‹ Traité de physique expérimentale et mathématiqueChapitre 81 sur 94 · SUR LA VISIO Y PAR DES PRISMES · texte numérisé non relu

SUR LA VISIO Y PAR DES PRISMES

environnons , dans le même sens que la sienne , ne puisse pas parvenir à l’œil. Si l’on veut d’abord observer le cas de la séparation des images , on placera ainsi une bande de carton blanche et très étroite dans une position horizontale, et onia regardera à travers un prisme d’un grand angle dont les arêtes soient parallèles à sa longueur. En effet, d’après cette disposition, chaque petite portion transversale de la bande forme son spectre verticalement et séparément de toutes les autres , ce qui fait qu’on les voit isolément. Mais pour mêler tous ces spectres, il suffit de relever la bande verticalement , fig. 1 5a, sans changer la situation du prisme ; aussi, dans cette nouvelle disposition , l’extrémité la moins déviée, et par conséquent la moins réfractée de l’image , paraît rouge ; l’extrémité la plus déviée , et par conséquent la plus réfractée, paraît violette ; mais ces extrémités sont les seules colorées ; car, dans les intermédiaires, la superposition des spectres égaux qui se suivent recompose le blanc. Enfin, les extrémités mêmes seraient incolores, si l’objet était une surface d’une étendue indéfinie et d’une égale teinte , comme l’est , par exemple, la voûte céleste ; car alors la superposition des spectres s’étendrait autant que l’ouverture du prisme. Toutefois la recomposition de la blancheur n’aura lieu parfaitement que dans le cas où les parties consécutives de la surface blanche seront également lumineuses ; car si elles le sont inégalement , les spectres consécutifs auront des intensités diverses , et leurs couleurs ne pourront pas se compenser entièrement les unes par les autres. C’est ce qui arrive , par exemple , quand on regarde la lune dans une lunette, à travers un prisme , parce que les inégalités dont la surface de cet astre est sillonnée font que tous les points de son disque ne sont pas également lumineux.

Nous venons de supposer que l’on observait par réfraction ran objet blanc sur un fond noir; on pourrait aussi observer un objet noir sur un fond blanc , et même cela arrive souvent ; car une bande noire tracée sur un carton blanc est une excellente mire. Dans ce cas , pour se rendre compte des effets de la dispersion , il faut considérer chaque partie du fond située de part et d’autre de la bande noire, comme étant elle- même un objet

EFFET DE LA DISPERSION

blanc placé sur un fond noir ; ce qui rentre dans la supposition que nous avons examinée d’abord.

Newton a rapporté un fait facile à observer , et qui , au premier coup d’œil , paraît ne pouvoir pas rentrer dans cette théorie, quoique réellement il n’en soit qu’une conséquence. Ayant disposé horizontalement la base d’un prisme ABC, fig. 1 53 , devant une fenêtre ouverte, placez votre œil en O de manière à recevoir la lumière des nuées réfléchies intérieurement sur sa base ; alors , quand les rayons réfléchis formeront avec cette base un angle d’environ 5 o°, vous y verrez paraître un arc de couleur bleue d’une certaine largeur SS, qui s’étendra dans toute la longueur du prisme , en tournant sa concavité vers l’œil ; et la partie de la base S B , située au-delà de cet arc paraîtra beaucoup plus brillante que la partie S'A qui se trouve en-deçà. Pour rendre raison de cette singulière apparence , concevez que l’angle de réflexion NSI qui répond à la partie convexe de l’arc soit l’angle auquel la réflexion totale commence pour les rayons rouges les moins réfrangibîes , en sorte qu’ils ne puissent se réfléchir totalement à un angleinoindre. Supposez de même que N S I' soit le plus petit angle de réflexion totale pour les derniers rayons violets : alors, depuis B ' jusqu’en S, il pourra y avoir des rayons de toute espèce qui subiront la réflexion totale, et parviendront ensuite à l’œil ; mais en deçà de S , l’incidence intérieure devenant trop voisine de la perpendiculaire , aucun rayon rouge extrême ne pourra être aperçu ainsi. De même, à mesure que le point d’incidence intérieure se rapprochera de A , la possibilité de la réflexion totale vers l’œil cessera successivement , pour les différens rayons , les uns après les autres, jusqu’en S', où celte possibilité cessera même pour les derniers rayons violets; de sorte qu’entre S' et A, la réflexion totale n’aura lieu pour aucun rayon. Ainsi, en résumant ces résultats , on voit que depuis B jusqu’en S, la réflexion sera vive et brillante, parce qu’elle sera totale et qu’elle comprendra les rayons de toutes les couleurs. Depuis S jusqu'en S; , la réflexion totale ira de plus en plus en s’affaiblissant et en se limitant aux rayons les plus réfrangibîes, ce qui doit produire une

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