Lorsque les tubercules ne forment pas des masses
indurées ils ne sont pas netlement circonscrits par l’organographisme plessimétrique, et le tact et les sons qu’ils donnent se continuent par des nuances décroissantes avec la sonorité et P6lasticité des poumons sains. Ces tubercules disséminés existent sous la forme de granulations plus ou moins volumineuses ; il existe entre celles-ci du tissu pulmonaire, soit sain, soit congestionné, soit infiltré, et qui, très-ordinairement, est encore suscepüble de recevoir de l’air. Cette circonstance est en diagnose, et même en thérapisme, d’une immense utilité, et elle est rendue manifeste par le plessimétrisme combiné avec l’hyperpnéisme. Il m'est, par exemple, arrivé un nombre infini de fois, et il m’arrive chaque jour encore, de ramener en quelques minutes, par les respirations supérieures réilérées, un degré marqué de sonorité et d’élasticité pulmonaire, ainsi qu’une respiration stéthoscopique assez évidente sur les points des poumons atteints de tubercules, où un moment auparavant le tact'et le son sclérosiques se faisaient entendre. En même temps les mouvements d’élévaion des côtes, presque nuls auparavant, devenaient beaucoup plus manifestes. Cependant, jamais, dans les cas de phymies, assez nombreuses, mais espaces dans les poumons, les caractères gaziques, indices de l’état normal, ne reparaissent ici dans leur intégrité, Il y a toujours dans la partie malade un certain degré de tact et de son hypogazique, ou même hypomalaxique, qui fait voir qu’une induration persiste dans l’organe pulmonaire , et, malheureusement, cette persistance s'étend le plus souvent aux jours, aux semaines et aux mois suivants. Dans la pneumonémie et dans la pneumonémite, au contraire, le tact et le son gaziques dans le tissu pulmonaire affecté se manifestent tout d’abord à un degré marqué, et se rétablissent plus tard d’une façon complète.
107. Il en arrive ainsi dans une sorte d’induralion légère qui a lieu principalement aussi vers les sommets des poumons, et qui est en rapport avec l’hypérémie, qui, se déclarant à la suite de la bronchite, a lieu autour des bronches malades ou dans les vésicules aériennes correspondantes à leurs dernières ramificalions. Cel état anatomique, du reste assez peu connu, est très-fréquent:: la très-légère matité qui en est lindice, inquiète bien souvent le médecin observateur, En général, elle se dissipe promptement et d’une manière parfaite par l’hyperpnéisme, Je reviendrai bientôt sur ce sujet, lorsqu’à l’occasion du plessimétrisme des bronches
je parlerai des caractères de médio-percussion, propres à la broncho-pneumonite et même à certaines bronchites.
708. Quant aux indurations carciniques des poumons, on ne voit pas quels seraient les caractères plessimétriques qui pourraient les distinguer des masses tuberculeuses; leur siége dans des parties de ces organes autres que le sommet, pourrait conduire à les admettre comme probables chez des gens atteints ailleurs de cancers. Les hydrocélies, où kystes pulmonaires , seraient peut-être soupçonnés par la matité hyperhydrique à laquelle ils donneraient lieu par la forme arrondie et le grand volume que le plessimétrisme y constaterait. Je ne sache pas que personne ait encore reconnu des hydatides dans les poumons par le frémissement dont les tumeurs qui contiennent ces vers vésiculaires sont parfois le siége (n° 136). Les concrétions ostéiformes dans les poumons ont enfin trop peu d'épaisseur pour donner par la médiopereussion des résultats de quelque valeur.
