‹ Traité de physique expérimentale et mathématiqueChapitre 48 sur 94 · SUR LES FORGES REFLECHISSANTES · texte numérisé non relu

SUR LES FORGES REFLECHISSANTES

rence , l’expérience prouve qu’elle ne dépend pas de la densité seule ; car nous verrons bientôt des milieux aussi denses que d’autres, ou même moins denses, et qui agissent sur la lumière avec plus d’énergie. Tout cela est conforme au cours ordinaire des phénomènes; car si l’action des corps sur la lumière et de la lumière sur les corps est analogue aux affinités chimiques, il est naturel qu’elle dépende de la nature chimique des particules.

D’après ce que nous venons de dire, on conçoit qu’il doit être possible de former artificiellement des milieux hétérogènes, dans l’intérieur desquels il ne se produise pourtant aucune réflexion. C’est ce qui a lieu , par exemple , quand on colle l’un à l’autre deux morceaux de verre au moyen d’une couche d’huile de térébenthine épaissie; car si la jonction est bien faite, on n’aperçoit point du tout la surface de séparation des deux verres , et il ne s’y fait aucune réflexion. L’huile de térébenthine agit donc dans cette circonstance comme le verre luimême; aussi est-il indifférent que les surfaces par lesquelles les verres se regardent soient polies ou dépolies. Dans ce dernier cas, le liquide remplissant toutes leurs cavités, y remplace les particules de verre qui manquent, et leur donne un poli plus parfait que celui de l’art. On a un autre exemple de cette propriété , en jetant dans de l’huile d’olive des morceaux irréguliers de borax ; car ces morceaux, à cause de leurs inégalités et du défaut de poli de leur surface , ne transmettent pas régulièrement la lumière lorsqu’ils sont plongés dans l’air; mais ils deviennent parfaitement limpides quand ils sont plongés dans l’huile d’olive, parce qu’elle compense toutes leurs inégalités; et il se fait si peu de réflexion à la surface commune de ces deux substances , qu’on a peine à distinguer les limites de leur séparation.

On conçoit donc qu’un corps transparent par lui-même pourrait l’être beaucoup moins, et même devenir opaque , si l’on éloignait ses particules les unes des autres, et qu’on insinuât entre leurs interstices un milieu dont l’action sur la lumière fût différente. C’est ce qui arrive, par exemple, dans, les liquides diaphanes que l’on fait mousser en y introduisant

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de l’air; car il n’y a aucun doute que l’action de l’air et de ces liquides sur la lumière est très-différente ; puisque , quand leur surface est recouverte d’air, il s’y produit encore une vive réflexion. Ainsi, en insérant cet air entre les particules du liquide , on produit autant de réflexions successives que l’on forme de vacuoles qui troublent la continuité du liquide ; et ces réflexions repoussant enfin toute la lumière incidente ou la disséminant dans l’intérieur du corps, il cesse d’être transparent et devient opaque ; mais il redeviendrait transparent de nouveau , si on rétablissait la contiguïté de ses parties; et c’est ce qui arrive à l’écume , lorsqu’en perdant son air , elle repasse à l’état d’eau. Cela se voit encore dans une pierre poreuse , nommée hjdro phane , qui , lorsqu’elle est sèche, est parfaitement opaque; mais qui devient translucide quand elle est imbibée d’eau , parce que son action sur la lumière approche plus de celle de l’eau que de celle de l’air : d’où l’on voit que la transparence et l’opacité des corps 11e sont point des qualités propres à la matière même des corps , mais dépendent uniquement de l’arrangement de leurs particules. C’est ce qui sera confirmé d’une manière encore plus frappante quand nous étudierons par l’expérience la manière dont la force répulsive naît et s’augmente avec l’épaisseur des corps , jusqu’à la limite à laquelle l’addition de nouvelles couches cesse d’avoir une influence sensible sur la répulsion.

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