu lorsque l'on ajoute de l'eau pure. Il s'opère alors, dans la majorité des cas, un mouvement soudain , rapide et confus dans toute la masse des animalcules ; quelques-uns se recourbent avec force et fréquemment les queues s'entrelacent et forment des anses ; bientôt après toute la masse est en repos ; quelques spermatozoaires se remuent cependant encore ; ils éprouvent des secousses et se meuvent même plus fortement qu'auparavant. Une addition prompte de sang, de sérum, etc., dans celle masse , excite encore parfois des mouvements réguliers , mais qui cessent bienlôt complètement. L'eau sucrée, l'eau faiblement salée, provoquent ces effets violents , mais à un moindre degré ; parfois leur action est nulle. Souvent aussi une petite quantité d'eau n'arrête pas les mouvements ; en général , les spermatozoaires des différentes classes et espèces d'animaux présentent des réactions très-différentes (2). Des acides étendus , de l'alcool, arrêtent à l'instant même tout mouvement et les spermatozoaires se présentent alors sur le porte objet dans des positions anormales et avec des changements dans leur forme. L'action des narcotiques est surtout très-intéressante à étudier : des solutions

aqueuses de sels de strychnine arrêtent toujours instantanément tout mouvement, dans la majorité des cas ils cessent aussi très-promptement lorsqu'on emploie les solutions d'opium, d'eau de laurier-cerise , sans que la forme et la structure des spermatozoaires en éprouvent aucun changement (3).

(1) Donné a fait une suite d'expériences sur l'influence des liquides animaux sur les spermatozoaires. Nouvelles expériences sur les animalcules spermatiques, etc. Paris, 1827-8. Il en résulte que le sang n'agit pas d'une manière nuisible sur les spermatozoaires ; ceux-ci vivent dans ce fluide 1, 2,3 et même 4 heures ; se meuvent librement, vivement et sans indiquer une perte de force : il est indifférent d'employer pour cette expérience, du sang de l'homme ou des animaux à sang froid. Les mouvements diminuent peu-à-peu, les animalcules meurent sans phénomènes violents et conservent la position dans laquelle ils se trouvent. Le lait se comporte comme le sang; les spermatozoaires peuvent y vivre des heures entières ; la salive les tue promptement ; la queue forme dans ce cas des anses ; ils meurent à l'instant même dans l'urine. Dans le pus (provenant de chancres ou delà blennorrhée du vagin) ils semblent vivre aussi longtemps que dans le sperme même. Le mucus du vagin paraît-être si faiblement acide, que les animalcules n'en souffrent pas, bien qu'en général ils soient moins affectés par les liquides légèrement alcalins, que par ceux qui sont légèrement acides. — J'ai trouvé ces résultats des observations de Donné exacts en général ; néanmoins les expériences que j'ai faites diffèrent en quelques points des siennes ; ainsi les spermatozoaires des animaux dont je me suis le plus souvent servis , continuaient presque toujours de vivre dans la salive et même dans l'urine ; parfois , lorsque celle-ci reste chaude et n'est pas très-saturée, par exemple après des pollutions nocturnes, on remarque encore de légers mouvements vitaux chez les spermatozoaires des heures même après l'expulsion de l'urine. Je les ai souvent rencontrés chez des personnes, ;soupçonnées de se livrer à l'onanisme, même dans l'urine contenant un sédiment purulent.

(2) Presque toujours l'addition de l'eau augmente dans le premier moment, les mouvements des spermatozoaires ; ils marchent confusément et meurent ensuite l'un après l'autre. Les spermatozoaires des invertébrés , des reptiles et des mammifères forment presque toujours des anses, ces derniers néanmoins plus rarement. Les spermatozoaires des passereaux n'en forment presque jamais. Le sperme des poissons, mêlé à l'eau pure, présente un fourmillement, qui dure plusieurs secondes et même des minutes, et qui est suivi d'un repos complet, pendant lequel on remarque encore quelques animalcules qui se meuvent. Dans le sperme du lombric terrestre, auquel on a ajouté de l'eau, les spermatozoaires se meuvent en masse et en formant des ondulations, qui rappellent à l'observateur l'aspect du mouvement onduleux d'un champ de blé.