Voici deux observations de diagnose relatives à des cavités preumonécrosiques, dont la première a été publiée dans le Bulletin clinique, avec les figures qui vont être reproduites , et dont l’autre a été récemmeut recueillie. La première de ces observations a trait à une femme de trente-sept ans, domestique. Cette femme habitait une petite chambre. Le jour de son entrée à l'Hôtel- Dieu, il existait, à gauche et en arrière, une" matité prononcée et des ronchus sibilants. Quatre jours après (le 31 janvier 1835), les crachats avaient l’apparence et l'odeur infecte de ceux qui sont rendus dans la gangrène des poumons; le siége du mal et sa nature furent tout d'abord reconnus. Plusieurs jours après, on constata, au centre de l’espace induré, un son plus clair et tympanique. Le 5 février, on y distingua, par l’auscultation, un bruit spécial qui semblait produit par un courant d'air dirigé sur un corps mou et mobile, ce qui porta à penser qu’une escarrhe se détachait de quelques points de l'excavation. L'état général paraissait peu altéré; les crachats fétides étaient parfois rendus dans les proportions de près de 200 grammes en vingt-quatre heures. Je fis respirer au malade du chlore en vapeur, et la fétidité des matières expectorées se dissipa. Vers Le 20 février, des escarrhes gangréneuses se formèrent à la région sacrée et vers les trochanters. La mort eut lieu par l’hypoxémie, qui suit la présence d'écume dans les voies de l'air.
Les signes plessimétriques reconnus pendant la vie se retrouvaient sur le cadavre: seulement, au centre de la matité existant à gauche et en arrière, et qui était accompagnée d’un sentiment de résistance au doigt, on trouvait, dans l'étendue d'un peu plus de 5 centimètres, un son clair très-tympanique, et dont le timbre était très-différent de celui du poumon sain; on mesura cet espace; on enleva avec soin les parois du thorax sur ce point, et on trouva immédiatement au-dessous de la plèvre pulmonaire une cavité dont la dimension et la forme étaient exactement celles du lieu où le son tympanique avait été reconnu pendant la vie. Cette cavité contenait un liquide brunâtre d’une odeur gangré= neuse; un grand nombre de saillies irrégulières tapissaient son fond. L'une
d'elles , pédiculée, avait 10 lignes de long, était grosse comme une petite amande, et c'était probablement elle qui avait donné lieu au bruit spécial entendu par l’auscultation. A l’entour de cette excavation, le tissu pulmonaire était dur , grisâtre, sans ligne de démarcation qui séparât le tissu encore vivant de celui qui était mort.
<—x Caverne gangréneuse.
(Figure 34.)
Caverne gangréneuse exactement limitée pendant la vie et à la nécroscopie.
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(Fig. 36.)
Escarrhe pédiculée,
(Fig. 35.)
Grandeur réelle de la caverne gangréneuse que le poumon entoure. Une escarrhe pédiculée se voit au centre.
La seconde observation a trait À UNE EXCAVATION GANGRÉNEUSE DU POUMON GAUCHE; il s'agissait d’un employé dans un restaurant ; il présentait de la matité dans l’espace sous-claviculaire gauche. La partie indurée avait plus de 10 centimètres de long sur 12 de hauteur; au centre existait une sonorité hypergazique, dont je limitai plessimétriquement l'étendue ; là, aussi, des gargouillements se faisaient entendre. Les crachats, très-abondants, étaient noirâtres, verdâtres, visqueux et horriblement fétides : c'était bien là l'odeur des escarrhes pneumonécrosiques. L'air de la chambre où ce malade était couché était d’une puanteur insupportable, en même temps les symptômes généraux présentaient les caractères de la pneumophymie au troisième degré. Tous les assistants croyaient à une mort prochaine; et, cependant, sous l'influence des respirations expultrices et profondes réitérées, des inspirations de vapeurs et de teinture d’ode, l'amélioration fut prompte; les crachats cessèrent d’être noirâtres et d’avoir une odeur gangréneuse, puis ils devinrent puriformes, ensuite muqueux; enfin, le malade cessa d'en expectorer (des aliments réparateurs, ainsi qu'un air salubre, avaient fait partie du traitement). Deux mois après, le malade-était complétement quéri, et j'ai parfois le bonheur de recevoir, après quatre ans, ses visites de reconnaissince pour les soins que je lui ai donnés.
