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CHAPITRE X

PLESSIMÉTRISME DE L'AORTE, DES ARTÈRES, DE LA PHLÉBARTÈRE ET DES GROSSES VEINES (2).

S 1. Considérations générales et historiques.

889. Dans le 7raité de la percussion médiate, en 1827, je n'avais en rien parlé du plessimétrisme de laorte. Le procédé opératoire (n° 203) fait mention d’une aortasie pectorale qui, présentant un son mal dans la largeur de 8 cent. sur 5 cent. 4 mull., était parfaitement isolée du cœur, et d’une observation analogue que vérifia aussi la nécroscopie. Lors de la publication du Traité de diagnostic, en 1837, je pensais encore que la médio-percussion ne permettait pas de trouver l'aorte thoracique et normale, tandis que dans l'abdomen elle fournissait quelquefois les moyens d’apprécier la. matité de ce vaisseau. En effet, disais-je, Paorte fait une saillie sur la ligne médiane au devant de la colonne vertébrale, et là, de Chaque côté, existe une dépression dans laquelle des portions du tube digestif pleines de gaz peuvent se rencontrer. Cependant j'établissais, au paragraphe suivant, que dans des cas où le grand vaisseau artériel avait été médiocrement

(4) J’ai omis de parler dans ce chapitre de l'utilité extrème du plessimélrisme pour faire reconnaître la présence de concrétions sanguines volumiñeuses contenues dans l'oreillette droite. L'intelligence du lecteur comblerä facilement cette lacune. |

(2) Voyez dans le Traité de médecine pratique, (du no 2189 au n° 2619), les

considérations très-étendues dans lesquelles je suis entré, sur la pathologie et le traitement des lésions dont sont susceptibles l'aorte, les artèros et les veines:

388 PLESSIMÉTRISME ; ANATOMI* DES GROS VAISSEAUX. dilaté, on avait obtenu derrière la partie supérieure du sternum une obscurité de son très-manifeste, et que lors de l’ouverture du cadavre on avait trouvé que l’espace où le son mat avait été observé correspondait parfaitement aux points où l’artère se rencontrait et ne dépassait pas l’étendue de celle-ci. Puis, je citais cinq cas d’aortasies situées à quelque distance du sternum, qui furent pendant la vie dianostiqués et limités plessimétriquement. On vérifia à la nécroscopie l'exactitude de la circonscription et des mesures de la tumeur (7raité de diagnostic, n° 468 et 469). Je parle aussi dans ce même ouvrage, au n° 478, de l'utilité attachée à l'emploi d'un plessimètre étroit et que l'on applique profondément dans la poitrine entre les deux attaches inférieures des muscles scléromastoidiens ; annotation qui prouve que, bien avant M. Cros, je me servais au besoin, pour percuter, d’une plaque d’ivoire étroite. Au mois de décembre 1840 j'ai publié un. mémoire dans lequel, étant parvenu à dessiner, pendant la vie et même après la mort, l’aorte et sa courbure (Archives générales de médecine), j'y donnais la mensuration exacte de ce vaisseau dans quarante cas : cependant je n’ai bien établi les lignes qu'il faut suivre pour étudier plessimétriquement les gros vaisseaux qui partent du cœur ou qui s’y rendent qu'en 1842 (Traité de médecine pratique). En 1851, dans l’Atlas de plessimétrisme, p. 46, j'ai donné une figure où ces lignes étaient représentées, et j'y ai tracé aussi l’image de quelques cas d’aortasies. Dans ces derniers éerits, je parlais aussi de lexploration par le plessimétrisme, soit de l’artère et des vaisseaux pulmonaires, soit de la veine cave supérieure. Depuis lors, de nouveaux faits sont venus se joindre aux précédents, le tronc brachio-céphalique n’a pas échappé à ce mode d'investigation, et tout récemment encore, me fondant sur l’extrême matité que donne le sang liquide contenu dans les vaisseaux, je suis parvenu à pouvoir suivre et à dessiner les grosses artères des membres. C’est le résumé de ces nombreux travaux qui composeront cet article.