(3) L'action d'une solution, même faible de strychnine est toujours instantanée; ainsi lorsque les spermatozoaires, présentant encore une vitalité complète au milieu d'une goutte de sperme étendue, sont touchés par cette solution, ils périssent instantanément ; il faut néanmoins que le contact ait lieu;

car des animalcules placés tout à côté et n'ayant pas été atteints peuvent encore être en mouvement. On peut ne faire agir les substances en question que successivement; pour cela on prend un bout de fil de laine ou de papier brouillard, qu'on place dans la goutte de sperme , on le coupe assez près de cette dernière et l'on imbibe delà solution l'extrémité placée hors de la goutte, en se servant pour cela d'une baguette en verre. Le réactif liquide est porté lentement, par l'effet delà capillarité, dans la goutte de sperme et agit successivement sur les spermatozoaires. J'ai reconnu que l'action avait lieu au même degré chez les spermatozoaires des mammifères , des oiseanx et des reptiles.

La durée normale des mouvements, chez les spermatozoaires, varie dans les différentes classes d animaux. Elle semble être la plus courte chez les oiseaux, où souvent on ne peut plus les percevoir 10-20 minutes après la mort , surtout lorsque le refroidissement est rapide ; cependant parfois les mouvements , du moins chez quelques spermatozoaires , se prolongent même pendant quelques heures (l). Chez les mammifères le mouvement subsiste plus long^temps et même dans plusieurs cas , 24 heures après la mort; chez les reptiles, il se conserve plus longtemps encore et enfin chez les poissons , il a la plus longue durée lorsque la température n'est pas trop élevée et que la putréfaction n'attaque pas les animalcules. Les spermatozoaires conservent beaucoup plus longtemps la vie, lorsque le sperme reste renfermé dans ses organes naturels ; ceci est au moins le cas chez les vertébrés à sang chaud ; chez les poissons, ils conservent leur mobilité des jours entiers , même en dehors du corps (2). Les spermatozoaires des mammifères conservent leur activité parfois 6 à 8 heures dans de l'eau sucrée , et de l'eau salée; de même on trouve des spermatozoaires humains encore vivants dans l'urine , à la suite de pollutions et parfois après qu'ils y ont séjourné quelques heures (3), Une température trop haute ou trop basse arrête les mouvements. Les spermatozoaires des grenouilles et des poissons conservent encore leurs mouvements dans un milieu, dont la température est au-dessus de zéro. Le genre de mort des animaux n'a pas d'influence sur la durée des mouvements de leurs spermatozoaires (4).

(1) Chez des oiseaux , notamment chez des passereaux de toute espèce , tués très-promptement par strangulation ou par décapitation , j'ai toujours observé les mouvements les plus vifs des spermatozoaires, un tremblotement dans toute la masse, un tournoiement rapide sur leur axe; ce que Siebold nie à tort (Archives de MuUer, 1837, p. 436). Dans un cas rare, chez une alouette, dont le ventre n'avait pas été ouvert , j'ai trouvé, 18 heures après la mort , quelques spermatozoaires , qui se mouvaient encore ; cela m'est arrivé plus souvent chez des oiseaux tués depuis 2 ou trois heures ; ce cas n'est pas rare d'ailleurs chez des lapins , des souris , etc. , tués la veille au soir. D'un autre côté, si l'on place un morceau du canal déférent dans du sérum ou de l'eau sucrée et si l'on porte une goutte de sperme libre dans ce véhicule , souvent les spermatozoaires, placés dans le canal déférent, montreront encore longtemps des mouvements, tandis que ceux qui sont en liberté dans le liquide n'en offrent déjà plus. Des grenouilles dépouillées de leur peau et préparées pour la table, ont ordinairement encore des spermatozoaires envie.

(2) Quant aux poissons , j'ai rempli un verre étroit de sperme extrait du testicule gonflé d'une Perça fluviatWs ; placés sous l'influence d'une basse température, les spermatozoaires après quatre jours, se comportèrent absolument comme ceux d'animaux récemment tués ; ainsi, par exemple, les mouvements étaient lents dans le sperme non étendu , mais devenaient extrêmement vifs lorsqu'on y ajoutait de l'eau; ils cessaient ensuite promptement, etc.; à la température de 2 degrés au-dessous de zéro , les mouvements ne furent pas arrêtés.

(3) Voyez les observations dans la note du paragraphe précédent.

