TRAITÉ 1>E PHYSIQUE
géant de place les jambes et les nerfs; on ferme le circuit, et on note encore la déviation. On obtient toujours de fortes contractions, sans que la déviation présente des différences. M. Matteucci a conclu de l<à, que la contraction produite quand on change la direction du courant ne doit pas être attribuée à une augmentation d'intensité du courant résultant des polarités secondaires ; l'explication que nous avons donnée du phénomène des alternatives nous paraît la plus ratonnelle et doit être prise ici en considération.
Des sensations produites dans la grenouille par le passage du
courant.
Le courant , suivant sa direction , en traversant les muscles et les nerfs, produit, soit des effets de contraction, soit des effets qui affectent douloureusement l'animal ; ces derniers ont été analysés avec beaucoup de soin par M. Marianiui, et les expériences répétées avec succès par plusieurs physiciens, non-seulement sur les grenouilles , mais encore sur d'autres animaux. La disposition suivante permet de faire facilement l'expérience : on fixe une grenouille par les quatre pattes avec des clous, sur une planche de bois vernissé, le bas-ventre de la grenouille touchant la planche; on découvre le nerf crural et le nerf sciatique , on enlève la peau, les muscles , ainsi que l'os de la cuisse , de sorte que la jambe ne tient plus au tronc que par le nerf. On fait passer le courant dans ce nerf en augmentant successivement le nombre des couples ; ou obtient alors les effets suivants : Quand le courant est direct eu l'introduisant , ou a toujours une forte contraction dans les membres postérieurs; si on ouvre le circuit, la contraction est plus faible , la portion dorsale se replie, éprouve une secousse, et il arrive quelquefois que l'animal crie; avec le courant inverse la grenouille plie le dos , se retourne sur les flancs , sa respiration devient difficile, et tout annonce la douleur. En interrompant le courant , les membres postérieurs se contractent. Diverses expériences sont venues confirmer ces observations de M. Marianiui, qu'il y a sensation de. douleur toutes les fois que le courant entre dans les nerfs dans une direction opposée à leurs ramifications, tandis qu'il y a contraction quand le courant suit une direction opposée.
Les effets que nous venons de rapporter tendraient donc à montrer que le nerf est organisé de manière à propager certains mouvements dans le sens de ses ramifications , et qui ne seraient transmis que difficilement dans le sens opposé, d'où résulterait alors un sentiment de
douleur. Il se produirait alors des effets analogues à ceux que l'on observe dans certains animaux, lorsqu'on les frotte dans 1^ seus des poi!^ ou à rebrousse poil. Mais comme il existe des nerfs qui président, les uns au mouvement , les autres au sentiment, il s'agit de "voir dans cette circonstance jusqu'à quel point les uns et les autres sont affectés par le passage du courant. C'est une question que nous examinerons en traitant de ces deux espèces de nerfs.
Lois suivant lesquelles Vactivité de la grenouille diminue.
Dans les alternatives, le courant produit dans les nerfs une nouvelle condition , qui les rend moins sensibles à l'action du courant ; or, on sait que, sans employer les alternatives, l'animal cesse de se contracter un certain temps après sa mort ; on a cherché quelle était la loi de cet affaiblissement. Vaili avait remarqué qu'en soumettant les diverses parties d'un nerf à l'action d'un courant , la partie qui devient d'abord insensible pour provoquer des contractions est celle qui est la plus rappi'ochée de4'origine du nerf, c'est-à-dire du cerveau. Ce fait a été confirmé par tous les physiologistes. M. Matteucci a repris l'étude de cet ordre de phénomènes , pour voir comment s'éteignait dans le nerf la fticulté de faire contracter le nmscle; voici le détail d'une desexpériences qu'il a faites avec une grenouille prc parée. On découvre le nerf crural et le nerf sciatique , et on touche ce dernier avec les extrémités d'un couple zinc et platine placé sous les nerfs, et disposé de manière qu'il chemine directement. Quel que soit le point touché, on obtient toujours des contractions dans le premier moment; quelques minutes après, si l'on touche le nerf près de son insertion dans la moelle épiniere , les contractions sont à peine sensibles, et cessent peu après; tandis que si on touche le nerf à côté de son insertion dans la jambe , on a des contractions très-fortes. Si on attend encore, pour avoir des contractions, il faut découvrir et toucher une portion du nerf plus éloignée encore de la moelle épiniere. En général , la portion du nerf qui a l'introduction du courant inverse excite des sensations douloureuses, s'approche d'autant plus de l'origine du nerf, que l'aiiimal s'affaiblit, tandis que le contraire a lieu pour les contractions.
M. Mallouoei, qui a cherché à se rendre compte de cette disposition du nerf, a reconnu qu'on ne devait pas l'attribuer à un dessèchement. Ainsi tout tend donc à prousoi' qui' cette faculté du nerf à faire contracter le muscle dépend d'une disposition organi(|ue qui disparaît d'abord quelque temps après la mort, dans les parties les plus
rapprochées du cerveau, et ainsi de proche en proche jusqu'aux extrémités.
Des contractions tétaniques.
Quand on prépare une grenouille, quelquefois il arrive que les membres prennent l'état tétanique , surtout quand cette opération se fait rapidement et que l'animal est vigoureux; il arrive aussi que les muscles sont dans un état de relâchement et de souplesse absolue. Néanmoins, dans l'un et l'autre cas, les grenouilles se contractent sous l'influence d'un courant. Dans le premier, ce sont de simples mouvements , tandis que dans l'autre ce sont de véritables contractions. M. Nobili est parvenu à donner le tétanos à une grenouille préparée , eu interrompant et rétablissant le circuit assez rapidement pour que la contraction provenant d'un premier contact, subsistât encore avant la production de celle provenant du contact suivant : l'effet ne peut guère être attribué qu'au changement d'état du nerf, qui passe rapidement de l'état naturel à un état forcé, et réciproquement. Le tétanos naturel ne proviendrait-il pas de modifications semblables qu'éprouvp'- 't le système nerveux à la suite de vives douleurs ou de diverses causer, 'bides? On pourrait peut-être le faire cesser en prenant en considéra le fait suivant observé par M. Nobili : que des grenouilles ayant . étanos persistaient dans cet état sous l'influence d'un courant et . . détendaient souvent complètement sous l'action d'un courant dirige en sens inverse du courant propre de la grenouille.
Quelques expériences entreprises dans cette direction ont donné des résultats assez satisfaisants pour qu'il soit permis d'espérer qu'en les variant on puisse arriver à quelque chose de certain.