S 2. Considérations anatomiques sur l'aorte et sur les gros vaisseaux au point de vue du plessimétrisme.

890. Les gros vaisseaux qui partent du cœur ou qui sy ren: dent, forment par leur ensemble un entrelacement sans doute bien connu des anatomistes très-exercés, mais dont beaucoup de médecins ne se font pas une idée parfaitement exacte. Les consi-

dératons suivantes, établies en grande partie sur des recherches plessimétriques faites, soit pendant la vie, soit sur les cadavres, ont beaucoup d'importance sous le rapport de la pratique.

Ces vaisseaux, situés derrière le sternum qui les protége comme une sorte de bouclier, et au-dessus des oreillettes et des ventricules, sont entre eux et avec les organes voisins dans les rapports que voici : L’artère pulmonaire où phlébartère, sortant de la partie droite du ventricule droit, s'élève dans la hauteur de 6 à 8 centimètres et dans la largeur de 2 centimètres 3 ou 5 millimètres. Elle se divise alors en deux troncs à peu près d’un tiers moins larges que le vaisseau primitif. L’un se porte transversalement vers le poumon gauche, et l’autre se dirige, horizontalement aussi, vers le poumon droit. Ces deux grosses branches de la phlébartère , après un trajet de trois ou quatre centimètres, se divisent à leur tour et se subdivisent entre les aréoles pulmonaires.

891. Derrière la phlébartère, l’aorte, située un peu plus à droite, s'élève perpendiculairement jusqu’à quelques centimètres au-dessous du bord supérieur du sternum, et là, sous la première pièce de cet os, elle se porte à gauche en formant une courbure arquée qui, après un trajet de quatre ou cinq centimètres, se dirige en arrière pour aller se placer au-devant de la colonne vertébrale dont elle suit la direction en se portant en bas. La longueur de: la grosse artère à sang rouge varie en raison de la distance à laquelle le cœur est éloigné du rebord thoracique en haut, et la courbure aortique est quelquefois assez rapprochée du cou. Sa largeur est sur le cadavre de deux centimètres et demi à trois centimètres. Ces variations sent en rapport avec la conformation du sujet, avec les proportions du sang qui circule (1), et elle est plus volumineuse en deçà de la naissance du tronc brachio-céphalique, lequel représente à droite la crosse aortique, et qui est beaucoup moins considérable que celle-ci. L’aorte s'élève ensuite vers la clavicule du même côté, pour donner naissance à l'artère sousclavière. Ces divers vaisseaux, placés en grande partie entre les deux lames du médiastin, sont situés immédiatement derrière la paroi thoracique antérieure.

892. La bronche gauche, contenant de Pair, naît de la trachée artère qu’elle laisse à droite pour passer derrière la membrane aortique. Elle se porte au-dessous d'elle, en bas et à gauche, et

(1) Je reviendrai bientôt sur les dimensions normales de l'aorte, mesurée plessimétriquement. |

est en quelque sorte entourée supérieurement par la grosse artère à sang rouge.

893. Les veines pulmonaires, se rendant au cœur, sont situées auprès des deux grosses branches phébartériques, et de chäque côté suivent la même direction qu’elles pour se rendre à loreillette gauche.

894. Enfin, la veine-cave supcrieure est placée derrière l’aorte

qu’elle débat e droite dans une faible étendue, et celle-ci varie en raison du degré de dilatation dont lartère est atteinte.

895. Il faut bien noter que jusqu’à la hauteur de la cloison de la phlébartère au devant de l’aorte, ces deux vaisseaux, qui sont juxtaposés, présentent d’avant en arrière par celte superposition, une dimension presque double de celle de artère à sang rouge, alors que celle-ci a dépassé l'artère à sang noir, laquelle forme, au point de sa division, au devant de Paorte et par son bord supérieur, une sorte de ligne transversale,

896. Tous ces vaisseaux sont pleins de sang liquide, éte ce sang qui les distend plus ou moins, suivant une infinité de circonstances, est épais, consistant, plastique, et donne au plessimétrique un son hydrique Re prononcé, tandis qu ils sont entourés par les poumons contenant de Pair.

