CHAPITRE YII
Des contractions obtenues par l'excitation galvanique sur l'iiomme et les grands animaux , après une mort violente; théorie des contractions.
' Lors des grandes découvertes de Galvani et de Volta , on multiplia les expériences dans le but de démontrer qu'au moyen de l'électricité on pourrait reproduire les mouvements et les contractions dus à l'acte ,de la volonté. Galvani expérimenta sur une tête de bœuf, récemment tué, avec une pile à colonne composée d'éléments argent et zinc , et chargée avec de l'eau salée. Une des oreilles fut mise en communication avec l'un des pôles , et l'autre avec le nazeau ; aussitôt les yeux
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s'ouvrirent, les oreilles se dressèrent, la langue s'agita, et les uazeaux s'enflèrent.
Aldiui montra ensuite que , pour obtenir les plus fortes contractions , il fallait établir l'arc des oreilles à la moelle épiuière ; dans ce cas, les paupières s'ouvraient , le globe de l'œil roulait sur lui-même comme dans la plus violente fureur. Le D*" Andrew Ure, en opérant sur le corps d'un pendu , immédiatement après l'exécution , avec une pile de 270 plaques, chargée avec de l'eau acidulée avec l'acide sulfurique et l'acide nitrique, un des pôles ayant été mis en communication avec la moelle épinière, l'autre avec le nerf sciatique , à l'instant même tous les muscles du corps se contractèrent de mouvements convulsifs. En faisant mouvoir un des conducteurs de la hanche au talon le genou plié , la jambe fut lancée avec tant de violence qu'elle faillit renverser une personne qui avait essayé de prévenir l'extension. Le D*" Ure parvint à imiter jusqu'à un certain point le jeu des poumons; en faisant passer le courant de la moelle épinière au nerf uluaire, on vit aussitôt les doigts se mouvoir avec agilité; en faisant passer la décharge d'une oreille à l'autre , en les humectant d'eau salée, les muscles du visage éprouvèrent d'horribles contractions ; l'action des paupières fut très-marquée. Ces mouvements étaient désordonnés , et ne représentaient qu'imparfaitement ceux qui ont lieu sous l'empire de la vie. Les expériences d'Aldini n'ont rien présenté sur l'homme après la mort naturelle, par la raison qu'arrivant lentement , les fonctions vitales s'étaient anéanties peu à peu.
Théorie des contractions dites aux agents physiques , fondée sur les principaux faits connus.
Nous avons cherché à mettre sous les yeux du lecteur, les faits les plus importants relatifs à l'action physiologique de l'électricité. II ne reste plus qu'à exposer la théorie des contractions, telle que nous la concevons.
On a pu voir que pour faire contracter un muscle , il fallait irriter le nerf correspondant , en un point quelconque de son trajet , avec un caustique , un scalpel, la chaleur, l'électricité , etc. Cette propriété du nerf nous indique qu'il suffit du déplacement de quelques-unes de ses parties organiques pour déterminer un ébranlement général de toutes les autres , lequel est transmis immédiatement aux particules organiques du muscle par l'intermédiaire des ramifications nerveuses. Pour concevoir cette transmission du mouvement, il faut se rappeler ce que nous avons dit touchant la constitution des nerfs et des mus-
des , ainsi que sur les propriétés que manifestent les premiers quand ils sont parcourus par des courants électriques.
On a vu que la matière nerveuse renfermée sous le névrilème est composée d'un grand nombre de petits filaments parallèles, dans lesquels on distingue des fibres formées de globules élémentaires. Le muscle paraît avoir une constitution analogue , puisqu'il est composé de plusieurs ordres de fibres, dont la plus simple est formée d'une série de globules de même diamètre.
D'un autre côté, les phénomènes physiologiques produits sous l'influence de l'électricité nous révèlent un fait extrêmement important ; c'est que le nerf n'a pas une constitution homogène dans les deux sens de sa longueur, puisqu'un courant électrique d'une intensité peu considérable le parcourt facilement dans le sens des ramifications, et produit des contractions, tandis qu'il y a de la douleur dans le sens opposé. Or, nous savons d'un autre côté, que, lorsque l'électricité positive chemine dans un liquide médiocre conducteur, et qu'elle rencontre sur son passage des obstacles qui retardent sa marche , elle les chasse devant elle , les renverse même, tandis que l'électricité négative ne produit rien de semblable, du moins entre certaines limites. En rapprochant cette observation de la précédente, on peut en tirer la conséquence, que quand le courant chemine dans le sens opposé aux ramifications nerveuses, s'il rencontre des obstacles qui retardent sa marche, il doit faire effort pour les écarter.
L'expérience nous ayant aussi démontré qu'un nerf ébranlé en un point quelconque de son trajet , ou traversé par un courant électrique dans le sens de ses ramifications , n'éprouve ni contraction, ni dérangement apparent, lors même que le muscle est fortement agité, nous devons admettre que son action consiste à transmettre rapidement au muscle une impulsion donnée, à peu près comme le fait une boule d'ivoire en contact avec une série de boules disposées en ligne droite , et qui leur communique à toutes successivement jusqu'à la dernière, la quantité de mouvement qu'on lui a donnée, sans que les boules intermédiaires éprouvent un dérangement quelconque. L'organisation fibrillaire et globulaire du nerf justifie cette allégation , en supposant toutefois aux globules élémentaires une élasticité parfaite.
Cet ébranlement se propageant rapidement dans tous les filets nerveux dont chaque fibre musculaire est pourvue, fait entrer celle-ci en contraction. En effet, les fibres musculaires se trouvant dans une direction sensiblement perpendiculaire à celle des filets nerveux, doivent éprouver un déplacement assez considérable quand^les parties
constituantes de ces derniers sont ébranlées. Voilà comment on peut concevoir le phénomène des contractions mécaniquement parlant, c'est-à-dire en ne mettant en jeu que les particules matérielles des nerfs et des muscles, au moyen des excitants ordinaires.
En faisant intervenir l'électricité, on doit avoir^des effets du même genre; aussi ont -ils plus d'intensité quand un nerf est traversé par un courant. Que se passe-t-il? Ce courant ébranle sur-le-champ ces molécules organiques, il les écarte et les tient distendues. Voilà ce que nous savons des effets mécaniques de l'électricité.
Cette distension subsiste pendant tout le temps que circule le courant, et alors il ne se manifeste pas de contractions. Mais vient-on à ouvrir le circuit , il se manifeste aussitôt des contractions dues au retour immédiat des mêmes parties à leur état primitif d'équilibre, si toutefois elle a été de courte durée , et d'une faible intensité. Car dans le cas contraire, les parties organiques ayant été longtemps dans un état forcé, ne reprennent celui de repos qu'au bout d'un certain temps. Il faut admettre, bien entendu, que le passage de l'électricité n'a produit aucun désordre résultant d'effets physiques ou chimiques. On se rend facilement compte pourquoi les effets physiologiques sont plus énergiques que ceux produits par les autres moyens d'excitation appliqués en un point quelconque : le courant, en parcourant le nerf, affecte tous les points , tandis que tous les autres stimulus ne peuvent être appliqués qu'en quelques points.
Les observations faites jusqu'ici nous représentent donc les molécules organiques des muscles et des nerfs, comme se trouvant dans un état d'équilibre instable, que la cause la plus légère dérange. Cette instabilité cessant aussitôt que les mêmes particules sont soumises à l'influence des forces propres à la nature inorganique, serait donc un des attributs de la vie.