‹ Traité de physiologie v.2, 1902Chapitre 29 sur 43 · B. — LES ÉMOTIONS. — COUCHE OPTIQUE ET CORPS STRIÉS · texte numérisé non relu

B. — LES ÉMOTIONS. — COUCHE OPTIQUE ET CORPS STRIÉS

Les excitations provenant des différents sens trouvent à la base du cerveau un lieu à la fvis d'association et de réflexion, d'où pro-

extérieurement par des manifestalions motrices qui la décèlent aux yeux qui nous observent ; elle a aussi un retentissement sur nos organes intérieurs et nos grandes fonctions (respiration, circulation, excrétions, ete.); quand elle est vive, elle affecte tout l'être. Cette répercussion de l'excitation émotive sur nos organes internes est si prompte et si évidente, qu'on en a pris prétexte pour situer l'émotion dans l'organe le plus directement affecté, principalement le cœur, et cette théorie souvent réfutéc retrouve à chaque instant des défenseurs. C'est prendre manifestement l'effet pour la cause. Sans doute, si toutes les voies motrices qui commandent les changements intérieurs ou extérieurs par lesquels se traduit l'émotion étaient interrompue, les effets secondaires de ces changements faisant défaut, l'enchaînement des phénomènes en seraittroublé, etl'émotion probablement amoïndrie ; mais, tant que les associations principales qui sont l'origine de ces effets moteurs subsistent dans les masses profondes du système nerveux, l'émotion reste possible.

C'est au sujet surtout des modifications crrculatoires qui accompagnent les émotions, que la théorie de leur siège extracérébral a pris occasion de se formuler.— Le cerveau, comme tout organe quelconque, est sous la dépendance de la circulation. Privé de sang, il cesse de réaliser ses fonctions. Partant de ce fait facile à vérifier, quelques-uns supposent qu'il subit passivement les oscillations de la pression générale et que son activité suit elle-même ces oscillations dont elle ne pourrait éviter le contre-coup. Le primum morens des réactions émolives serait done, non dans le cerveau, mais dans le système circulatoire, et le cerveau ne ferait que les traduire en action motrice par son genre propre d'activité. Cette doctrine est fausse de tout point. Le cerveau, comme tout organe, dépend de la circulation : mais, comme tout organe également, il dispose de cycles régulateursqui proportionnent celle-ci à ses besoins. De la surface de ses artères des nerfs sensilifs se dirigent vers la moelle épinière et allongée, où sont situés les centres vaso-moteurs, et de ces centres qui la réfléchissent l'excitation revient à ses artères, par un double système de nerfs constricteurs et dilateteurs contenus dans le grand sympathique. Comme celle de tout organe, l'activité du ee veau règle, par ce mécanisme de l'ordre réflexe et inconscient, l'activité de sa propre circulation, bien loin que ce soit celle-ci qui règle le sienne propre. Non seulement il règle sa circulation propre, mais il a pouvoir pour agir sur les centres nerveux bulbo-médullaires et, par ceux-ci, sur la circulation des autres organes, et de plus, par des influences parallèles, sur l'activité propre de ceux-ci. Les exeitations, en Lemps ordinaire ordonnées, qui descendent du cerveau sur ces centres, prennent dans les émotions vives une intensité exceptionnelle et traduisent ces émotions mêmes par le désordre temporaire de ces activités. Tel est l'enchainement des phénomènes.

Page 1