*897. Le péricarde enveloppe en grande partie tous ces vaisseaux à une grande hauteur. Je reviendrai bientôt sur ce sujet.

898. L’aorte, après sa courbure placée au-devant du rachis, est séparée de la surface postérieure du corps par la masse des vertèbres. Jusqu’au-dessous du foie elle est trop profonde pour qu'on puisse s’en rapprocher par le plessimétrisme pratiqué antérieurement, Jusqu'à présent, j'ai cherché inutilement, alors qu’elle n’était pas dilatée, à la dessiner sur la face postérieure du tronc. En avant, l’aorte est séparée de la paroi abdominale antérieure par l’estomac, l’intestin plus ou moins rempli de gaz, d’aliments ou de scories.

899. A l’état normal, la plupart des artères ont des dimensions :

assez petites, elles sont assez profondément placées pour qu'il soit très-difficile de les reconnaître par le plessimétrisme ; seulement il en est un certain nombre, le tronc brachio-céphalique, les

carotides , les axillaires , les crurales par exemple, qui ont de la

largeur et qu'avec de lhabitude on peut parvenir à percuter uti-

lement. Les artères constituent des canaux à parois médiocrement consistantes et qui renferment un liquide plastisque. Les

membranes des veines, dont quelques-unes telles que les jugulaires, sont accessibles au plessimétrisme, présentent des dispositions analogues aux artères, seulement elles sont plus molles et plus dépressibles qu’elles.

900. L’aorte, les artères, les veines peuvent être le siége d’un grand nombre de lésions à la diagnose desquelles le plessimétrisme ne peut concourir, au moins d’une manière directe. Il n’en est pas ainsi des modifications qu’elles sont susceptibles de présenter dans leur siége, leur volume, leur densité et des épanchements consécutifs à leurs lésions traumatiques.

901. Lors de l’inversion des viscères, l’aorte, les gros troncs artériels et vemeux sont transposés. On sait que des anomalies congénitales ont lieu dans le siége des artères et des veines,

902. La déviation de l’aorte à droite ou à gauche dans la poitrine survient à la suite de circonstances anatomiques qui portent ce vaisseau dans l’une ou l’autre de ces directions. Telles sont, par exemple, une aéropneumonasie, une hydropleurie, une hépato ou une splénomégalie., etc. ; le refoulement des viscères, une tumeur intra-pectorale ; certaines organies analogues peuvent aussi faire dévier l’aorte descendante; les courbures anormales du rachis entraînent le plus souvent des courbures correspondantes de Vaorte, par la même raison qu’elles déterminent des modifica tions très-grandes dans la position du cœur. Des considérations du même genre sont applicables à la déviation des artères et des veines.

903. Le volume des artères grosses et petites, celui de l’aorte elle-même augmentent quelquefois presque uniformément de largeur et de diamètre dans toute l'étendue de ces vaisseaux. Il en arrive souvent ainsi lorsque les orifices cardiaortique et auriculoventriculaire gauche sont libres, et que les fibres musculaires du cœur ont pris du développement. Cette dilatation existe parfois aussi à un certain degré d’une manière momentanée lorsque les proportions du sang en circulation sont considérables, lorsque se déclarent des stases considérables dans le cours du sang noir, ou encore dans les cas où les valvules cardiaortiques ne s’abaissent pas au moment de la diastole ventriculaire, etc. La dilatation uniforme : des gros vaisseaux ét des veines a lieu dans de semblables circons-. tances , et les veines-caves supérieure et inférieure sont ordinairement très-distendues, alors que l’oreillette droite l’est elle-même.

