PREMIÈRE PARTIE
Asphyæie par l’écume bronchique, à laquelle on remédie par la position du corps et par les respirations expultrices. — Le nommé Warabiot, âgé de vingtsept ans, d’une constitution robuste, entra le 8 juin à l'hôpital de la Charité. Son apparence était celle de la plus parfaite santé; seulement il avait éprouvé un point de côté à droite et une toux assez fréquente, accompagnée de l'expectoration de crachats muqueux, et qui n'offraient en rien le caractère pyoïde.
Il fut facile de reconnaître, par les résultats du plessimétrisme et de l’auscultation, que ce malade était atteint d’une hydropleurie. On appliqua, sur les côtes qui correspondent à la région hépatique, un très-large vésicatoire, qui
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donna de la sérosité, mais qui ne remédia en rien aux accidents éprouvés par le malade.
Jusqu'alors le poumon gauche n'avait donné aucun caractère de maladie ; mais voici que, le 1er juillet, cet homme, au moment de la visite, paraissait être sur le point de périr par asphyxie ; la peau de la face et même du corps, ainsi que les lèvres, étaient violacées; les paupières, tuméfiées, avaient une coloration brun noirâtre, la respiration était suspirieuse et le pouls vibrant.
Cependant la connaissance du malade paraissait être complète et suffisante pour comprendre ce que l’on disait et même pour agir. Un ronchus trachéal très-bruyant se faisait entendre au loin.
Chose remarquable, fout le côté gauche de la poitrine présentait à la palpation un frémissement très-fort et donnant à la main une sensation qui rappelait trèsexactement les ronchus larges et humides de l’auscultation, ronchus qui, du reste, ne faisaient pas ici défaut.
Le poumon gauche offrait, plus en arrière et près de la colonne vertébrale, une matité médiocre, tandis que la partie inférieure de la poitrine, à droite, continuait à donner lieu à la matité hydrique portée au plus haut degré. On ne trouvait pas, au haut de ce même côté droit, cette augmentation de son qui est le résultat de la présence du poumon distendu par de l'air, et qui, situé audessus de l'épanchement pleurétique, donne au plessimétrisme une sonorité et une élasticité très-grandes.
Il était évident que la présence de crachats et d'une écume abondante accumulés dans la trachée, les bronches et les cavités aériennes du poumon gauche allaient empècher l’oxygénation du sang (oxémisme), et cela d'autant plus promptement que la cavité droite de la poitrine était impropre à la respiration.
Or voici que, me rappelant plusieurs observations dans lesquelles j'avais été assez heureux pour conserver la vie à des malades qui périssaient aussi par suite de la présence de l’écume dans les voies de l'air, je fis coucher le patient sur le ventre et abaïsser la poitrine en dehors du lit, de façon à ce que l'ouverture du larynx fût très-basse, bien que la tête fût cependant redressée le plus possible ; je fis alors pratiquer au malheureux agonisant des inspirations portées aussi loin que son triste état le permettait, et je l’'engageai à exécuter d'énormes efforts d'expiration et d'expectoration destinés à rejeter au dehors les crachats qui étaient sur le point de causer l’asphyxie et la mort.
Le malade, doué d'une grande force morale, exécuta cette pratique avec courage et persévérance.
Chose bien remarquable et bien heureuse, sous l'influence de ces manœuvres il sortit bientôt des voies de l'air d’abord quelques crachats muqueux, ensuite des liquides puriformes et spumeux, et cela en de telles proportions, que, pendant ma presence, deux crachoirs en furent remplis. Dans la journée, une quantité encore plus considérable de sérosité pyoïde, mélangée d'air, fut ainsi rendue.
En même temps que cette énorme évacuation s’accomplissait, le frémissement ràlant que ressentait [a main appliquée sur le côté gauche diminuaït de force, puis disparaissait, et les ronchus stéthoscopiques cessaient de se faire entendre.
A mesure que ées phénomènes physiques survenaient, l’oxygénation du sang s'accomplissait mieux, la coloration redevenait rosée; le cœur, qui avait été très-dilaté, surtout à droite, reprenait son volume normal, et bientôt l'apparence de santé que présentait d'ordinaire le malade se vétablissait d'une façon inespérée.
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Les jours suivants, l'amélioration persista et le poumon gauche, se débarras sant complétement des mucosités dont les conduits aériens étaient remplis et du sang qui le congestionnait, reprit sa sonorité normale; du reste, les autres fonctions paraissaient être dans l'intégrité, et cela, bien que la cavité droite du thorax devint de plus en plus mate et que l’on y reconnüûüt, par le plessimétrisme et par l’auscultation, la présence d’une hydraéropleurie et d’une fistule pulmoliaire.
Les accidents de suffocation qui venaient d'avoir lieu reconnaissaient évidemment pour cause la pénétration, par une fistule, dans la trachée, dans les bronches et dans les cellules pulmonaires gauches, du liquide purulent contenu dans la plèvre droite. Ce liquide y était devenu écumeux, et avait ainsi causé l’hypoxémie terrible dont le malade avait été atteint.
Il est aussi non moins certain que la conservation momentanée de la vie avait été due, dans cette circonstance, à une excrétion du liquide séro-purulent et spumeux, qui, provenu de la plèvre droite, avait obstrué les cavités aériennes gauches ; et quand l'observation relative au malade dont il est ici question n'aurait eu d'autre avantage que de démontrer l’extrème utilité de la pratique si simple, qui consiste à faire exécuter de grandes expirations expultrices et de favoriser l’expectoration par la position déclive de l’orifice pharyngien des voies aériennes, elle mériterait l'attention des praticiens.