Les parois du cœur peuvent avoir des dimensions exagé
rées, ce qui est dû à un développement anormal de leurs fibres charnues (hypertrophie cardiaque, hypercardiotrophie), ce n’est guère que dans les ventricules et principalement dans le gauche, que l’on peut déterminer plessimétriquement cet état pathologique. Un tel développement peut être considérable et il coexiste le plus souvent avec une augmentation de la cavité que circonscrivent les parois cardiaques épaissies (hypercardiotrophie ectasique), mais quelquefois aussi avec un resserrement de cette même cavité (hypercardiotrophie sténosique). Cette dernière réunion d'états pathologiques est fort rare et je l’ai observée seulement dans les cas de mort violente et rapide survenue chez des individus qui venaient de perdre beaucoup de sang. Je ne crois pas qu'il soit possible d'apprécier plessimétriquement pendant la vie, l'augmentation d’épaisseur des parois du ventricule à sang noir et à plus forte raison des oreillettes qui sont encore plus minces.
833. Je n’ai aucun fait recueilli qui prouve que l’on puisse, au moyen de la médio-percussion, apprécier les dilatations de loreillette gauche qui, du reste, ont été très-rarement observées.
834. Dans l’état anormal {a densité du cœur varie non moins que son volume et que sa forme. Évidemment elle augmente dans celles de ses parties qui sont atteintes d’un notable degré d’hypertrophie, et cela d'autant plus que cette hypertrophie est plus considérable, ellé diminne au contraire lorsque les fibres musculaires du cœur s’amincissent ou sont distendues.
835. Lorsque, par suite d’une maladie de durée, les parois des ventricules cardiaques deviennent plus minces, moins énergiques, et moins bien nourries, leur consistance &iminue, etc., etc. A la suite des pertes de sang effectuées lentement, lors encore que les proportions du sérum relativement au cruor deviennent trèsconsidérables (hydrémie), la densité du cœur considéré dans son ensemble, diminue beaucoup et rien n’est plus remarquable que de comparer le degré de fermeté d’un cœur qui, avant la mort, appartenait à un homme robuste mort par accident, à celui d’une jeune fille décédée à la suite d’une hydrémie ou encore à ce même organe ayant appartenu à un malheureux qui aurait succombé consécutivement à une iléospilosie de longue durée ou à l’hypohydrémie indoloïosique (perte de la sérosité du sang dans le choléra indien ). ; | 836. Une infinité d’autres lésions peuvent avoir le cœur pour
354 PLESSIMÉTR. DU COEUR À L'ÉTAT NORMAL ET ANORMAL. siége; mais elles ne sont en rien appréciables, au moins d’une manière directe, par la médio-percussion. Seulement, comme plusieurs d’entre elles, les cardiosténosies par exemple, coïncidant avec les altérations de volume, de forme, de densité du cœur, le plessimétrisme peut fournir des documents importants pour les reconnaître; je reviendrai bientôt sur ce sujet.
8 4. Expériences et observations relatives au plessimétrisme du cœur publiées en 1826-1827, 1836-1837.
837. Lors du 7Yraité de la percussion médiate, j’étais loin d’avoir suffisamment étudié le plessimétrisme du cœur. Cependant, c’est je l'avoue, avec quelque satisfaction que j'ai relu la partie de cet ouvrage qui a trait à l’examen de cet organe, car jy ai vu d’une part, jusqu’à quel point mes prenuères recherches, bien que jusqu’alors très-incomplètes, étaient exactes, combien il avait fallu
peu de temps pour arriver à des résultats utiles et positifs, el de quelle façon les études de ce genre avaient progressé depuis le rapport que mon vénérable maitre, M. le professeur Duméril avait fait sur mon travail à l’Académie des sciences, Ne pouvant à cause de leur étendue reproduire ici les documents successifs, les expériences el les discussions consignées soit dans le Procédé opératoire, soit-dans le Traité de diagnostic sur le plessimétrisme de l’appareil circulatoire, je renvoie le lecteur à la seconde édition du Traité de médecine pratique (1).
S 5. Expériences et recherches sur le cœur dans l'état normal et anormal (1826).
838. « J'ai étudié le cœur avec le plessimètre : sur vingt sujets chez lesquels cet organe paraissait être sain, et qui étaient affectés de maladies légères; sur des individus robustes comme sur des sujets plus faibles ; sur des malades dont le pouls était large, fort, comme sur des hommes où il était petit et faible; sur des sujets dont on entendait avec le stéthoscope le cœur dans une grande étendue du thorax, comme chez les individus où ce bruit,
(4) Une nouvelle édition du Traité de médecine pratique est en effet sous pressé pour combler celte lacune et pour rappeler mes expériences et mes travaux sur l'auscultatien cardiaque; je me borne à reproduire ici quelques pages des traités qui viennent d'être cités, où il est question des faits qui ont rapport à l'exploration du principal agent de la grande circulation.