904. Mais ce sont les dilatations partielles de l’aorte et.des ar-

tères qui, augmentant de beaucoup leur volume sur quelques points et constituant ainsi ce que l’on a appelé des anévrysmes, peuvent se rencontrer sur presque toutes les parties du tronc, des bronches et des gros rameaux de l’arbre circulatoire à sang rouge. Ce n’est pas ici le lieu de parler des variations que les anévrysmes aortiques ou artériels peuvent présenter au point de vue de leur structure, de leurs espèces ou des variétés qu’elles présentent ; mais il faut noter dans cet ouvrage : que l'aorte en est souvent le siége vers sa courbure, plus rarement très-près du cœur, et parfois dans l’aorte descendante; que le tronc brachio-céphalique est assez fréquemment aussi le siége d’une dilatation; que les artères sous-clavières, carotides, axillaires, brachiales, iliaques, fémorales, etc., en sont dans bien des cas le siége ; que ces tumeurs, dont la dimension varie considérablement, peuvent acquérir un volume très-considérable, el que cela est surtout vrai des anévrysmes ayant pour siége des artères d’une médiocre capacité, etc. ; que ces artérasies contiennent tantôt du sang liquide ou dans un élat de mollesse, et tantôt des couches fibrineuses dures et plastiques, auxquelles on à récemment donné le nom de caillots actifs, par opposition à ceux qui, moins solides et moins suscepti-

bles d’induration ultérieure, ont reçu le nom de caillots passifs (4). & | (1) Voici un cas de remarquable altération et d'augmentation de volume que j'ai observé en 1821, cas dans lequel il n’est pas impossible que le plessimétrisme eût fourni quelques documents :

Observation d'un cas de dégénération squirrheuse de l'aorte, avec hypertrophie du ventricule gauche du cœur et atrophie, avec dilatation du ventricule droit ; par M. Piorry (1821) (*).

Un homme de trente-six ans, d'une faille élevée, d’une forte constitution, éprouvait, depuis quelques années, une douleur très-vive dans la poitrine, des palpitations violentes, une grande difficulté de respirer lorsqu'il montait un escalier; la nuit survenaient des réveils en sursaut avec une dyspnée extrême. Tout à coup, tous les accidents augmentent et le malade meurt peu d'heures après.

A l'ouverture du corps, M. Piorry, appelé après la mort, trouva le cœur extrèmement volumineux et très-lourd. L’oreillette droite, très-amincie, contenait : beaucoup de sang ; la cavité du ventricule droit était énorme ; ses parois, prodigieusement amincies, n'avaient pas une ligne d'épaisseur, et se déchiraient avec la plus grande facilité. Les parois de l'oreillette gauche étaient manifestement épaissies. Le ventricule gauche, qui formait à lui seul presque toute la masse du cœur, avait jusqu'à un pouce et demi d'épaisseur dans quelques endroits.

Jusque-R , l’autopsie ne démontrait que l'hypertrophie du ventricule gauche

(*) Journal général de médecine (1821), t. LXXVe, XIVe de la Lre série, page 207.

Il convient encore d'ajouter que parfois les artères s’allongent, comme cela arrive pour l’aorte alors qu’un cœur volumineux tend à s’abaisser en vertu de son poids, et deviennent flexueuses, etc.

905. La forme des artérasies, et surtout celle des dilatations aortiques, varie. De telles célies sont le plus souvent arrondies, mais ailleurs on les voit plus ou moins allongées et ellipsoïdes : elles existent parfois latéralement sur quelques points de la circonférence du vaisseau , et ailleurs elles paraissent envahir toute sa circonférence; dans des cas peu communs, plusieurs dilata.. tions artérielles sont situées dans l’étendue d’une artère ou de plusieurs artères, etc. (4).

906. Les veines peuvent aussi se dilater, circonstance qui, au point de vue du plessimétrisme, n’est guère utile à noter que pour la veine-cave supérieure.

