XI
Le développement des spermalozoaires , tel que nous venons de le décrire , chez les oiseaux , à l'époque des amours, et tel qu'il se présente chez les mammifères , vivant à l'élat sauvage, au temps du rut, a lieu aussi chez les jeunes animaux, dès qu'ils deviennent aptes à la fécondation , ainsi que chez l'homme, avant la puberté. Les testicules reçoivent une plus grande quantité de sang; ils se gonflent; les parois des conduits séminifères deviennent plus épaisses ; leur capacité augmente et ils se remplissent de granules ; puis les kystes ou cellules pourvus de globules se forment et enfin dans ces cellules apparaissent les spermalozoaires (1). Ces derniers atteignent leur parfait développement et leur plus grande motilité dans l'épididyme (2). Dans un âge très-avancé, ou à la suite de maladies locales ou générales chez des animaux vivant en liberté , hors du temi)s du rut , on trouve les canaux déférents , vides , retirés sur eux-mêmes (3) ; les conduits séminifères petits et seulement remplis depuis peu de granules et de quelques gouttes de graisse. Cette marche rétrograde (rucJcbildungs process) s'observe de même très-bien et par degrés chez les passereaux. Après une ou deux couvées, qui ont lieu au printemps, vient l'époque la plus critique pour les oiseaux; c'est le temps de la mue, qui arrive vers le milieu et la fin de l'été ; à cette époque les testicules sont déjà très-flétris et ils deviennent de plus en plus petits. Les canaux déférents, dont les extrémités pelotonnées formaient , près du cloaque , des masses presque aussi grosses que les testicules , contiennent encore une petite quantité de sperme, mais les spermatozoaires sont immobiles et contractés ; on reconnaît encore leur terminaison en spirale, mais les tours de spire ressemblent plutôt à des nodules. Dans le testicule, les vésicules d'évolution (cystes seu globi evolutorii ) et leur nucléi sont devenus très-rares et disparaissent bientôt complètement ; les granules plus fins et les petits corps , qu'on doit peut-être considérer comme des cellules d'épilhélium , y existent encore; parmi eux on recon-
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naît clairement des kystes flétris , dans lesquels le développement des spermatozoaires ne s'est pas achevé, ceux-ci ayant été produits surabondamment et non employés. Les spermatozoaires ne se trouvent déjà plus en faisceaux dans ces kystesj ils sont séparés et déjà altérés, quoiqu'ils présentent cependant encore en partie l'extrémité en spirale. On trouve encore dans ces kystes des globules jaunes, réfractant fortement la lumière; ce sont des molécules d'environ I18OO de ligne et ayant assez l'apparence de g^lobules de graisse. Un peu plus tard , on ne trouve plus ces kystes j mais à leur place et peut-être provenant d'eux, on voit des corps sphériques ou ovoïdes de lilOO à lllSO de ligne, formés par une agrégation de molécules ou granules obscurs, ronds et paraissant pourvus la plupart d'un nucleus plus clair. Ces molécules sont comparables aux corps qui forment le pigment de la choroïde. Alors dans le testicule, non plus que dans le canal déférent , on ne trouve plus de traces de spermatozoaires (4).
(1) c'est ce que l'on voit aussi chez les enfants au moment de la puberté , chez les jeunes mammifères et les oiseaux. Chez les lapins , trois mois après la naissance, le développement complet des spermatozoaires est déjà terminé; chez les chiens et les chats, il a lieu beaucoup plus tard.
(2) Cette formation plus complète des spermatozoaires de l'épididyme et du canal déférent , en comparaison de ceux contenus dans le testicule , est plus facile à reconnaître qu'à décrire. A vrai dire, les spermatozoaires ne sont pas plus grands ; mais ils sont plus nets , plus pleins ; ils ont des contours mieux arrêtés , comme s'ils étaient mieux nourris.
(3) Chez des hommes, dans la force de l'âge , et des animaux à l'époque du rut, le calibre du canal déférent est large ; les parois en sont minces ; on peut en exprimer immédiatement le sperme sous forme d'une gouttelette laiteuse. Chez des hommes de 60 à 70 ans, j'ai toujours trouvé des spermatozoaires dans le testicule ; fréquemment il n'y en avait plus dans le canal déférent ; mais en général les vésicules séminales en contenaient- Dans un âge avancé , les parois du canal déférent deviennent presque cartilagineuses ; son calibre se rétrécit et finit par disparaître ; les parois semblent même se souder ensemble. On dit souvent que des maladies chroniques, des affections morales tristes font disparaître les spermatozoaires ; néanmoins je les ai trouvé assez généralement chez des individus atteints de phthisie avancée , même dans la fièvre hectique ; il semble aussi qu'on les trouve chez tous les individus exécutés ou qui se sont suicidés. J'ignore s'ils manquant à la suite des fièvres nerveuses très-fortes , du typhus ou du tabès dorsalis. Il serait intéressant de faire des recherches sur ce point. Je n'en ai pas trouvé dans un testicule extirpé, qui, à côté d'abcès et de fistules , présentait des parties tout
à fait saines et des conduits séminifères normaux ; ce testicule appartenait à un jeune homme robuste. Chez des chiens vieux ou très-amaigris, je n'ai pas pu voir de spermatozoaires dans leurs testicules. John Davv, sur 20 cadavres humains , morts à la suite de différentes maladies , a rencontré 1 8 fois des spermatozoaires (Edinb. med. and surgic. Journal, 1838).
(4) Je n'ai pas suivi le décroissement ( Rtickbildung ) des spermatozoaires , avec autant de soins que leur développement ; il se pourrait donc qu'il y eut des degrés intermédiaires, ou que plusieurs eussent une autre signification. J'ai fait principalement mes observations sur des corneilles et des pies et c'est d'après elles que j'ai esquissé ma description. L'exposition du développement et du décroissement des spermatozoaires a exigé on caractère dogmatique pour que l'unité n'en souffrit pas. On comprend que tous ces phénomènes ne peuvent pas être observés dans un ordre continu et que leur histoire composée d'après des observations particulières doit être complétée en partie par des analogies. Quand même quelques particularités seraient reconnues inexactes et quelques eiplications fausses, cependant je crois pouvoir répondre de tout ce que ces recherches renferment d'essentiel. Toutes reposent sur des observations qui me sont propres et je puis citer, comme une garantie importante les confirmations données par Siebold, Archives de MuLLER 1836 , p. 436, et Vauentin , dans son Repertorium 1837 , p. 143.