était seulement perceptible sur la région cardiaque, les résultats de la percussion médiate ont beaucoup moins varié que je ne n'y attendais (1). Un son dont la matité se rapprochait du foie, quotqu'un peu moins marqué que sur ce viscére, 6lail obtenu dans la région cardiaque et sur la partie gauche de la région sus-gastrique. Cette matité variait sur chaque sujet, et elle était en raison de la portion de poumon dont la pointe du cœur était recouverte, et de l'éloignement où ce dernier organe se trouvait des parois. Je pouvais bien mesurer de droite à gauche l’espace où le son mat existait; mais il était plus difficile d’avoir ses dimensions en hauteur; car la matité de la région cardiaque se confondait chez beaucoup de sujels avec celle que fournissait le petit lobe du foie. Lorsque en effet ce dernier viscèré s'étend jusques au-dessous du cœur, des nuances de son ne peuvent guère les distinguer (2), et aucun organe contenant des gaz ne leur est interposé.
839. «Pour mesurer le volume du cœur de haut en bas, je crus donc qu’il fallait rechercher à droite le point où le foie commence, et est en contact avec le poumon; ürer ensuite une ligne horizontale et perpendiculaire à Paxe du corps, sur le eôté gauche, et prendre cette ligne pour le point probable où finit le cœur et où commence le foie (3).
840. « J'avais ainsi le moyen de mesurer approximativement le volume de la pointe du cœur et d’une partie de sa face supérieure et antérieure (4). Me servant donc de ce mode de mensuration, j'ai trouvé que dix-huit sujets sur vingt présentaient, dans la largeur de 5 centimètres 4 millimètres, un son mat correspondant au cœur. Sur les deux autres individus cette résonnance occupait une surface de deux pouces et demi. Chez tous ces sujets, c'était à peu près un espace de centimètres 4 millimètres en hauteur
(1) Cette assertion prouve qu’en 1826 je ne savais pas bien plessimétriser le cœur, car 1l est facile de s'assurer par la médio- percussion que ces variations sont très-grandes.
(2) La réflexion précédente est encore ici applicable, car la distinction du cœur et du loie par le plessimétrisme s'opère sans difficulté.
(3) Cette ligne est ici mal dirigée ; car elle peut passer au-dessus de [4 pointé du cœur, C'est ce qui arrive souvent pour les élèves, qui la dirigent en ce sens. Elle doit être oblique et suivre la voûte du diaphragme,
(4) Ne sachant pas en 1826 reconnaitre d'une maniète positive le cœur audessous du poumon, je ne parlais iei que des points de cet oïgarie qui étaient eh contact immédiat avec les parois.
356 PLESSIMÉTR. DU COUR A L'ÉTAT NORMAL ET ANORMAL. que le bruit cardial occupait. Le stéthoscope et l'application de la main trouvaient les battements du cœur sur les points dont il s’agit. |
841. « La matité du cœur se trouvait à la même hauteur, soit que le sujet fût couché, soit qu’il fût placé dans l’attitude assise : cela variait à peine dans linspiration et expiration. Tout porte donc à penser que la pointe du cœur reste à peu près à la même hauteur dans ces deux positions du corps et dans les divers mouvements de la respiration.
842. « Dans l'attitude couchée à droite ou à gauche, le son mat du cœur se portait d’un demi-pouce vers le côté sur lequel le corps reposait, La percussion médiate tend donc à faire admettre un déplacement latéral correspondant au coucher alternatif sur Pun ou sur l’autre côté.
843. « C’est inutilement que j'ai cherché à trouver ché à mesurer en arrière l’espace correspondant à la base du cœur. Mes résullats ont élé nuls; mais les tentatives que j'ai faites ne sont pas nombreuses : ce sujet exige de nouvelles recherches (1).
844. « Indépendamment des faits relatifs à la mensuration de l’espace auquel le son mal du cœur correspond en avant, il en est d’autres non moins importants qui üennent à l’appréciation de la portion de cet organe qui est située dans le côté gauche. La comparaison que l’on peut établir entre la percussion légère et la pereussion forte sur le plessimètre fournit les résultats dont il s’agit : sur l’homme dont le cœur et les poumons sont sains, lorsque instrument est appuyé exactement sur le côté gauche, une percussion forte donne le son gazique à une grande profondeur, à peu près comme cela à lieu pour le côté droit au-dessus du foie ; chez celui dont le cœur est très-volumineux et dont les poumons sont exempts de maladie, une percussion légère fait apprécier l’état des cellules pulmonaires, tandis qu’un choc plus fort donne un bruit sourd en rapport avec la masse du cœur située profondément (2).