(4) Il n'y avait aucune différence , quel que fut le genre de mort que j'employasse ; ainsi des chiens , des lapins , des oiseaux , empoisonnés par la strychnine, la conéine , etc., présentaient des spermatozoaires jouissant de mouvements parfaits qui duraient aussi longtemps que cela avait lieu sous d'autres conditions.

La genèse et la formation des spermatozoaires sont trèsremarquables ; elles ont lieu dans tout le règne animal, d'après un type assez régulier , qui ne présente que de légères modifications. Pour étudier ces faits , on se sert, avec le plus de succès , des oiseaux et notamment des passereaux , dont l'accouplement a lieu à une époque bien déterminée de l'année. Les testicules sont toujours le lieu où se forment les spermatozoaires ; pendant l'hiver, ces organes sont représentés, chez les oiseaux , par une paire de corpuscules très-petits , de la grosseur d'une tête d'épingle ou d'un grain de millet; les conduits séminifères sont très-atrophiés ; mais toujours ils se présentent comme de petits canaux entrelacés et recouverts d'un épilhé-

lium. L'intérieur de ces conduits renferme de très-petits globules granulés de 1/300 à 1/400 de ligne : on doute s'ils sont d'une espèce particulière ou s'ils appartiennent à l'épithélium. A l'approche du printemps, les testicules se gonflent graduellement et atteignent un volume et un poids , vingt et trente fois plus considérable que celui qu'ils avaient en hiver (1). Les conduits séminifères s'élargissent de plus en plus et forment des canaux épais, visibles à l'œil nu et par transparence (sous la forme des circonvolutions du cerveau) à travers la capsule externe, turgescente du testicule. Au commencement on trouve , dans l'intérieur de ces canaux, des granules et des globules de grandeurs et de formes difTérentes, dont les uns renferment des granulations obscures et les autres, qui sont pâles , des molécules plus grandes ou souvent un seul granule dans leur centre (Tab 1 . fig. V. a. b.); ces corps ou globules mesurent l/iOO à 1/300 de ligne. D'autres fois on trouve , dans ces canaux, des globules plus gros , obscurs (c) et présentant l'indication évidente d'un nucleus (2). Il est difficile de décider avec certitude si ces corpuscules ou globules sont de nouveaux éléments , ou des cellules de l'épithélium modifiées; on ne peut davantage s'assurer s'ils se transforment en ceux que nous allons décrire , en prenant une enveloppe ou en dilatant , en forme de vésicule , l'enveloppe propre épaisse, dont ils sont revêtus. A côté de ces corpuscules, apparaissent, sous 1 influence de l'afïlux sanguin et de la turgescence du testicule , des vésicules rondes , entièrement transparentes, qui d'abord ne contiennent qu'un nucleus (fig. v, d.). Puis deux ou trois (e) et enfin dix et même plus; ces nuclei sont délicats, pâles (dans la planche ils sont dessinés trop obscurs et trop tranchés), granulés, en partie semblables aux premiers globules libres (a). Ces vésicules ou globules pleins (cystesseu globi evolutoriae) croissent de 1/150 à 1/100 et 1/bO de ligne. Bientôt on remarque qu'entre les nuclei , dans l'intérieur des vésicules , apparaît un précipité fin et granuleux , qu'en même temps les nuclei disparaissent et qu'un groupement linéaire se forme, que bientôt on reconnaît pour un faisceau de spermatozoaires , présentant déjà la terminaison antérieure en spirale (fig. v. g.). Il est difficile de dé-

