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Ton affectif. — Plaisir et douleur

Les émotions sont en elles-mêmes très diverses. On les répartit en deux classes suivant le ton affectif auquel elles répondent : les unes

des foyers hémorragiques ou de ramollissement peuvent occasionner parfois de vives douleurs, quand ils siègent dans la couche optique, le ruban de Reil, la capsule interne (Evixcex). Néanmoins, les lésions des masses encéphaliques ne présentent pas au même degré le phénomène douleur que celles de la moelle. Il est remarquable que les lésions de l'écorce le cèdent sur ce point à la fois à la moelle épinière et à la couche optique et surtout à celles des troncs nerveux.

YIL.Excitation de l'écorce cérébrale. — La céphalalgie, qui s'observe si fréquemment, n’est pas une douleur qu'il soit possible de nettement localiser. Le cerveau est entouré de membranes dont une surtout, la dure-mère, a été trouvée sensible à l'expérimentation ;on y a d'autre part constaté l'existence, non seulement de fibres nerveuses, mais d'appareils sensitifs récepteurs, semblables à ceux des membranes sensibles. — Les expérimentateurs, qui ont excité si souvent l'écorce cérébrale, n’ont point noté, comme effets de ces excitations, les vives douleurs qui suivent celles des racines postérieures, alors qu'ils voyaient cependant ces excitations, portées sur certains points délerminés, donner naissance à des mouvements ordonnés. — Ainsi l'organe qui passe pour le siège de la sensibilité, l'écorce du cerveau, ne manifeste pas de sensibilité, quand l'excitation est portée directement sur lui. Ce résultat, qui de prime abord parait surprenant, cessera de nous étonner, si nous réfléchissons que l'excitation, qui lui est ainsi fournie, est aussi différente que possible de celle qui lui arrive normalement, depuis les nerfs sensitifs, par l'intermédiaire de la moelle et de ses prolongements supérieurs.

Développement dans le champ sensitif. — Ce qui réalise la sensation, ce qui surtout la fait actuelle, intense, douloureuse, ce n'est pas uniquement l'écorce, la couche optique, la moelle épinière, mais bien l'ensemble réalisé par ces parties, qui se transmettent l'excitation dans un ordre déterminé en lui conférant, à chaque étape nouvelle, un caractère qu'elle n'avait pas avant d'y arriver, mais que l'étape antérieure avait préparé. Plus nous nous reculons loin de l'écorce et du cerveau, pour donner son point de départ à l'ébranlement initiel que nous allons provoquer, autrement dit, plusnous prenons de chemin dans le système nerveux, pour lancer l'excitation qui doit atteindre l'écorce, plus cette excitation aura son plein effet sensitif, comme l'expérience nous le montre et comme il est facile de le comprenure. La comparaison de l'avalanche, qui est fausse quand on l'applique auconducteur élémentaire (latibre nerveuse), se trouve exacte, quand on envisage le champ sensitif, avec ses associations d'éléments superposés, ses voies mulliplesde dispersion et ses complications de Lous genres. — Dansle champ moteur, le phénomène est précisément inverse ; il y a réduction ou concentration de l'excitation sur un organe d'une grande simplicité, le muscle.

se transmettent par hérédité et sont ainsi très différentes des associations acquises par éducation, qui sont à la base du langage proprementdit.— Darwin, en recherchant leslois de cesassociations, les rapporte aux trois principes suivants, qui n'éclairent que faiblement la question, mais sont la première ébauche d'explication rationnelle des mouvements émotifs qui ait été tentée.

4 Principe de l'association des habitudes utiles. — Des mouvements qui cher l'homme (el même parfois chez les animaux domestiques) ne nous paraissent plus d'aucune utilité, subsistent chez nous (et chez eux\par hérédité, en raison d'une utilité antérieure que les conditions actuelles de l'existence ont fait disparaître. Le elignement des yeux, le secouement des membres endoloris ont étéà l'origine, el sont encore à l'occasion, des mouvements utiles pour fuir une excitation pénible ou douloureuse : par habitude et par symbolisme ils exprimeront des émotions analogues à celles qui les ont provoqués à l'origine. De plus, les conventions de la vie civilisée nous imposent de refréner les manifestations de nos émotions, mais cette frénation est incomplète, elle laisse percer plus ou moïns la manifestation involontaire di ntiment intérieur et les plus faibles mouvements de ce genre deviennent alors expressifs.