845. « Sur six cadavres dont la trachée avait été liée, et chez lesquels nous avons, par la percussion, déterminé le lieu où se
(1) Ces recherches ont été faites en 1863, et comme On le verra bientôt, on trouve par le plessimétrisme la matité du cœur en arrière et au-dessus de celle du foie.
(2) On voit done qu'en 1827 je distinguais déjà la médio-percussion en FFE fonde et en légère ou superficielle.
trouvait la pointe du cœur, nous avons trois fois enfoncé une üge de fer au centre. de l’espace où le son cardial était obtenu, et trois fois l'instrument a pénétré au milieu de la pointe du cœur. Trois fois sans avons introduit des aiguilles autour de cet espace, et trois fois, à lautopsie, la. partie g gauche du cœur, non recouverte par le poumon, ou séparée des parois costales par une, lame pulmonaire très-mince , s’est trouvée entourée par les aiguilles (4).
846. « La lransposition latérale du cœur ne s'était pas présentée à mon observation en 1826. Dans un cas pareil, on trouverait infailliblement à droite le son mat que l’on rencontre ordi-
nairement à gauche (2).
847. «Je n'ai pas vu en 1826 de cas d’abaissement du cœur qui fût digne d’être noté. Il n’en est pas ainsi de son élévation el de son refoulement vers la partie supérieure de la cavité thoracique.
848. « Trois individus présentaient, dans les régions cardiaque et sus-gastrique, un son stomacal très-clair (hyper-gazique) qui s’étendait aussi dans toute la partie intérieure du côté gauche du thorax, el qui, sans changer de caractère, se propageait vers Pombilic. L'espace intercostal qui répond aux quatrième et cinquième côtes, en comptant de haut en bas, offrait, sur une surface de 5 centimètres 4 millimètres carrés, le son mat qui correspond au cœur. Le stéthoscope faisait distinetement entendre sur ce point les battements de cet organe.
849. «Les individus dont il s’agit étaient considérés comme asth-
matiques ou anévrysmatiques ; ils avaient des palpitations, de la dyspnée ; ils rendaient quelquefois par l’œsophage d’énormes quantités de gaz, ce qui les soulageait beaucoup. Ce refoulement du cœur de bas en haut d’une part, et de l’autre la compression des poumons par les gaz contenus dans l'estomac et les intestins étaient-ils la cause des accidents qu'éprouvaient ces malades (3) ?
(1) « Ges expériences doivent être faites avec des carrelets. Si on les pratiquait avec des incisions et en ouvrant le péricarde, on s’exposerait à changer les rapports du cœur avec les autres parties, de sorte qu'à l’autopsie on ne trouverait pas l'organe sur les points où l'on avait cru le rencontrer, et où il était en effet avant l'ouverture du cadavre. » (B raité de la percussion médiate , 1827.)
(2) Il est donc évident que dès 1827, j'avais élabli le caractère le plus positif de la transposition des viscères.
(3) Dès 1827, j'avais, comme on le voit, étudié avec soin le refoulement des poumons et du cœur par suite du développement du ventre à la suite de l’ac-
850. « Sur plusieurs anévrysmatiques, la percussion directe du côté gauche produisait un bruit généralement plus mat qu’à droite, tandis que la percussion médiate, bien qu’elle circonscrivit mieux la pointe et une partie de la face supérieure du cœur, ne faisait pas aussi bien saisir cette différence; mais en modifiant le procédé il fut possible à Paide du plessimètre, d’obtenir sous ce rapport de très-bons résultats. En effet, en appuyant instrument et en le maintenant bien fixé, en frappant avec plusieurs doigts, et en employant un certain degré de force, il fut facile de produire des différences de son encore plus tranchées que celles auxquelles donnait lieu la percussion directe (plessisme).
851. Voici quelques recherches de médio-percussion publiées dans le 7yaité de diagnostie et qu'il me semble utile de reproduire ici.
« Depuis longtemps, dans les observations dictées à ma clinique, j'ai soin de noter le volume du cœur d'un côté à l’autre, c'est-à-dire depuis le point où l'on commence à trouver sa matité au-dessus du foie à droite jusqu'à celui où tout à fait à gauche on obtient profondément le son du poumon.
852, Or, voici quelques relevés qui paraissent mériler d’être cités:
« Dans 27 cas de maladies variées de la rate, on a trouvé an diamètre {ransversal du cœur : 4 fois 9 centimètres 5 mill.; — 17 fois 10 €. 8 mill.; — 5 fois 12 6. 45 mill.; — 1 fois 43 €. 45 mill. Dans plusieurs de ces cas, le cœur était refoulé en haut ou à droite par suite du grand volume de la rate. — Aïnsi . dans les maladies d’un organe où le cœur est rarement malade, et où il n'y a pas d’obstacle à l'entrée de l’air dans les poumons par suite de la présence de mucus ou d'écume dans les bronches, mais où les individus observés sont assez faibles et un peu hypémiques, la moyenne du volume du cœur a été d'à peu près 10 6. 8 m. d’un eôté à l’autre.
