CONCLUSIONS
Les conclusions à tirer des considérations établies dans le travail que j'ai | l'honneur de lire devant l'Académie sont les suivantes :
Il n'existe pas une unité morbide, dite diathèse, cachexie, névrose, constituée par une triade ni même une tétrade ou une pentade, une polyade de symptômes, et qui mérite le nom de goître exophthalmique.
Cette expression en partie populaire, en partie grecque, est tout aussi mauvaise que celle qui emprunterait à un auteur le nom qui consacrerait l’existence d’une individualité morbide purement hypothétique.
Le corps thyroïde volumineux modifie les organes qui l’avoisinent, de facon à altérer leurs fonctions, et la compression des grosses veines par la the
GOITRE EXOPHTHALMIQUE ; DISCUSSION. 293
quil forme, gène le cours du sang dans la face, le cerveau et l'orbite, et cause ainsi des hémostasies ou congestions stasiques; celles-ci sont, dans certains cas, suivies d'accidents du côté du cœur, de modifications dans le sang, de troubles dans les organes respiratoires, et, par suite, de phénomènes pathologiques vers les appareils digestif et génitaux de la femme.
Les points divers où la tumeur thyroïdienne fait saillie décident principalement de la nature des phénomènes stasémiques observés.
Puisque l’iode réussit dans le goître ordinaire, alors qu'il n’y a pas de dégénérescence organique, on est conduit rationnellement à l’administrer dans le goître, qui est accompagné de la saillie de l'œil. Pour que l’iode réussisse, il faut l’administrer à doses suffisantes, mais avec précaution : 10 par inspiration ; 20 par frictions avec la teinture iodique au dixième ; 30 sous la forme d’iodure de potassium.
Cette médication, qui m'avait réussi dans plusieurs cas de goître simple, m'a fait obtenir un remarquable succès dans un goître dit exophthalmique.
A l’appui de la discussion sur le goître exophthalmique, qu’il me soit permis de relater l’observation suivante, qui a été recueillie par mon secrétaire particulier, M. Adolphe Ramond :
Une femme de 45 ans, d’une constitution médiocrement robuste, entre à l'hôpital de la Charité, le 2 février 1862, et M. le professeur Piorry l'examine le 3 à la visite du matin.
Les accidents principaux qu'elle éprouve sont : une gène considérable à respirer, qui se traduit par l'élévation fréquente des côtes. Sa figure est légèrement violacée et présente une expression générale de souffrance, son embonpoint est assez bien conservé.
Suivant son habitude, M. Piorry explore tout d’abord la partie dont cette femme se plaignait, et elle accuse la région cardiaque de sa souffrance. — Le premier fait qui frappe le professeur est une dilatation considérable des branches veineuses qui, partant de la région thoracique sous - cutanée, se rendent vers la sous-clavière gauche et même droite; les veines jugulaires et celles de la tête sont aussi distendues et ne diminuent point de volume par les soupirs réitérés, pas plus qu'elles n’augmentent lorsque la malade ralentit de beaucoup la respiration, ce qui prouve que l'obstacle a pour siége les organes circulatoires et non pas le poumon. ;
La main appliquée sur les parois thoraciques ne cause point: de douleur ; mais l’on perçoit le frémissement cataire. Le cœur, exploré par le plessimétrisme, limité par le crayon, présente 14 centimètres d’un côté à l’autre, sur lesquels trois appartiennent à l'oreillette droite. La forme de cet organe est régulière. Au-dessus de la figure du cœur et de l’aorte on trouve, surtout à à gauche, une matité avec résistance au doigt, et occupant un espace dont la forme est ovale, et qui présente 7 centimètres de haut en bas et 5 centimètres d'un côté à l'autre; la matité y est très-dure. La crosse de l'aorte n’est point dilatée.
Sous l'influence de l’hyperpnéisme, le cœur diminue de près de 3 centimètres, tandis que la tumeur ne varie point de volume. Cet organe ne. donne à l’auscultation ni tintement, ni aucun bruit de souffle ou de râpe.. Le foie est
de volume normal et diminue par des respirations accélérées ; aucun autre organe ne donne des signes de souffrance.
La médio-percussion et le dessin plessimétrique du corps thyroïde ont fait trouver que la matité correspond à ce corps devenu volumineux.
L'étude analytique des symptômes conduit au résultat suivant,
Cette femme est.de Dijon : elle dit avoit connu beaucoup de goitreux dans la ville, et qu'elle-mème à été atteinte de goitre dans son enfance. Elle s’est bien portée jusques il ÿ a trois mois. Le mal s’est déclaré lentement, à augmenté d’une manière incessante jusqu'à présent, et la difficulté de respirer a été le principal symptôme qu'elle a éprouvé.
Que penser de ces accidents, de l'ensemble des lésions observées et de la symptomatogénie des phénomènes que cette femme éprouve? IL était difficile de résoudre la question.