cider si le précipité granuleux est le résultat de la décomposition des nuclei ou d'une nouvelle formation ; si les spermatozoaires proviennent de cette substance , comparable au vilellus , ou bien si seulement ils se forment dans son intérieur. Ces vésicules deviennent bientôt ovales {fig. v. h.); les nuclei disparaissent totalement; le contenu granulé diminue; les spermatozoaires sont formés et placés, repliés sur eux-mêmes dans la vésicule et leur terminaison en spirale est plus évidente. La faible enve* loppe se contracte alors plus étroitement sur le faisceau de spermatozoaires, de sorte qu'elle entoure les extrémités en spirale de ceux-ci (i) , et reste ouverte peut-être aux extrémités opposées , ce qui néanmoins est difficile à établir. Les vésicules sont souvent, dans ce moment, courbées comme le genou; enfin elles prennent la forme longitudinale, et elles ont atteint toute leur longueur (k.) : les vésicules, très-hydroscopiques en tout temps , le sont surtout dans ce moment ; une légère addition d'eau les fait crever; les faisceaux de spermatozoaires se désassocient, se détortillent, comme un fil de chanvre ou de soie, et font souvent déjà des mouvements, qui néanmoins manquent fréquemment dans les spermatozoaires encore contenus dans le testicule, et qui ne sont d'ailleurs jamais généraux, ni considérables. Après la rupture des vésicules, les spermatozoaires passent librement dans le canal déférent, où ils paraissent ordinairement plus forts et plus gros, comme s'ils étaient mieux nourris (fig. 1). Les spermatozoaires présentent ici une longueur de 1^30 de ligne et la vésicule arrivée à son complet développement , ou le faisceau (k) dans le testicule a déjà La même grandeur; on peut en conséquence suivre les animalcules jusqu'à leur fine extrémité et en obtenir la mesure la plus exacte ;, attendu qu'ils sont réunis plusieurs ensemble. Les spermatozoaires sont très-gros chez les pinçons , notamment chez le fringilla coelebs (où ils atteignent 1^6 de ligne, fig. IV. b.) Chez d'autres , par exemple les pies-grièches, ils restent beaucoup plus courts et chez les autres oiseaux, ils le sont encore davantage et très-arrondis. On peut aussi facilement suivre, chez les grenouilles , le mode de développement dans les kystes et les vésicules ; cela est moins facile chez les mammifères et chez

riiomme , dans lequel cependant on trouve des corpuscules et des globules tout à fait semblables (fig^. II. a. b. de l'homme) et avec les spermalozoaires groupés en faisceaux (c.) , dont l'enveloppe semble être très-mince. A côté de ces vésicuîes . ces nuclei et ces faisceaux , on voit des feuillets évidents d'épithélium , souvent des goulteleltes plus ou moins nombreuses de graisse et du liquide spermatique(liquor serainis). Ce dernier est le plus souvent limpide, mais il arrive aussi, et cela n'est pas rare, qu'il est trouble etcontientdes molécules extrêmement minimes et très-analogues à la fovilla des grains poUiniques dans les plantes; les particules pâles qui y sont mêlées et qui n'atleignen t jamais l^lOOO de ligne, offrent le mouvement moléculaire (5).

(1) Chez les canards, les testicules sont extraordinairement gros, ainsi que chez les coqs ; ils sont aussi très-apparents chez les moineaux et ordinairement le gauche est remarquablement plus volumineux que le droit. Comparez sur ce point mon Traité d'anatomie comparée , p. 248 , puis mes Beitraege znr anatomie der Voegel , dans les mémoires de l'Académie de Bavière, vol. ii, 1837, p. 284. — OwENa exposé d'après Hunter ,1e développement successif des testicules au temps des amours. Voyez ToDo'scyciopaedia ofanat. and physiol., vol. i, p. 353.

(2) Comparez mon exposition du développement tout à fait semblable d'autres oiseaux, par exemple du loriot , dans les Archives de Millier , 1836 , p. 225 ; en outre celle du pigeon , dans mes Fragments sur la physiologie de la génération. Tab. i, p. 388. Chez les mammifères et les reptiles j'ai trouvé souvent les spermatozoaires mobiles dans les testicules.

(3) En considérant ce mode de développement des spermatozoaires et les découvertes de Schleiden et de Schwann sur le développement de toutes les plantes et des animaux par des cellules ( voyez plus loin l'histoire du développement ), une pensée se présente d'elle-même , c'est que le liquide spermatique pourrait n'être qu'une matrice {Zellenkeimstoff, Cytoblastema, Schwann) dans laquelle se développeraient les globules nucléens à l'état de cytoblastes, qui formeraient de nouveau leur enveloppe en vésicule, comme paroi delà cellule; le contenu , finement granulé , serait considéré comme le suc de la cellule ; les cytoblastes disparaissent dès que les spermatozoaires se forment dans le contenu de la cellule ; celle-ci crève et rejette ces animalcules, comme une cellule d'algue rejette ses spores. Il serait encore à désirer qu'on recherchât si les nuclei des cellules (globules de la vésicule} ne contiennent pas aussi un nucleus dans leur intérieur , comme cela parfois semble apparaître clairement, par exemple, Icon. physiol., fig, vu, a.

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