DEUXIÈME PARTIE
Combinaison des respirations forcées avec l'opération de la trachéotomie. — Pendant quinze jours, l’état du malade fut à peu près stationnaire et les crachats devinrent muqueux et peu abondants ; l’essoufflement augmenta, et plus tard le coucher sur le côté gauche devint difficile et presque impossible ; les caractères physiques de l’épanchement de liquides et de gaz devinrent de plus en plus accusés, et il arriva un moment, vers le vingtième jour à partir de l'époque où les épouvantables accidents d’asphyxie, dont il a été précédemment parlé, s’étaient déclarés, que les phénomènes d'agonie, par suite de la suffocation, se présentèrent de nouveau avec une intensité extrème. Il fallut, dès lors, se résoudre à donner issue au liquide séro-purulent et au gaz que contenait la plèvre droite ; le cas devenant on ne peut plus pressant, je me décidai, séance tenante, à avoir recours à la thoracotomie ou thoracocentèse.
N'ayant pas le temps de nous procurer les instruments proposés par M. Reybard, le docteur Proust, mon chef de clinique et moi nous nous servimes du trois-quarts et du tube employés en général pour la ponction de l'abdomen. D'ailleurs, il ne s'agissait pas ici de prévenir l'entrée de l'air dans la plèvre par l'ouverture artificielle, puisqu'il y pénétrait, à chaque inspiration, par la fistule pulmonaire. Le but utile de l'opération était d'évacuer le liquide contenu dans le thorax, et qui empêchait, par sa masse, la respiration de s'accomplir. Voici comment je favorisai la sortie de ce liquide. La canule étant tenue ouverte, J'engageai le malade à faire une expiration forcée ; alors le pus séreux S'échappa avec force, puis mon doigt fut porté sur l'ouverture de ce tube et le ferma complétement. Au moment où l'occlusion de celui-ci avait lieu, 7e is pratiquer par le malade des insptrations à l'effet de le faire respirer, et quand il eut assez oxygéné le sang, j'ôtai mon doigt qui servait d’obturateur et je recommençai à faire rejeter de grandes proportions de pus au moyen de grands mouvements d'expiration. Continuant ainsi pendant plus d'un quart d'heure, j'arrivai non-
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seulement à faire évacuer à peu près deux litres de liquide, mais encore de trèsnombreuses masses d’air renfermées dans la cavité pleurale. La canule étant alors retirée et la plaie pansée, aucun accident ne survint.
Signes physiques obtenus dans le cas d'uéropyopleurie, dont il est ici question avant l'opération de la thoracotomie. — Pendant les quinze jours suivants, le malade fut dans un état de santé très-supportable ; mais l’épanchement récidiva promptement, et les accidents les plus terribles se dessinèrent de nouveau.
Pour faire voir à quels points les signes physiques peuvent conduire à diriger l'opérateur, qu'il me soit permis de dire ce qu'ils apprenaient relativement aux circonstances matérielles que la poitrine présentait.
Les deux côtés du thorax en haut et en avant, au-dessus et au-dessous des clavicules, présentaient une sonorité et une élasticité tout à fait normales (son et sensation tactile gaziques), ce qui me permit d'annoncer que la respiration auscultée devait être pure sur cette région, fait que le stéthoscopisme vérifia bientôt. Tout au contraire, au-dessous de ces points et à droite seulement, à quelques centimètres au-dessous du mamelon, et jusqu’au rebord costal droit se rencontraient une sonorité et une élasticité extrêmes (son et sensation tactile hypergaziques). C'était dans un espace de forme circulaire que se prononçaient de tels caractères plessimétriques, et, dans toute cette étendue, on n’entendait, en aucune facon, le bruit respiratoire.
À la partie inférieure du thorax, à droite, et lors de l'attitude assise et du coucher sur le dos, se rencontrait une matité absolue (son et sensation hydriques) qui envahissait toute la partie postérieure et inférieure droite de la poitrine.
Cette matité était séparée par une ligne de niveau du lieu où se trouvait la sonorité exagérée, et s’il arrivait que l'on changeûât la position du malade, cette ligne de niveau variait de position en raison du déplacement du liquide, lequel se portait constamment à la partie déclive.
Sur ces régions déclives du thorax où la matité se rencontrait, on n’entendait pas la respiration.
Le bruit hydraérique (tintement métallique) produit par la suceussion, fut entendu à une ou deux reprises, mais d’une manière très-peu marquée.
Entre les points où le son clair et normal du poumon se rencontrait par en haut et à droite, et ceux qui présentaient la sonorité hypergazique ou son tympanique, on parvenait à dessiner un espace de la largeur d’un centimètre et demi, qui donnait lieu à de la matité résistante et se prolongeait de droite à gauche sous une forme rubanée. Tout portait à croire qu'il s'agissait ici d’une concrétion plastique imitant l’'épanchement, et qui s'était formée aux dépens du liquide déposé dans la plèvre.
Le foie était encore énormément refoulé par en bas, de telle sorte qu'il faisait au-dessous du rebord costal une saillie de 7 centimètres. En dehors de la partie : antérieure de sa face supérieure se rencontraient, par le plessimétrisme superficiellement pratiqué, une sonorité et une élasticité extrèmes dues à une certaine proportion de gaz qui se trouvait entre l'organe et la paroi pectorale.
Le cœur, dessiné par le plessimétrisme et exploré par l’auscultation, était tellement dévié à gauche que le bord droit de l'oreillette droite commençait au niveau du bord gauche du sternum, tandis que la pointe du ventricule gauche était portée jusqu'aux parties les plus externes du côté gauche.
Les côtes droites, à cause de leur extrême distension, étaient immobiles ; la respiration, démesurément gênée, donnait lieu à des phénomènes voisins de
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l’'anoxémie ; la face avait une coloration bleuâtre, et tout faisait craindre une mort actuelle ; seulement le pouls était large et presque vibrant, caractères qui se remarquent souvent dans les premiers temps (l’hypoxémie), à laquelle on a donné contre toute raison le nom d’asphyxie, mot qui signifie maladie sans pouls.