S'agit-1l d'un anévrysme ou d’une masse tubereuleuse? se demande tout d'abord M. Piorry. Est-il question d'une tumeur encéphaloïde? Enfin serait-ce d'une fumeur de la glande thyroïde qu'il s'agirait, comme tout porte à le croire? — Dans tous les eas, ajouta M. Piorry, la tumeur comprime la veine cave supérieure, de là la dilatation veineuse, la stase du sang, la gène à respirer, ete.
La malade mourut dans un accès de suffocation et on trouva sur le eadavre les faits constatés pendant la vie. La pièce pathologique fut mise sous les yeux des élèves et des médecins qui suivaient alors la clinique, et l’on put s'assurer de l'exactitude du diagnostic. En effet, la veine-cave supérieure était comprimée par un goître et la furneur était carcinomateuse.
735. Non-seulement le plessimétrisme fait juger, d’après ce qui précède, du volume, de la forme, des rapports vasculaires du thyros mégalisé, mais encore il donne des notions utiles sur les altérations qu’il peut présenter, telles que des indurations, des ramollissements généraux ou partiels, des collections séreuses, purulentes, elc., qui peuvent s’y être développées; la tumeur qu’il forme est en effet susceptible, comme toutesles autres célies, de donner Heu par là médio-percussion à des impressions tactiles el acoustiques correspondantes à la nature des lésions dont il est le siége.
736. Des considérations assez analogues aux précédentes sont applicables : 4° aux abcès du médiastin qui peuvent être révélés par la matité hyperhydrique qu’ils donnent sous le sternum dans une étendue plus où moins grande, ef qui augmente plus où moins d'étendue suivant la marche du mal, et de là des indications possibles de l'ouverture dans certains cas de ces collections purulentes; 2° aux ganglions bronchiques très-mégalisés et qui restent parfois si longtemps stationnaires ; 3° aux aortasies sur lesquelles je
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reviendrai bientôt; 4° à lhydropéricardie; 5° aux exostoses du.
sternum dont j'ai plusieurs fois reconnu par le plessimétrisme le siégé, la forme, l'épaisseur et létendue par le tact et le son sclérosiques qu’elles donnaient au plessimétrisme pratiqué superficiel-
BRONCIHITE; APPLICATIONS PLESSIMÉTRIQUES. 295 lement, tandis que profondément je constatais la présence d’une sonorité et d’une élasticité marquées dues au voisinage des poumons, el s'il fallait citer en détail les faits intéressants que je possède sur de tels sujets, il faudrait étendre cet ouvrage d’une manière indéfinie.
137. La phlegmasie des ramifications des bronches est trèssouvent accompagnée d'un degré variable d’hypémie des vaisseaux sanguins qui les entourent; et comme cette micro-bronchite s'étend à un nombre considérable de conduits aériens d’un petit volume, il en résulte que des lobules où même qu’un ou plusieurs lobes pulmonaires deviennent le siége de la congestion sanguine dont il s’agit. À un degré plus élevé du mal se déclare la bronchopaeumonite (fausse pneumonie, pneumonie catarrhale des auteurs) (4). C’est à la réunion d’une matité médiocre qui présente toujours un certain degré de sonorité et d’élasticité jointe à la présence dés ronchus muqueux, sibilants, ronflants, dus à des mucosités contenues dans les divisions bronchiques, mücosités visqueuses, demi-transparentes, qui sont difficilement expectorées et dont aspect est rougeâtre lorsque la phlegmasie s'étend aux vésicules, le tout existant avec une fièvre modérée; c’est, dis-je, à cette réunion de caractères que l’on distingue cette micro-bronchite de la pneumonie franche où hémito-pneumonite, Le plessimétrisme donne principalement ici des signes physiques propres à établir cette distinction pratiquement bien importante; car les saignées réussissent fort. peu dans le cas de microbronchites et de broncho-pneumonites, tandis qu'elles sont d’une utilité de premier ordre dans la curation de lhémitopneumonémite ; or, ces caractères de médio-percussion consistent däns la simple diminution de la sonorité et de l’élasticité pulmonaire jointe à la présence des ronchus dont il vient d’être parlé, et
- dans le défaut de limitation nette et précise entre les parties
des poumons malades et celles qui ne le sont pas. De plus, il ar-
rive même que, dans la micro-bronchite, l'hyperpnéisme fait dissiper presque entièrement et avec une grande promptitude la matité légère que les parties affectées présentaient.
738. Ce dernier caractère est surtout d’une très-grande importänce à noter alors que dans les régions sous-claviculaires et chez
(1) Traité d> médecine pratique, article broncho-preumonite, tome LV.
296 PLESSIMÉTRISME; ANATOMIE DES PLÈVRES.
des gens atteints de bronchites légères se rencontrent un tact etun son hypogazique que l’on pourrait parfois rapporter à des tubercules initiaux. Il suffit de quelques inspirations profondes et réitérées pour faire dissiper ces symptômes inquiétants. Maintes fois j'ai obtenu ce résultat désirable, qui m'a permis de rassurer des familles justement inquiètes sur le sort de personnes qui étaient atteintes d’une toux opimiâtre.