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CHAPITRE VIII

Emploi de l'électricité dans l'étude de la physiologie.

De l'emploi de V électricité pour distinguer les nerfs du mouvement des nerfs du sentiment.

Dans toutes les expériences que nous avons rapportées touchant l'in-

fluence de l'électricité pour provoquer des contractions ou un sentiment de douleur, nous avons fait abstraction des agents du mouvement et du sentiment qui ont leur siège dans le système nerveux , et que l'électricité met également en action. Cette distinction doit être prise en considération par le physicien; sans quoi il court le risque d'attribuer à une propriété particulière de l'électricité des effets qui ne sont que le résultat de son action sur chacun des deux systèmes nerveux en question.

Charles Lebel est le premier qui ait signalé l'existence de ces deux systèmes nerveux , qui ont été ensuite étudiés par MM. Magendie et Muller, et dans ces derniers temps par M. Longet, dont les expériences ont dissipé les doutes que les physiologistes conservaient encore à l'égard de quelques phénomènes qui s'y rapportent.

Voici en quoi consiste le fait principal. Si l'on fait passer presque transversalement un courant dans l'épaisseur d'un cordon nerveux , venant d'être séparé de l'axe cérébro-spinal, les muscles ne se contractent qu'autant que ce cordon a pour fonction de présider au mouvement. Il y a , au contraire , absence de contraction , s'il préside à la sensibilité. Il est nécessaire pour mettre en évidence ce double effet que le courant ne soit pas trop intense ; car autrement , en opérant sur les racines postérieures, le courant passerait dans les racines antérieures. L'électricité vient donc en aide au physiologiste, en mettant entre ses mains un agent à l'aide duquel il peut distinguer les filets nerveux du mouvement, et les filets sensitifs qui s'anastomosent entre eux. Citons d'après M. Longet [Anatowie, physiologie du système nerveux ) quelques exemples de ces deux espèces de filets nerveux. Des ramifications du nerf facial et de la portion ganglionaire du trijumeau pénètrent les muscles de la face; le facial est un nerf de mouvement, le trijumeau un nerf de sensibilité : en faisant passer dans l'un et dans l'autre successivement un courant transverse, on a, avec le premier, contraction des traits; avec le second , immobilité absolue. Les expériences ont été faites dans la même direction pour distinguer les nerfs du mouvement des nerfs du sentiment ; sur les racines des nerfs spinaux , les différents nerfs crâniens, le grand sympathique, la moelle épinière et l'encéphale.

Muller, dès 1731, avait prouvé que l'excitation des racines postériein'es des nerfs spinaux , au moyen de courants transversaux dans la grenouille, ne produisait jamais que de la douleur, et celle des racines antérieures, des contractions. M. Longet a démontré nettement

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chez d'autres animaux, le chien , par exemple, les propriétés différentes des racines spinales, dans les nerfs crâniens et encéphaliques.

M, Magendie avait reconnu que les nerfs de sensation spéciale ne produisaient aucune douleur en les irritant mécaniquement. M. Longetfit voir qu'il en était encore de même sous l'influence de l'électricité. On peut rapporter à ces nerfs, 1° les effets observés par Volta , en armant à la fois l'intérieur de la bouche et la face interne des paupières; dans ce cas on éprouve une sensation sapide et lumineuse ; 2° ce qui se passe en dirigeant transversalement un courant d'une oreille à l'autre , d'où résulte un son déterminé ; 3° l'espèce d'odeur phosphorée perçue quand on irrite au moyen de l'électricité les fosses nasales.

Les nerfs de sensibilité générale ont été l'objet d'une étude approfondie de la part de M. Longet; mais pour faire connaître les résultats qu'il a obtenus , il faudrait entrer dans des détails physiologiques qui ne sont pas de notre ressort. Le but que nous nous proposons est d'indiquer seulement quelques faits généraux , capables de nous faire connaître le rôle que joue l'électricité à l'égard des deux espèces de nerfs dont nous nous occupons. Nous nous arrêterons cependant sur le grand sympathique, en raison de son importance dans les phénomènes de la vie. Plusieurs physiologistes étaient déjà parvenus à faire contracter le cœur, lorsqu'on fait passer un courant électrique à travers la partie cervicale du grand sympathique. Burdach, en galvanisant les grands nerfs splanchniques chez des chiens , est parvenu à réveiller quelquefois très-énergiquement les mouvements du canal intestinal quand l'intestin renfermait des matières alimentaires , tandis que lorsqu'il était vide, l'action était nulle, M. Louget a observé de semblables effets relativement à l'influence de la huitième paire sur les mouvements de l'estomac.