2 Principe de l'antithèse. — Un mouvement donné symbolisant une émotion donnée, il est naturel que le mouvement inverse soit choisi d'instinct poursymboliser l'émotion opposée. Un chien qui croit voir un étranger prend une altitude hostile, marquée par la raideur des membres, le redressement du corps et de la tête : si dans cet étranger il reconnait tout à coup son malire, il prend l'expression exactement opposée, attitude rampante, mouvements expressifs des membres et en particulier de la queue.

3° Principe de l'action directe du système nerveur. — Il scrait mieux nommé de l'excitation débordante ; il repose sur le fait souvent relevé en physiologie, que, lorsque l'excitation sensitive est trop violente, elle se diffuse à tout le système nerveux, à toutes les voies centrifuges, motrices ou d'arrèt : l'agitation, les eri les palpitations du cœur, les convulsions généralisées sont un effet de la p ration de l'excitation dans les premières ; le tremblement, la stupeur, la rougeur émotive, la syncope cardiaque sont un effel de son extension aux secondes. Ce principe s'oppose quelque peu aux précédents qui sont rationnels, tandis que lui est une constatation empirique. Toutefois on peut remarquer que l'attention réclamée par l'exécution d'actes désordonnés, bien qu'inutile ou sans but précis, distrait celle qui est involontairement apportée à la douleur et la soulage (duobus doloribus simul obortis, non in eodem loco, vehementior obscurat alterum).

Malgré les recherches dont il a été l'objet, le mécanisme des réactions motrices intérieures de nature émotive est encore très obscur. Parcontre, sur les actions musculaires, qui impriment aux traits de lu face une signification émotive si caractéristique, nous avons quelques données précises dues à Ducuexxe (de Boulogne). Cet auteur a trouvé dans l'électrisation localisée des muscles de la face un moyen analytique très fidèle, pour reproduire artificiellement l'expression des principales émolions, sur un sujet qui ne les éprouve pas.

Celte attitude est le fait de la contraction de la moitié supérieure du muscle orbiculaire ou orbituire.

Douleur. — La douleur physique ou morale s'accuse par une brisure du sourcil, qui est relevé en haut et en dehors par la contraction du muscle sour-

Fi — Altention. Fig. 463. — Réflexion; médiation. Contraction des muscles frontaux. Gontraction de l'orbiculsire orbitaire supérieur.

cilier, muscle oblique inséré en haut sur le frontal et en bas sur le sourcil au point de jonction de sa Lète et de sa queue : des plis concentriques à la brisure du sourvil se dessinent sur le front, près de la racine du nez.

Menace. — Elle s'accuse par un abaissement de la tête du soureil el des plis transversaux sur la rarine du nez, causés par la contraction du muscle pyramidal inséré en bas eux os propres du nez, en haut à la face profonde de la peau de l'espace intersourcilier.

ère. — Dans le rire, la commissure des lèvres est tirée en haut et en dehors, l'ouverture buccale est élargie transversalement et cesse d'être rectiligne. Ce déplacement est dû à la contraction du muscle grand zygomatique. Un pli très caractéristique de la face, la ligne naso-labiale qui aboutit à la commissure, s'en trouve déplacée, portée qu'elle est en haut et en dehors en même Lemps que, cessant d'être rectiligne, elle forme une courbe concentrique à la commissure. La peau de la joue devient plus saillante et forme, vers l'angle externe de l'œil, quelques plis reyonnés (patte d'oie), ce qui augmente l'ombre au-dessous de l'angle externe de l'œil et fait croire à un déplacement de la paupière.