907. Les organes qui entourent les artérasies, éprouvent des modifications nombreuses par suite de la présence de ces tumeurs. Entrer dans des détails sur ce sujet me conduirait trop loin et me ferait reproduire des considérations que l’on trouvera dans tous les ouvrages classiques sur ce sujet. Je me contenterai de dire qu'un grand nombre de ces lésions peuvent être reconnues et étudiées pendant la vie au moyen du plessimétrisme.

du cœur, jointe à l’amincissement et à la dilatation du ventricule droit. Les orifices auriculo-ventriculaires, ceux des ventricules eux-mêmes dans les artères aorte et pulmonaire, ne présentaient aucune lésion appréciable; mais, en poursuivant les recherches, on trouva une altération de l'aorte qui expliquait suffi samment et d'une manière satisfaisante les lésions organiques si différentes de l'un et de l’autre ventrieule.

L’'aorte, dis-je, depuis le point où elle commence jusqu’à à celui où elle donne naissance aux artères carotides et sous-claviculaires, présentait un volume double de celui qui lui est ordinaire. A la distance de quelques lignes , à partir du ventricule, on voyait un étranglement circulaire des plus considérables. Un rétrécissement, qui permettait à peine l'introduction du petit doigt, correspondait en dedans à cet étranglement, Immédiatement au-dessous de ce point, la cavité de l'aorte était d’un tiers plus spacieuse que chez un sujet sain ; elle ne reprenait son diamètre naturel qu’au delà de l’origine des artères carotides. Les parois de ce vaisseau, inégalement épaissies, étaient atteintes d’une dégénération squirrheuse, surtout à l'endroit du bourrelet circulaire, qui avait presque la consistance cartilagineuse.

Il paraît évident que l’altération pathologique développée dans laorte, à l’origine de cette artère, a provoqué l’hypertrophie du ventrieulé et de loreillette gauches, l’engorgement pulmonaire et la dilatation passive des cavités droites.

(1) On pourrait avec avantage désigner ces caillots par les adjectifs. : plastitiques et malaxiques.

S 3. Expériences sur le plessimétrisme de l'aorte.

908. A plusieurs reprises, sur les cadavres, j'ai percuté l’aorte ascendante et sa courbure, puis la limitation en a été faite avec soin ; lors de la nécroscopie, le dessin de ce vaisseau, fait à l’extérieur, semblait calqué sur la forme du gros conduit à sang rouge.

909. Lors de la rédaction de cet article, le 22 octobre 1865, je me posai cette question : Comment se fait-il que sur les cadavres on trouve l’aorte vide de liquide et contenant de l’air, tandis que le plessimétrisme avant l’ouverture y fait distinguer un son et un tact hydriques assez prononcés pour que l’on puisse reconnaître et limiter ce grand vaisseau ? Ce devrait être tout au contraire un son gazique que l’on y rencontrerait, car l’aorte est trop ferme pour revenir sur elle-même et elle reste béante, le vide réel ne peut y avoir lieu, et ce sont probablement des gaz qui la distendent ? Les antiques opinions sur la vacuité des artères, et qui avaient conduit à de si fausses théories sur la grande circulation, reposaient en grande partie sur labsence de liquide observée après la mort dans ces vaisseaux. D’après ce même fait, ne seraiton pas fondé à dire que mes expériences cadavériques sur la limitation aortique donnaient des résultats opposés à tout ce que l’on a observé, au contraire, sur l’état des artères après la mort; par conséquent, à en conclure qu’elles étaient inexactes, que leurs résultats étaient les œuvres du hasard ou de la prévention et non pas d’un travail sérieux? Je me posai encore cette autre question : Ne serait-ce pas l’ouverture préalable du cœur qui ferait écouler le sang avant que l’on incisât l’aorte, ce qui donnerait lieu à la vacuité de celle-ci? Les valvules cardiaortiques , affaissées sur le cadavre, ne permettraient-elles pas facilement l’évacuation du liquide contenu dans l’artère ?