« Sur 81 cas d'hémito-arthrites (rhumatisme articulaire aigu), on a trouvé, d’un côté à l’autre du cœur : 75 fois 9 e. 5 m. (1), à 10 6, 8 m.; — 1 fois 12 c.; — 4 fois 13 c. 5 m.; — 1 fois 14 c. 8 m. Ainsi, dans ces cas, le volume du cœur n'a pas été très-différent de celui que l’on avait constaté dans les affections où le cœur est rarement malade (2). |
« Sur 16 cas de preumonite, où l'on a noté le volume du cœur, on a trouvé
cumulation des gaz, de l'augmentation de volume des viscères, ete. Voyez, au sujet de ces états organographiques, confondus avec tant d’autres lésions par les auteurs sous le nom d’asthmes, le Traité de médecine pratique, article Epidiaphratopie (ou mieux Anadiaphragmie).
. (4) Probablemént dans les cas où il ÿ avait eu plus de 12 centimètres d’un côté à l’autre, il était survenu des endocardites suivies de rétrécissements.
(2) Un grand nombre de ces malades étaient très-jeunes et d’une faible constitution, |
PLESSIMÉTR. DU COEUR A L'ÉTAT NORMAL ETANORMAL, 356
transversalement : 2 fois 9 ©. 5 m.; — 9 fois 10 ce. 8 m.; — 2 fois 12 ce. ; — 9 fois 43 e. 5 m.; — 1 fois 44 c. 8 m. Ainsi, dans des cas où la respiration est altérée, il est évident que le volume du cœur commence à augmenter,
« Sur 41 cas de panhypérémie (pléthore sanguine), on a trouvé au cœur d’un côté à l’autre : 1 fois 9 6. à m. (1); — 6 fois 10 c, 8 m.5; — # fois 12 €. ; — 4 fois 43 c. 5 m.; — 4 fois 14 6. 8m. — 1 fois 16 c. 2 m. Ainsi, chez des aujets dont l'appareil circulatoire contient beaucoup de sang, évidemment la moyenne du volume du cœur augmente.
« Sur #4 cas de panhypémie (défaut de sang en général on a trouvé transversalement : 1 fois 8 c.; — 1 fois 9 c. 5 m.; — 2 fois 10 c. 8 m. Ainsi des individus, dont l'appareil circulatoire contient peu de sang, ont une moyenné dans le volume du cœur moins grande que dans les cas normaux.
« Sur 38 cas de maladies variées du cœur, mais dans lesquelles il y avait constamment hypercardiotrophie (hypertrophie du cœur) , ou cardiasie (dilatation du cœur), on à trouvé : 3 fois 12 c.; — 7 fois 13 €. 5 m.; — 4 fois 14 c. 8 m.; — 10 fois 16 €. 2 m.;, — 1 fois 17 ©. 5 m.; — 7 fois 18 ©. 9 m.; — 3 fois 20 ©, 2 m.; — 1 fois 24 c. 3 m. Ainsi, lorsqu'il y à eu véritablement maladie du cœur, la moyenne a été beaucoup augmentée, ef la dimension la plus faible a été de 12 c. Ces limitations du cœur ont été indiquées avec beaucoup de soin ; cependant il est arrivé qu'on s’est le plus souvent borné à spécifier le volume par demi-pouces (0m,0135).
« Ces mesures plessimétriques ont été prises aussi de haut en bas, et la distance du cœur à la clavicule à été notée chez un très: grand nombre de sujets. En général, dans l'état normal, la hauteur du cœur, parallèlement à l’axe du tronc, est un peu moins bons érable que sa largeur.
« Dans l’hypertrophie, le développement de F'organe est proportionnément moins considérable dans ce sens que dans la direction transversale. La distance à laquelle lé cœur se trouve de la elavicule est, en général, de 8 e. à 9 c 5 m.; mais dans le refoulement des viscères de bas en haut, ainsi que dans l'augmentation du volume du cœur, cette distance est quelquefois diminnée de 2 €. 1m. à5c, 4m.
S 6. Expériences cadavériques sur le plessimétrisme du cœur de 1826 à 1865,
853. Pour bien comprendre tout ce que peut donner de certitude et d'utilité pratique le plessimétrisme du cœur, les expériences cadavériques sont indispensables. Or, pour indiquer celles qu'il convient de faire, et dans l’intention d'acquérir l’habitude et l’habileté nécessaires, je crois devoir conseiller au lecteur de suivre la même série de recherches que celle à laquelle je me suis livré.
854. Depuis 1826 jusqu’en 1865, j'ai varié à l'infini les expériences cadavériques sur le cœur.