Pleurer. — L'expression du pleurer est exactement inverse de celle du rire quant à la direction imprimée à le commissure et au sillon naso-labial. La commissure est tirée en bas ; le sillon est déplacé dans le mème sens ; les rides de la patte d'oie tendent à s'effacer. Ces déplacements concordants sont dus à la contraction du releveur commun externe et du petit zygomatique. Ces muscles, plus ou moins parallèles au grand zygomatique, prennent comme lui insertion fixe à la pommelle ou aux os voisins (bord interne de l'orbite) et descendent plus ou moins obliquement prendre leur insertion mobile dans la lèvre su rieure; mais, tandis que le grand zyromatique, le plus externe d'entre eux, s'attache près de la commissure, les autres s'atlachent à la partie moyenne de la lèvre, d'où l'obliquité en sens inverse qu'ils communiquent à son bord supéeur en se contraclant ou l'un ou les autres. Un troisième muscle, l'élévateur commun interne, s'attache en haut au bord interne de l'orbite el en bas à l'aile

SYSTÉMATISATIONS SUPÉRIEURES. #29

du nez et À la lèvre supérieure près de sa partie médiane. Celui-ci augmente encore l'obliquilé de la lèvre en même temps qu'il dilate l'aile du nez en masse la partie interne du sillon neso-labial, le creuse profondément en une gouttière que les larmes remplissent; c'est le muscle du pleurer à chaudes larmes.

Lubricité. — Duchenne en voit l'expression dans les plis verticaux de la face latérale du nez, qui résultent de la contraction du muscle transverse du nez,

Fig: 468. — Rire. Fig. 465. — Pleure.

Contraction du grand sygomatique. Contraction du releveur commun externe.

muscle digastrique disposé en forme de sangle sur le dos du nez-et attaché par ses extrémités libres à la peau de la joue et du nez.

Le dédain, le mépris, le dégoût ont leur expression dans des modifications de la situation des lèvres et surtout de la lèvre inférieure. On connaît l'expression qui résulte de l'action de pincer les lèvres ou faire la petite bouche, ou de celle

Fig. 468. — Douleur. Fig. 167. — Mécontentement ; mépris. Contraction du sourcilier. Gontraction du triangulaire des lèvres,

de faire la moue. Ces expressions sont dues à des contractions de l'orbiculaire de La bouche, contraction limitée dans le premier cas à ses fibres les plus internes, qui serrent étroitement l'ouverture buccale comme l'orifice d'une bourse, limitée dans le second à ses fibres les plus excentriques, dont la contraction isolée projette en avant les lèvres, en les avançant sous forme de tuyau.

Le muscle buccinateur, important pour la mastication, l'articulation des sons, le jeu des instruments à vent, ne prend pas part à l'expression des émolions.

Le muscle triangulaire des lèvres, attaché en bas à la mâchoire inférieure en dehors de sa symphyse, prend son insertion libre vers la commissure des lèvres, Il abaisse par conséquent celle commissure et donne à la fente buccale une obliquité de même sens que celle du pleurer, mais réalisée, ici, en abaissant la commissure au lieu de relever la partie moyenne de la lèvre supérieure. Le naso-labial est tiré en bas et devient à peu près rectiligne. Peu accentuée, cette expression est celle de la tristesse ; plus accentuée, elle est celle du mépris. La demi-occlusion des paupières par contraction de l'orbitaire palpébral (muscle propre de la paupière) vient souvent compléter cette dernière expression du sillon.

Le muscle carré du menton s'insère, comme le précédent, en bas à la partie antérieure de le branche horizontale du maxillaire inférieur; ses fibres, obliques en haut et en dedans, vont s'insérer à toute la longueur de la lèvre inférieure. La contraction de ce muscle, en renversant la lèvre inférieure, exprime le dégout.

Le peaucier du cou, à un faisceau duquel on & donné le nom de résorius de Santorini, n'est pas expressif par lui-même ; il n'exprime du reste ni le rire ni le gaieté, mais plutôt un rictus ou rire forcé et menaçant.

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