910. Je voulus éclaircir sur-le-champ cette difficulté. Profitant du congé que l’on m'avait offert (et que j'avais accepté pour mieux me lhvrer à la publication de cet ouvrage), et ne me rendant pas chaque malin à l'Hôtel-Dieu (4), je priai M. Ramond de faire lui-même les expériences propres à décider la question. Ces expériences

(1) On comprend facilement que j'aie offert, à trois ou quatre reprises, à l'administration, de ne pas profiter de mon congé, et de me rendre à l'hopital donner mes soins aux cholérignes; leur nombre ne s’est pas assez élevé pour que momentanément elle ait eu besoin de mes services,

consistaient : 1° à percuter l’aorte des cadavres pour voir si elle donnait dans ce cas un son et un tact gaziques ou hydriques ; 2° à établir près du cœur, et avant de l'ouvrir, une ligature sur laorte d’un cadavre; 3° à en faire une seconde vers la crosse

aortique; 4° à pratiquer alors une ponction sur la portion de l’artère comprise entre les deux liens, et de constater s’il en sor-

lait de Pair ou du sang ; 5° à recueillir ce sang qui devait à coup sûr s’écouler et d’en apprécier les proportions ; 6° à mesurer de nouveau la distance qui sépare le cœur de la crosse aortique.

911. M. Ramond fit ces expériences en présence et avec l’assistance de M. Legros, interne de l’'Hôtel-Dieu (4), qui heureusement avait obtenu l’autorisation de faire ouverture d’un cadavre dans un temps où le choléra sévissait et où l’administration, par prudence, s’opposait à ce que l’on fit des nécroscopies. Or, M. Ramond suivit ponctuellement mes instructions; il trouva que l'artère donnait un son et un tact hydriques, et il recueillit trois cuillerées d’un sang noir et épais qui s’écoula du vaisseau dans l’étendue des 4 centimètres qui s’étendaient d’une ligature à l’autre (2).

912. Le fait précédent résout complétement la difficulté pro-

(1) Cet élève distingué a reçu des mains de l'Empereur la décoration pour les soins qu'il a donnés aux cholériques. |

(2) M. Ramond fit à cette occasion des remarques qui ne sont pas sans importance, et que lui même se charge d'exposer iei : |

« Après des indications aussi précises que celles qui m'avaient été données, par M. le professeur Piorry au sujet de l'expérience nécroscopique que j'avais à faire, il me fut très-facile de rechercher si l'aorte contenait du sang après la mort, comme cela devait inévitablement avoir lieu puisqu'on pouvait la limiter sur le cadavre ; et de mesurer ensuite l'étendue de l’espace qui existait entre le bord inférieur du ventricule gauche et la courbure aortique.

« Ce fut le 24 octobre qne je me rendis dans cette intention à l'Hôtel-Dieu, et en présence de M. Legros, interne de cet hôpital et de M. Seré, élève de la clinique, je fis les expériences suivantes sur un homme âgé de 36 ans qui avait sucecombé la veille à une atteinte de choléra.

« Après nous étre assurés par le plessimétrisme du lieu qu'occupait r aorte et des dimensions de celle-ci, je pratiquai deux incisions latérales au niveau des eartilages costaux afin de mettre à découvert le cœur ainsi que les gros vaisseaux, Cette préparation ainsi faite, je liai l’aorte à un centimètre et demi au-dessus de la base du cœur et je plaçai ensuite une seconde ligature à cinq centimètres aupessus de la première. Ayant ainsi isolé cette portion de l'aorte, je pratiquai une incision longitudinale et aussitôt il s’écoula un ne noir dont la quantité pouvait être évaluée à environ 50 grammes.

« Ce fait prouve de la manière la plus évidente, ce que M. Piorry avait déjà trouvé par le plessimétrisme , que l'aorte après la mort était pleine de sang

posée. Si l’on trouve sur les cadavres les grosses artères vides, c’est que le sang qu’elles contenaient s’écoule alors que l’on a ouvert ou enlevé le cœur. Bien que ce sang ait été (rès-épais sur le cadavre d’un cholérique, 1l ne s’en est pas moins échappé lors de l’ouverture du vaisseau, et il en serait arrivé ainsi à la suite de celle que lon aurait pratiquée aux cavités gauches. Le plessimé- {risme avait donc permis , dans les expériences faites précédemment (n° 911), de constater la présence du diquide sanguin dans Paorte, quand l’exhibition cadavérique et les opinions anciennes encore en vigueur portaient à croire que ce conduit était vide ou rempli d’air (4).