S 17. Plessimétrisme dans les cas où les poumons ont perdu de leur densité, dans ceux où existent des spéies ou cavernes, et dans les circonstances paà « fe 5 3 : ë; # thologiques où ces spéies sont entourées de tissus indurés.
709. Lorsqu'il a été parlé de l’augmentation du volume des poumons, il a été évident que la dilatation de cet organe par de l'air, est nécessairement accompagnée d’une sonorité et d’une élasticité de cet organe, plus développée que dans létat normal. Je n'insisterai donc ici, relativement aux caractères plessimétriques de la diminution de densité des vésieules aériennes qu’autant qu’elle devient extrême, et c’est ce qui arrive alors que leurs vaisseaux contiennent seulement de très-faibles proportions de sang. Aussi doit-on ranger parmi les signes de panhypémie, ou hypémie générale, le son hypergazique et presque tympanique que l’on observe alors dans toute Pélendue de la poitrine.
710. Toute cavité de quelques centimètres de volume existant dans les poumons, lorsqu’elle contient seulement de Pair, et qu’elle est médialement perculée, donné au doigt et à l'oreille de Pobservaleur des sensations hypergaziques, dont le timbre et le caracltère sont en rapport avec étendue et la disposition moléculaire de la cavité dont il s’agit. Cette proposition est vraie : 1° des Eronches très-dilatées; 2 des spéies phymiques; 3° de celles qui succèdent à une pyoïe pneumonique, vidée dans les conduits de l’air; 4° d’une cavité pleurale interlobaire, ouverte dans les conduits de Pair et remplie de gaz; 5° des cavernes qui
se forment autour des escarrhes gangréneuses ayant les poumons pour siége (pneumonécrosie), elc., etc. On verra même bientôt que, dans Pétat normal, on trouve dans la poitrine, par ce même caractère hypergazique, le siége des grosses bronches, que l’on parvient même à limiter et à mesurer.
711. Quand les cavités dont il vient d’être parlé contiennent exclusivement des liquides, elles donnent une matité hydrique, qui cesse d’avoir lieu quand elles se vident, et qui est remplacée par le tact et le son hypergaziques, alors que de Pair vient à rem placer les mucosités, le pus, le sang, qui y étatent accumulés.
712. Il arrive presque toujours que des liquides et de Pair sont à la fois contenus dans les cavités pulmonaires de diverses natures ; alors, dans certains cas, elles donnent lieu, par le plessimétrisme, à un bruit particulier, à un tintement, à un cliquetis spécial, auquel j'ai donné le nom d’hydrogazique ou d’hydraérique. Je ne reviendrai pas sur ce qui en a été dit précédemment (n°% 441, 145, 146, ete.). Pour rendre ce bruit plus manifeste, alors qu’on le recherche dans la poitrine, il convient, en général, de faire ouvrir la bouche au malade pendant que Pon percute assez fortement les points des poumons où existent des spéies de différentes sortes, dans lesquelles des liquides aqueux et de l’air sont à la fois contenus. C’est presque toujours dans les cavernes pneumophymiques que ce tintement se fait entendre, et il se déclare tout aussi bien dans de vastes spéies isolées que dans de petites cavités anfractucuses, dont la capacité est variée, et qui sont en communication, les unes avec les autres, par des ouvertures inégales et rétrécies. Il suffit que les parois des cavernes dont il s’agit soient humides, et que Pair y entre et en sorte à travers ces ouvertures, pour que le bruit hydrogazique se déclare. Une condition, presque indispensable à la production de ee bruit, est la communication de la cavité pulmonaire avee un gros tuyau bronchique. Le timbre du son hydracrique des cavernes pulmonaires présente des variations très-grandes sous le rapport de son acuité, de son caractère, et ces variations correspondent aux dimensions et à la configuration soit des cavernes, soit des ouvertures de communication qui existent entre elles, ou encore entre ces spéies et les bronches; mais il serait difficile de dire à quelles formes et à quelles dimensions correspond telle qualité du bruit hydrogazique,