Dans l'action de l'électricité sur le système nerveux central , les expériences de M. Longet ont porté particulièrement sur la moelle épinière et l'encéphale. Après avoir coupé transversalement au niveau de la dernière vertèbre dorsale , la moelle épinière , de manière à obtenir deux segments , l'un caudal , l'autre céphalique , il a obtenu avec l'action électrique les résultats suivants sur les diverses parties du segment caudal, l'' Faisceau postérieur. Quelques minutes après la section faite en appliquant les deux pôles d'une pile faiblement chargée, d'abord à un faisceau postérieur , puis ayant placé un pôle sur un faisceau , et un autre sur un autre faisceau postérieur, les membres pelviens n'ont donné aucune trace de contraction dans ces deux cas. 2" Faisceau antérieur. En opérant de la même manière, soit sur

un, soit sur deux faisceaux, il en résulta de vives contractions musculaires dans un seul membre abdominal ou dans les deux à la fois.

Relativement à l'encéphale , M. Louget en opérant à l'aide de faibles courants dans la substance grise périphérique ou corticale , soit des lobes cérébraux , soit du cervelet dans le chien ou le lapin, n'a jamais obtenu aucun signe de contraction ou de douleur; il en a été encore de même en agissant sur la substance blanche ou médullaire , pourvu toutefois que la moelle épinière ne fût pas affectée par les courants ; en agissant au contraire sur les tubercules quadrijuraeaux , 11 a obtenu des contractions dans les membres ainsi que dans l'iris.

L'existence des nerfs du mouvement et des nerfs du sentiment étant bien constatée, on peut se demander si , dans l'expérience de M. Marianini , au moyen de laquelle on démontre que lorsque le courant chemine dans la grenouille, de la tête aux extrémités, il y a contraction, et douleur quand il va dans un sens opposé; on peut se demander, disons-nous , si ces deux effets ne dépendraient pas en partie de l'action exercée par l'électricité sur ces deux espèces de nerfs. Nous ne le pensons pas , voici nos motifs. La grenouille restant constamment dans la même position dans les deux expériences, les nerfs du mouvement et ceux du sentiment sont affectés en même temps par le courant dirigé tantôt dans un sens, tantôt dans un autre ; il faudrait donc admettre que chaque espèce de nerf reçoit une action différente , suivant le sens du courant, c'est-à-dire que pour les nerfs du mouvement, il y aurait contraction quand le courant va de la tête aux pieds, et nul effet en cheminant en sens inverse; or, l'expérience ne justifie pas cette supposition. Quoi qu'il en soit , dans les expériences où l'on a pour but d'observer les effets de contraction et de sensation produits au moyen des forces électriques, il faut avoir égard aux fonctions qu'accomplissent les nerfs du mouvement et les nerfs du sentiment.

Action des courants sur différents tissus.

Iris. — Cette membrane se contracte avec une extrême facilité sous riniluencc des courants, comme l'ont démontré Fowler, llcinhold et Nysten.

Jr/i'rcs cl reines. — L'aorte , d'après iNysten , n'est point affectée sensiblement par le courant, tandis que les veines caves dans le voisinage de l'oreillette sont affectées sensiblement ; mais comme elles

sont adhérentes à des fibres musculaires bien apparentes sur de grands animaux, ces expériences ne prouvent rien relativement aux veines qui sont insensibles à l'action voltaique.

Canal thoracique. — Absence de contractions.

Conduit excréteur des glandes. — Tantôt on a obtenu des contractions, tantôt des effets négatifs.

Peau et corps caverneux. — Absence de contractions.

Vésicule sémijiale. — Celle du cochon d'Inde se contracte par une espèce de mouvement péristaltique, analogue à celui des intestins.

Cil vibratile. — On désigne ainsi les mouvements vibratiles qui se manifestent pendant la vie , et quelque temps après la mort sur certaines surfaces muqueuses. Le courant a la propriété , quand il a une certaine énergie, de faire cesser ces mouvements , qui recommencent après quelques instants de repos, comme nous l'avons observé sur les membranes muqueuses de l'huître. Bien entendu que dans toutes ces expériences le courant ne doit pas avoir assez d'énergie pour désorganiser les corps sur lesquels on expérimente.