S 4. Lignes plessimétriques de Faorte. :

913. Pour obtenir un dessin régulier et une mesure exacte des gros vaisseaux qui partent de la base cardiaque ou qui s’y rendent, il faut successivement porter le plessimètre dans la direction des lignes suivantes :

M4. Une première ligne (L-A) est située immédiatement audessus de la figure qui circonscrit le cœur; elle est horizontale et sert à mesurer soit les grosses artères à la sortie de cet organe, soit l’oreillette gauche.

915. Une seconde ligne (L-2) est parallèle à la première et située à deux centimètres ou seulement un centimètre et demi au-dessus,

comme pendant la vie et cela, bien qu'un grand nombre d’anatomistes soient d’une opinion opposée.

« Je mesurai ensuite l’espace qui pouvait exister entre le ventricule gauche et la crosse de l'aorte; chez notre sujet il fut de cinq centimètres ; dans mon opinion et d’après ce que j'ai vu, cette mesure doit varier chez d’autres individus en raison des différents Ctats organiques que le plessimétrisme pourrait faire découvrir , tels que : un cœur volumineux occupant une plus grande étendue par suite de l'hypertrophie de cet organe; une dilatation portée assez loin; les cavités cardiaques remplies de sang comme cela arrive dans les derniers moments de la vie. Le rapprochement du cœur vers l'aorte peut encore avoir lieu quand cet organe est refoulé par en haut, comme celu a lieu : dans les cas d'hydropéritonie. Des expériences ultérieures qui seront faites, sous les yeux du maître, confirmeront sans doute les variétés anatomiques que l’induction fait prévoir. »

(1) En lisant attentivement cet ouvrage, on verra que ce n’est pas là le seul cas ou l'anatomie étudiée plessimétriquement pendant la vie, rectifie des erreurs que les nécroscopies avaient conduit à commettre ; erreurs du genre de celles qui se rapportent à l'état matériel du poumon, à la position du cœur, à celle de la rate, aux rapports existants entre les divers organes contenus dans le thorax ou dans l'abdomen,

LIGNES PLESSIMÉTRIQUES DE L'AORTE. 597 et cela suivant que le sujet de l’expérience est plus ou moins grand de faille et robuste; elle donne la dimension de l’aorte et de la phlébartère qui lui est superposée, et elle indique en plus de chaque côté la dimension et la longueur des vaisseaux pulmonaires étudiés dans les points où l’on peut les atteindre.

Ligne 5.

ES e

ligne

ligne 7,

ligne 6. ligne 6.

ES La] 2 « ligne 3. ligne 3.

ligne 2. ligne 2.

ligne dre. ligne 1.

ligne 4.

ligne 7,

Ligne 5.

(Fig. 45.)

Lignes plessimétriques de l'aorte,

916. Une troisième ligne (E-3), aussi parallèle aux précédentes, ést située au même intervalle de la seconde que celle-ci est de la première; elle donne le dessin et la mesure de l'aorte ascendante isolée, et dans quelques cas celle de la veine-cave supérieure, älors qu’elle déborde à droite le grand conduit artériel.

M7. Une quatrième ligne (1-4) est oblique de haut en bas et de droite à gauche ; elle part du point correspondant à la réunion du

cou eb du thorax, passe sur l'articulation eléido-sternale droite, rencontre laorte recourbée, puis la bronche gauche, et va se terminer à gauche vers le mamelon correspondant.

918. Une cinquième ligne (L-3) s'étend de l’articulation costosternale gauche, descend perpendiculairement en se portant vers le cœur, et rencontre sur sa route, à deux centimètres à peu près du bord inférieur de la clavicule, laorte recourbée, au-dessous de laquelle est la bronche gauche, puis le poumon, et enfin plus bas encore les gros troncs artériels et veineux qui partent des ventricules droits et de l'oreillette gauche pour se rendre au cœur.

919. La sixième ligne est transversale; elle passe au milieu de » l’espace où l’on a constaté sur le trajet de la cinquième ligne le milieu de laorte recourbée; elle est portée à droite et à gauche vers les aisselles ; derrière elle se rencontre au milieu et à gauche toute la longueur de la crosse aortique, tandis qu’à droite, à peu de distance du sternum, elle est placée sur le tronc brachiocéphalique ; en dehors des vaisseaux, cette ligne correspond aux poumons.

9920. Enfin la septieme ligne (L-7) se dirige de gauche à droite, ayant une disposition semblable à celle que la ligne 4 présentait à droite; mais au lieu de trouver Paorte recourbée sur son passage, c’est le tronc brachio-céphalique qui correspond à son trajet.

921. « Toutes ces lignes plessimétriques qui précèdent, doivent être, comme lindique la figure, prolongées de plusieurs centimètres au-delà des points où les rebords des vaisseaux cessent de correspondre; car les inductions tirées des résultats de la médiopercussion reposant principalement sur la comparaison établie entre le tact et le son donnés par les organes voisins et ceux qui sont fournis par les parties que l’on explore, il s’ensuit que lon doit, autant que possible, multiplier sur divers points des recher-. ches comparatives.

922. «En suivant avec le plessimètre la direction des lignes qui viennent d’être indiquées, il faut toujours successivement frapper avec force el faiblesse, mais toujours avec légèreté. Cette dernière précaution est indispensable, surtout lorsqu'une artère est dilatée, autrement on pourrait courir les risques de faire rompre ut anévrysme, pour mieux en étudier la forme et les rapports.

923. « Quand on arrive à un espace où l’on reconnaît les bords du vaisseau par le son etle {act hydriques plus ou moins profonds que lon commence à y ressentir, on passe et l’on repasse un grand

nombre de fois en percutant toujours, et cela avec des degrés de force variés, en deçà et au-delà des limites que l’on croit avoir distinguées. C’est seulement alors que l’on est bien assuré de ne s'être pas trompé, que l’on trace une marque noire sur les points où la transition de sensations a été observée.

924. « Après avoir ainsi limité les états organiques corrèspondant aux lignes qui viennent d’être indiquées, on recherche la circonscription des artères sur les espaces intermédiaires à ces mêmes points de limitation, et l’on obtient alors avec la plus grande exactitude la figure et la mesure de Paorte.

925, « Si l’on veut rechercher ensuite sw ne serait pas possible de limiter à droite la veine-cave supérieure alors qu'elle est dilatée à la suite d'une stase Sanquine ou par toute autre cause, on y parvient avec assez de facilité : 4° en rappelant ses souvenirs anatomiques relativement au siége de ces conduits ; 2° en se dirigeant par les lignes précédemment tracées; 3° en percutant avec soin sur le trajet du tronc veineux; et 4° en traçant une limitation exacte de ce même vaisseau. » ( 7raité de médecine pratique, du n° 2200 à 2204.)

926. « Le siége qu’oceupe l’artère pulmonaire (1), la configuration et les rapports qu’elle présente, peuvent, grâce aux lignes que je viens d’indiquer, être déterminés d’une manière exacte par le plessimétrisme. On la trouve en se dirigeant par les lignes n° 2 et 3 de la figure 45. On en constate la présence, ainsi qu'il a été dit, au-dessus de la base du cœur. C’est assez superficiellement qu’on la rencontre ; on dessine exactement ensuite au devant de l’aorte la limite supérieure de la phlébartère, soit par le son et le tact hydriques manifestes que donnent ces deux vaisseaux alors qu’ils sont superposés, soit par une moindre matité obtenue quand l’aorte existe seule sur les points percutés. J'avais déjà prévu en 1849 (Traité de médecine pratique, n° 2340) là probabilité de ces faits. Depuis ils sont devenus d’une évidence absolue. »

(1) J'ai nommé ce vaisseau phlébartère pour le désigner par un seul mot

et pour que son appellation puisse entrer dans le cadre général du pathonomisme. (Traité de médecine pratique no 2839.)

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