Des impressions prodiiiles sur les nerfs par le passage du courant.

Le courant produit des sensations dépendantes de la nature de l'organe affecté; il fait naître dans l'oreille la sensation du son. Volta ayant fait passer d'une oreille à l'autre la décharge de 40 couples, éprouva un ébranlement tel dans le cerveau , qu'il entendait un sifflement semblable à celui d'une matière visqueuse en ébullition. Ritter entendait au moment de la fermeture de la chaîne un son correspondant à sol ^. Quand il n'avait qu'une seule oreille dans le circuit, l'un des pôles lui faisait entendre un son plus grave, et l'autre un son plus aigu. On peut déterminer l'apparence lumineuse en armant les deux surfaces de la langue , l'une d'une lame de zinc, l'autre de cuivre, et mettant les deux lames en contact; on peut la produire également en appliquant une armature à chacun des yeux, ou une dans les fosses nasales et l'autre à l'un des yeux , ou bien l'une à la langue et l'autre aux gencives supérieures.

M. de Humboldt, en répétant cette expérience , qui est due à Hunter, a éprouvé à diverses reprises sur lui-même une faiblesse momentanée des yeux , et même une inflammation analogue à celle que l'on éprouve quand ils sont fatigués par la lecture.

Le docteur Monro était tellement excitable à l'action galvanique, qu'il saignait du nez, quand, ayant placé un morceau de zinc dans les

fosses nasales, il le mettait en contact avec une lame de cuivre posée sur la langue. L'héraorrhagie commençait aussitôt que la lueur paraissait.

Quant à l'action du courant sur les organes du goût, elle résulte en partie de l'impression résultant des principes acides et alcalins, séparés par le courant et agissant sur la langue. C'est ainsi que Volta, en analysant les saveurs produites sur cet organe , lorsque la partie supérieure et la partie inférieure étaient armées métalliquement, trouva que les saveurs variaient depuis le goût acide brûlant jusqu'à l'alcalin amer. Enfin , pour compléter ce que nous avons à dire touchant les sensations produites par l'électricité, nous rapporterons les expériences de M. de Humboldt qui ont eu de la célébrité. M. de Humboldt se fit appliquer deux vésicatoires sur les muscles deltoïdes , et sur les deux plaies deux armatures métalliques. A l'instant où les deux métaux furent mis en contact , les muscles de l'épaule et du cou se contractèrent alternativement , et il en résulta une forte cuisson; aussitôt que la vésicule formée par le vésicatoire fut ouverte , M. de Humboldt distingua 3 ou 4 coups simples. Les deux plaies étant restées une demi-heure à l'air, et le réseau de Malpigi s'étant endurci, le contact ne produisit plus qu'une seule contraction. En répandant quelques gouttes d'une solution alcaline sur l'un des métaux , les douleurs devinrent très-violentes, et les contractions se renouvelèrent plusieurs fois de suite , dans l'espace d'une ou deux secondes, tandis que la cuisson se prolongea sans interruption et au même degré tant que le circuit resta fermé. Cette sensation douloureuse était due très-probablement à l'action des acides et des alcalis mis en liberté par l'action décomposante du courant. Dans la première expérience, M. de Humboldt fit passer le fil conducteur dans la bouche, entre la lèvre supérieure et les dents: à l'instant où le circuit fut fermé, le muscle trapézoide se contracta avec beaucoup d'énergie; il éprouva alors une cuisson et une pulsation douloureuse dans l'épaule, et il aperçut devant ses yeux une lueur comme un éclair.

H résulte évidemment de toutes ces observations que, lorsqu'on cherche à analyser les sensations produites par l'électricité , il faut toujours avoir égard à deux choses : à l'effet physiologique produit par l'ébranlement, l'excitalion du système nerveux, et à l'effet résultant de l'action chimique produite par les agents acides et alcalins, séparés par l'action électro-chimique. Ces deux effets sont toujours concomitants ; mais le premier peut être distingué du second, en ce que celui-ci, dans les premiers instants, est très-faible. Les

personnes qui cherchent à appliquer l'électricité à la médecine n'établissent pas malheureusement cette distinction ; rpour elles, il n'y a qu'un seul effet, et certes il iien est pas ainsi. Il peut y avoir des inconvénients à ne pas y avoir égard. Nous y reviendrons en parlant des applications du galvanisme à la médecine.

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